La Gazette Drouot
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Top des enchères
Aigrette en or, émeraudes et diamants du XIXe siècle, 10,1 cm x 6,1 cm, poids brut : 31,3 g.
Adjugé : 33 390 €
Avec éclats !
L’aigrette est un échassier blanc remarquable par ses plumes dressées sur sa tête. Par analogie, elle est devenue un ornement dont la forme rappelle le bouquet de plumes sommant le volatile, aérienne parure destinée à embellir la coiffure d’une femme. Les Années folles l’ont portée au firmament et notre bijou de tête s’est mis à danser le charleston avec frénésie ! Pour Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann (2013), l’ambitieuse adaptation à l’écran du roman de Francis Scott Fitzgerald publié en 1925, la costumière avait fait appel à la plus glamour des maisons de joaillerie américaines, Tiffany… L’aigrette présentée par Vincent Pestel-Debord le mardi 12 juillet en reprenait les codes : une base rigide en métal précieux et une partie flexible – ici un faisceau de pierres précieuses, émeraudes et diamants – composant des motifs floraux naturalistes. Il fallait lancer 33 390 € dans le ciel de Drouot pour capturer cette gracieuse pièce du XIXe siècle.
Mardi 12 juillet, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pestel-Debord OVV.
Chine, XIXe siècle. Paire de cabinets en bois, les vantaux décorés en laque de Pékin et en pierres dures de vases fleuris et divers objet ménagers, 154 x 110 x 45 cm.
Adjugé : 12 400 €
Natures mortes pékinoises, un travail de patience
Dans une vente généraliste, quatre lots se démarquaient, tous provenant de l’Asie lointaine… Une divinité en bronze patiné assise dans la position du lotus (h. 35 cm) obtenait 9 920 €, et une paire de vases piriformes en porcelaine de Chine du XIXe siècle, à décor polychrome d’oiseaux et de chrysanthèmes (h. 58 cm), 8 060 €, et un vase balustre peint en bleu d’un paysage lacustre, 7 500 €. Quant à une paire de cabinets chinois en bois laqué (voir photo), c’est à 12 400 € qu’ils venaient se poser. Leur originalité résidait dans leur décor, appliqué en pierres dures, de vases fleuris et de divers objets ménagers. La laque rouge de Pékin est célèbre – à son apogée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et jusque dans les premières décennies du XIXe siècle – et requiert patience et habileté de la part de l’artisan qui l’emploie. Celui-ci, après avoir passé un nombre important de couches de vernis jusqu’à l’obtention d’une épaisseur suffisante, gravait et sculptait directement dans la matière, afin de réaliser des motifs en relief. Sur ces cabinets, seul le fond était quadrillé, le décor étant ensuite composé en différentes pierres dures. Ce petit supplément de raffinement constistuait une marque d’exotisme, destinée en fait au marché occidental, particulièrement consommateur de ce type de meubles.
Mardi 12 juillet, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Guillaume Le Floc’h OVV.
Francis Picabia (1879-1953), Portrait de femme, dessin rehaussé de lavis sur papier, 40 x 29 cm.
Adjugé : 20 020 €

 
Un visage parfait
Même s’il avait été dépourvu de sa belle signature, ce dessin au crayon rehaussé de lavis aurait été clairement identifiable en raison de son trait assuré et inimitable. On le devait évidemment à Francis Picabia, et il constituait le clou de la vente menée par Honfleur Enchères OVV ce dimanche 17 juillet avec une enchère de 20 020 €. Après être passé du néo-impressionnisme au dadaïsme, et des Monstres aux Transparences, Picabia, génie protéiforme et provocateur, s’essaye dans les années 1930, à une sorte de réalisme «populaire» faisant référence à l’affiche contemporaine et même aux photographies entrevues dans les magazines érotiques. Le visage radieux de cette jeune femme est très caractéristique de la période : on y retrouve ces gros plans lisses, empruntant au dessin publicitaire leur simplification. L’art de Picabia, ancêtre du pop art, étant d’instiller par cette réutilisation d’un faux académisme, un presque rien dérangeant. Ainsi, les traits lisses et maquillés de la jeune femme, ses sourcils épilés et redessinés comme on les aimait dans l’entre-deux-guerres, et sa bouche rehaussée d’un sombre rouge à lèvres pourraient être ceux d’une «réclame» pour des produits de beauté, maquillage ou solaire, qui fleurissaient déjà dans les publications féminines. Mais isolée de ce contexte rassurant, l’image interpelle, non sans humour, sur la validité de ces images trop parfaites... Comme aimait à le rappeler l’artiste : «J’ai toujours aimé m’amuser sérieusement.»
Honfleur, dimanche 17 juillet.
Honfleur Enchères OVV.
René Lalique, Molinard, Le Baiser du faune, flacon en verre blanc soufflé-moulé pressé simultané, bouchon soufflé-moulé, h : 14,5 cm (flacon), et 17,5 cm (coffret).
Adjugé : 24 475 €
Lalique et ses parfums
On ouvre un coffret doublé de satin blanc, et un flacon circulaire, scellé et laissant admirer son jus doré, apparaît. Nous ne sommes pas en octobre 1928, date de la création de l’objet, mais bel et bien ce dimanche 17 juillet à Cannes, lors de la vacation organisée par Besch Cannes Auction OVV. Avec 24 475 €, la précieuse verrerie était la star de cette dispersion d’un ensemble de 325 lots provenant d’une collection unique. Et parmi ceux-ci, 70 flacons étaient signés par René Lalique. Créateur génial ayant répondu, depuis 1908, aux commandes de tous les grands parfumeurs français, le maître verrier réalise à chaque fois un petit chef-d’œuvre sublimant le parfum qu’il contient. Répertorié dans l’ouvrage de référence de Félix Marcilhac consacré à Lalique, notre flacon a la particularité de présenter en son centre un large médaillon décoré d’un faune embrassant une nymphe, rejetant la fragrance dans un anneau périphérique. Il était accompagné d’un deuxième exemplaire tout aussi intact, et présenté dans un cartonnage doré en forme de borne (voir Gazette n° 27, page 26), mais qui n’a pas été vendu. On pouvait néanmoins se consoler avec les beaux records établis par d’autres merveilles. Tel ce très rare flacon en cristal de Baccarat, à la panse ornée de décors aquatiques en émail de couleur, et couché dans son coffret en métal argenté, orné de sirènes et d’algues ; il contenait encore quelques gouttes de Mar del Plata, un grand succès du parfumeur Delettrez en 1910, pour lesquelles il fallait débourser 17 570 €. Revenons aux élégants flaconnages de René Lalique, avec Flausa créé en 1913 pour Roger & Gallet, moulé d’une jeune fille accroupie en patiné sépia, dans son coffret comme neuf, que l’on achetait 13 180 €. Et pour 12 550 €, l’amateur éclairé hésitait entre Scarabée, dessiné en 1911 par Lalique pour L. T. Piver, un soufflé-moulé figurant le coléoptère du même nom, et Le Jame Rose de Vigny Paris, du même verrier, orné de côtes verticales en 1919.
Cannes, dimanche 17 juillet.
Besch Cannes auction OVV. M. Gangler.

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