La Gazette Drouot
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Top des enchères
Merry-Joseph Blondel (1781-1853), Alceste et Admète, 1828, huile sur toile, 128 x 160 cm.
Frais compris : 120 768 €.
Le coeur des dieux grecs
En 1803, Merry-Joseph Blondel, élève prometteur du baron Regnault, remportait avec son Énée portant son père Anchise le premier grand prix de Rome. En 2016, avec cette magistrale toile au sujet de nouveau inspiré de la mythologie grecque, Alceste et Admète, il s’offre un record mondial (source : Artnet). Ses condisciples de l’atelier, certainement un peu jaloux de ses succès mais non dénués humour, lui avaient donné le surnom de «Monsieur Cinq-Prix» ! Sur son portrait dessiné par Ingres à Rome en 1809, et conservé au Metropolitan Museum de New York, le jeune peintre a en effet fière allure, portant haut un regard franc et serein sur son avenir. Il le peut… Artiste fécond, adepte de la peinture d’histoire et de la facture néoclassique, il aura une carrière émaillée de succès :
il exécute de nombreux portraits pour les galeries historiques des châteaux royaux – Jean de Joinville, Richard Cœur de Lion et Raymond IV de Toulouse pour Versailles, le salon de la galerie de Diane à Fontainebleau, où il déploie un cycle consacré à la déesse chasseresse, le plafond du palais Brongniart… L’histoire d’Alceste et Admète illustre à merveille la tragédie grecque, reprise par Euripide dans une pièce de théâtre présentée aux Dionysies de 438 av. J.-C. Lors de son mariage, Admète, roi de Phères, est empli d’un tel bonheur qu’il oublie de faire un sacrifice à Artémis. Apollon, reconnaissant envers le roi, qui l’avait accueilli lors de sa condamnation par Zeus, intervient pour calmer sa sœur et promet même la vie éternelle à Admète. Mais à une condition : à chaque fois que viendra le moment de sa mort, il devra se trouver un remplaçant. Seule son épouse Alceste accepte ce sacrifice ultime. C’est cet instant tragique que Merry-Joseph Blondel choisit de peindre. Héraclès, en visite au palais endeuillé, apprend la terrible nouvelle et, touché par ce don d’amour, descend aux enfers chercher la défunte et la ramener à son époux, éternellement reconnaissant.
Lundi 18 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes SVV. M. Millet.
Isidore-Stanislas Helman (1743-1806 ou 1809), Conquêtes de l’Empereur de la Chine…, Paris, chez l’auteur et chez Ponce, 1783-1788, suite de vingt-quatre planches gravées sur cuivre (37 x 50 cm) et aquarelles, dont trois assemblées formant un grand dépliant, reliure de l’époque en maroquin rouge. Frais compris : 94 500 €.
Source d’érudition
Le titre, «Livres rares et précieux», ne pouvait mieux tomber. Il est parfaitement en phase avec l’actualité bibliophilique de la semaine, illustrée par l’édition 2016 du Salon international du livre rare et de l’autographe, qui se tenait sous la nef du Grand Palais du 22 au 24 avril. Cette vente amplement pourvue débutait par deux livres d’heures, le premier de la seconde moitié du XVe siècle, agrémenté de riches enluminures en couleurs et or, lu à 4 000 €, et le second dédié à la Sainte Vierge, Paris, vers 1500, avec de belles majuscules ornées et recueilli à 4 000 €. Les deux ouvrages de Giordano Bruno, De Monade, numero et figura liber consequens… et De imaginum, signorum & idearum compositione (Francofurti, 1591), reliés à la suite l’un de l’autre, récoltaient 43 000 €. Il s’agit de rares exemplaires qui traitent d’alchimie et de sciences occultes, rédigés par un philosophe accusé d’hérésie par l’Église et qui finit sur le bûcher en 1600. Le même châtiment n’était pas réservé à l’empereur Qianlong (1711-1799), loin s’en faut, et ce sont ses victoires que le sinologue Isidore-Stanislas Helman raconte à travers vingt-quatre planches en couleurs, intitulées Conquêtes de l’Empereur de la Chine. L’exemplaire est d’une qualité parfaite, cette dernière était reconnue à 75 000 € (voir photo ci-dessus). Il récidivait quelques années plus tard, et illustrait cette fois la vie de Confucius. Rarissime également, l’édition, réunie dans une reliure en maroquin rouge finement orné, se découvrait à 12 000 €. La bibliothèque comprenait encore des livres traitant d’astronomie, dont l’un écrit par Johannes Bayer (23 000 €), d’alchimie, sous la plume de Stolcius (16 000 €), de géographie, de voyages, de traditions populaires ou de naturalisme. L’astérie, dessinée par Mathurin Méheut pour une Étude de la mer, se ramassait sur le sable à 1 600 €.
Mercredi 20 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Kapandji-Morhange SVV. M. Miran.
Vers 1830-1832. Robe et son turban en linon brodé de soie polychrome et bordures dentelées à cannetille métallique vieil or et fils de soie.
Frais compris : 2 625 €.
 
Cinquante nuances de blanc
Ce n’était pas dans l’espoir de résultats spectaculaires que cette vente, dédiée au blanc dans la mode enfantine et adulte, était choisie comme Coup de cœur de la Gazette n° 15, page 12 – il est bon de rappeler qu’en matière de création l’argent n’est pas le seul moteur –, mais pour le charme délicat qui en émanait et évoquait joliment un certain art de vivre entre les XVIIe et XIXe siècles. Elle fait de surcroît écho à l’exposition actuellement mise en scène au musée des Arts décoratifs à Paris, «Fashion Forward, trois siècles de mode (1715-2016)», et se tenant jusqu’au 14 août. Les 128 lots présentés provenaient tous, ou presque, d’une même collection patiemment tissée pendant des années. De délicatesse, la robe et son turban en linon brodé en soie polychrome, vers 1830-1832 (voir photo), n’est point dépourvue. Elle était enlevée à 2 100 €, comme une robe à crinoline en linon, vers 1850-1855, coupée pour être portée un après-midi d’été. La saison estivale s’illustrait à nouveau avec une robe à grande crinoline projetée, vers 1860-1865, soulignée à 2 200 € d’un volant en dentelles aux fuseaux et brodée de deux motifs de tournesols. En remontant le siècle, on pouvait croiser une élégante vêtue d’une robe Empire (1805-1810), accompagnée à 2 000 € de sa chemisette, partant se reposer dans une alcôve décorée de quatre panneaux en mousseline des Indes, brodés en Angleterre vers 1760-1770 et envolés par une brise légère à 2 500 €. Un col pèlerine à trois volants dit «Van Dyck», en batiste de coton à décor de carroyage, traduisait à 2 000 € le goût de la réminiscence pour les styles anciens de la période romantique. On ne peut terminer sans évoquer la fraîcheur immaculée des vêtements d’enfant, déclinant la mousseline, le percale, l’organdi, et notamment une robe et son boléro en piqué, vers 1860, au décor de soutaches d’inspiration «à la zouave» (1 800 €), que la chère Sophie de la comtesse de Ségur aurait pu arborer.
Jeudi 21 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Daguerre SVV. Mme Gauvard.
Jean-Louis Demarne (1752-1829), La Sortie de la ferme et La Rentrée des animaux à la ferme, deux huiles sur toile formant pendant, 130 x 196 cm. Frais compris : 150 000 €.
Le bonheur est dans le pré
Avec un prix au marteau de 125 000 €, ces deux huiles sur toile formant pendant offrent à Jean-Louis Demarne son plus haut résultat (source : Artnet). Le sujet est certes charmant, mais la provenance qu’elles affichent, elle, est impressionnante, puisqu’elles ont fait partie de la collection du prince Anatole Demidoff (1813-1870) et se trouvaient dans sa villa San Donato, près de Florence, puis dans sa vente après décès organisée à Paris les 21 et 22 février 1870. Jean-Louis Demarne appartient à une école de peinture marquée par la tradition hollandaise du XVIIe siècle de la scène de genre, magistralement illustrée par Jacob Van Ruysdael. Il n’est pas le seul de son époque, la mode à Paris étant alors aux grands maîtres du siècle de l’âge d’or, et Nicolas-Antoine Taunay ainsi que Jean-Frédéric Schall font de même. Artiste prolifique, il a réalisé de nombreux tableaux bucoliques, souvent de petit format, qui lui apportent le succès dans les salons et de nombreux achats privés. Ses compositions dynamiques et aérées séduisent, mettant en scène des foires champêtres, des routes empruntées par des diligences, des saltimbanques réjouissant un public de villageois devant une auberge, des fêtes et des enfants. La taille de ces deux toiles est rare (130 x 196 cm chacune). Elle lui a permis de développer plusieurs scènes dans un même tableau et de donner une impression très vivante et gaie. En effet, notre œil est invité à se promener d’un groupe d’enfants joueurs à un jeune berger observant ses vaches à l’abreuvoir, en passant par un petit troupeau de biquettes sur la première, et de retrouver sur la seconde de jeunes et charmants garnements s’amusant aux dépens d’un âne, alors que l’on ne sait si le berger joue du pipeau pour occuper son troupeau ou distraire la généreuse paysanne trayant une vache placide… La vie y jaillit de partout, joyeuse et simple !
Mardi 19 avril, salles 1-7 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Auguier.
Atelier de David Vinckboons (1576-1629), Kermesse de la Saint-Georges à Haudenarde, huile sur toile, 95 x 132 cm. Frais compris : 46 080 €.
Farandole villageoise
Les scènes de fêtes villageoises abondent dans la peinture des écoles du Nord du XVIIe siècle. Elles traduisent parfaitement l’esprit de liesse populaire qui animait les campagnes lors de ces grandes réjouissances, qui célébraient aussi bien l’arrivée de l’été que la fin des moissons ou un saint Patron – ici saint Georges –, et offrent à leurs exécutants un répertoire qui colle parfaitement avec le style baroque. Le sujet devient prétexte à développer un jeu savant de formes et de couleurs, afin de traduire en peinture toute l’exubérance de ce genre de scènes où se mêlent, en un joyeux cortège, toutes les générations, mais aussi gens du peuple et nobles dames. Pieter Bruegel l’Ancien (1525-1569) en est l’inventeur, et tout au long du XVIIe siècle, elles resteront fortement marquées de son empreinte. Il faut se souvenir que les maîtres étaient généralement spécialisés dans un genre particulier, pour lequel leur atelier travaillait. Alors que Frans Snyders est réputé pour ses peintures animalières, Jan Bruegel l’Ancien l’est pour les natures mortes de fleurs, et David Teniers le Jeune, pour ses tableaux de galerie… David Vinckboons, un peintre né à Malines, rejoint Amsterdam avec ses parents en 1586 pour des raisons religieuses – ils sont adeptes de la religion modérée  – et y importera le genre. On retrouve dans ce tableau, attribué à l’atelier de l’artiste, une facture rapide et un grand sens de l’association des couleurs, les deux servant une farandole endiablée qui entraîne la foule paysanne dans un tourbillon de joie de vivre et de plaisir des sens.
Mercredi 20 avril, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Massol SVV.
Jean Fautrier (1898-1964), La Clairière, 1963, huile et pigments sur papier marouflé sur toile signée et datée,  81 x 130 cm.
Frais compris : 707 880 €.
 
Fautrier tellurique
Deux collectionneurs français ferraillaient dans la salle jusqu’à 570 000 € pour remporter La Clairière de Jean Fautrier, qui se place ainsi en tête de ses œuvres réalisées dans les années 1960 (source : Artnet). Déjà consacré par le prix de peinture de la Biennale de Venise, l’artiste n’a alors plus rien à prouver. Pourtant, il poursuit ses expérimentations, faisant évoluer ses hautes pâtes vers plus de structure, mêlant formes géométriques et lignes colorées entrecoupées de stries zigzagantes, comme en témoigne notre toile. À 330 000 €, suivait une icône de Jean Hélion : L’Homme au front rouge peint en 1946, dédicacé à Diane et Thomas Bouchard, auteurs d’un film dédié à l’artiste, dans lequel le tableau était mis en exergue. Lucio Fontana se libérait quant à lui de la figuration avec son Concetto spaziale (Attese) de 1965, ouvrant une nouvelle dimension symbolique en lacérant son monochrome bleu, négocié à 100 000 €. Fidèle de la maison versaillaise, Martin Barré obtenait de son côté 85 000 € pour Lysa, une toile de 1962, dont le minimalisme chromatique et gestuel révèle l’espace. Alors que le blanc tient une place de choix dans cette œuvre, la couleur éclate dans le village synthétique peint à l’huile sur papier par Sayed Haider Raza, en 1956, comme en lévitation sur un lumineux fond jaune. L’artiste d’origine indienne, qui reçut cette année-là le prix de la Critique, était récompensé ce dimanche à hauteur de 70 000 €. Retour à l’abstraction avec une composition gouachée de Chu Teh-chun, emportée pour 50 000 €. Réalisée en 1965, peu après que le peintre eut découvert les Alpes enneigées, elle témoigne d’une nouvelle manière de «communiquer l’expérience et la contemplation vécues» : des nuances de blanc gagnent désormais les larges espaces de ses compositions.
Dimanche 24 avril, Versailles.
Versailles Enchères SVV.

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