La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Culture aztèque, Haut Plateau central, Mexique, postclassique récent, 1325-1521, Chalchiuhtlicue, déesse de l’eau, andésite grise avec restes de cinabre, h. 42,5 cm.
Frais compris : 562 500 €.
Collection Dulon
Estimée entre 1,7 et 2,5 M€, la collection de Régine et Guy Dulon, les parents du grand marchand parisien d’art tribal Bernard Dulon, totalisait 2 872 125 € frais compris. Le cœur de cet ensemble, l’art précolombien réuni à partir des années 1950 par le couple de collectionneurs, emportait la part du lion. Quatre enchères à six chiffres résonnaient. 450 000 € culminaient sur la déesse de l’eau aztèque reproduite. L’estimation de cette sculpture ayant appartenu, au début des années 1960, à la collection Kamer plafonnait à 300 000 €. Le pedigree de l’ancienne collection d’André Breton concernait ici un masque de Teotihuacán d’époque classique (450-650) en diorite brun-vert (h. 20 cm), adjugé 250 000 €. Comme notre déesse, il offre des traits moins sévères qu’à l’accoutumée pour l’art précolombien. L’ancienne collection Kamer était à nouveau d’actualité pour une hacha de la culture Veracruz (côte du Golfe du Mexique) d’époque classique (550-950), en andésite grise à surface brillante (h. 32 cm). Elle figure une tête de guerrier au casque décoré d’un double profil de serpent à plumes. De la même culture, la hacha en pierre volcanique brun-gris à surface brillante (h. 21 cm) illustrant l’encadré précité décrochait 120 000 €. Elle représente une tête coiffée d’une dépouille de perroquet. Le postimpressionnisme était aussi une marotte des Dulon. 72 000 € culminaient – estimation doublée – sur le pastel d’Édouard Vuillard vers 1890-1891, Marie Vuillard assise (32,5 x 18,5 cm), dont un détail était reproduit page 46 de la Gazette n° 23. Les vingt-trois œuvres de Louis Hayet vendues totalisaient 341 375 € frais compris, le sommet étant atteint à 45 000 € – prévisions décuplées – par une huile sur carton vers 1888 marouflé sur toile, Ciel, temps gris (28,5 x 46 cm). Guy Dulon est coauteur, avec Christophe Duvivier, d’un livre sur l’artiste, paru en 1991. Un record mondial était enfin enregistré, à 85 000 €, pour le sculpteur Anton Prinner.
Vendredi 19 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Blazy.
Attribué à François Quesnel (1543-1619), Portrait de Louis de Beauvau à l’âge de vingt-neuf ans, toile, 220 x 100 cm. Frais compris : 237 492 €.
Provenance Haroué
La vente des «pièces choisies» de la collection de Minnie de Beauvau-Craon au château d’Haroué était amputée de dix-sept numéros. En effet, la princesse a préféré retirer, «en raison de l’atteinte à mon droit de propriété et du grave préjudice que je subis», les pièces ayant fait le 7 juin l’objet d’une notification de classement au titre des monuments historiques, alors qu’elles avaient obtenu des passeports de libre circulation délivrés en 2007, 2012 et 2013. Il s’agit des lots concernant la maîtresse de Louis XVIII, Madame de Cayla, et son château de Saint-Ouen. Sur les trente-sept lots restants, trente trouvaient preneur pour un total de 984 635 € frais compris. Les deux résultats à six chiffres revenaient à deux toiles attribuées à François Quesnel, 190 000 € culminant sur le Portrait de Louis de Beauvau à l’âge de vingt-neuf ans reproduit et 100 000 € au Portrait de Jean de Beauveau, sieur d’Auviller à l’âge de trente-cinq ans (220 x 100 cm). Les annotations que portent les toiles donnent l’identité des modèles, les deux fils cadets de Claude, baron de Beauvau, fruits de son union en secondes noces avec Jeanne de Saint-Beaussant. Le musée du château de Lunéville préemptait à 65 000 € une toile de Claude Jacquart (1686-1736), dépeignant la Marche de mariage de sa majesté Henri-Jacques de Lorraine et d’Anne Marguerite Gabrielle de Beauvau-Caron (60 x 110 cm) devant ce même château. La peinture du XIXe siècle se distinguait avec les 76 000 € d’une toile du baron Gérard, Portrait de Charles-Just-François Victurnien, 4e prince de Beauvau (1793-1764) (60 x 50 cm). À 36 000 €, l’estimation était plus que doublée pour une toile de Sébastien Norblin de la Gourdaine, dit Sobeck, datée de 1832 et décrivant la Sainte Famille (80 x 60 cm). Tous les lots concernant la comtesse de Cayla n’étaient pas retirés, ses quinze lettres reçues de la duchesse de Berry empochant 18 000 €. Classée trésor national bien avant la vente, l’épée de grand écuyer de Lorraine ne trouvait pas preneur.
Lundi 15 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV. Mmes Jossaume, de La Chevardière, MM. de Bayser, Courvoisier, Croissy, de l’Espée, Portier, cabinet Turquin.
Lin Fengmian (1900-1991), Mare aux lotus, encre et couleurs sur papier, 65,5 x 65,5 cm.
Frais compris : 502 200 €.
Lin Fengmian
Les quatre œuvres de Lin Fengmian rapportées de Hongkong par une famille franco-asiatique dans les années 1950 étaient appréciées à hauteur de 1 407 400 € frais compris. La plus courue était l’encre et couleurs sur papier reproduite, Mare aux lotus. Ses figures féminines stylisées étaient également demandées, 300 000 € allant à une huile sur toile, Série de l’Opéra : le pavillon des pivoines (51,5 x 43,5 cm), et 250 000 € à une encre et couleurs sur papier, Lanterne de lotus (65 x 64,5 cm). Enfin, une encre et couleurs sur papier décrivant un Paysage lacustre (65 x 64 cm) avec des architectures, un pont et quelques navires recueillait 180 000 €. Rappelons que Lin Fengmian fait partie des premiers artistes chinois venus en Occident pour participer à la modernisation de leur pays après la chute de l’Empire, en 1911. Il séjourne en France de 1920 à 1926. Avec Xu Beihong, il va jouer un rôle déterminant lors de son retour d’Europe, en réformant l’instruction artistique et participant à la fondation des premières académies nationales des beaux-arts, inspirées de ses expériences parisiennes. Le dessin et la peinture à l’huile sont désormais enseignés, même si le contexte politique des années 1930, favorisant l’identité nationale, va le pousser à réinvestir la technique à l’encre pour réaffirmer les spécificités de l’art chinois. Cependant, s’il a comme ici recours à des procédés traditionnels, il privilégie le format carré et refuse toute notation poétique sur ses œuvres. Durant la guerre, il réalisera des expérimentations tendant vers une convergence des traditions culturelles, notamment en adaptant à l’encre et au papier des effets propres à la peinture à l’huile. Nos lotus-nymphéas en ont bénéficié.
Lundi 15 juin, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Morand SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Ferdinand Berthoud (1727-1807), cahier de recherche, 1756-1786, manuscrit sur papier, 143 feuillets plus une feuille volante, in-4°, reliure plein veau récente.
Frais compris : 46 500 €.
Bibliothèque Sabrier
Les livres et manuscrits de la bibliothèque horlogère de l’expert Jean-Claude Sabrier étaient vivement disputés, notamment par l’un de ses amis, le grand horloger François-Paul Journe, qui raflait la presque totalité de cet ensemble. Dans la vente de la collection de notre expert, qui totalisait 1 054 097 € frais compris le 6 mai dernier, figuraient deux montres Journe, dont l’une, adjugée 34 720 € frais compris, lui était dédicacée. Neuf enchères à cinq chiffres étaient ici obtenues, la plus valeureuse, 37 500 €, revenant au cahier de recherche de Ferdinand Berthoud, dont une page est reproduite. Il comporte deux parties tête-bêche, la première débutée en 1756 et la seconde l’année suivante, l’horloger mécanicien du Roi et de la Marine y précisant : «Mon but est dans ce livre ainsy que dans celuy quy la precedé d’ecrire mes idées a mesure quelle se presente Sans oberver d’ordre». Parmi les sujets traités figurent, par exemple, des expériences sur la résistance exercée par l’air sur les lentilles des balanciers. À 27 000 €, les prévisions étaient doublées pour une reliure en plein maroquin, aux armes de Flamen du Coudray, renfermant quatre ouvrages de Pierre III Leroy publiés entre 1768 et 1773, dont son célèbre Mémoire sur la meilleure manière de mesurer le tems en mer. Rappelons que cet horloger de Louis XV est considéré comme l’inventeur du chronomètre (1766), réputé poser les fondements de l’horlogerie de précision. Les 185 feuillets autographes de son Essai de fisique et de dynamique sur le ressort montaient à 22 000 €, le même prix que les vingt-sept volumes de la Revue chronométrique (1855-1914). La bibliothèque s’ouvrait avec des vanités, dont l’une, une tête de mort en argent, est en réalité une montre à verge, du XVIIe ou début du XVIIIe siècle, signée de Bergier à Paris (diam. du mouvement : 2,7 cm). Elle triplait à 30 500 € son estimation. Vous avez dit vanitas ?
Lundi 15 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval SVV. M. Turner.
Edgar Degas (1834-1917), Femme nue assise s’essuyant le cou, calque contrecollé sur carton, 62 x 67 cm.
Frais compris : 91 834 €.
Degas Guitry
Ce calque contrecollé sur carton de Degas empochait 73 000 €. Notre Femme nue assise s’essuyant le cou figurait dans la troisième vente de l’atelier de l’artiste, organisée en avril 1919 à la galerie Georges Petit. Elle récoltait alors 920 F, environ 1 200 € en valeur réactualisée, et gagnait la collection d’un certain Sacha Guitry. En 1915, ce dernier avait tourné Ceux de chez nous, un film documentaire de vingt-deux minutes sur les grandes personnalités de son époque, réalisé en réaction à une proclamation des intellectuels allemands exaltant la culture germanique. Le film est bien entendu muet, mais son auteur a noté les propos des principaux intervenants et les répète lors des projections. En 1952, le documentaire est remanié et prolongé des commentaires de Guitry, assis à son bureau. Il fait une place particulière à Degas, en soulignant qu’il ne le connaissait pas et que les quelques secondes du film le montrant dans la rue sont des images réalisées contre son gré. L’auteur de théâtre le décrit comme «un homme d’un talent considérable et lumineux», le considérant comme l’«un des plus grands peintres de notre époque». Il en parle tout en faisant passer devant la caméra «deux ou trois beaux dessins», accrochés dans son bureau. Le nôtre n’est pas filmé, son sujet étant peut-être considéré comme trop osé, certains ayant taxé Degas de voyeurisme. Le thème de la femme à la toilette, que l’on retrouve chez tous les romanciers naturalistes de l’époque, lui a été suggéré par les estampes japonaises. Ses premières œuvres érotiques sont des monotypes réalisés pour illustrer les romans d’Halévy, et qui se prolongeront par des séries de prostituées, utilisées par Vollard en 1934 pour La Maison Tellier de Maupassant.
Mercredi 17 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud SVV. M. Lorenceau.
Wolfgang-Amadeus Mozart (1756-1791), manuscrit musical autographe pour la Sérénade en ré majeur, 1773 (K. 185/167A), un feuillet oblong petit in-4°, encadré avec portrait et médaillon.
Frais compris : 131 250 €.
Mozart par petits morceaux
À 105 000 €, l’estimation était dépassée pour ce manuscrit du grand Wolfgang-Amadeus Mozart pour la Sérénade en ré majeur. À ce prix, n’espérez cependant pas avoir l’intégralité de la partition, mais seulement dix-sept mesures se rattachant au troisième mouvement, à partir de la deuxième mesure du solo de violon de cet allegro. Mozart, même pour une œuvre de jeunesse, est un géant de la musique des plus cotés… Rappelons que le manuscrit complet de notre Sérénade comptait cinquante-huit feuillets, cédés à Marburg en février 1975 chez J.A. Stargardt pour 250 000 marks (environ 585 000 € en valeur réactualisée) à un professionnel américain peu scrupuleux, qui l’a démembré. Le musicologue britannique Alan Tyson a recensé cinq feuillets appartenant au troisième mouvement, dont trois suivent directement le nôtre. L’un d’eux a été adjugé 410 000 F (environ 89 770 € en valeur réactualisée) à Drouot dans la vente des 16 et 17 octobre chez Laurin, Guilloux, Buffetaud, Tailleur. Quelques mois plus tôt, la même officine cédait à 300 000 F (environ 65 700 € en valeur réactualisée) celui comportant les mesures 9 à 24 de l’andante grazioso de notre serenata, acheté par la ville de Salzbourg. Le manuscrit, «éparpillé par petits bouts façon puzzle», pour paraphraser Michel Audiard dans les inénarrables Tontons flingueurs, peut être patiemment reconstitué en chassant ses précieux feuillets dans les ventes aux enchères.
Jeudi 18 juin, salle des ventes Favart.
Ader SVV. M. Bodin.
Attribué à Louis-Nicolas Van Blarenberghe (1716-1794), Paysage animé de scènes de divertissements militaires, huile sur toile, 175 x 307 cm.
Frais compris : 102 500 €.
Divertissements militaires
La dynastie des Van Blarenberghe a établi une partie de sa réputation en peignant de délicates miniatures, qui ornent nombre de précieuses boîtes. Cette vaste huile sur toile, attribuée au plus important d’entre eux, Louis-Nicolas, se situe par sa taille aux antipodes de cet exercice. Attendue autour de 30 000 €, elle en recueillait 82 000, se plaçant en première place du palmarès de son auteur présumé (source : Artnet). Elle figurait en 1889 dans l’exposition Watteau organisée à Lille au palais Rameau, où elle était donnée à l’artiste. Le critique d’art de La Dépêche notait à l’époque que nos divertissements militaires étaient «apparemment la plus vaste composition qu’il ait jamais faite». Ils appartenaient alors à M. Van den
Driessche et étaient vendus quelques mois plus tard, le 19 décembre à Bruxelles, sur ordonnance du tribunal de commerce. Un exemplaire de l’affiche de la vente reproduisant l’article élogieux du journal accompagne le tableau. L’auteur de l’article souligne que «le miniaturiste s’y révèle par le soin égal donné à toutes les parties de l’œuvre, par le souci avec lequel les lointains, les scènes d’arrière-plan sont amoureusement fignolés». En 2006, le musée du Louvre consacrait une exposition aux Van Blarenberghe, mettant en évidence leur excellence dans le relevé topographique, acquis auprès des ingénieurs géographes de Louis XV. Né à Lille d’un père flamand, Louis-Nicolas s’installe à Paris en 1751 et devient le protégé du duc de Choiseul, qui lui obtiendra en 1769 un premier brevet de peintre de bataille. Un second suivra, dix ans plus tard, à l’occasion de la commande par Louis XVI d’une série de batailles pour son salon des Jeux à Versailles.
Vendredi 19 juin, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Auguier.
Époque Louis XIV. Tête de Méduse, plomb doré, 33 x 28,5 cm.
Frais compris : 90 400 €.
Plomb doré
Cette tête de Méduse provoquait un courroux d’enchères, son adjudication sifflant à hauteur de 70 000 €, d’après une estimation haute de 6 000. Tout ce qui brille n’est pas or, sa patine revêtant un matériau qui n’a pas la noblesse du bronze mais s’avère beaucoup plus rare, le plomb. Peu de fontes du XVIIe siècle réalisées dans ce métal sont en effet parvenues jusqu’à nous. Elle a été façonnée sous les bons auspices du règne de Louis XIV, dont le symbole darde des rayons de soleil plutôt que des serpents. L’engouement suscité récompense le ciseau du fondeur ayant créé avec maestria la chevelure de notre gorgone, grouillante de caducées et d’où émergent deux ailes, une sauvagerie qui contraste heureusement avec le faciès classique de Méduse. Dans la notice du catalogue, l’expert Alexandre Lacroix explique que peu d’artisans au XVIIe siècle sont capables d’une telle maîtrise technique. Et de rapprocher notre œuvre du travail des frères fondeurs Jean-Jacques (1635-1700) et Balthazar (1638-1702) Keller.
Originaires d’une famille d’orfèvres zurichois, ils sont engagés par Colbert comme fondeurs de canons, faisant passer cette industrie du stade artisanal à celui de production nationale de masse, grâce à la conception en 1669 de la fonderie de Douai. En 1670, Louvois recrute Balthazar pour fondre des pots en bronze, destinés à l’une de ses propriétés, puis en 1683 pour couler l’ensemble des bronzes du parc du château de Versailles, l’Arsenal ayant été reconverti en fonderie d’art sous la direction de Girardon. Ce dernier confie en 1691 à Balthazar la fonte de sa statue équestre du souverain, la première en France à être réalisée d’un seul jet. De l’artillerie à la sculpture, les frères Keller ont profondément modifié l’art de la fonte dans notre pays.
Mercredi 17 juin, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Lacroix.
Henrik Wigström (1862-1923) et Fabergé, Saint-Pétersbourg, 1899-1903, pendulette en or jaune et or rose, ivoire, émail blanc et émail vert guilloché, les chiffres sertis de diamants taillés en rose, h. 14,5 cm.
Frais compris : 237 880 €.
Wigström pour Fabergé
Vous aurez sans aucun doute reconnu cette précieuse pendulette réalisée dans les ateliers pétersbourgeois de Karl Fabergé. Déjà promise à un brillant avenir, avec une estimation atteignant 60 000 €, elle faisait encore mieux en en décrochant 190 000. Elle se distingue par le raffinement de son décor émaillé vert, imitant l’agate herborisée. On le sait, Fabergé était un infatigable chercheur qui expérimentait beaucoup dans le domaine des émaux, son catalogue de couleurs comprenant pas moins de 144 teintes différentes. Il était assisté d’artisans de premier plan, notamment d’Henrik Immanuel Wigström, dont le poinçon est frappé sur le chevalet de notre pendulette. Avec Michael Perchin (1860-1903), celui-ci a été responsable de l’exécution de la plupart des fameux œufs impériaux ayant fait la gloire de la maison. D’origine finlandaise, Wigström a été apprenti à Ekenas, chez l’orfèvre Petter Madsen, lequel commerçait avec Saint-Pétersbourg, où il avait ouvert un atelier. Cette liaison russe allait amener Wigström à œuvrer dans la capitale des tsars, sans que l’on sache qui l’a d’abord employé. En 1884, il devient l’assistant de Perchin, dont l’officine travaille exclusivement pour le compte de Fabergé, avant que celui-ci soit propulsé en 1886 à la tête des ateliers de la maison. Bien entendu, Wigström l’accompagne en tant que principal assistant. À la mort de son maître, en 1903, il prend le poste de directeur des ateliers, assurant la pérennité du goût néoclassique cher à Perchin. Produite entre 1899 et 1903, notre pendulette illustre avec raffinement l’interprétation précieuse qui en est donnée chez Fabergé.
Vendredi 19 juin, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. Vendôme Expertise.
Edgar Degas (1834-1917), Tête de jeune garçon italien, 1856-1857, huile sur carton marouflé sur toile, 22,6 x 17,7 cm.
Frais compris : 215 040 €.
Degas de jeunesse
Après Degas dessinateur, c’est Degas peintre qui était honoré avec les 168 000 € recueillis par cette huile sur carton de jeunesse, réalisée lors de son séjour transalpin entre 1856 et 1859. Notre Tête de jeune garçon se retrouve dans une Étude pour saint Jean-Baptiste, dessinée à la mine de plomb, et une esquisse à l’huile du même saint en pied. Mais le tableau définitif n’a jamais été exécuté. Notre portrait, que l’on peut rattacher à la tradition italienne initiée par Michallon et Corot dans les années 1820, puis développée dans les années 1850-1860 par les pensionnaires de la villa Médicis, est resté propriété de l’artiste jusqu’à son décès. Il figurait dans la quatrième et dernière vente de son atelier, organisée à Drouot du 2 au 4 juillet 1919. Cette dernière clôturait un marathon débuté en mars 1918, qui totalisait 10 827 828 F (environ 14,3 M€ en valeur réactualisée), l’atelier et la collection Degas occupant ainsi la deuxième place des plus importantes ventes parisiennes, derrière la collection Doucet, dispersée en 1912 pour 13 844 400 F (environ 18,3 M€ en valeur réactualisée) en seulement quatre vacations. Notre jeune garçon était pour sa part modestement adjugé 960 F (environ 1 270 € en valeur réactualisée), de plus accompagné d’une Étude de fillette (24 x 15 cm). Il réapparaissait seul à la galerie Georges Petit, le 15 décembre 1932, dans la vente de la collection Jules Strauss, où il obtenait 12 000 F (environ 7 800 € en valeur réactualisée). La collection Strauss comprenait plusieurs chefs-d’œuvre impressionnistes, Degas culminant avec les 174 000 F (environ 113 600 € en valeur réactualisée) de son Départ de la course. Notre tête retrouvait la scène des enchères, le 14 juin 1956, dans la vente de la collection Lucien Guiraud à Paris, où elle décrochait 1 120 000 F (environ 23 100 € en valeur réactualisée).
Vendredi 19 juin, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. M. Chanoit.
Horace Vernet (1789-1863), Le Roi Louis-Philippe et ses fils sortant du château de Versailles, le 10 juin 1837, jour de l’inauguration des galeries dédiées «à toutes les gloires de la France», 1846, aquarelle avec rehauts de gouache, 31,5 x 27 cm.
Frais compris : 132 500 €.
 
Modello historique
Inédit sur la scène des enchères, ce modello préparatoire au célèbre tableau d’Horace Vernet de 1846, conservé au château de Versailles, outrepassait son estimation pour atteindre 106 000 €. Il a été offert par Louis-Philippe à Victor de Broglie, qui fut son président du Conseil en 1835 et 1836. Cette feuille fut ensuite, à la fin du siècle dernier, acquise par un descendant du souverain auprès de la famille Broglie. Elle présente la composition complète et achevée de l’œuvre finale, célébrant l’inauguration des Galeries historiques de Versailles. Des traces de mise au carreau peuvent laisser penser qu’elle constitue la dernière étape avant le report sur la grande toile (367 x 394 cm). Seules différences, cette dernière est de format presque carré, coupant ainsi légèrement le haut de la grille du château, et Louis-Philippe sera finalement doté d’une expression plus martiale, seyant mieux à l’importance de l’événement. En 1833, le souverain décide de la création des Galeries historiques dans les murs du château de Versailles, inhabité. La dédicace du nouveau musée, «à toutes les gloires de la France», visait à développer le sentiment d’appartenance à une communauté nationale et à y rallier les différentes sensibilités. Ainsi, aussi bien l’Ancien Régime que la Révolution, l’Empire ou la monarchie de Juillet forment ce programme iconographique à visée politique. Dans notre tableau, on aperçoit la statue équestre de Louis XIV, érigée, à la demande de Louis-Philippe, à la place de l’entrée de l’ancienne cour royale. Le souverain est entouré de ses fils, avec à sa gauche, les ducs de Nemours et d’Aumale et, à sa droite, le prince de Joinville, le duc de Montpensier et le duc d’Orléans. Ce dernier est mort en 1842, avant l’exécution de notre tableau.
Vendredi 19 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Delorme, Collin du Bocage SVV. M. Dufestel.
Thangka sino-tibétain du XVIIIe siècle à l’encre et couleurs sur soie, 80 x 55 cm (pliures, usures, trous et tâches).
Frais compris : 90 000 €.
Images pieuses
Trois thangka étaient remarqués ce mardi. Rappelons que ces peintures tibétaines servant de support à la méditation sont généralement réalisées sur des toiles de lin ou de coton encadrées d’une riche bordure de soie, permettant de les rouler plus aisément. Plus rare, car peint sur soie, ce thangka s’envolait à 72 000 €, sur une estimation haute de 4 000 €. Il représente un arhat vêtu d’amples vêtements colorés, assis sur une fourrure et tenant un long chapelet. Notre homme auréolé, éventé par un personnage se tenant à ses pieds, est un être méritant, comparable à un saint, qui a réussi à échapper au cycle des renaissances du samsâra en se libérant de ses impuretés. Des pivoines, reines des fleurs évoquant à la fois le bonheur et le prestige, s’épanouissent derrière lui. Recherchant le nirvana, notre arhat n’a cependant pas atteint le statut de bouddha, que l’on aperçoit dans le ciel au milieu des nuages. Ce dernier est bien plus vénérable : loin de rechercher son salut personnel comme le font les arhats, il a en effet renoncé à sa propre libération pour mieux soulager l’humanité piégée dans le samsâra. Avec la diffusion de la version mahayaniste du bouddhisme insistant sur la compassion universelle, dite du «grand véhicule», les arhats du «petit véhicule» ont perdu leur statut de modèle idéal, au profit des bodhisattvas promis à l’Éveil. Le plus populaire d’entre eux, Avalokiteshvara, était aussi célébré à hauteur de 11 000 € sur un autre thangka tibétain, du XVIIIe ou du XIXe siècle. Il fallait encore prévoir 16 000 € pour le lama Tsongkhapa, fondateur de l’ordre des Gelugpa au tout début du XVe siècle, représenté sur une peinture de la fin du XVIIIe siècle. Le premier dalaï-lama, considéré de son vivant comme une incarnation d’Avalokiteshvara, appartenait à cette école des «bonnets jaunes» rapidement devenue, jusqu’à aujourd’hui, la plus influente du bouddhisme tibétain.
Mardi 16 juin, Argenteuil.
Argenteuil Maison de Ventes SVV. M. Delalande.
André Arbus (1903-1969), Salon venant du bureau d’apparat du palais des consuls de Rouen, vers 1955, hêtre massif vernis, garnis de cuir crème, comportant quatre chaises et cinq fauteuils (98 x 81 x 80 cm).
130 200 € frais compris.
Arbus passe au salon
Un mobilier exceptionnel, réalisé au milieu des années 1950 par André Arbus et Jacques Adnet, composait le principal pôle d’attraction de cette vente se déroulant à l’hôtel des ventes des Carmes à Rouen. Proposé en bon état, il avait été commandé aux deux ébénistes pour aménager le palais des Consuls, situé quai de la Bourse ; détruit lors des bombardements d’août 1944, il a été reconstruit à partir de 1953. La chambre de commerce et d’industrie cherchant des locaux «répondant plus aux besoins du futur», a préféré le vendre. Une belle aubaine pour les amoureux des meubles fonctionnalistes du milieu du XXe  siècle ! André Arbus prenait la tête des enchères. Une table monumentale, présentée à la page 168 de la Gazette n° 24, fabriquée à structure de bois et de métal, charmait d’abord un amateur pour 35 950 € frais compris. Ces sièges, provenant aussi du bureau d’apparat du président, recueillaient l’enchère la plus haute de la vacation. André Arbus, formé aux beaux-arts de Toulouse, expose des ensembles mobiliers très novateurs durant l’Exposition internationale de 1937. Comme ses confrères Ruhlmann, Leleu, Süe et Mare, il affirme un goût pour les matières rares. Héritier de la grande tradition française de l’ébénisterie du XVIIIe siècle, il s’oppose «au cubisme de bazar», aux sévérités du style que prône Le Corbusier. Ses meubles, rigoureux et précieux, séduisent une clientèle éprise à la fois de classicisme et de modernité. Grand dessinateur, André Arbus définit son propre répertoire et parvient à un accord subtil entre l’équilibre des formes et les rapports de tons. Ici, les colonnes ornées de sphères rappellent sa collaboration étroite et fructueuse avec le ferronnier Gilbert Poillerat. Deux guéridons qu’ils ont faits en commun ont d’ailleurs pulvérisé leur attente en étant emportés à 30 000 € la paire.
Rouen, dimanche 21 juin.
Bernard d’Anjou SVV. M. Mineray.
Urbino, atelier de Francesco Xanto Avelli da Rovigo (vers 1487-vers 1542), Tondino à décor polychrome a istoriato, au revers, inscription « Alta visio d’imera siragusa F. X. à R », vers 1540, diam. 27,5 cm.
Frais compris : 81 250 €.
Sicile, terre des dieux
Cette spectaculaire majolique, annoncée autour de 10 000 €, enthousiasmait les amateurs présents en salle, sur le live et sur plusieurs lignes de téléphone. À 50 000 € étaient encore en lice sept enchérisseurs. Multipliant par huit les estimations, elle rejoint la collection d’un grand amateur parisien. Chef-d’œuvre de la Renaissance, elle illustre le raffinement des majoliques produites à Urbino aux premières décennies du XVIe. Commanditées par de prestigieuses maisons italiennes, elles sont renommées pour leur décor d’une qualité picturale exceptionnelle. Grâce à la protection de Francesco Maria della Rovere, plusieurs peintres travaillent alors pour cette manufacture ducale des Marches, devenu un important centre faïencier européen. Francesco Xanto Avelli da Rovigo, de son vrai nom Santi, également poète et grand érudit, crée ainsi de splendides majoliques, embellies de paysages agrestes ou urbains. D’une habileté extraordinaire et à la tête d’un important atelier, il représente encore divers thèmes puisés dans la Bible, la mythologie, la littérature ou l’histoire contemporaine. Ce tondino s’avive d’une scène mythologique traitée dans des tonalités fortes de couleurs de grand feu, qui comprennent du jaune vif, des tons orangés, des bleus et des verts. Elle rappelle l’histoire de la conquête de la Sicile en référence à Pindare. Grâce à la bataille d’Himère, elle sort victorieuse de l’impulsion décadente de Carthage et fera régner dorénavant la civilisation grecque. La composition représente probablement la naissance de l’Etna. Zeus armé de sa foudre parcourt la Méditerranée, poursuivant le monstre Typhon ; recouvert de serpents, il est si hideux qu’il fait fuir tous les dieux, sauf Minerve la guerrière. Pour l’attraper, Zeus lui lança l’Etna, qui écrasa le géant. La Sicile est ainsi devenue la terre des dieux qui y ont fait leur demeure.
Lyon, dimanche 21 juin.
Bremens - Belleville SVV.
Chine, époque transition Ming-Qing, milieu du XVIIe siècle. Coupe libatoire en corne de rhinocéros de couleur miel foncé, h. 11,5 cm, 470 g.
Frais compris : 137 500 €.
Précieuse corne
Les arts de la Chine ancienne étaient plébiscités à l’hôtel d’Ainay, grâce à deux coupes libatoires provenant d’une succession régionale. Il faut dire que l’une et l’autre avaient été travaillées en corne de rhinocéros, aujourd’hui très appréciée des amateurs. Cette matière animale estimée comme antidote s’affirme également comme l’un des huit objets précieux du lettré chinois. Outre la rareté du matériau si convoité, la beauté de tels objets réside dans la finesse et le symbolisme de leurs motifs ornementaux. Ces deux coupes ont été réalisées au milieu du XVIIe, au moment où la dynastie Qing, d’origine mandchoue, étend son pouvoir sur les deux Chine. Elle affirme aussi sa toute puissance, pour atteindre un apogée avec le règne de l’empereur Kangxi (1661-1722). La première coupe, attendue autour de 35 000 €, présente un décor profondément sculpté de branches de pin, dont certaines entrelacées servent d’anses, tandis que deux lettrés conversent, l’un penché sur une terrasse (voir Gazette n° 24, page 164). Doublant les espoirs, elle était adjugée 76 250 € frais compris. Quant à notre modèle, il était avancé autour de 45 000 €. Il arbore une facture originale, jouant avec habileté des rythmes plastiques. Ici encore, les branches de l’un des pins, noueux et ajouré, reviennent à l’intérieur de la coupe pour former l’anse. À l’éclat du matériau s’ajoute le raffinement des motifs décoratifs, qui mettent en scène un paysage imaginaire. Celui-ci s’anime de quatre personnages, dont un lettré et un sage cherchant à monter sur un cheval. Il faut voir là une évocation indirecte du triomphe de la sagesse : lettrés et sages méditent généralement sous un pin signifiant la longévité ; imperturbable, l’arbre s’oppose à une nature en perpétuelle métamorphose. En dépit de petits manques, notre coupe était très débattue entre divers amateurs, pour être acquise largement au quadruple des estimations.
Lyon, dimanche 21 juin.
Conan Hôtel d’Ainay SVV.

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