La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Auguste Rodin (1840-1917), Danaïde, version type I, petit modèle, bronze à patine brune, vers 1895-1898, 21,7 x 28,9 x 38,7 cm.
Frais compris : 592 200 €.
Désespoir gagnant
Très attendue, cette épreuve de la Danaïde de Rodin tenait toutes ses promesses et même mieux, puisqu’elle montait à 470 000 € d’après une estimation haute de 200 000. Ce score lui permet de pointer à la quatrième place du palmarès mondial des danaïdes du sculpteur, et à la première pour le petit modèle du type I auquel elle appartient. Il s’agit d’une fonte au sable caractéristique de celles exécutées par la fonderie François Rudier pour le compte de l’artiste, vers 1895-1898. Georges Grappe, conservateur du musée Rodin de 1925 à 1944, date la naissance de la Danaïde en 1885. Rappelons qu’elle faisait partie des figures modelées pour La Porte de l’Enfer, mais qu’elle n’y sera finalement pas intégrée. L’institution conserve quatre versions différentes du petit modèle, les variations jouant sur la plus ou moins grande visibilité du visage et sur le modelé de la terrasse. La première grande version, un marbre de 1889 commandé par le docteur H. F. Antell et aujourd’hui conservé à l’Ateneumin Taidemuseo d’Helsinki, a été présentée à l’exposition «Monet-Rodin» inaugurée le 21 juin 1889. Ce fut l’une des œuvres les plus remarquées par la critique. Le traitement du sujet est original, Rodin ayant préféré représenter l’une des filles du roi d’Argos terrassée par l’absurdité de sa tâche, plutôt qu’occupée à remplir le tonneau maudit… Comme souvent chez le sculpteur, l’alibi mythologique est dépassé au profit d’une valeur universelle. Notre épreuve est étroitement liée à son sujet, ayant été fondue pour Jules Ricome, important négociant de vin algérois ayant l’habitude de payer au sculpteur une partie de ses achats en nature, sous forme de barriques de vin. Toujours pleines quant à elles… Restée dans la descendance de son commanditaire, notre désespérée affrontait pour la première fois le marché. Avec succès.
Mercredi 15 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV.
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Esquisse, port et ville, vus d’une fenêtre, 1893, huile sur toile, 23 x 29 cm.
Frais compris : 100 000 €.
Renoir 1893
Cette huile sur carton de Pierre-Auguste Renoir, de 1893, esquissait conformément à son estimation une enchère de 80 000 €. Le port et la ville qu’elle suggère restent empreints d’un flou tout impressionniste… Elle est reproduite dans l’ouvrage de référence, établi en 1931 par Josse et Gaston Bernheim-Jeune, L’Atelier de Renoir. Provenant de ce dernier, elle est passée de la succession de l’artiste à une collection particulière. 1893 est particulièrement riche en voyages pour le peintre. L’année précédente, Durand-Ruel avait organisé une grande rétrospective de son œuvre, qui, avec l’accrochage au musée du Luxembourg des célèbres Jeunes Filles au piano, devait provoquer une forte demande. Baigneuses et paysages figurent au rang des sujets les plus convoités mais désirant renouveler son inspiration, le peintre décide de voyager. Durant l’hiver 1892-1893, il est dans le Midi, faisant une pause à Saint-Chamas, une charmante bourgade de l’étang de Berre qui l’enchante. «Si vous vouliez voir le plus beau pays du monde, c’est ici, on a l’Italie, la Grèce et les Batignolles réunies et la mer», écrit-il à Berthe Morisot. Il file ensuite sur la Côte d’Azur, à Beaulieu, avant de retourner à Paris. En juin, il est accueilli en Normandie, à Bénerville chez Paul Gallimard, directeur du théâtre des Variétés, qui l’année précédente l’avait emmené en Espagne. Renoir quitte ensuite les rivages marins pour rejoindre sa femme et leur fils Pierre à Essoyes, en Champagne, avant de gagner Pont-Aven… Incontestablement, notre esquisse est davantage d’inspiration méditerranéenne qu’atlantique. Sans doute fut-elle exécutée dans les six premiers mois de l’année 1893. On sentirait presque le mistral chasser les nuages…
Mercredi 15 avril, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Rieunier - de Muizon SVV. Cabinet Perazzone - Brun.
Flandres (Enghien ou Audenarde), XVIe siècle, verdure aux feuilles de chou, dites "aristoloches", 273 x 197 cm.
Frais compris : 94 800 €.
Prolifération exotique
Cette foisonnante tapisserie flamande du XVIe siècle était l’objet d’une âpre joute d’enchères qui la conduisait à 75 000 €, une estimation doublée. Elle a été tissée à Enghien ou à Audenarde, deux centres de production dont le succès repose en partie sur les verdures devant leur appellation aux larges feuilles dites «d’aristoloches», le plus souvent des feuilles de chou dentelées ou d’acanthe. Notons que quelques rares tapisseries flamandes représentent de vraies feuilles d’aristoloches, notamment une Feuille de choux myosotis à la biche du XVIe siècle, reproduite page 57 de l’ouvrage de Jacqueline Boccara, Âmes de laine et de soie (éd. Monelle Hayot, 1988). Audenarde, Grammont et Enghien furent les trois grands centres de production de verdures à grandes feuilles, mais seule la présence d’une marque de la ville ou d’un tisserand permet une attribution certaine. Les cartons ont en effet voyagé d’un lieu à l’autre, confiés par des marchands à l’une ou l’autre des manufactures. Certaines verdures d’Enghien se distinguent néanmoins par la présence d’animaux devant un fond de plantes et de fleurs au rendu très réaliste, tandis qu’Audenarde a mis en scène Les Travaux d’Hercule dans un décor de grande feuilles dentelées. Pour ce qui est des feuilles peuplées d’animaux et d’oiseaux de toutes sortes, l’attribution est en revanche impossible. Notre verdure possède quelques atouts qui la différencient de ses contemporaines, à commencer par la rare richesse de sa polychromie. La présence d’un lion et, posé au-dessus de lui sur une feuille, d’un perroquet, tout comme la profusion des fleurs et des fruits plaident pour une commande rendant hommage aux Nouvelles Indes, conquises par la frange espagnole de l’empire de Charles Quint. La Nouvelle Espagne en Amérique, mais aussi les Philippines et les Mariannes, sans oublier la fondation de Buenos Aires et d’Asunción, étaient autant de joyaux ajoutés à la couronne d’Espagne.
Mercredi 15 avril, Espace Tajan.
Tajan SVV, M. de Villelume.
Jean Dunand (1877-1942), table basse en laque noire à plateau incrusté de coquille d’œuf mosaïquée, 43 x 69 x 49 cm.
Frais compris : 121 343 €.
Coquille d’œuf
Quand on aime, on ne compte pas ! Un adage appliqué à la lettre par une collectionneuse dont le contenu de la propriété d’Ile-de-France était dispersé. Son artiste de prédilection ? Jean Dunand, qui en cinq numéros totalisait 362 036 € frais compris. Quatre concernaient des tables, dont une gigogne à trois éléments en laque corail nuancé, adjugée 50 000 €. Parmi les trois restantes, la faveur des amateurs allait à celles possédant un plateau incrusté de coquille d’œuf. L’une, au piètement en laque corail (79 x 49,5 cm), montait à 57 000 € et celle reproduite, à 98 000 €. Le plateau de cette dernière offre un traitement plus sophistiqué de la coquille d’œuf, l’autre se contentant d’un aspect plus uniforme. Enfin, la dernière table, tout en laque rouge (80 x 50 cm), générait 35 000 €. Jean Dunand s’initie à l’art de la laque en 1912 auprès du maître japonais Seizo Sugawara. Ses premières pièces intégrant dans la précieuse résine des coquilles d’œuf, vases et meubles, apparaissent en 1922. Léonce Rosenthal note alors dans La France libre que l’artiste ne «se contente plus de marteler le bronze ou le cuivre, de ciseler et d’incruster les métaux, il ne se borne plus à patiner ses vases, il les recouvre d’une laque ou parfois des fragments de coquilles d’œuf broyées, produisant de merveilleux effets» (Jean Dunand, vie et œuvre, Félix Marcilhac, éd. de l’Amateur, 1991). Ce procédé était déjà utilisé au Japon pour orner des poignées ou des fourreaux de sabre. Dunand sera le premier à l’employer à grande échelle. La coquille d’œuf de poule ou de cane est lavée, délicatement écrasée, puis tamisée pour classer les fragments par taille. Ces derniers sont ensuite appliqués comme une mosaïque, à l’aide d’une pince, sur une couche de laque fraîche. Une fois poncés, ils sont «noyés» sous une nouvelle couche de laque. On imagine le travail qu’a dû nécessiter le plateau délicatement nuancé de notre table…
Mercredi 15 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. Cabinet Marcilhac.
Paris, 1788, François Le Dagre, réchaud à cire de bureau, argent, 162 g, h. 9,1 cm. Frais compris : 26 250 €.
L’argent flambe
Fermé, ce petit pot balustre cache bien son jeu : il s’agit en effet d’un accessoire de bureau servant à chauffer la cire à cacheter. Il est équipé d’un porte-mèche amovible à trois orifices. Façonné en argent luxueusement ciselé de canaux soulignés d’une frise de feuilles d’acanthe, la prise du couvercle étant en forme de grenade, voici un travail du maître orfèvre François Le Dagre, fait à Paris en 1788. Le pot est de plus patronymique, le nom de «Janne l. Bedu» apparaissant sur le bord du piédouche. Un objet rare et précieux, qui provoquait une enchère détonante, 21 000 € prononcés d’après une estimation haute de 3 000. Rapporté à son poids, 162 g, il affiche une cote au gramme frais compris de 162 €, soit 324 fois le cours officiel, actuellement établi autour de cinquante centimes d’euro. Témoignant de la relative résistance de l’orfèvrerie aux phénomènes de mode, réalisée un an avant la Révolution, notre pièce est éloignée de l’épure néoclassique alors en vogue, dont Richard de Lalonde avait fourni en 1782-1783 des modèles ensuite diffusés par la gravure. Le dessinateur privilégie la concentration du répertoire décoratif sur certaines zones, qui se détachent sur des fonds d’argent uni. Pas d’effets de ce type sur notre réchaud à cire qui adopte, pour rester dans la veine classique, un parti pris plus louis-quatorzien. Déjà dans les années 1760-1770, on pouvait noter la persistance de certaines formes rococo, mises au goût du jour par l’adjonction d’un répertoire ornemental classique. S’il ne sacrifie en rien à l’austérité du style à l’étrusque, cher à la deuxième partie du règne de Louis XVI, notre précieux réchaud préfère afficher une opulence décorative de bon ton, propre à satisfaire une clientèle pas encore prête à adhérer aux plus rigoureux modèles inspirés par l’antiquité gréco-romaine.
Mercredi 15 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mme Badillet.
Carlo Bugatti (1856-1940), table de salle à manger extensible en bois noirci, acajou, cuivre martelé, étain marqueté et os, vers 1890. 100 x 180 x 80 cm (ouverte 415 cm).
Frais compris : 100 000 €.
Bugatti extensible
La vedette de la vente de la collection du galeriste d’origine turinoise Alessandro Pron (voir page 42, Gazette n° 14) était cette table de salle à manger de Carlo Bugatti, adjugée 80 000 €. Elle a auparavant appartenu à la collection de Francesco Carraro, à Venise, et figurait en 2008 à la Biennale des antiquaires de Paris. Réalisée vers 1890, cette table possède la particularité d’être extensible, un système de traverses coulissantes permettant d’étendre sa longueur d’1,80 à 4,15 mètres. Un pied central, visible entre les deux piètements triangulaires de chacune des deux parties, rigidifie l’ensemble. Ce meuble démontre la maîtrise tant technique que stylistique de ce créateur à la fois décorateur et architecte, dessinateur et fabricant de meubles, créateur de modèles d’orfèvrerie, inventeur d’instruments ou encore d’une bicyclette de compétition… Carlo Bugatti fait ses débuts à Milan, vers 1880, et remporte ses premiers succès dès 1888. Il invente un style unique, qui fusionne les inspirations moyen- et extrême-orientales, plus particulièrement celles arabo-musulmane et japonaise. En 1902, alors qu’il triomphe à l’exposition de Turin, la reine d’Italie le félicite pour ses meubles mauresques, au grand dam du créateur qui réplique : «Vous vous trompez, Majesté, ce style est à moi !». La remarque de la souveraine fait cependant écho à l’appellation «Granada Furniture», en référence à l’Alhambra de Grenade, inventée en 1895 par la revue britannique Furniture and Decoration & The Furniture Gazette. En 1904, il vend sa fabrique de meubles et s’installe à Paris, où il ouvre un atelier plus artisanal au sein duquel il continue à produire des meubles, mais aussi d’étonnantes pièces d’orfèvrerie. Précisons que la partie italienne de son activité fut rachetée par la firme De Vecchi, qui poursuit l’édition de ses meubles.
Jeudi 16 avril, 49, rue Saint-Sabin.
FauveParis SVV. M. Mineray.
Henri Martin (1860-1943), Portrait d’Isabelle Viviani, huile sur toile marouflée sur panneau, 105 x 105 cm.
Frais compris : 72 616 €.
Isabelle Viviani par Henri Martin
S’inscrivant dans un carré parfait, ce portrait d’Isabelle Viviani d’Henri Martin était crédité de 58 000 €, d’après une estimation haute de 20 000. Il faut dire que le portrait est d’une insigne rareté dans l’œuvre du peintre. Dans son top 100 d’enchères (Source : Artnet), aucune peinture appartenant à ce genre n’apparaît. On y croise principalement des paysages, la figure humaine n’étant présente que pour animer des scènes de genre, qu’il s’agisse des paysans dans la campagne ou des jeunes femmes, souvent occupées à coudre, installées sous la pergola de Marquayrol, sa propriété à Labastide-du-Vert. Ici, c’est à un véritable portrait que nous avons affaire, fortement individualisé et même identifié. Isabelle Viviani (1872-1923) est loin d’être une inconnue, les œuvres sociales dont elle fut l’initiatrice étant à l’origine de l’enseignement professionnel dans notre pays. Elle est la fille d’Edmond de Bouhélier (1846-1913), dit Lepeltier, journaliste, poète, écrivain, communard et homme politique, ami d’enfance de Verlaine. Sa mère, Eugénie, est quant à elle la sœur du peintre Louis-Jules Dumoulin et la belle-fille de la célèbre cantatrice Pauline Viardot. Isabelle épouse d’abord un collègue de son père, le journaliste Michel Hirsch, avant de convoler avec René Viviani (1862-1925), cofondateur avec Jean Jaurès du journal L’Humanité. Il sera également président du Conseil, entre juin 1914 et octobre 1915. À L’ouverture des hostilités, elle perd l’un de ses fils et se consacre dès lors aux œuvres de bienfaisance en faveur des Français touchés par la guerre. Le 4 août 1914, elle fonde l’Œuvre de l’hôtel Byron, implanté dans l’actuel musée Rodin, qui accueille les femmes de mobilisés pour leur apprendre un métier. Notre délicat portrait jouant du reflet d’une porte vitrée, la montre avant la guerre, sereine.
Mercredi 15 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Théodore Géricault (1791-1824), Un Homme levant une poutre, tandis qu’une femme semble faire le guet, plume et lavis gris, 16 x 11,5 cm.
Frais compris : 51 250 €.
Géricault miniature
Vous aurez sans doute reconnu cette plume et lavis gris de Théodore Géricault, reproduite page 44 de la Gazette n° 14. Cette petite feuille (16 x 11,5 cm) était alors estimée entre 15 000 et 20 000 €. Il fallait la pousser jusqu’à 41 000 € pour l’emporter. Elle porte le cachet de la collection Charles Ferault et a également appartenu au peintre naturaliste Léon Lhermite (1844-1925). Notre sujet laborieux, Un homme levant une poutre, tandis qu’une femme semble faire le guet, ne pouvait que susciter l’intérêt de celui qui à travers son œuvre a témoigné de la vie sociale ouvrière et paysanne de son époque. Géricault était également un artiste engagé – «l’espérance de tout un siècle», a dit de lui Alexandre Dumas. Lorsqu’il peint l’Officier de chasseurs à cheval de la Garde chargeant et le Cuirassier blessé quittant le feu, est-ce l’épopée napoléonienne qu’il célèbre, ou n’en souligne-t-il pas plutôt les lourdes conséquences humaines ? En décrivant des anonymes, Géricault ne choisit pas en tout cas d’héroïser la guerre. Concernant l’Officier à cheval, Michelet écrit «Il se tourne vers nous et pense […] Cette fois, c’est probablement pour mourir.» Quant au Radeau de la Méduse, l’exégèse politique et sociale dont il a fait l’objet remplit des pages et des pages. Quoi qu’il en soit, c’est sans doute l’un des tableaux qui traduit le mieux l’état de crise du XIXe siècle, secoué par les révolutions politiques, sociales et économiques. Rapportée à un fait divers, un naufrage comme il y en avait tant à cette époque, la dimension d’un tableau d’histoire prend alors tout son sens. Ce tableau est un réquisitoire contre l’incompétence et la corruption de l’administration sous la Restauration. Géricault observe le peuple. Dans notre dessin, il l’immortalise en quelques traits de plume, le lavis gris lui donnant, tout en ombre et lumière, une forte présence plastique justement appréciée par les enchères.
Vendredi 17 avril, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV, M. Auguier.
Alexander Calder (1898-1976), Trois pics, 1968, gouache, 78 x 58 cm.
Frais compris : 94 240 €.

© Calder Foundation New York/ADAGP, Paris 2015
Un triplé de Calder
Avec trois gouaches exécutées en 1968 et 1969 Alexander Calder faisait carton plein, totalisant 209 560 € frais compris. La plus haute enchère, 76 000 €, fusait sur cette feuille de 1968 intitulée Trois pics. Assortie d’une estimation n’excédant pas 15 000 €, elle était reproduite en couverture de la Gazette n° 12. Rappelons qu’offerte par l’artiste à une collaboratrice d’Aimé Maeght, elle est à mettre en rapport avec le stabile monumental commandé par la ville de Grenoble à l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver qu’elle organisait, et placé devant la gare. Cette œuvre symbolise les trois massifs montagneux qui dominent la cité alpine, celui de la Grande Chartreuse, celui du Vercors et celui de Belledonne. Un soleil rouge vient apporter la touche lumineuse contrastante, typique de l’artiste. Cette gouache était la plus minimaliste des trois proposées. À 55 000 €, les prévisions étaient doublées pour une autre (78 x 58 cm) de 1969 signée Sandy, le surnom du créateur, et dédicacée à une certaine Gisèle à la date du 20 juillet 1969, jour où le LEM (Lunar Excursion Module) d’Apollo 11 se posait sur la Lune, permettant à Neil Armstrong de faire «un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité». Calder se passionnait depuis les années 1950 pour la conquête spatiale et il traduit dans cette gouache cet engouement, dépeignant un symbole noir posé entre une lune et une étoile sur une surface arrondie parcourue d’un damier bleu, blanc et rouge. La dernière (65,5 x 49 cm), adjugée 38 000 €, prévisions plus que doublées, est un projet pour l’affiche du XXIVe Salon de mai, organisé en 1968 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. La locution «Salon de mai» danse au milieu de cercles colorés. Ce projet ne sera pas retenu, au profit d’une composition plus sobre de larges aplats rouges, noirs, l’un bleu.
Vendredi 17 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
De Baecque & Associés SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Jean d’Aire, réduction, bronze à patine vert brun nuancé, signé « Rodin » sous le pied gauche, cachet « Alexis Rudier fondeur, Paris », marqué « A. Rodin », 47 x 16,1 x 12,5 cm.
Frais compris : 325 000 €.
Calaisien sacrifié
Cette sculpture tenait toutes ses promesses : avancée autour de 120 000 €, elle doublait largement ses attentes. Lors de la vente, Me Frémaux-Lejeune l’a qualifiée de «pièce mythique» ainsi que de «morceau d’histoire». Car, il s’agit d’une réduction d’un des personnages des Bourgeois de Calais, monument commandé à Auguste Rodin, en janvier 1885, par Omer Dewavrin, maire de la ville. Il rend hommage au courage de six Calaisiens comme le décrivent les Chroniques de France de l’historien Jean Froissart. Durant la guerre de Cent Ans, ils se sont sacrifiés en août 1347, à la demande du roi Édouard III, afin de laisser la vie sauve à l’ensemble des habitants de la ville sur le point d’être conquise par les Anglais après un long siège. Il faut dix ans à Rodin pour concrétiser le monument au thème ambitieux, car il doit mettre en scène les six notables marchant en procession vers la mort. Érigé en 1895 sur la place de l’hôtel de ville – aujourd’hui place du Soldat-inconnu –, il portraiture donc grandeur nature Eustache de Saint-Pierre, le plus notable, puis Jacques et Pierre de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d’Andres. Et bien sûr notre modèle Jean d’Aire, qui s’était levé en deuxième position pour partager le sort héroïque d’Eustache de Saint-Pierre. Dès le vivant d’Auguste Rodin, les réductions en bronze des bourgeois connaissent un vif succès. Notre exemplaire, daté entre 1910 et 1917, a fait partie des collections d’Alphonse Kann (1870-1948), appartenant à une famille aisée de financiers et ami de Marcel Proust, au lycée Condorcet. Spolié en 1940 par les nazis, il est retrouvé six ans plus tard à Berlin par les Américains, qui le restituent à la famille. Entré en 1950 dans une collection privée française, il suscitait l’enthousiasme de plusieurs amateurs, présents en salle, en live et au téléphone. Au final, il rejoint la demeure d’un enchérisseur anglo-saxon.
Rouen, dimanche 19 avril.
Normandy Auction SVV, étude Delphine Frémaux - Lejeune.
Cabinet Brun - Perazzone.
Congo, Bembe. fétiche masculin debout, yeux incrusté, bois à patine d’usage, h. 14,5 cm.
Frais compris : 117 800 €.
Statuette Bembe
L’art africain était l’un des principaux points de mire d’une vente vannetaise. Les estimations ont d’abord triplé à 16 500 € pour acquérir un beau chasse-mouches kongo, façonné en bois à très belle patine d’usage, dont la poignée est sculptée en forme d’un personnage agenouillé. Il était toutefois largement distancé par ce fétiche superbe, recueillant le prix le plus haut de la vacation. Provenant d’une collection particulière, il illustre l’art de la statuaire chez les Bembe ou Babembe, établis au Sud-Kivu, en République du Congo, au nord et à l’ouest du lac Tanganyika. Avant la colonisation, chacune des ethnies de cette région est organisée en royaume. Chaque société a aussi ses propres masques et costumes. La religion y est fondée sur le culte des ancêtres, des esprits de la nature et de la terre. Ce fétiche, proposé en bon état de conservation, figure ainsi les aïeux illustres. Dans l’orifice apparaissant dans son dos, le prêtre met une charge magique pour inviter l’âme du défunt à prendre possession de la statuette. En la manipulant, son propriétaire fait appel à l’esprit de l’ancêtre incarné par ce fétiche ; chassant les mauvais esprits, il apporte protection et prospérité à lui et à sa famille. La posture hiératique, la musculature puissante et la scarification de l’abdomen incitent à ranger la statuette parmi la tradition du groupe G. 16, que définit Raoul Lehuard dans son ouvrage Art Bakongo - Les centres de style (pages 371 à 377). Œuvre de grande qualité, on y lit un agencement harmonieux des volumes et des proportions, notamment le beau traitement du sillon vertébral. Annoncé autour de 15 000 €, il provoquait une belle bataille d’enchères. À 70 000 € étaient encore en lice quatre amateurs. Guerroyé ferme, il sextuplait les estimations et gagne au final la collection d’un fervent amateur d’arts premiers.
Vannes, samedi 18 avril.
Jack-Philippe Ruellan SVV. Mme Daffos. M. Estournel.

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