La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
François Perrier (1594-1649), Hercule et Omphale, huile sur toile, 98 x 135 cm.
Adjugé : 195 000 €
L’inversion des genres version XVIIe siècle
François – le Bourguignon – Perrier (1594-1649) n’est pas un artiste fréquent sur le marché. Le site Artnet ne recense que quatre-vingt-treize résultats le concernant, et encore, dont un certain nombre portant sur des peintures ou des dessins simplement attribués voire donnés à son école. Tous les regards étaient donc tournés vers cette huile sur toile, représentant Hercule et Omphale, choisie pour illustrer la couverture de la Gazette no 26 du 29 juin dernier – et pourtant, ce n’était pas la carnation blanche de la belle Omphale qui y était montrée. Elle retenait 195 000 €, soit le deuxième prix mondial pour le peintre. Le fils de Zeus est vendu à la reine de Lydie comme esclave après avoir, lors d’une crise de démence, tué son ami, un certain Iphitos. Celui-ci en est alors réduit à subir des épreuves pour expier son crime, en sort victorieux et se voit libéré. Mais le héros tombe amoureux de la reine et, prêt à tout pour la séduire, se déguise en femme et prend sa quenouille de fileuse, alors qu’elle a revêtu la peau du lion de Némée et porte sa massue. La légende d’Hercule et Omphale, longuement évoquée par Ovide dans ses Métamorphoses, a séduit les peintres de la période maniériste, les Italiens comme les Français. François Perrier, qui avait fait de la mythologie grecque son terrain de jeu favori, ne pouvait que s’en emparer et, comme d’autres tel Rubens (1577-1640), choisit cet épisode fameux de l’échange des rôles sous l’influence de l’amour. Une histoire faisant écho à notre époque, entre féminisme et inversion des genres… On retrouvait d’ailleurs un petit accent rubénien dans une Figure d’homme de profil (19 x 16 cm), un papier marouflé sur panneau donné à une école flamande du XVIIe siècle. L’œuvre, de petite taille mais pleine de vigueur, s’envolait loin des pronostics pour terminer à 41 600 €. Et enfin, une seconde académie, d’une belle facture également, se démarquait. Il s’agissait d’une Étude de nu féminin de dos (73 x 93,5 cm) d’Isidore Pils (1813-1875). Cette toile, à rapprocher d’un tableau conservé au musée de Cleveland, révélait un corps d’une grande modernité, reposant sur un simple drap blanc jeté et au traitement particulièrement soigné, alors que le fond était simplement brossé. Avec ce résultat de 29 900 €, celle-ci grimpait sur la quatrième marche du podium de l’artiste (source : Artnet).
Mercredi 4 juillet, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. M. Millet.
Ballon monté La Ville de Châteaudun, texte manuscrit d’une circulaire, datée du 17 octobre 1870, affranchi avec un 20c Siège oblitéré du 5 novembre 1870. Joint un exemplaire de la circulaire imprimée.
Adjugé : 10 400 €
L’ascension des ballons montés
Dans la famille Aristophil, le no 9 correspondait à l’histoire postale et plus précisément à celle des ballons montés du siège de Paris durant la guerre de 1870. L’article page 49 de la Gazette du 29 juin (no 26) vous en racontait quelques épisodes valeureux. Il faut imaginer notre capitale alors : l’encerclement par les troupes prussiennes le 19 septembre de cette année-là ouvre cinq mois de blocus, de faim et de froid pour les Parisiens, et la seule voie pour trouver un espace de liberté est celle des airs – avec tous les risques que cela comporte. Le terme de «ballons montés» s’applique tout à la fois aux aéronefs et aux missives ainsi envoyées – de fait, pour effectuer le transport du courrier, on fit appel à la Compagnie des aérostiers, signant ainsi la naissance de la poste aérienne par un décret en date du 26 septembre. Il y est écrit que le poids des lettres ne pourra excéder 4 grammes, mais que la taxe à percevoir pour leur transport reste fixée à 20 grammes. Les départs s’effectuent à partir des quatre principaux «port de ballons» que sont les gares de l’Est, d’Orléans et du Nord, ainsi que la place Saint-Pierre à Montmartre. La cote de ces documents historiques ne cessant de grimper – après avoir stagné pendant des années –, la vente s’est conclue sur un produit total de 270 664 €. En points forts, les 10 400 € d’une enveloppe oblitérée «à l’étoile» le 5 novembre 1870, incluant le texte manuscrit d’une circulaire adressée aux citoyens de Montpellier résidant à Paris (reproduite page de gauche), et les 9 360 € d’une pièce considérée par les experts comme «l’une des plus belles des rares lettres par ballon monté connues avec tête-bêche» (voir ci-contre). Parties par La Ville de Châteaudun le 6 novembre et La Gironde le 8, elles atterriront sans souci.
Vendredi 6 juillet, salle 7 - Drouot-Richelieu.
OVA - Les opérateurs de vente pour les collections Aristophil -Aguttes. MM. Jacquart, Mordente.
Epoque première Restauration. Casque de la 2e compagnie des mousquetaires du Roi, dits «mousquetaires noirs», modèle de 1814, à cimier à chenille et crinière.
Adjugé : 13 750 €
Prince de cape, d’épée… et de casque !
La publication en 1844 des Trois Mousquetaires, par un Alexandre Dumas fasciné par l’histoire de ce corps militaire royal, relance leur légende. Dumas gagne l’affection du grand public et son surnom de «prince du roman de cape et d’épée». Mais si tout un chacun vibre aux aventures de ses célèbres héros, peu savent qu’il existait en fait deux compagnies : celle des Mousquetaires gris – la première, celle de d’Artagnan, fondée en 1622 par Louis XIII – et celle des Mousquetaires noirs, voulue par Mazarin et née après sa mort en 1663. Composées chacune de deux cent cinquante hommes de condition noble, elles suivent le roi au combat et logent au plus près de lui. Leur nom vient des robes de leurs chevaux, grise pour la première, noire pour la seconde. Une certaine rivalité régnait entre elles, bien loin du «un pour tous, tous pour un» proclamé par Athos, Aramis et Porthos. La guerre et ses horreurs auront raison de leurs querelles et, après l’épisode de Munster – l’évêque de la ville déclarant la guerre aux Hollandais, lesquels appellent Louis XIV à leur secours –, l’entente entre les deux compagnies sera scellée et leurs membres proclamés «frères et compagnons d’armes». Supprimées en 1775 par le comte de Saint-Germain dans le cadre des réformes de l’Armée, elles seront reconstituées en 1814, mais seulement le temps de cette première Restauration, puis définitivement dissoutes en 1815. Ce casque de mousquetaire noir de 1814, complet de son cimier à chenille et crinière et arborant la croix en argent de ce corps d’élite, était donc de la plus grande rareté, justement emporté à 13 750 €.
Mardi 3 juillet, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. M. Dey.
Epoque première Restauration. Casque de la 2e compagnie des mousquetaires du Roi, dits «mousquetaires noirs», modèle de 1814, à cimier à chenille et crinière.
Adjugé : 13 750 €
Un Vignon de l’époque romaine
Claude Vignon (1593-1670) s’est plu à explorer le thème des saints apôtres. Présent à Rome entre 1617 et 1622, l’artiste tourangeau y découvre la manière caravagesque encore au goût du jour – le grand maître du clair-obscur n’étant décédé qu’en 1610 et son étoile brillant très haut dans les ateliers de la cité papale – et la fait rapidement sienne, assimilant les leçons dans l’esprit de ceux que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de peintres d’Utrecht. Les figures de Saint Pierre et saint Paul n’avaient pas à se repentir d’être choisies par ce pinceau vibrant, recevant 81 380 € et intégrant le top ten des œuvres de l’artiste (source : Artnet). Il se pourrait que ce tableau soit l’un des deux disparus sur le sujet, cités par la spécialiste Paola Pacht Bassani dans Œuvres perdues d’attributions certaines ; le premier figurait dans l’inventaire des biens de l’artiste de 1643, le second a appartenu à un écrivain et calligraphe réputé, Jean Petré (vers 1610-apr. 1670). De retour à Paris, Vignon découvre le succès et s’ouvre aux styles d’autres grands maîtres comme le Guerchin, Simon Vouet, Rembrandt… Dès lors, il produira pour les églises de la France entière. Une carrière bien remplie, qui le conduit à entrer à l’Académie en 1653. Pourtant, après sa mort, son style fait d’empâtements épais aux couleurs sombres apparaît bien vite désuet. Vignon est le peintre du temps de Louis XIII et de Richelieu, une époque révolue. Il sera oublié durant près de deux siècles et, grâce au travail d’historiens, sera remis à l’honneur juste avant-guerre. Depuis, il a retrouvé toute sa place aux côtés des caravagesques français.
Mercredi 4 juillet, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Brissonneau OVV. M. Dubois.
Cartier Paris, Londres, New York, étui à cigarettes en or jaune de forme rectangulaire à décor émaillé noir, bleu-gris et crème façon tartan, vers 1950-1960.
Adjugé : 15 360 €
La préciosité en majesté
Cet étui à cigarettes de la maison Cartier Paris, Londres, New York, réalisé dans les années 1950-1960, était des plus originaux avec son décor émaillé façon tartan. Il révélait à 15 360 € l’inventivité du joaillier à se jouer des matériaux et des motifs et ouvrait la voie à un véritable festival de diamants – le dernier de la saison – permettant à la vente de s’achever sur un produit de 636 504 €. Les montures étaient parfois signées, Boucheron par exemple pour une bague solitaire en platine agrémentée d’un diamant coussin de 6 ct environ (43 800 €), ou Mellerio pour un autre modèle, éclairé cette fois d’un brillant de 3,06 ct en serti griffes, de couleur D (76 200 €). Plus nombreuses étaient les  anonymes, les gemmes brillant tout autant. Tel était le cas à 36 000 € et 29 640 € de deux autres solitaires, l’un de 3,67 ct de couleur H et le second de 3,95 ct et de couleur G. Une émeraude en cabochon, enserrée dans des motifs de feuilles pavées de diamants sur une bague en platine, venait apporter un peu de couleur dans cet univers immaculé avec ses 33 000 €.
Mercredi 4 juillet, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations OVV. Cabinet Vendôme Expertise, M. Charron.
Serge Poliakoff (1900-1969), Jaune et blanc, 1962, huile sur toile signée, 81 x 100 cm.
Adjugé : 173 400 €
L’art de l’immatériel
On pourrait considérer que le résultat de ce spécial art abstrait et contemporain est en demi-teinte, étant donné que les trois œuvres les plus attendues – la composition de Jean Fautrier, le Site avec trois personnages de Jean Dubuffet et la jungle de Sam Szafran – ne trouvaient pas preneur. Le succès était cependant au rendez-vous pour cette toile de Serge Poliakoff, emportée au-dessus de son estimation. Elle a été réalisée à la fin de sa vie, alors qu’il simplifie sa peinture à l’extrême. Il dissout alors ses formes construites, emblématiques des années 1950, dans des peintures presque monochromes, afin de ne garder que l’essentiel : la vibration lumineuse générée par les variations d’intensité de la couleur, obtenues par le jeu des superpositions et des transparences. De quoi inviter à la contemplation. Une autre œuvre évocatrice d’intériorité se voyait récompensée par les enchères, 93 600 € étant requis pour une aquarelle réalisée en 1986 par Zao Wou-ki (voir Gazette n° 27, page 68). Dans la catégorie des œuvres sur papier, Maria Elena Vieira Da Silva fournissait également un bon support de rêverie avec sa gouache marouflée sur toile de 1957. Elle offre au regard une architecture dans laquelle se perdre, pour peu de débourser 75 400 €. L’artiste, pour laquelle produire un tableau est une manière de se construire elle-même, n’est pas la seule à faire de la peinture une expérience aussi psychique que sensorielle. Sam Francis considère ainsi que «les couleurs sont des forces […] réelles dans la nature et dans la psyché». Pour méditer cette pensée devant l’autoportrait de son auteur, réalisé en 1985 selon la technique du dripping, 79 300 € étaient nécessaires. Signalons enfin un joli résultat pour Gérard Schlosser, dont l’allusive pince-à-linge de 1967, titrée Les Amants, obtenait 66 300 € (voir Gazette n° 27, page 69), tandis que ses quatre études préparatoires s’échangeaient entre 3 510 et 4 810 €.
Versailles, dimanche 8 juillet.
Versailles Enchères OVV.
Mercedes 300SL Roadster, 1963, 1 372 km d’origine.
Adjugé : 3 143 400 €
Au circuit du Mans, records pour Mercedes
En marge de l’événement Le Mans Classic, où se donnent rendez-vous, chaque année, les passionnés de mécanique du monde entier, Artcurial Motorcars avait aligné sur la ligne de départ des véhicules d’exception. Issu d’une dizaine de collections privées, cet ensemble, composé aussi bien de sportives mythiques et d’élégants coupés que de sympathiques voitures plus populaires, totalisait 12 612 800 €. Dans le détail, on y relevait trente enchères au-dessus de 200 000 €, dont deux millionnaires. La première était attribuée à la Mercedes 300 SL Roadster de 1963 reproduite page 58. Cette automobile, particulièrement attirante avec ses 1 380 kilomètres au compteur et son seul et unique propriétaire, a été disputée pour freiner à 3 143 400 €. Avec cette enchère à plus de deux fois son estimation, elle établissait ainsi un nouveau record pour ce modèle en salle de ventes. La deuxième star de la vacation était la rare Mercedes-Benz 300 SL «Papillon», de 1956, longuement décrite dans la Gazette n° 26, page 116 ; pour elle, le marteau s’abattait à 1 013 200 €. Rappelons que ces deux perles – toutes deux dans le coloris blanc qu’affectionnait leur propriétaire  – provenaient de la collection du Suédois Gunnar Giermark, chirurgien-dentiste de Stockholm. Précision d’importance : ces bolides étaient vendus au profit du Swedish Inheritance Fund, qui soutient les enfants et les personnes souffrant de maladies héréditaires. Cap vers l’Italie, ensuite, avec le lot 95 : la Lamborghini LP 400 Countach Periscopio, de 1975, indiscutable joyau du design automobile en raison de ses lignes futuristes. Dessiné par Marcello Gandini pour Bertone, le véhicule se retrouvait vite au cœur d’une bataille d’enchères, close par 977 400 €. Une deuxième Lamborghini de rêve prenait sa suite avec 834 400 € : la Miura P 400 de 1968 ; celle-ci est l’ancêtre directe de la LP 400, et est également dessinée par le talentueux Gandini. Autre italienne, à la livrée rouge, cette fois : la Ferrari 365 GTB/4 Daytona Spider Conversion, sortie des ateliers en 1970, et portant la signature de Fioravanti pour Pininfarina. Un acheteur en prenait le volant pour 584 100 €.
Le Mans, samedi 7 juillet.
Artcurial OVV.

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