La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Flandres ou nord de la France, vers 1250-1280. Psautier calligraphié sur parchemin, composé de 186 feuillets écrits recto verso sur seize lignes par page, illustré de miniatures, lettrines et décors marginaux, 12,5 x 9,5 cm.
Adjugé : 516 600 €
Un psautier du XIIIe siècle
Il devait être l’ouvrage qui obtiendrait le meilleur résultat (voir Gazette no 5 du 8 février page 49). Il l’a été de loin, en effet, dépassant même les plus grandes espérances puisque ce psautier calligraphié sur parchemin a attendu l’enchère de 516 600 € pour dévoiler ses 186 feuillets illustrés de miniatures, lettrines et décors marginaux. Très exactement, il rassemble un calendrier liturgique complet agrémenté de douze miniatures à fond d’or, les cent cinquante Psaumes de David suivis du début des Cantiques, neuf miniatures à pleine page sur fond d’or (l’une reproduite page 66), dix lettrines historiées, auquelles s’ajoutent 166 lettrines dorées ornementales et une profusion de petites initiales. L’existence d’une miniature mettant en scène Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux (voir ci-dessus) suggère la proximité de l’ouvrage avec l’ordre franciscain, hypothèse corroborée par la présence très active de l’ordre à Bruges et à Gand dès la canonisation de son saint (1228).
Un très beau prix qui couronne un document rare, réalisé dans le silence d’un atelier des Flandres ou du nord de la France, entre les ans de grâce 1250 et 1280. Nous sommes en plein développement du gothique, une période féconde et propice au recueillement. Elle voit s’opérer une métamorphose : les initiales enluminées, mises en place pour servir de repères dans les articulations du texte, s’enrichissent de prolongements, qui vont donner naissance aux bordures et aux encadrements végétaux et floraux. Tout artistes qu’ils soient, les moines calligraphes sont soumis à des règles très strictes. En aucun cas, ils ne peuvent laisser libre cours à leur créativité et doivent respecter des normes de placement des décors par rapport au texte et de mode de représentation de ces éléments – aucune liberté non plus de définir son programme iconographique. Malgré ces contraintes, ils vont donner naissance à de véritables bijoux dont le style pictural va évoluer tout au long du Moyen Âge. Au XIIIe siècle, les formes sont dessinées – à peine modelées – et les coloris restreints, témoignant d’un art roman toujours prégnant. Petit à petit, la scène va adopter plus de naturalisme pour aboutir à la chatoyance des productions parisiennes, autour de 1400.
Mercredi 13 février, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Kâ-Mondo OVV.
Paul Sormani (1817-1866), seconde moitié du XIXe siècle, bureau plat mouvementé de milieu en placage de palissandre et satiné, d’après un modèle de Charles Cressent (1685-1768), 79 x 95 x 178 cm.
Adjugé : 34 450 €
Le grand style de Sormani
Une tonalité très XIXe siècle émanait de cet ensemble de mobilier et objets d’art. Une coupe sur piédouche en marbre noir de l’Oural – proche de celle conservée dans la salle de lecture de la Bibliothèque d’État de Russie à Moscou – s’élevait à 14 036 €, une paire de panneaux de forme coloquinte en laque de Canton et cinabre de Pékin s’accrochait à 5 742 € et un automate à tête Jumeau, figurant un musicien assis sur un tronc d’arbre, pinçait sa mandoline à 4 083 €. Tout cela préparait aux 34 450 € reçus par ce bureau plat et mouvementé en placage de palissandre et satiné, exécuté dans la seconde moitié du XIXe siècle par Paul Sormani (1817-1866). L’ébéniste originaire d’Italie et installé à Paris rue du Temple est un admirateur du grand XVIIIe. Il a voulu avec cette réalisation rendre hommage à Charles Cressent (1685-1768), le grand nom de la Régence française. Son talent – notamment à doter ses pièces d’une riche ornementation de bronzes à la technique parfaite – va trouver un écho favorable dans l’avènement du second Empire et le goût prononcé de l’impératrice Eugénie pour les meubles Louis XV et Louis XVI. Le succès est au rendez-vous, le voyant déménager pour un atelier rue Charlot et atteindre la consécration dans les expositions universelles. Lors de celle de 1867, son travail fut salué comme révélant «une qualité d’exécution de tout premier ordre». Il ne restait plus qu’à la bourgeoisie florissante de s’enticher de ses productions !
Mercredi 13 février, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Copages Auction Paris OVV.
Manufacture KPM, Berlin, XIXe siècle, plaque rectangulaire en porcelaine représentant Le Jugement de Salomon, signée «J.-G. Sache», 54 x 40 cm.
Adjugé : 19 505 €
Tableaux de porcelaine
Dans cette vacation intitulée «D’un Empire à l’autre», une collection de plaques rectangulaires en porcelaine polychrome de manufactures de Berlin – dont la plupart étaient marquées en creux «KPM» pour Königliche Porzellan Manufaktur, devenue en 1763 la Manufacture royale sous la gouvernance du roi de Prusse, Frédéric le Grand – retenait l’attention et un résultat total de 109 964 €. La plus demandée était titrée Le Jugement de Salomon, mais il se pourrait que son sujet soit en fait inspiré de l’histoire biblique de Suzanne et les Vieillards, selon l’un de nos – vigilants – lecteurs –, qui a reconnu dans cette scène (dont un détail ornait la page 47 de la Gazette no 5 du 8 février) le tableau d’Antoine Coypel conservé au musée Antoine-Lécuyer de Saint-Quentin. Le prix pour sa part était tranché et s’élevait à 19 505 €, suivi des 16 255 € d’une paire figurant des musiciens d’après des peintures de Gérard Dou et des 15 605 € d’une Allégorie de la Fuite en Égypte, d’après Tassaert. Avec ces œuvres, on se situe à la lisière de deux domaines de l’art. Leur facture est telle qu’il s’agit de véritables peintures de porcelaine, un genre qui connut – en Allemagne comme en France et en Angleterre – une belle destinée tout au long du XIXe siècle. À Berlin, les artistes ne vont pas chercher à créer leurs propres décors : ils iront simplement puiser dans l’immense répertoire à leur disposition et le retranscrire avec talent, évoluant au fil du siècle et des modes, du néoclassicisme vers un goût troubadour, puis symboliste.
Mercredi 13 février, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. M. Peyre.
Chine, époque Kangxi (1662-1722). Pot à pinceaux en porcelaine émaillée polychrome
de la famille verte à décor de paysage montagneux, h. 12,3 cm, monture en bronze postérieure.
Adjugé : 5 120 €
Florilège asiatique
Première vente d’Extrême-Orient cette année pour la maison Ader et 352 934 € de produit vendu, assez équitablement partagé entre la Chine, le Japon et la Corée. La première partie réunissait un ensemble de céramiques provenant d’un collectionneur, et notamment des pièces coréennes dont un support de bol en grès émaillé céladon incisé de fleurs de la période Goryeo (918-1392), déposé à 10 240 €. Les porcelaines de Chine invitaient à une promenade dans les siècles passés. 8 320 € saluaient ainsi un gobelet et 5 120 € ce pot à pinceaux de la famille verte d’époque Kangxi, 7 040 € une potiche balustre décorée sous couverte en bleu de cobalt et rouge de cuivre, du XVIIIIe, et 9 216 € un vase de forme balustre à facettes sur piédouche en bleu et blanc du XIXe siècle. L’enchère la plus élevée, 19 200 €, revenait cependant à une coupe libatoire en corne de rhinocéros sculptée en haut relief de pins, de lianes et de cabanons (poids : 228 g). Quant au bol à thé chawan en grès brun sorti d’un four japonais au XIXe, reproduit page 46 de la Gazette no 5, il exhalait 1 152 €.
Mercredi 13 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. Cabinet Portier et associés.
Jean-Pierre Raynaud (né en 1939), Baïonnette A, 1972, assemblage de baïonnettes peintes sur panneau, capot de Plexiglas réalisé en 2013 sous le contrôle de l’artiste, 57 x 52 x 10 cm.
Adjugé : 5 232 €
Oeuvre engagée
Membre actif et éminent du nouveau réalisme, Jean-Pierre Raynaud (né en 1939) décline les objets du quotidien dans des formes et des couleurs variées qui prennent valeur de symboles. Par la formalisation de ce qui est normal, il s’agit pour lui de toucher les sensibilités sociales. Son œuvre va bien au-delà des célèbres pots monochromes géants et autres carrelages blancs mondialement connus. Il signait dans cette vente plusieurs créations, dont cet assemblage de baïonnettes peintes en 1972 et recouvertes d’un capot de Plexiglas réalisé postérieurement, en 2013 (5 232 €).
Le message n’est pas dissimulé et reflète les positions d’un artiste n’hésitant pas à affirmer que «les œuvres d’art ne sont pas faites pour être aimées, mais pour
exister». Démarche similaire avec sa série de drapeaux, des sérigraphies sur toile auxquelles il travaille à partir de 1998. Pour Raynaud, le drapeau est le symbole violent du nationalisme. Il cherche en s’y intéressant – et en l’exposant tendu différemment de ce qu’ils apparaît dans la réalité – à le détacher de son contexte politique, à ce qu’il redevienne un simple objet. Ce n’est pas si simple, et la présentation cette semaine de celui d’Israël – qui était accroché à 4 594 € – prend évidemment une résonance toute particulière avec une actualité grave.
Vendredi 15 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron Derem OVV.
Pham Hau (1903-1995), Harde de cerfs en pleine jungle, triptyque en laque noire, brune, or, rouge, incrustée de nacre, signé et cacheté, 80 x 240 cm.
Adjugé : 380 000 €
Pham Hau à l’honneur
En distançant largement les célébrités des cimaises, ce paysage de laque confirmait la cote d’amour de Pham Hau. Près d’une dizaine d’enchérisseurs ont bataillé son triptyque, le suspens durant presque dix minutes avant que ne résonne la dernière enchère, à plus de quatre fois l’estimation. La provenance de la pièce, acquise entre 1938 et 1955 par l’administrateur colonial à Hanoï Georges Besse, et restée depuis dans sa descendance, la faisait encore plus désirable. Dans notre n° 6, page 82, était également reproduit un Paysage du Midi ou Le Jardin des Collettes à Cagnes-sur-Mer, peint vers 1910 par Auguste Renoir. Lentement, mais sûrement, la toile dépassait son estimation pour être portée jusqu’à 253 750 €. De même hauteur, mais diminuée de plus de moitié dans sa largeur, afin de mettre en valeur la silhouette élancée d’un arbre vigoureux, la toile reproduite en page de droite enflammait rapidement les amateurs au téléphone et sur Internet, pour un résultat à plus du double des prévisions, soit 168 750 €. Parmi les autres signatures remarquées, on trouvait celle de Francis Picabia, dont le Lever du soleil, bords du Loing, reproduit en couverture de la Gazette n° 2, respectait les attentes en obtenant 187 500 €. Beau succès pour Léonard Tsuguharu Foujita et son souvenir du Jardin du Luxembourg vers 1917, lui aussi doublant les attentes, à 107 500 €. Dix ans plus tard, Maurice de Vlaminck immortalisait une Rue de village sous la neige, emportée pour 51 250 €. Un autre médium rivalisait avec la peinture : la tapisserie. Montés sur châssis, les portraits d’un Homme au turban et d’un Soldat oriental au manteau rouge, tissés par la manufacture Braquenié & Cie à la fin du XIXe siècle – l’un est signé après 1876 –, décuplaient les prévisions en décrochant 22 625 €. Côté sculpture, le charme de Diane et l’amour opérait, moyennant 18 750 €, grâce à Pierre Loison.
Saint-Cloud, dimanche 17 février.
Guillaume Le Floc’h OVV. Cabinet Perazzone-Brun, Cabinet Authenticité.
René Lalique (1860-1945), collier en or jaune 18 ct articulé de dix scarabées en verre incolore, pressé, moulé et dépoli à patine brune, vers 1900, tour de cou 40 cm, poids 71,60 g.
Adjugé : 60 264 €
L’art et la nature
Deux grandes signatures ornaient cette vente de prestige organisée à Mayenne. La première, celle de René Lalique, brillait sur un rare collier articulé en or jaune, ponctué de dix scarabées en verre (voir Gazette n° 5, page 91), vendu pour 60 264 €. Créé vers 1900, ce collier bien connu, car reproduit dans l’ouvrage de référence Lalique par Lalique (Edipop, Lausanne, 1977), s’inspire des bijoux égyptiens des temps pharaoniques, et met en valeur le petit coléoptère sacré. Au XXe siècle, les voici moulés par le célèbre verrier, pressés, dépolis, et arborant une patine brune aux reflets dorés, alternant avec des arceaux gravés, tous centrés d’un cabochon. Quant à l’autre artiste vedette, il s’agissait de Théo Van Rysselberghe, avec deux œuvres de référence. Sa toile Étang à Mariemont brossée en 1925 (voir Gazette n° 5 page 26) s’établissait à 33 480 €, à partir d’une estimation maximale de 20 000 €, et pouvait se prévaloir d’un certificat d’inclusion au catalogue raisonné de l’œuvre par Olivier Bertrand. Rappelons que Mariemont est un domaine royal belge sis dans la province de Hainaut. Si cette peinture affiche une maîtrise parfaite du pointillisme, la Sieste, du même artiste privilégiait plutôt aplats et larges touches. Cette charmante scène d’été, datée «1924», représente une jeune femme sommeillant sur une chaise longue – serait-ce Violette Hoffet elle-même, à qui elle fut offerte par le peintre, comme le paysage précédemment évoqué ? Elle trouvait preneur à 7 564 €. La session présentait aussi deux gravures bien connues, en couleur et relatant les conquêtes de l’empereur Qianlong (1777-1781), et plus précisément la victoire et la campagne de Liang Jin Chuan dans le Sichuan. Toutes deux proviennent d’un album de treize planches décrivant scènes de batailles et attaques de fortifications, dans un terrain montagneux, chacune accompagnée d’un poème. On les doit au jésuite allemand, protégé par Qianlong, Ignatius Sichelbarth. Ces deux feuilles d’un ensemble célèbre étaient emportées contre 10 168 €.
Mayenne, samedi 16 février.
Pascal Blouet OVV. Cabinet Perazzone-Brun.

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