La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Auguste Rodin (1840-1917), La toilette de Vénus (dite aussi Faunesse agenouillée ou Le Réveil), bronze à patine brun nuancé de vert, modèle conçu vers 1890, épreuve fondue en 1945 par A. Rudier, cachet en relief «A. Rodin»
à l’intérieur, h. 46,6 cm.
Adjugé : 625 000 €
Un réveil dans la sensualité de Rodin
Le Rodin était attendu… Il n’a pas déçu et a permis à la vente de la maison De Baeque, riche par ailleurs de très belles œuvres sur papier (voir page 190) et d’objets d’art originaux, de totaliser 1 139 600 €. Pas de Baiser ni de Penseur : Auguste Rodin (1840-1917) revenait sous le feu des enchères à Drouot avec un modèle sensuel moins fréquent, La Toilette de Vénus, autrement nommé «Le Réveil» ou «Faunesse agenouillée». Saisie dans un éternel printemps, la jeune femme dénudée affrontait les frimas parisiens au moment même où les festivités commémorant le centenaire de la mort de son créateur – le 17 novembre 1917 – s’achevaient. Elle y recevait un très digne hommage de 625 000 €. L’histoire de la trajectoire muséale de cette belle dame était racontée par la Gazette n° 38 du 3 novembre, page 64. Le résultat se devait d’être à la hauteur de tant de qualités. Il l’est d’autant plus qu’il s’agit d’une fonte posthume, datée de 1945 et portant le cachet de fondeur A. Rudier. Le musée Rodin à Paris possède un modèle provenant de la même fonderie, daté de 1928 et spécialement réalisé pour le tout jeune établissement. En effet, une seule sculpture fit l’objet d’un bronze du vivant de l’artiste, celle fondue par Léon Perzinka. Auguste Rodin, qui a rendu un véritable hommage au corps féminin, avait taillé dans la pierre en 1884 une œuvre assez proche, titrée Sirène ou Toilette de Vénus – déjà – et conservé également au musée de la rue de Varenne. Pour l’épreuve définitive, plus de queue de poisson ni de rondeur dans les courbes. En quelques années, le maître a gagné en expressivité. L’homme vouait une véritable passion à la Vénus de Milo – il lui écrivit un texte en la qualifiant de «merveille des merveilles». En 1910, il acquiert un marbre d’une Vénus anadyomène accroupie de la fin de l’époque hellénistique ou du début de l’époque impériale, et l’expose dès 1912-1913 à l’hôtel Biron. Une nouvelle preuve de son attirance pour le corps accroupi, symbole même de la féminité. Dans un brouillon conservé dans les archives du musée, a propos de cet antique, il écrit : «Une Vénus accroupie, aussi une fleur de vie, forme qui me réjouit par sa vigueur, par sa grâce de première force… »
Vendredi 10 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
De Baecque et Associés OVV. M. Lacroix.
Jan Baptist Weenix (1621-vers 1660), La Raison du plus fort (deux chiens se disputant des entrailles), 1649,
huile sur toile, 136 x 205,5 cm.
Adjugé : 35 280 €
Achille Fontaine en joyeuse compagnie
Achille Fontaine (1836-1912) cultivait un goût insatiable pour les objets d’art, ainsi que l’Événement de la Gazette n° 37 du 27 octobre vous le relatait. Ses passions s’exprimaient en tableaux anciens, orfèvrerie, objets d’art et œuvres de Haute Époque. Quatre-vingts d’entre ces pièces se retrouvaient à Drouot vendredi dernier. Le point d’orgue en était une Vierge à l’Enfant en marbre blanc, réalisée dans l’entourage d’Antonio Rizzo (1430-1499). Malgré sa grande qualité d’exécution et sa profonde intériorité, celle-ci n’a pas été vendue. Une déception heureusement tempérée par les bons résultats recueillis pour les autres pièces, et notamment pour les peintures, dont l’école flamande du XVIIe siècle d’un entourage de Pierre Paul Rubens, représentant Saint Paul de profil. Ce panneau parqueté, dont la composition fait écho à un tableau vendu en 1913 comme étant de Rubens, et depuis sorti du répertoire du maître anversois, retenait tout de même 45 360 €. Poursuite dans les écoles du Nord avec une scène au titre imagé mais parfaitement suggestif, La Raison du plus fort, due à Jan Baptist Weenix (1621-vers 1660) en 1649. Le beau lévrier ne peut que jeter un regard d’envie sur les délicieuses entrailles jalousement conservées entre les pattes du puissant Saint-Bernard, allongé et déjà prêt à se régaler. Cette scène typiquement nordique – on peut y voir une allusion politique à peine voilée – s’inscrit dans un paysage méridional, restitué sous une chaude lumière et retenu par l’artiste de son séjour dans la péninsule italienne. Si le goût est là évoqué, dans la toile d’une école française vers 1640, ce sont tous les sens qui sont explorés. Titrée Joyeuse compagnie attablée, les cinq sens, cette œuvre rappelle l’influence réaliste du Caravage sur une bonne partie du XVIIe siècle. Mais pas de guenilles chères au Romain car le sujet est francisé, puisqu’il s’agit d’une tablée de mousquetaires festoyant. L’ouïe est évoquée par un joueur de luth, le goût et l’odorat par le vin et les plats appétissants sur la table, la vue et le toucher par des amants, qui se fixent intensément. Une double lecture à nouveau… Des tableaux pleins de sens qui font écho à la curiosité du collectionneur Achille Fontaine.
Vendredi 10 novembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu. Daguerre OVV. MM. Achdjian, Delalande, Froissart, Lacroix, Derouineau, de Bayser, Maraval-Hutin, Rampal. Cabinets Revel, Turquin.
Demeter Chiparus (1886-1947), Danseuse aux éventails, vers 1925, sculpture chryséléphantine en bronze à patines dorée, argentée et cuivrée, éventails, tête et mains en ivoire, socle en onyx et marbre, h. 56, l. 62 cm avec socle.
Adjugé : 154 940 €
Danseuse d’or
Cette Danseuse aux éventails pourrait illustrer une phrase de Rimbaud extraite du recueil Les Illuminations : «J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.» Demeter Chiparus (1886-1947), né dans la Roumanie d’avant-guerre, en est l’auteur. Nul mieux que lui ne sut exprimer la sensualité des bayadères. Avec la venue des Ballets russes de Diaghilev dans la Ville lumière, le sculpteur, formé aux Beaux-Arts de Paris,  peut à loisir fréquenter les danseurs et les statufier en bronze et ivoire, sa spécificité. Il fixera ainsi en plein mouvement Ida Rubinstein et Vaslav Nijinsky interprétant Shéhérazade, et tant d’autres… Notre modèle était saisi dans son envol et séduisait à 154 940 €. Dans les années 1920 et 1930, la sculpture en chryséléphantine était le cadeau de mariage le plus recherché, et les belles danseuses terminaient leurs entrechats sur les cheminées des appartements art déco. Un très beau présent…
Vendredi 10 novembre, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Plaisance Expertise.
Jozef Peeters (1895-1960), Composition, graphite et aquarelle sur papier, daté et situé «P. Antwerp. 3/5/22», «Jozef Peeters»
au revers, 16,6 x 23,5 cm.
Adjugé : 19 500 €
La collection polymorphe de Michel Seuphor dévoilée
Critique d’art, poète, théoricien et artiste, Michel Seuphor (1901-1999) jouait avec chacune de ces facettes, toujours enthousiaste. L’avant-garde marquée par l’abstraction était son maître mot, ainsi que l’Événement consacré par la Gazette n° 35 du 13 octobre (pages 16 à 21) le rappelait avec justesse. La vente d’un ensemble issu de sa collection personnelle et demeuré dans sa succession racontait un petit bout de cette histoire en dévoilant des tableaux, des dessins, des estampes ainsi que des photographies marqués de son sceau. Le chapitre consacré à Marcel Janco (1895-1984), figure de proue avec Tristan Tzara (1896-1963) et Jean Arp (1886-1966) du dadaïsme à Zurich, et actuellement sur les cimaises du musée de l’Orangerie pour une exposition titrée «Dada Africa» – jusqu’au 19 février, à voir absolument pour la compréhension de ce mouvement rarement exposé –, était tout particulièrement intéressant. Le programme de la soirée du 28 avril 1916 au Cabaret Voltaire, illustré des portraits des participants, se parcourait à 11 700 €, celui d’une autre soirée, celle du 14 juillet cette fois, à 11 700 € également, et un frontispice d’un poème de Tzara  au titre énigmatique, «Circuit total par la lune et par la couleur», écrit pour Janco et enrichi par ce dernier en linogravure à l’encre noire, 24 700 €. Un beau résultat, le plus haut de cette dispersion, qui récompensait une pièce unique appartenant à l’histoire de Dada et réunissant deux de ses plus éminents membres. Place ensuite à l’abstraction, celle peinte par Jozef Peeters  (1895-1960), qui est, avec Victor Servranckx (1897-1965), rien de moins que l’un des premiers peintres flamands non figuratifs, dont les travaux font écho à ceux de Mondrian et de Kandinsky. Il rencontre Seuphor à la revue Het Overzicht, qu’ils dirigent conjointement de 1922 à 1925. Le second possédait donc un petit ensemble d’œuvres sur papier offertes par le premier : des linogravures, des dessins et des aquarelles, dont une Composition de 1922 (reproduite ci-dessus), ici portée à 19 500 €. Au cours de l’après-midi se poursuivait cette promenade dans l’avant-garde européenne des années 1920, avec notamment un Portrait de Guillaume Apollinaire (26,7 x 19,5 cm) au crayon de Michel Larionov (1881-1964), emporté à 11 050 €, et une huile sur liège sans titre de Wolfgang Paalen (1905-1959), qui projetait 20 800 €. En revanche, déception pour les Kertész de Michel Seuphor. Pas de demande pour ces photographies originales aux sels d’argent, pourtant témoignages d’une amitié et d’une époque.
Vendredi 10 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. M. Benarroche.
Chine, milieu de l’époque Ming (1368-1644). Statue du luohan Kapimala en grès émaillé jaune, turquoise et bleu foncé, la main gauche tenant la perle sacrée, assis en padmasana sur le lotus posé sur un trône ajouré, h. 123,7 cm.
Adjugé : 141 652 €
En Normandie, la surprise venait de Chine !
L’entier mobilier d’une propriété de Normandie contenait tout à fait logiquement des tableaux et dessins anciens, des objets d’art et d’ameublement, de l’orfèvrerie, de la numismatique, des livres anciens, de la céramique et des miniatures… Tous se sont très honorablement tenus, à l’image des 7 857 € frappés sur une pièce italienne de 5 lires de 1821, à l’effigie de Victor Emmanuel (r. 1802-1821), des 8 772 € d’une édition originale d’Alfonso Chacón consacrée à la colonne Trajane et dédiée au roi Philippe II d’Espagne, ou encore des 4 122 € portés sur la gouache de Max Jacob observant Deux Bretonnes (voir page 70 de la Gazette n° 38 du 3 novembre), et des 5 410 € d’une plaque de Sèvres italianisante (reproduite page 189). Mais la surprise venait une nouvelle fois d’une pièce chinoise, alors que les objets d’Extrême-Orient étaient peu représentés dans cet important ensemble ! Cette statue de luohan en grès émaillé jaune, turquoise et bleu foncé du milieu de l’époque Ming (ci-contre) échangeait sa perle sacrée contre une offrande de 141 652 €. Kapimala, le treizième patriarche de la religion bouddhique, assis en padmasana sur le lotus porté par un trône, ajouré et orné d’une chimère et de flots, n’en paraissait pas le moins du monde troublé. Le sage a depuis longtemps renoncé aux agitations terrestres… Ce qui n’était pas le cas des collectionneurs, qui continuent à être très actifs sur le marché des céramiques chinoises.
Mardi 7 et mercredi 8 novembre, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. Cabinet Portier et Associés.
Pieter Pieterszoon Aertsen (1540-1603), La Crucifixion, huile sur panneau, 95 x 70 cm.
Adjugé : 97 500 €
Intense religiosité dans le nord
La vente consacrée aux maîtres anciens avait une forte connotation religieuse, puisque les trois plus hauts résultats étaient captés par des scènes de Crucifixion et des Vierge, peintes par des artistes des écoles italienne et du Nord. Ces œuvres montraient les caractéristiques propres à chaque école, mais aussi les influences de la première sur la seconde. Elles racontaient ainsi un petit morceau des échanges dans l’art du XVIe siècle. Du Maître du Fils prodigue, actif à Anvers dans la première moitié du XVIe siècle – et identifié par l’historien d’art Hulin de Loo (1862-1945) d’après une peinture du Kunsthistorisches Museum de Vienne –, une Vierge à l’Enfant Jésus devant un paysage avec la Fuite en Égypteexprimait toute sa tendresse maternelle à 117 000 €. Ses caractéristiques ? Un mélange de la peinture anversoise des années 1500, marquée par le naturalisme, et de maniérisme italien dans le dessin du corps de l’Enfant. Chez Pieter Pieterszoon Aertsen (1540-1603), maître installé à Amsterdam au XVIe siècle, c’est au contraire l’influence des écoles du Nord qui domine, avec une forte expressivité dans les nombreux personnages présents. Sa Crucifixion ici emportée à 97 500 € (reproduite ci-contre) en offrait le témoignage. La scène est des plus animées, avec une galerie de saints, de spectateurs et de soldats hauts en couleur peints sur un fond ténébreux. Elle est également originale en évoquant un passage de la Passion selon saint Jean dans lequel la nuit et le jour se rencontreraient soudainement à la mort du fils de Dieu. Retour à beaucoup plus de douceur avec une Vierge en prière, peinte par Giovanni Battista Salvi, dit il Sassoferrato (1609-1685). Le style de cet artiste installé tôt à Rome est fortement influencé par Raphaël. Il ne cède pas au baroque alors triomphant dans la Ville éternelle et s’en tient au classicisme du siècle précédent, choisissant une palette de tons atténuée, une intériorité très personnelle et de présenter la Vierge dans toute sa simple beauté. Du grand art, ici recueilli à 67 600 €. La Vue du port de Portsmouth et de ses bateaux de prisonniers – les tristement célèbres «pontons» – d’Ambroise Louis Garneray (1783-1857), ne parvenait quant à elle pas à se libérer de ses chaînes…
Mercredi 8 novembre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. M. Millet.
Vincennes, XVIIIe siècle. Gobelet «à la reine» et sa soucoupe en porcelaine tendre, à décor en camaïeu bleu d’amours d’après François Boucher (1703-1770), 1753, h. 7,2 cm, diam. 13,1 cm.
Adjugé : 22 680 €
Jours de porcelaine
Si les porcelaines tendres de la manufacture de Vincennes sont rares, celles à fond jaune le sont encore davantage. C’est dire si ce gobelet «à la reine», accompagné de sa soucoupe, était attendu. Il a été acquis pour 22 680 €. Cette petite pièce de service, qui devait tenir le lait au chaud, appartient à une série de treize gobelets dits «à la reine» livrés au marchand-mercier Lazare Duvaux le 31 décembre 1753. Ils coûtaient alors 21 livres chacun. Leur décor en camaïeu bleu de charmants amours joueurs d’après François Boucher (1703-1770), dans des réserves cernées d’un filet or, est des plus charmants. 1753 signe une année importante pour Vincennes. C’est au cours de celle-ci que sera mis l’accent sur les fonds colorés, récemment mis au point, en les associant à des motifs de fleurs, d’oiseaux et d’enfants en camaïeu bleu, et que verra le jour la teinte «bleu céleste», promise à un magnifique avenir. Autre caractéristique, ces créations à fond jaune sont encore marquées de point, et donc sans lettre-date. Ce détail a son importance, puisqu’il a permis à David Peters d’affirmer (in An Examination of Vincennes and Early Sèvres Date letters», The French Porcelain Society, 2014) que la lettre-date «A» avait été posée à partir de janvier 1754, et non dès juin 1753, comme cela était admis jusqu’alors. Ces quelques centimètres de finesse portaient donc en leur sein un peu de l’histoire de la porcelaine française.
Mardi 7 et mercredi 8 novembre, salle 13 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin OVV. M. Froissart.
Alexandre Iacovleff (1887-1938), Hassan, Palmyrénien, 1931, sanguine, pastel et craie noire sur papier, 74 x 54 cm.
Adjugé : 23 750 €
Iacovleff en partance pour l’Asie
En 1931, Alexandre Iacovleff (1887-1938) se lance dans l’aventure de la «Croisière jaune» organisée par André Citroën, six ans après celle de la «Croisière noire». Trois années de préparatifs ont été nécessaires pour mener à bien cette nouvelle expédition encore plus ambitieuse et qui reste dans les mémoires comme l’un des plus grands exploits automobiles du XXe siècle. Point de départ du groupe «Pamir», dirigé par Georges-Marie Haardt et Louis Audouin-Dubreuil : Beyrouth, le 4 avril. Palmyre, lieu de passage quasi obligatoire et d’ouverture vers la route de la soie, est atteinte trois jours plus tard. L’oasis est alors en pleine effervescence. Pendant cette halte, Iacovleff croise le regard d’Hassan, un jeune Palmyrénien, et le fixe dans le papier avec la précision qui le caractérise. Le portrait de ce jeune garçon est l’un des premiers réalisés tout au long de cette route périlleuse – son auteur note dans son carnet qu’il se trouve «sous l’émotion de la vision toute fraîche». On connaît de l’artiste les centaines de productions graphiques représentant toute la diversité des figures humaines rencontrées, grâce à Dessins et peintures d’Asie, croquis et notes de voyage (éditions Jules Meynial, Paris, 1934). De retour en France, le peintre d’origine russe poursuivra sa carrière de portraitiste et réalisera, en 1933, le Portrait de Louis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes à la sanguine, adjugé ici 5 000 €. Prince, mais surtout alpiniste, marin et explorateur polaire, ce dernier comptait l’artiste pour ami.
Vendredi 10 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Entourage de Paul-Albert Bartholomé (1848-1928), Le Rêve, vers 1880-1900, sculpture en marbre blanc, 36 x 165 x 92 cm.
Adjugé : 43 750 €

 
Amour éternel
Son visage assoupi dans le marbre irradiait sur la couverture de la Gazette n° 32 du 22 septembre. Il était anonyme et le demeure encore. Pressenti un temps comme étant celui de Prospérie de Fleury, dite Périe (1849-1887), épouse prématurément disparue de l’artiste Paul-Albert Bartholomé (1848-1928) et donc ciselé par les ciseaux de ce dernier, il était finalement présenté comme exécuté par un entourage de ce peintre et sculpteur. Ce Rêve –  intitulé comme tel au catalogue – n’en dégageait pas moins une sensualité apaisée, relevée par les cheveux défaits auréolant ses traits et le double rang de perles, seul atour de cette nudité exposée. La sculpture a été acquise pour 43 750 €. Dans le même après-midi, deux autres visages retenaient l’attention, mais dont l’esprit était tout autre, puisqu’ils étaient attribués à Théodore Géricault (1791-1824). Provenant de l’ancienne collection Pierre Dubaut – spécialiste du peintre, qui n’eut de cesse toute sa carrière de promouvoir l’œuvre de ce grand maître du XIXe siècle –, ils figuraient des portraits d’hommes noirs. Celui en buste, reproduit page 67 de la Gazette n° 38 du 3 novembre, dégageant une grave et profonde intériorité, retenait 50 000 €, et le second, plus inquiet, 37 500 €.
Mercredi 8 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. M. Commenges.
Fin de l’époque Louis XVI. Fauteuil du dauphin Louis-Charles de France (1785-1795) à la prison du Temple, modèle d’enfant en bois sculpté et laqué, à quatre pieds fuselés rudentés, 71 x 48 x 44 cm.
Adjugé : 53 592 €
L’enfant du Temple
En matière de souvenirs royaux, la «traçabilité» est gage d’authenticité. Celle de ce fauteuil d’enfant était parfaite. Propriété du chevalier François-Augustin Reynier de Jarjayes (1745-1822) – celui-là même qui tenta en mars 1793 de faire évader la reine et ses enfants –, il passa ensuite dans la collection du prince Sixte de Bourbon-Parme (1886-1934), puis dans celle de sa descendance. Il fut également présenté au château de Versailles dans l’exposition de 1955 organisée à l’occasion du bicentenaire de la naissance de la dernière reine de France à y avoir vécu. Voilà pour l’histoire officielle. Ce fauteuil d’enfant en raconte une seconde, bien plus intime et émouvante. Il renvoie aux heures les plus sombres de la Révolution et à celles terribles endurées par le petit dauphin Louis-Charles de France (1785-1795), lors de son emprisonnement. 53 592 € étaient portés sur ce petit meuble. Autre souvenir des plus attendus, le masque mortuaire en cire de Napoléon Ier, reproduit page 59 de la Gazette n° 38 du 3 novembre, qui ne trouvait pas preneur.
Mardi 7 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. M. Boulay.

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