La Gazette Drouot
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Top des enchères
Suzanne Valadon (1865-1938), Les Dames Rivière, 1924, huile sur toile, 100 x 74 cm.
Frais compris : 168 640 €.
Suzanne et les dames
Qu’elles ont fière allure, Les Dames Rivière, sous le pinceau de Suzanne Valadon (1865-1938) ! L’artiste n’hésite pas à les vêtir de couleurs vives et à les faire poser devant des rideaux non moins colorés. Pas de doute, la toile (100 x 74 cm) date bien des années vingt, 1924 précisément, une période de consécration pour l’artiste de Montmartre, qu’elle partage avec son fils, Maurice Utrillo. Les 130 000 € obtenus – plus du double de l'estimation haute – sont donc bien mérités. La peinture bénéficiait en outre d’un joli pedigree d’expositions, dont l’une au musée national d’Art moderne, en 1967. Dans cette vente classique, deux autres enchères méritaient d’être relevées. Un ensemble de six assiettes chauffe-plat en porcelaine de Chine du XIXe siècle s'est ainsi envolé à 17 000 € sur une estimation de 1 200/1 500 €, tandis qu'un panneau double face de l’école hollandaise du XVIe siècle d’un suiveur de Lucas de Leyde, Ecce homo - Adoration des bergers, était adjugé 9 500 €.
Jeudi 21 janvier, salle V.V.
Doré & Giraud - Sélection Enchères SVV. MM. Millet, Menozzi, cabinet Ottavi M.


 
Gen Paul (1895-1975), Autoportrait au verre de vin, portant au dos la mention : « mon portrait peint par moi-même, Paris 26.2.1929 », 73 x 60 cm.
Frais compris : 58 420 €.
Gen Paul virtuose
Après avoir été vivement disputé, ce joyeux buveur, attendu autour de 14 000 €, gagnait l’enchère la plus haute, avec 46 000 €. Il est l’œuvre de Gen Paul, le peintre de la bohème parisienne : car l’artiste, né Eugène Paul le 2 juillet 1895, rue Lepic, est un authentique enfant de la Butte. S’il dessine dès son plus jeune âge, il ne suivra aucun enseignement artistique, mis à part une formation d’ébénisterie. Ce sont ses amis, les peintres Utrillo, Vlaminck, et plus tard Juan Gris, qu’il croise à Montmartre, qui l’influenceront. Son premier tableau connu, Le Moulin de la Galette, date de 1916. En 1920, cet autodidacte parvient à exposer au Salon d’automne et au Salon des indépendants. Dès lors, il semble trouver son style, où un certain réalisme se mêle à des passages presque abstraits, créant un expressionnisme très personnel. À son image, l’œuvre semble menée tambour battant par une gestuelle libérée de toute convention. Sous son apparence joyeuse, l’Autoportrait au verre de vin peut symboliser tout le drame qui a obscurci la vie de Gen Paul. Ayant perdu une jambe lors des combats de la guerre de 1914-1918, et profondément marqué par les horreurs de ce conflit, il sombrera lentement dans l’alcoolisme. Malgré ce handicap, le peintre acquiert une certaine notoriété, recevant la Légion d’honneur en 1934. Cependant, même son univers se révèle plus proche de celui de Louis-Ferdinand Céline, qui lui demande en 1942 d’illustrer Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. Notre tableau, daté du
26 février 1929, précède ces décennies difficiles ; il présente les caractéristiques de sa meilleure période, celle des années 1920, faisant appel à de larges touches, zébrures et traits de matières. Une virtuosité évidente qui, après une bataille d’enchères, a fait plus que tripler l’estimation auprès d’un collectionneur avisé.
Samedi 30 janvier, Louviers.
Jean Emmanuel Prunier SVV.
Michel Guéranger (né en 1941), Sans titre, 1986, cibachrome sur aluminium, épreuve unique, 120 x 180 cm.
Frais compris : 3 600 €.
 
Le Mont-Blanc version technicolor
Appartenant à la série «Peindre le Mont-Blanc» et datée du 10 mars 1986, cette épreuve unique sur aluminium figurait dans la vente d’atelier que la maison Cornette de Saint Cyr consacrait à l’artiste protéiforme Michel Guéranger. En effet, celui-ci, connu pour ses recherches sur la question de la spatialité, ne s’intéresse pas seulement à la peinture, et son œuvre présente une grande diversité de formes et d’essais de nouveaux supports, parmi lesquels le cibachrome. C’est cette technique qui a conduit à la naissance de cette photographie, adjugée 2 800 €. Il s’agit d’un procédé particulier qui permet d’agrandir les diapositives en produisant mille reflets et des couleurs éclatantes. Cette épreuve symbolise l’aboutissement du projet un peu fou d’un homme qui s’est fait alpiniste pour réaliser une véritable performance : peindre une fresque chromatique de 1 500 m2 au sommet du Mont-Blanc, et ensuite la photographier. L’idée a jailli un soir sur les Champs-Élysées, ainsi qu’il le raconte lui-même : « J’ai eu un déclic en voyant une campagne de publicité Cointreau, qui associait la couleur au froid…» La suite a nécessité une assistance technique impressionnante, par exemple l’acheminement par hélicoptère de plus d’une tonne de peinture, bien entendu biodégradable – il ne s’agissait pas d’abîmer une si belle nature  –, que la montagne avalera en deux jours et deux nuits, avant de retrouver son grand silence blanc. Il a fallu aussi compter avec la température et être sans cesse dans l’improvisation… Mais voir le toit de l’Europe en arc-en-ciel valait tous les efforts !
Jeudi 28 janvier, 6, avenue Hoche.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
Francesco Foschi (1710-1780), Paysage montagneux sous la neige, huile sur toile, 88 x 115 cm.
Frais compris : 16 380 €.
 
Froid hivernal
Artiste un peu à part dans le milieu de la peinture romaine du XVIIIe siècle, originaire d’Ancône, Francesco Foschi s’installe dans la Ville Éternelle en 1729, où il effectue l’essentiel de sa carrière. On le sait également marchand d’art, époux d’une femme peintre, Constanza Seirman, et en contact avec le comte Bonaccorsi. Ce dernier, commandeur de l’ordre de Malte, dont il est chargé d’affaires près le Saint-Siège, est aussi l’un des principaux mécènes de l’époque. Les œuvres de Foschi sont typiques par le sujet choisi, récurrent, de vastes paysages de neige animés d’à peine quelques personnages. Leur facture fine et délicate et la parfaite maîtrise des perspectives plongeantes en font le maître incontesté du genre, à l’image de celui-ci, auréolé d’une enchère de 13 000 €. De plus, l’atmosphère vaporeuse qui nimbe les toiles ainsi qu’un sentiment de fascination devant la beauté de la nature ne sont pas sans annoncer le romantisme du siècle suivant. Avec intelligence, il suit le parcours de ses confères et amis et tire un enseignement de leur succès, en particulier de celui de Vanvitelli comme peintre de vedute. Il lui faut alors se consacrer exclusivement à la peinture de paysages, et tout particulièrement à ceux relatant des scènes hivernales. Il fait le bon choix ! C’est au cours de ses nombreuses promenades dans les Marches qu’il trouve son inspiration, toujours travestie par son imagination. Sa carrière est prestigieuse, ses œuvres séduisant des collectionneurs dans l’Europe tout entière, de l’ambassadeur de France à Rome à celui d’Angleterre à Naples, sans oublier le prince Camille Borghèse et Pauline Bonaparte. L’une des plus connues, car considérée comme un jalon pour étudier l’évolution stylistique de l’artiste, Paysage montagneux sous la neige avec diligence, se trouve dans les collections du musée des beaux-arts de Grenoble. Elle y est entrée en 1799, grâce à une souscription des citoyens de la ville.
Mardi 26 janvier, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV. M. Dubois.
Paul Jouve (1878-1973) et Hermès-Paris, portfolio en cuir formant étui, décor à l’eau-forte, bague de fermeture et cloutage en bronze doré en application, avec suite de dix eaux-fortes originales, Apollo éditeurs, galerie Colette Weill, Paris, 53 x 42 cm.
Frais compris : 6 243 €.
Jouve pour Hermès
À Montpellier, la vedette était bien cet album glissé dans un étui de cuir havane et décoré, sur le premier plat, d’une tête de panthère tenant un heurtoir dans sa gueule. L’objet se révélait être précieux à deux titres, puisqu’il renferme dix eaux-fortes et un frontispice du peintre et sculpteur Paul Jouve, mettant en scène les animaux de la jungle, alors que sa reliure somptueuse est signée de la maison du Faubourg-Saint-Honoré, Hermès. Confirmant les espoirs mis en lui, un collectionneur l’emportait pour 5 200 €. Il s’agit d’une belle enchère pour une épreuve d’artiste de cette série, par ailleurs tirée à 111 exemplaires qui apparaissent rarement en salle de ventes. C’est en 1931 que l’artiste animalier compose son bestiaire sauvage, imprimé par les éditions Apollo de la galerie Colette Weill à Paris, et décide de collaborer avec la maison Hermès pour son habillage. Le célèbre sellier impose alors son style inimitable, tels la bague de fermeture et les clous carrés, à facettes, en bronze doré. À l’intérieur de cet écrin s’ébattent tigres, panthères noires, éléphants, aigles, hiboux ainsi qu’un gorille solitaire ; chaque eau-forte est numérotée et signée par Jouve. L’œuvre, unique en son genre, est référencée dans l’ouvrage de Félix Marcilhac, Paul Jouve, peintre sculpteur animalier, édité en 2005 aux éditions de l’Amateur. Précisons encore que ce somptueux portfolio n’était pas sorti de la même collection depuis l’après-guerre, ce qui pourrait expliquer son bon état et… son score.
Vendredi 29 janvier, Montpellier.
Hôtel des Ventes Montpellier Languedoc SVV.


 

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