La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Berlin, vers 1810-1820. Labrum ou vasque sur pied en marbre jaune de Sienne et granit gris, 70 x 64,5 x 64,5 cm.
Adjugé : 90 144 €
Le néoclassicisme au début du XIXe siècle
Au début du XIXe siècle, la Prusse accélère son industrialisation grâce au congrès de Vienne de 1815 et à ses conditions favorables : l’obtention de la majeure partie de la Saxe, de la Rhénanie et de la Westphalie. Berlin n’est pas encore sa capitale – elle le deviendra en 1871 sous Bismarck – mais déjà, la ville s’accroît et sa population double, passant de 197 000 à 400 000 habitants. L’époque est donc bénéfique et en parallèle du développement industriel, les arts en sommeil depuis quelques décennies sont à nouveau à l’honneur, sous le signe du néoclassicisme triomphant. Depuis la redécouverte de Pompéi et d’Herculanum, le salut européen passe par le goût de l’antique. Les Allemands ne sont pas en reste. Karl Friedrich Schinkel (1781-1841), l’un des plus grands architectes néoclassiques, transforme Berlin en la couvrant de bâtiments majeurs et majestueux, alternant portiques et colonnades. Johannes Matthaüs Mauch (1792-1856) travaille dans le même esprit… Celui-ci dessine et grave de nombreux objets de haute décoration – qui seront publiés dans le recueil Vorbilder für Fabrikanten und Handwerker de 1821 – dont un modèle de labrum, ou vasque sur pied, repris de celui, datant du Ier siècle avant notre ère, trouvé dans les jardins de la villa de Mécène à Tivoli. Cet exemplaire berlinois, réalisé en marbre jaune de Sienne vers 1810-1820 et porté à 90 144 € en est très proche. Citons également le labrum, très proche, du château de Berlin, résidence des Hohenzollern, ainsi que celui en marbre noir ornant le grand escalier du palais de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. On y retrouve les mêmes caractéristiques : un réceptacle évasé, une encolure sculptée d’une frise d’oves, une corolle de godrons, un piédouche strié présentant des motifs de canaux et des cygnes aux ailes déployées. L’emploi du marbre n’est pas anodin non plus, ce matériau étant bien le plus prisé de l’Antiquité. En revanche, le guéridon «aux têtes léonines» en bronze patiné, à plateau de marbre vert de mer, fin XVIIIe-début XIXe et présenté en page 46 de la Gazette n° 26, bien que lui aussi d’inspiration antiquisante, ne trouvait pas preneur.
Vendredi 7 juillet, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur OVV.
Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929), Portrait de Madame Silhol, 1893-1894, huile sur toile, 90 x 64 cm.
Adjugé : 50 400 €
Un portrait mondain teinté de symbolisme
Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929) est élève aux Beaux-Arts de Gérôme et de Cabanel, mais s’il apprend le métier auprès d’eux, il va assez vite s’éloigner de la voie académique tracée par ces deux maîtres. Sous l’influence de Jules Bastien-Lepage, il abandonne les scènes de genre descriptives et narquoises qui signent ses premiers succès et s’essaie à une peinture aux intonations mystiques, qui le rapprochent du symbolisme. Jusque dans ses sujets empruntés au monde des travailleurs, il insuffle une intensité spirituelle et poétique. Celle-ci est particulièrement sensible dans un tableau conservé au musée des beaux-arts de Nancy, Dans la forêt (1892). Ce Portrait de Madame Silhol, exécuté en 1893 ou 1894 – année le voyant figurer au Salon de la Société nationale des beaux-arts –, accrochait 50 400 €. Réaliste par son sujet, ce portrait d’une femme de la haute société provinciale – dont l’époux, André Silhol, occupe la fonction de maître des requêtes au Conseil d’État, deviendra officier de la Légion d’honneur et se fera construire un magnifique hôtel particulier à Nîmes – rejoint le symbolisme dans son traitement, par l’aspect mélancolique et méditatif de la dame, qui émerge d’une lumière très blanche, comme dans un halo, sur un fond sombre aux nuances bleu canard et vert.
Vendredi 7 juillet, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV. Cabinet Chanoit.
Édition Madoura, Pablo Picasso (1881-1973), vase balustre à deux anses en céramique glaçurée, à décor en blanc et grisaille d’un visage dans un semis d’étoiles, h. 38 cm.
Adjugé : 35 056 €
© Succession Picasso, 2017
Picasso, la matière et la forme
Ainsi que le raconte l’exposition actuelle du musée de la Céramique de Rouen («Picasso : sculptures céramiques, jusqu’au 11 septembre) dans le cadre d’une saison consacrée à l’artiste, Pablo Picasso (1881-1973) s’invite dans l’art céramique notamment pour s’y exprimer «dans la matière et dans la forme», selon les propos de Jean-Louis Andral, directeur du musée Picasso d’Antibes. Il utilise les ressources du volume constitutif du médium pour produire des objets du quotidien inspirés directement de la sculpture. C’est ainsi que cavalières, mais aussi chouettes, oiseaux et condors se font pichets ou vases. C’est la rencontre du maître avec le couple Ramié et son installation à l’été 1947 à Vallauris, à la poterie Madoura, qui permet ces réalisations. Ce vase balustre à deux anses, évoquant une jeune femme, liait l’utile à l’esthétique et collait au propos à 35 056 €. Il appartient à une série de vases avec anses et cols coniques reposant sur la technique picturale du noir sur blanc ou du blanc sur noir, afin de jouer sur la volumétrie et la perception visuelle du plein et du vide, créée dans les années 1950. Jeu de matériaux aussi sur un grand (100 x 56 cm) panneau italien du XIIe ou XIIIe siècle, constitué d’une mosaïque de porphyres et marbres de couleurs formant des motifs géométriques. Celui-là se posait à 10 016 €.
Lundi 3 juillet, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Brissonneau OVV.
Benjamin Rabier (1864-1939), Le Saut du cercle, gouache sur papier contrecollé sur carton épais, 31,5 x 44 cm.
Adjugé : 25 000 €
Et hop, Benjamin Rabier est de retour !
Plusieurs dessins originaux et un album de Benjamin Rabier (1864-1939) s’alignaient sur le grille de départ de cette vente dévolue au 9e art. Trois remportaient ex aequo la palme à 25 000 € : Le Lapin funambule (38 x 28 cm) reproduit page 48 de la Gazette n° 26 du 30 juin, l’album de plus de 190 croquis, à la plume et à l’encre noire essentiellement, et Le Saut du cercle reproduit ci-contre, sur lequel une occasion était judicieusement mise à profit. La maison Tessier & Sarrou et Associés poursuivait son exploration de l’œuvre de ce précurseur de la bande dessinée et une nouvelle fois, le succès l’accompagnait – elle détient le record du monde pour l’une de ses œuvres (source : Artnet) avec une illustration à la gouache, Un numéro de tapis, vendue 68 750 € le 26 novembre 2016. De nombreux albums cartonnés de l’artiste publiés dès le début du XXe siècle prenaient la suite, s’échangeant entre quelques dizaines et quelques centaines d’euros. La reconnaissance du marché et des collectionneurs à celui qui a donné de l’esprit aux bêtes ne se dément pas. Le même constat se répète pour l’œuvre d’Hergé (1907-1983), dont une gouache sur papier (23,7 x 17 cm) inédite, représentant Tintin accompagné du capitaine Haddock et du professeur Tournesol soignant un jeune scout, recevait 41 250 €.
Lundi 3 juillet, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. M. Buret.
Alberto Magnelli (1888-1971), L'Injustice, structure de traverses de bois et pierres diverses (silex, grès rouge...), support et agrafes métalliques, 227 x 205 x 90 cm.
Adjugé : 18 744 €
Magnelli totémique
Alberto Magnelli (1888-1971), peintre abstrait des années 1950 riche, selon les mots du critique d’art italien Achille Bonito Oliva, «d’une géométrie interne et silencieuse qui lui est propre» était également un collectionneur reconnu d’art primitif – il a fait don de nombreuses pièces à différents musées français – et un proche des surréalistes. Son amitié avec Georges Hugnet (1906-1974) est attestée dès 1934. Il lui dessine en 1961 cette sculpture monumentale, L’Injustice (h. 227 cm), qu’il lui offre accompagnée d’un plan de construction afin que le poète, par ailleurs historien du dadaïsme et auteur de collages singuliers, puisse l’assembler dans le jardin de sa maison de l’île de Ré. Constituée de traverses de bois et de pierres diverses (silex, grès rouge…), cette œuvre, transportée ici à 18 744 €, appelle par l’ambiguïté de son titre – où réside l’injustice ? Dans l’oubli de ces simples pierres par les artistes comme matériau, alors qu’elles sont œuvres d’art en elles-mêmes par la volonté de la nature ? – à une réflexion mise en résonance avec la pensée surréaliste. Géographiquement éloignée de cet univers mais évoquant également le monde de l’esprit, l’huile sur toile d’un artiste de l’entourage d’Henri Vinet, Méditation dans la forêt de Tijuça, choisie page 48 de la Gazette n° 26 pour illustrer la vente, ne sortait pas de l’ombre.
Jeudi 6 juillet, salle 15 -Drouot-Richelieu.
Farrando OVV. Cabinet Chanoit.
Tom Wesselmann (1931-2004), Big Study for Nude, 1976, graphite et Liquitex sur papier, 91,5 x 133,5 cm.
Adjugé : 636 000 €
De Wesselmann à Lee Ufan
Lee Ufan, avec cette toile épurée, et Tom Wesselmann, avec son Big Study for Nude (voir photo), étaient les artistes les mieux récompensés de ce spécial art abstrait et contemporain. Rien ne semble plus antinomique que ces deux œuvres, l’une minimaliste et incitant à la méditation, l’autre prosaïque et inspirée jusqu’à l’obsession par le nu féminin, intégré à des natures mortes surchargées de couleurs exubérantes. Pourtant, ces artistes – le premier philosophe de formation, le second licencié en psychologie – réagissent tous deux aux sollicitations à outrance de la société moderne. Alors que Wesselmann reprend les codes de la publicité pour dénoncer un monde déshumanisé et vain, Lee Ufan s’empare de l’espace et se concentre sur l’essentiel, la recherche de l’harmonie de l’homme et son environnement. Une seule trace de brosse, posée sur le vide de son fond monochrome, caractérise sa série des «Dialogues». Exécuté avec lenteur et précision, le geste concentré est presque un exercice spirituel prolongeant la pensée de l’artiste. Son dégradé gris évoque la dissolution d’un monde éphémère et incertain, qui incite le spectateur à la réflexion. L’artiste coréen a participé à la création du mouvement Monoha, né au Japon dans les années 1960-1970 et faisant écho au minimalisme occidental. Cette «école des choses» invite l’artiste à s’effacer devant le geste technique. Depuis plus de quarante ans, Lee Ufan crée des interactions entre la toile vierge et ses signes, poursuivant une réflexion globale sur l’infinité de l’espace et l’ambivalence du temps, montrant le vide et créant le silence. À défaut de posséder un tableau de l’artiste conceptuel, on pourra s’imprégner de sa métaphysique au Centre de création contemporaine Olivier Debré de Tours, grâce à l’exposition «Pressentiment», s’y déroulant jusqu’au 12 novembre.
Citroën DS 21 Cabriolet Chapron, châssis n° 4376099.
Adjugé : 200 080 €
De 1925 à 1990, les Citroën en vedettes
À Wissant, dans le Pas-de-Calais, l’hôtelier Michel Coenen avait réuni depuis les années 1980 nombre de remarquables automobiles anciennes dans une collection placée uniquement sous le sigle de Citroën. Célèbre dans toute la région, elle recelait des véhicules dont la date de fabrication s’échelonnait de 1925 à 1990. Jusqu’à ce dimanche 9 juillet où, le passionné de la marque au double chevron ayant décidé de se séparer de ses modèles mythiques, ils repartaient vers d’autres horizons, à l’issue d’une vacation organisée par Métayer Maison de Ventes aux Enchères OVV. À leur tête, une DS 21 cabriolet Chapron, mise en circulation le 16 mars 1967 ; possédant une mécanique en très bon état, mais aussi sa carrosserie et sa sellerie en cuir d’origine, l’icône automobile pouvait prétendre à 200 080 € vite atteints. À l’opposé de ce véhicule fastueux, mais tout aussi intéressante, s’avançait une Citroën 2 CH Sahara, dont la carte grise espagnole trahissait son origine : elle faisait partie des 85 exemplaires produits par l’usine de Vigo entre juillet et décembre 1964. Ces modèles étaient destinés à la Guardia espagnole, et comme le nôtre, était revêtus d’une belle couleur verte. Pour en prendre le volant, il fallait compter 41 480 €. Autre best-seller de la marque, la Citroën Mehari 4 x 4, d’une première mise en circulation du 3 mai 1980, un véhicule en très bon état car complètement restauré en 1996, démarrait pour 26 840 €. Une autre DS se faisait remarquer, le modèle 19 Prestige, mis en circulation le 16 juin 1960 et faisant partie des 40 unités construites pour cette année-là. Il vous fallait débourser 24 400 € pour vous l’approprier.
Wissant, dimanche 9 juillet.
Métayer Maison de Ventes aux Enchères OVV.

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