La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Yves Tanguy (1900-1955), La Couche sensible, 1933, huile sur panneau, 17,3 x 34,8 cm.
Adjugé : 310 000 € 
Deux collections de surréalisme
Les presque deux cents documents, tableaux modernes, dessins et photographies surréalistes réunis dans deux collections, celle de Clarisse Legrand – première épouse de Gérard Legrand, poète, philosophe, essayiste et proche collaborateur d’André Breton – et celle de Marie-Louise et Jehan Mayoux, réunissaient près de 1 M€. Un succès conforté par de beaux prix portés sur les œuvres phares appartenant à chacune. L’huile sur panneau d’Yves Tanguy (1900-1955), tout d’abord, énigmatique et dont un détail ornait la couverture de la Gazette no  32 du 21 septembre… La Couche sensible, de 1933, développe le monde mental du peintre, en exprime la genèse et s’inscrit dans ce que l’auteur du Manifeste du surréalisme décrit comme des «paysages peuplés de formes embryonnaires». L’artiste l’avait offerte à l’épouse de son ami Mayoux, un homme engagé, signataire de textes pour des revues syndicalistes, pacifiste convaincu et épris de liberté. En novembre 1965 paraissait dans La Brèche son texte manifeste,
«La Liberté une et divisible». L’œuvre de Marie Cerminova, dite Toyen (1902-1980), ensuite. Clarisse Legrand et l’artiste tchèque étaient amies, et cette toile de 1958 était un cadeau, conservé par la famille de la récipiendaire. Reproduite dans l’«Événement» que la Gazette no 35 du 12 octobre a consacré à cette vente, elle retenait 229 400 € et rappelait à juste titre l’importance des rapports affectifs qui unissaient ces enfants terribles de l’art. Des liens existant également avec María de los Remedios Varo y Uranga (1908-1963), une artiste immergée dans le cercle intime des surréalistes par son compagnon Benjamin Péret, après avoir fui la guerre civile espagnole. L’Âge des ténèbres, une toile dont la date –  1942 – résonne avec le sujet, était récompensée de 99 200 €. La Composition de Joan Miró (1893-1983), une œuvre sur papier de 1956, apportait un peu de légèreté à 229 400 €. Les institutions faisaient leurs emplettes parmi les documents, à sept reprises pour la bibliothèque Kandinsky – le centre de documentation du Centre Pompidou –, dont à 424 € le premier numéro de la revue Fragile et à 1 364 € une maquette originale des numéros 1 à 9 de Bief, et quatre fois pour la bibliothèque municipale de Nantes. Celle-là accueille ainsi des archives en lien direct avec Benjamin Péret, notamment son manuscrit autographe de La Mort par la feuille (2 728 €) et un carnet de notes contenant des textes relatifs au Mexique (3 472 €).
Vendredi 9 novembre, salle 2 – Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations OVV. Mme Sevestre-Barbé, MM. de Louvencourt, Oterelo.
Pierre Achille Poirot (1797-1852), Vue topographique et historique du château de Fontainebleau, 1843, huile sur toile, 66 x 97,5 cm.
Adjugé : 10 112 €
Fontainebleau et les armes
Deux journées pour disperser près de six cents lots de souvenirs militaires et d’armes anciennes, rien de moins. Il fallait bien cela pour faire écho aux célébrations du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Pas de poilu néanmoins dans cet ensemble, le seul témoin de la Grande Guerre étant un casque prussien d’infanterie, modèle 1915 – le fameux «casque à pointe» –, porté à 822 €. L’essentiel se passait au XIXe siècle, avec notamment quelques épées d’honneur : notamment celle créée en commémoration de la bataille de Fachoda et celle du général Dodds, réalisée par Auger et datée 1893 (reproduites pages 60 et 66 de la Gazette no 38). Elles tranchaient respectivement 10 491 € et 8 216 €, la seconde faisant l’objet d’une préemption du musée de l’Armée. Ces lames étaient accompagnées du modèle de celle offerte à l’amiral Bruat (1796-1855) par la ville de Colmar reconnaissante, en 1855. Signé de la maison Delacour, fourbisseur d’armes à Paris, doté d’une garde richement travaillée en cuivre argenté et d’une lame losangée en damas et gravée à l’or, sur la partie centrale, de feuilles de chêne et de lauriers, l’exemplaire sortait de son fourreau à 10 112 €. Et, puisque la question de la distinction est au cœur du sujet, l’occasion est belle de se pencher sur une paire de pistolets à silex, un modèle de récompense d’officier supérieur de Marine, également utilisé par les amiraux. Ce type d’armes, datant de l’époque Consulat, était offert par Bonaparte, Premier consul. Il s’agissait pour lui d’exprimer sa reconnaissance aux valeureux officiers de la flotte espagnole. Un honneur accompagné ici d’un résultat de 35 392 €. Le 3 novembre dernier, le château de Fontainebleau inaugurait une exposition consacrée à Louis-Philippe et, dans cette vente, préemptait une Vue topographique et historique du château de Fontainebleau datée 1843 – donc de la monarchie de Juillet – et signée Pierre Achille Poirot (1797-1852). On peut y voir Pie VII de retour d’une promenade dans le parc, donnant sa bénédiction à des enfants malades. Ce que le tableau ne dit pas, c’est que la scène se situe en fait entre 1812 et 1814 et que le pape est alors en résidence surveillée pour avoir osé s’opposer à Napoléon Ier. Un moment historique pour un lieu qui l’est tout autant.
Jeudi 8 et vendredi 9 novembre, salle 1 – Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. M. Croissy.
Octave Mirbeau (1848-1917), Vauperdu {Les affaires sont les affaires}, manuscrit autographe signé, soixante-treize pages in-4°, montées sur onglets et reliées en un volume in-4o en maroquin rouge, dos à nerf de Marius Michel, Nice, 19 mars 1901.
Adjugé : 28 980 €
Octave Mirbeau, penseur social moderne
268 619 € pour la bibliothèque du bâtonnier J.-C. D., un homme féru de littérature qui, entre autres manuscrits et ouvrages, possédait un fonds important d’éditions originales et d’autographes d’Octave Mirbeau (1848-1917). En toute logique, le manuscrit autographe de la célèbre pièce Les affaires sont les affaires remportait un franc succès, comme lors de sa première à la Comédie-Française, le 20 avril 1903, et s’adjugeait la première place à 28 980 €. Comédie de mœurs et de caractère dans la lignée de celles de Molière, elle offre au spectateur un vrai moment de plaisir et se joue de tous les difficiles équilibres que nécessite ce type d’exercice. Une édition originale de 1903 prolongeait la découverte à 6 893 €. Mirbeau décède en 1913 : il ne verra donc pas la fin du conflit de 14-18, lui qui a vécu de façon traumatisante la débâcle de 1870 et que cette nouvelle guerre désespérait – il était un authentique pacifiste, mettant sa plume au service de nombreuses causes. La dédicace «À Georges Clemenceau, son ami, Octave Mirbeau», apposée sur une édition du Jardin des supplices de 1899, rappelle ses nombreux engagements. Les deux hommes avaient justement noué une amitié au moment de l’affaire Dreyfus, se retrouvant tous deux à soutenir Zola après la publication de sa lettre ouverte dans L’Aurore. L’ouvrage recevait 6 893 €. L’intérêt de la bibliothèque de l’Arsenal se portait sur un jeu d’épreuves corrigées de l’édition originale des Contes à soi-même d’Henri de Régnier  (1864-1936), préempté à 975 €, et celle d’Albi intervenait à deux reprises pour des documents liés à Eugénie de Guérin (1805-1848), une femme de lettres, emportant à 1 191 € six lettres à son frère et à 877 €, une notice publiée par Jules Barbey d’Aurevilly.
Mercredi 7 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. Mme Castaing, MM. Castaing, Courvoisier.
Eustache Le Sueur (1617-1655), Saint Paul délivrant un possédé ou Saint Paul guérissant des malades, huile sur toile, 175 x 137,5 cm.
Vendu : 250 000 €
Saint Paul et Sissi, deux figures historiques
Miracle mitigé pour saint Paul ! Si le général converti et ardent promoteur du christianisme naissant a su guérir des malades, ainsi que le morceau de réception peint par Eustache Le Sueur (1617-1655) le révélait en couverture de la Gazette no 38 du 2 novembre (reproduit ci-contre), il n’a été acquis qu’en after sale et à 250 000 € par le musée Fabre de Montpellier, décidément toujours aux aguets. En revanche, Sissi (voir Gazette n° 38, page 64), la belle impératrice d’Autriche incarnée sur les écrans par Romy Schneider, déployait ses charmes sous le pinceau de l’Autrichien Franz Schrotzberg (1811-1889), vers 1860, et recevait un hommage de 143 000 €. Un record mondial (source : Artnet) qui consacrait à la fois une légende et son peintre. Page 64 du même numéro, il était précisé que deux autres versions de ce portrait existent : l’une dans la collection des princes du Liechtenstein, la seconde au musée des Carrosses de Schönbrunn. L’artiste choisi n’est pas un inconnu à la cour : membre de l’Académie de Vienne, il y a fait ses preuves et fixera à plusieurs reprises – et de manière plus convenue – les traits de l’empereur François-Joseph Ier ainsi que d’Élisabeth. Lors de la première partie, dévolue aux maîtres anciens, une toile attribuée à Gaspar de Crayer (1584-1669), Laissez venir à moi les petits enfants (111 x 150 cm), retenait 78 000 €. Elle rappelait que la production de son atelier, parmi les plus importants de l’âge d’or des écoles flamandes, comportait un versant religieux capable de répondre à de multiples commandes.
Vendredi 9 novembre, salle 6 – Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. M. Millet.
Carlo Scarpa (1906-1978), Laccato nero et rosso, coupe bicolore de la série laquée, réalisés a incalmo en verre soufflé pour la manufacture Venini, modèles créés en 1940, h. du vase 17 cm, diam. de la coupe 23,5 cm.
Adjugé : 89 600 €
Epoustouflant Scarpa
Carlo Scarpa (1906-1978) est l’une des plus belles signatures des ateliers Venini de Murano. Il participe à l’aventure dès 1934 et, directeur artistique jusqu’en 1947, y concevra des pièces d’une virtuosité époustouflante – secouant au passage ce Landernau plutôt conservateur. Ce vase et cette coupe en témoignent, avec des résultats justifiés : 128 000 € pour le premier, 89 600 € pour la seconde. Le verre est un laboratoire pour ce Vénitien : entre le matériau et le créateur, c’est la fusion parfaite. Il jongle en alchimiste entre la quête perpétuelle de nouveauté et un ancrage dans la tradition pour donner naissance, en 1940, à la série «Laccati neri e rossi». C’est du côté des céramiques et des laques de Chine qu’il est allé puiser cette idée de «laquer» ses verres soufflés séparément. Les deux éléments, le rouge et le noir, sont ensuite assemblés par un procédé complexe, l’incalmo. Il s’agit de réunir à chaud deux demi-sphères de couleurs différentes, une opération nécessitant le concours des meilleurs ouvriers de l’atelier. Peu de pièces seront produites, naturellement. Ce savoir-faire exceptionnel est exposé pour la première fois à la XXIIe Biennale de Venise de 1940 et sera une révélation. On le comprend, tant, près de quatre-vingts ans plus tard, ces pièces surprennent encore par leur modernité.
Mercredi 7 novembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. Cabinet PBGExpertise.
Enseigne de l’entreprise Nadar, en fer découpé et laqué rouge, quatre éléments montés sur supports à sceller, environ 145 x 285 cm.
Adjugé : 19 840 €
Nadar, cinq lettres, un étendard
Cela ne pouvait mieux tomber ! Présenter l’une des enseignes de l’entreprise Nadar, au moment même où la BnF organise une grande manifestation consacrée à cette saga familiale (voir Gazette n° 38 du 2 novembre, page 220), ne peut entièrement relever du hasard… En fer découpé laqué rouge et composé de quatre éléments montés sur supports à sceller, l’objet flottait comme un étendard à 19 840 € dans une vente entièrement dévolue à la photographie. Il rappelait que, le talent ne suffisant pas, il a fallu très tôt l’accompagner d’une démarche commerciale. Le pseudonyme «Nadar» s’inscrit dans cette logique : il deviendra une véritable marque, accrochée sur les façades des studios successifs de Félix Tournachon (1820-1910), après qu’il eut obtenu gain de cause en justice et que son frère Adrien n’eut plus le droit de l’employer. Celle de l’atelier de la rue d’Anjou notamment, où il captura l’entretien de l’ambassadeur de Chine, Shu King Chen, et d’Eugène Chevreul en 1886 (treize épreuves sur papier albuminé, 10 240 €). La seconde partie de la dispersion portait sur la collection de Claudine et Jean-Pierre Sudre (voir page 63 du même numéro). Outre les tirages argentiques de ce dernier – 5 120 € pour Neigios, de 1966, ou 4 608 € pour Hexaphore, de 1964 –, un exemplaire complet des douze tirages argentiques des «Transmutations» de Brassaï (1899-1984), série produite entre 1934 et 1935 sous l’influence de Picasso, retenait 64 000 €.
Jeudi 8 novembre, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. M. Romand.
David Petrovich Shterenberg (1881-1948), Nature morte au vase rouge, huile sur toile, 71,3 x 55,5 cm.
Adjugé : 109 200 €
Shterenberg, un artiste russe engagé
En enregistrant 109 200 €, cette Nature morte au vase rouge de David Petrovich Shterenberg (1881-1948) obtient un record français et le sixième plus haut résultat de l’artiste (source : Artnet). Ce peintre russe d’origine ukrainienne est peu présent sur le marché (trente-trois références seulement sur le site cité) et finalement assez peu connu hors du cercle des spécialistes de l’école russe. Après avoir étudié à Odessa, il s’installe à Paris en 1906 et fréquente l’avant-garde sur les bancs de l’académie Vitti et à la Ruche, où il réside. Il découvre l’art de Cézanne et le cubisme, qui marqueront profondément son œuvre ultérieure, et expose dans les principaux salons de la capitale. Après la révolution d’Octobre, il choisira de rentrer en Russie et, socialement impliqué dans le développement culturel de la nouvelle patrie, sera l’un des organisateurs – avec Naum Gabo et Natan Altman – de la première exposition d’art russe à Berlin (1922). Pourtant, petit à petit, sa peinture sera jugée trop indépendante et pas assez en ligne avec le réalisme soviétique. Il perdra la faveur des autorités, et donc du public. Son style dépouillé, marqué par les contrastes colorés et des lignes clairement dessinées, est aujourd’hui revenu sur le devant de la scène. Lors de la même vacation, essentiellement dédiée à l’art russe et caucasien, deux signatures caractéristiques de l’âme arménienne se démarquaient aussi. Martiros Sarian (1880-1972) se souvenait des églises du monastère de Sevanavanck sur Le Lac Sévan, de 1954 (32 500 €), et Bashindjagian Gevorg Zakharovitch (1857-1925), d’un soir paisible et de Clair de lune sur la Kura à Tiflis (37 700 €).
Mardi 6 novembre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV.
Maison Fabergé, Saint-Pétersbourg, 1899-1908, cachet à cire en or, prise sculptée dans un bloc de quartz fumé représentant un oushebti royal, reposant sur une base à décor de feuilles de lotus en émail translucide sur fond guilloché, poinçon du maître orfèvre Mikhaïl Perkhin (1860-1903), poids brut 72 g, h. 9,5 cm.
Adjugé : 39 556 €
Fabergé et ses maîtres d’atelier
Le génie créatif et technique de Karl Fabergé (1846-1920) était sans nul autre pareil, et chaque apparition sur le marché d’un objet de vitrine ou d’une pièce d’orfèvrerie issus de ses ateliers rappelle que sa production était bien loin de se limiter aux œufs de Pâques impériaux, aussi fastueux et célèbres soient-ils. Il a su élever au rang d’œuvres d’art des objets usuels, sublimant aussi bien l’étui que l’encrier, en passant par le banal carnet ou le cachet. Celui présenté ici est en quartz fumé, permettant de rappeler l’appétence sans limite de Fabergé pour le travail des pierres dures – aucun bloc ne lui résistait et il se jouait de toutes les veines. Pour cette pièce, frappée à 39 556 €, le joaillier est allé chercher l’inspiration du côté de l’Égypte antique. Alors qu’un étui à cigarettes en vermeil poinçonné du maître d’atelier Henri Wigström (1862-1923) jouait avec le velouté lisse d’une plaque de néphrite (15 312 €), une boîte à pilules en or présentait sur son couvercle une originale roulette de casino, rendue mobile par un bouton poussoir en saphir (17 864 €). C’est le maître Auguste Hollming (1854-1913), travaillant exclusivement pour la maison, qui a réalisé cette petite merveille de créativité. Quant à la boucle de ceinture en or et émail rose translucide, que l’on pouvait admirer en page 71 de la Gazette no 38 (9 570 €), elle est l’œuvre de Mikhaïl Perchin (1860-1903). Voici bien un autre trait de génie de Karl Fabergé : celui d’avoir su s’entourer des meilleurs !
Mercredi 7 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. M. Boulay.
Otto Wegener (1849-1924), Portrait d’Edward Steichen en pilote automobile, 1906,
épreuve d’exposition à la gomme bichromatée (Steichen print), 34 x 29,5 cm.
Adjugé : 14 720 €
Steichen, Wegener, Rodin
Avec trois préemptions et quatre acquisitions, les musées remplissaient leurs objectifs lors de la vente des photographies d’Otto Wegener (1849-1924). Le musée Rodin emportait à 14 720 € son magnétique Portrait d’Edward Steichen en pilote automobile, reproduit en couverture de la Gazette no 34 du 5 octobre et fixant un moment de grande complicité entre deux hommes. L’institution parisienne honorait ici la figure d’Edward Steichen (1879-1973), peintre et photographe américain présenté à Rodin, en 1901, par l’artiste  norvégien Frits Thaulow. Le contact passe immédiatement, le sculpteur accueillant le jeune homme dans son atelier de Meudon pendant près d’un an. Au cours de cette période, celui-ci réalisera une série de portraits du maître, ainsi que des photographies de ses sculptures (Le Penseur, Monument à Victor Hugo, L’Éveil…). Mais ce qui marquera réellement les esprits sera sa série sur le Monument à Balzac, réalisée en 1908. Elle connaîtra une diffusion internationale et Rodin, admiratif et enthousiaste, dira : «Vos photographies feront comprendre au monde mon Balzac. Le photographe sera désormais aux côtés de ses clichés, juste retour. C’était ensuite au tour du palais Galliera de préempter deux épreuves, immortalisant la comtesse Greffulhe (6 400 € et 6 144 €). Sur chacune, cette mécène des sciences et des arts était admirablement vêtue de mousseline 1900. Puis la ville d’Évian s’offrait une épreuve argentique, Anna de Noailles au vison, vers 1905 (1 664 €), celle de Cabourg en acquérant trois, Boni de Castellane en costume de Talleyrand (2 944 €), une Élégante au chapeau (2 560 €) et Anna de Noailles au manchon (960 €).
Jeudi 8 novembre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Daguerre OVV. M. Plantureux.
André Maire (1898-1984), Temple de Bhubaneswar, huile sur panneau d’Isorel, 1940, 157 x 180 cm.
Adjugé : 63 800 €
L’Inde sublimée par André Maire
André Maire (1890-1984) est le peintre voyageur par excellence. Depuis l’Indochine, où il termine son service militaire pendant la Première Guerre mondiale, il n’aura de cesse de parcourir le monde et d’observer les paysages, les monuments et les habitants des autres cultures par le biais de son pinceau libre et fécond. N’appartenant à aucune école ni à aucun courant, il bâtit son propre style, notamment dans ses grandes peintures décoratives sur panneau d’Isorel, qui sont l’une de ses spécificités. En 1940, en escale à Ceylan, il est contraint de rentrer en France, où il vient d’être mobilisé. Il s’y était arrêté en revenant d’un beau séjour en Inde. Là-bas, comme à Angkor, c’est la majesté des temples et des villes saintes qui le séduit. Les monuments anciens seront le sujet principal de toiles, pourtant peuplées de dizaines de personnages mais traduits en miniature, en touches colorées. Cette Vue du temple de Bhubaneswar, qui avait déjà retenu l’attention page 68 de la Gazette du 2 novembre, était adjugée 63 800 €, obtenant le deuxième meilleur prix sur le marché pour son auteur et un record français (source : Artnet). Viendra ensuite le temps de l’Afrique, de l’Asie à nouveau, puis de Madagascar. La vie d’un insatiable globe-trotteur…
Jeudi 8 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Morel OVV. Cabinet Chanoit.

http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp