La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Attribuées au Groupe de Léagros, Attique, vers 520-500 av. J.-C. Deux amphores à col à figures noires, terre cuite vernissée noir et rehauts de peinture blanc et rouge, h. 44,5 cm.
Adjugé : 685 300 €
L’archéologie enfonce le clou
Avec un produit total de 1 294 178 €, cette vente d’archéologie raflait le plus haut suffrage en la matière depuis le début de l’année à Drouot et intéressait les institutions. À commencer par l’une des plus prestigieuses d’entre elles, le musée du Louvre, qui préemptait sur enchères provisoires – avec faculté de réunion – pour un montant de 685 300 € deux amphores attiques. Ces deux céramiques à figures noires, attribuées au groupe de Léagros, déclinaient le thème de la célébration du vin dans un même élan dionysiaque. Le musée parisien détient déjà plusieurs amphores et hydries peintes par des artistes regroupés sous ce vocable de «Léagros», désignant un jeune homme élu stratège en 465 av. J.-C. et tué au combat la même année, car tous se sont plu à le représenter et à le nommer. Ces amphores avaient un atout supplémentaire : une provenance historique des plus intéressantes. De fait, ces pièces ont appartenu à Lucien Bonaparte (1775-1840), qui en 1828-1829, alors que son frère Napoléon n’était plus ni empereur ni même de ce monde, avait entrepris une grande campagne de fouilles en Étrurie. D’autres pièces venaient ajouter leur pierre à cet édifice antique. C’était le cas notamment d’un clou de fondation représentant un souverain canéphore, le corps tubulaire, les jambes jointes, les bras levés tenant un couffin à briques posé sur sa tête, dans une attitude rappelant son statut de roi bâtisseur. Cet objet en cuivre était destiné à être enfoui dans les fondations d’un statuaire, accompagné d’une tablette de dédicace, assurant ainsi la postérité de la piété du souverain et protégeant le temple des êtres néfastes. Celui-ci date de la troisième dynastie d’Ur, vers 2200-2000 av. J.-C. Il était exhumé pour 50 232 €, sous la protection d’une statuette votive du dieu Thot sous la forme de l’ibis au repos. En bois stuqué et doré, le volatile déifié maintenait la continuité de son culte à 48 944 €, bien au-delà de l’époque ptolémaïque qui l’avait vu naître… Une scène de Séma-Taouy, gravée sur un bas-relief égyptien du Nouvel Empire provenant d’un trône de statue royale, avertissait : «J’ai réuni pour toi les Deux Terres dans la paix. Je me suis emparé pour toi des neuf arcs, ta massue étant sur les têtes des tous les pays étrangers, éternellement, éternellement». Une sentence à méditer pour 39 284 €.
Mercredi 16 mai, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Kunicki.
Claude Dityvon (1937-2008), Mai 68, Paris : 25 mai, homme assis, tirage argentique d’exposition réalisé par l’auteur sur papier baryté, au dos signature de l’auteur au crayon, légende manuscrite, cachet de l’auteur et numéro de référence, 40 x 50 cm.
Adjugé : 8 060 €
La consécration d’une poésie du regard
Avec 91 % des lots vendus (175 084 € de produit total) et pour une grande majorité d’entre eux, au triple des estimations, la dispersion de photographies de Claude Dityvon (1937-2008) a reçu une consécration qui venait enfin récompenser un œil juste. Celui d’un témoin de son temps, présent au cœur des événements de Mai 68, qu’il a contribué à immortaliser (voir Gazette n° 18 du 4 mai, pages 12 à 21), et tout au long des décennies suivantes, auprès du monde du travail, de la vie rurale et des hommes de la mer.
Ce sont bien les tirages argentiques de Mai 68, effectués par l’auteur sur papier baryté d’après ses propres photographies, qui enflammaient les passionnés. Son Homme assis (reproduit ci-dessus), d’une poésie tranchant sur la violence du moment fixé, retenait la plus haute enchère à 8 060 €. La scène de rue immortalisée sur le boulevard Saint-Michel le 22 mai était happée à 6 760 €, l’infirmier secourant une jeune femme, boulevard Saint-Germain le 20 mai, reconnu à 4 550 €, et une vue de la place Maubert, prise le 6, s’ancrait à 4 940 €. Celle reproduite en couverture de La Gazette n° 12 recueillait 1 560 €. Le photographe avait dit un jour : «La rue parlait. Moi, je parle. Et regarder c’est aussi une manière de parler». Son regard vient de parler une nouvelle fois et grâce à cette vente, lui offre une cote officielle sur le marché de l’art.
En seconde partie d’après-midi, l’atmosphère était tout autre, mais l’ambiance restait à l’envie du côté des acheteurs. Le Goëmonier, Plouguerneau, Bretagne de 1971, dans le regard duquel passait toute la dureté du travail de ces hommes, à la vie happée par la mer, s’invitait à la fête pour 4 550 €. Quant aux scènes de rue en clair-obscur des années 1990, elles séduisaient tout autant : 2 860 € pour Rue Watt, Paris XIII de 1999 et 3 250 € pour Passage I, Paris, de 1993. C’est à la suite de la découverte de L’Homme qui marche d’Alberto Giacometti qu’il capte des silhouettes noires dans la lumière d’un réverbère ou d’une porte entrouverte. Il veut désormais montrer, au travers de cette attitude, «celui qui transporte avec lui tout le mystère humain d’une marche fragile et déterminée à la fois». C’est ainsi que Claude Dityvon, témoin engagé jusqu’aux derniers crépitements de son appareil, s’exprimait en décembre 2000.
Mardi 15 mai, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. M. Goeury.
France, deuxième décennie du XIXe siècle. Étoile en diamants, bijou de chevalier de la Légion d’honneur du quatrième type, dans son écrin d’origine en maroquin rouge, 5,5 x 3,2 cm, poids 19,5 g.
Adjugé : 50 000 €
Collection Paul Démogé, clap 2
L’ordre de la Légion d’honneur, fondé par le Premier consul Bonaparte le 29 floréal an X, se voyait honorer de la plus haute enchère de cette vacation, soit 50 000 €. Ce résultat était porté sur une étoile en diamants du premier Empire (ci-contre). Les bijoux de chevalier – celui-ci du quatrième type, en argent, à cinq branches aux pointes pommetées entièrement serties de diamants – étaient remis par l’Empereur lui-même. Ces récompenses constituaient une marque d’estime toute particulière, leurs prix élevés aujourd’hui étant justifiés par leur grande rareté. Celui-ci n’appartenait pas à la collection de Paul Démogé, dont la vente de la première partie – les 5 et 6 décembre dernier – s’était conclue sur le montant record de 1 125 706 €. Cette seconde édition avait pour particularité d’offrir un ensemble important de médailles et insignes de fonctions officielles, dont celles des parlementaires, apparues au début de la Révolution en remplacement des cartes d’identité – imprimées sur carton et jugées peu sûres. Les meilleurs graveurs de l’époque ont collaboré à leur réalisation. Un insigne de porteur d’eau en laiton fondu et gravé, datant de la Convention nationale (1792), était déposé à 2 375 €, et une médaille des représentants des provinces en or, frappée en 1825 pour commémorer le sacre de Charles X, à 7 500 €. Plus près de nous, une médaille d’hommage de 1945 parlait à notre mémoire collective car conçue pour honorer les quatre vingts parlementaires ayant refusé de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Réalisé par Louis Muller (1902-1957), l’exemplaire ayant appartenu au sénateur Victor Pierre Marie Le Gorgeu (voir page 52 de la Gazette no 19 du 11 mai) était salué de 4 375 €.
Mercredi 16 mai, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. M. Palthey.
Edmond-Henri Becker (1871-1971), boîte japonisante constituée d’un morceau de racine évidée, monture en argent épousant les bords du couvercle et la base, à décor d’un scarabée grimpant sur le couvercle en pierre dure verte, h. 8,5 cm, l. 19 cm, poids 1 051 g.
Adjugé : 11 875 €
Au coeur de la matière
L’ouverture du Japon sur le monde, initiée sous l’ère Meiji (1868-1912), a eu des conséquences prévisibles en matière politique et économique, mais plus inattendues sur le plan artistique. L’invasion pacifique d’une foule d’objets et d’estampes en provenance du pays entraîna la naissance en Occident d’un engouement sans précédent, ayant pris pour nom «japonisme» et à l’honneur tout au long de l’année dans plusieurs institutions – notamment au musée des Impressionnismes de Giverny, jusqu’au 15 juillet. Cette rare boîte, conçue par Edmond-Henri Becker (1871-1971) à partir d’une racine évidée, en est une parfaite illustration. Le délicat scarabée, sculpté dans une pierre verte et grimpant sur le couvercle, continuait sa course vers un résultat de 11 875 €. Cet objet traduit tout l’esprit naturaliste que l’Occident a appris de l’archipel japonais. On sait que Becker, un sculpteur élève de Charles Valton, a collaboré à la fin du XIXe siècle avec la maison de joaillerie Boucheron, pour fabriquer ce type de petites pièces à la fois précieuses et uniques. Elles furent présentées à la célèbre Exposition universelle de 1900, où elles reçurent un accueil à la hauteur de leurs mérites puisque l’artiste – qui allait se consacrer exclusivement à la médaille à la fin de sa carrière – y reçut une médaille d’or. On le comprend aisément !
Jeudi 17 mai, salle 2 - Drouot-Richelieu.
L’Huillier & Associés OVV.
Claude Joseph Vernet (1714-1789), Pêcheurs près du rivage, dite La Source abondante, huile sur toile ovale, datée 1766, 46 x 36 cm.
Adjugé : 281 600 €
Abondance ne nuit pas
Le verdict n’a pas été clément pour le coffre et son présentoir en placage d’ivoire, lapis-lazuli et bronze doré signé Jean Claret (voir page 55 de la Gazette no 19 du 11 mai) puisque l’objet, assez spectaculaire de réalisation, n’a pas trouvé preneur. Il en a été tout autrement pour la majorité des pièces de la vacation du soir, intitulée «Sélection d’œuvres d’exception» et ayant vu la préemption de deux lots. La suite de quatre fauteuils d’époque Louis XVI, estampillés Jean-Baptiste Boulard (reçu maître en 1754) et portant la marque «No 30 W. 8» attestant une provenance du château de Versailles, va retrouver le lieu royal pour lequel elle a été conçue puisque l’établissement public l’a emportée pour 17 920 €. Le musée Louis-Philippe d’Eu s’est quant à lui porté acquéreur, à 30 720 €, d’une paire de vases Médicis en porcelaine de Sèvres de 1844 (reproduite ci-dessus). Les deux vues du château d’Eu peintes sur chacune de leurs faces suffisent à expliquer pourquoi. Lorsqu’ils entrent dans le magasin de vente de la manufacture, le 17 janvier 1845, ils sont assortis d’un prix de 800 francs chacun. Ils seront ensuite présentés à l’Exposition des produits des manufactures royales de janvier 1846 puis livrés le 1er août 1850, par ordre du ministre de l’Agriculture et du Commerce, au duc de Montmorency pour le «comte de Neuilly» – entre-temps il est vrai, la monarchie de Juillet avait vécu et Louis-Philippe, en exil en Angleterre, portait ce titre. Ce dernier ne profita pas longtemps de ses vases puisque celui que l’on nommait «le roi des Français» allait décéder le 26 août de la même année. En rejoignant le musée sis dans son château, une page de l’histoire de France se conclut ! La pièce la plus convoitée se révélait être un tableau. La toile de Claude Joseph Vernet (1714-1789) ayant fait l’objet d’un encadré page 67 de la Gazette n° 11 (du 16 mars) et retirée de la vente du 20 mars pour étude complémentaire, intitulée Pêcheurs près du rivage, dite aussi La Source abondante, lançait ses filets et attrapait un amateur à 281 600 €. Une jolie somme qui fait écho aux propos de Diderot. L’encyclopédiste, séduit par sept œuvres du peintre présentées au Salon de 1767 – dont celle-ci –, leur dédie un passage dans ses critiques de la manifestation artistique, titré «La promenade Vernet». Elles lui inspirent un voyage imaginaire dans sept sites différents en compagnie d’un ami abbé, son «cicérone», comme il le nomme lui-même, auquel il conseille d’aller «au Sallon» pour y voir «qu’une imagination féconde, aidée d’une étude profonde de la nature, a inspiré à un de nos artistes précisément ces rochers, cette cascade et ce coin de paysage».
Jeudi 17 mai, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Daguerre OVV. MM. Derouineau, Froissart, cabinets Maury, Turquin.

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