La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Martin Barré (1924-1993), Composition, 1956, huile sur toile, 92 x 73 cm. Frais compris : 74 820 €.
Martin Barré
Un couple de collectionneurs, Jacques Dazzi et son épouse, n’hésitait pas à mélanger les genres. Si la Haute Époque donnait le ton dans leur appartement parisien, sur les murs, la peinture du XXe siècle était reine… Elle formait le premier volet de la dispersion de leur succession. 681 947 € frais compris étaient ainsi récoltés. Si la figuration, illustrée entre autres par Gen Paul, Bernard Buffet, Jean Dufy, Frank-Will, Jean Genin ou encore Élisée Maclet, dominait, l’abstraction était également représentée.
En témoignent deux huiles sur toile de Martin Barré de 1956, celle reproduite triplant à 60 000 € son estimation haute, une autre (81,5 x 59,5 cm) en recueillant 50 000. Après avoir étudié à l’école des beaux-arts de Nantes, l’artiste s’installe à Paris en 1948. Il se tourne résolument vers l’abstraction à partir de 1954, sa première exposition personnelle ayant lieu l’année suivante. Nos deux toiles appartiennent à sa première période dans cette voie. Restant en dehors de toute école, tournant le dos à l’abstraction lyrique alors en vogue, il va s’engager dans une démarche rigoureuse, renouant avec les sources de ce mouvement. Il commence par laisser de la place au blanc, adoptant une palette de couleurs restreinte, au service d’aplats grattés. Le geste est pensé, maîtrisé, sans emphase. Il développera plus tard une syntaxe de plus en plus méthodique, apparaissant comme l’un des précurseurs de l’art minimal. Nos collectionneurs avaient l’œil !
Mercredi 15 octobre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. Cabinet Maréchaux.
Tibet, XVIIIe siècle. Tangka, détrempe sur toile, 103 x 67 cm.
Frais compris : 53 750 €.
Tangka tibétain
Attendu autour de 5 000 €, ce tangka tibétain du XVIIIe siècle était bataillé jusqu’à 43 000 €. Il représente Sakyamuni assis en padmasana (position du lotus), les mains en bhumisparsa mudra (geste de la prise de la terre à témoin). Il est entouré de luohans, terme qualifiant les disciples directs de Bouddha parvenus au nirvana. L’émergence de l’Empire tibétain date du VIIe siècle, sa positon géographique le mettant en contact avec de grandes civilisations : chinoise, centrale-asiatique, népalaise et indienne. Ses plus anciennes peintures portatives semblent avoir été produites à Dunhuang entre la fin du VIIIe et la première moitié du IXe siècle, une oasis de la route de la soie située dans l’actuelle province chinoise du Gansu. La première institution monastique bouddhiste tibétaine fut fondée à Samyé en 779 par l’empereur Trisong Détsèn, affirmant ainsi le statut officiel d’une religion qui allait survivre à l’éclatement de l’Empire, au IXe siècle. Il faut attendre le XIIe pour voir apparaître les premiers tangkas, qui signifient littéralement «ce qui s’enroule». Ces productions sont un support de méditation et de vénération, et peuvent parfois être utilisées par les conteurs itinérants pour relater les vies de Bouddha, des saints et des moines. Des codes seront rapidement définis et différents courants stylistiques se succéderont, au gré de l’histoire tumultueuse du Tibet. Si les influences indienne et népalaise sont d’abord prédominantes, c’est à partir du XVe siècle celle de la Chine qui prendra le pas. Les auteurs des tangkas, moines ou artistes, sont anonymes, le message religieux délivré étant primordial. L’iconographie et les qualités esthétiques des compositions séduisent de nos jours les amateurs, par-delà les croyances…
Mercredi 15 octobre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Henri Hondius (1573-1650), Jean Jansson (mort vers 1666) et Jean Blaeu (1598-1673), Atlas novus, sive Theatrum Orbis Terrarum, Amsterdam, chez Jansson, 1645 et 1642, 319 cartes doubles en couleurs dans trois volumes in-folio reliés d’époque en plein vélin ivoire.
Frais compris : 64 000 €.
Atlas novus
On ne présente plus l’imprimeur amstellodamois Jean Jansson, à l’origine notamment de beaux atlas qui, rehaussés de couleurs, trouvent toujours preneur. Les trois volumes proposés cette semaine, riches de 319 cartes doubles dues à Jansson, mais aussi aux cartographes – également éditeurs – Henri Hondius et Jean Blaeu, rapportaient 50 000 €. Le premier débute par la page de titre reproduite, suivie d’une préface au lecteur d’Hondius et Jansson, puis d’une «Introduction à la cosmographie», comportant plusieurs dessins en couleurs. L’atlas proprement dit s’ouvre par une mappemonde, à laquelle succèdent les différentes cartes du pôle Arctique et de l’Europe britannique, puis des parties septentrionales, et enfin celles de la Germanie, précédées d’une page de titre coloriée. Les cartes de la Norvège et du Sundgau, normalement présentes, semblent manquer. Les deux autres volumes possèdent également une page de titre illustrée en couleurs, le dernier étant complété d’un grand plan dépliant du New Hampshire. La polychromie restée fraîche des planches de cet ensemble a participé au résultat obtenu. Ce type d’ouvrage était extrêmement onéreux, l’Atlas Major de Jean Blaeu imprimé à Amsterdam entre 1662 et 1672, fort de pas moins de 594 cartes et d’environ trois cents pages de texte, étant considéré comme le livre le plus cher de son époque. Il a été publié en latin, en français, en néerlandais et en allemand. Jean Jansson a travaillé de concert avec Henri Hondius, reprenant l’atlas mis en œuvre par le père de ce dernier, Josse Hondius. Ils en produirent toute une série d’éditions, différentes les unes des autres et parues en plusieurs langues.
Mercredi 15 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. Cabinet Vallériaux.
Dessins et profils relatifs au devis et détail estimatif des ouvrages à faire pour conduire à Paris une partie de l’eau des rivières de l’Yvette et de la Bièvre, atlas manuscrit renfermant 66 planches de dessins aquarellés, vers 1775.
Frais compris : 42 385 €.
Le canal de l’Yvette
Ce volume, le deuxième du Canal de l’Yvette. Dessins comme indiqué sur le dos de la reliure d’époque en maroquin rouge, est celui de l’ingénieur et architecte Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794), fondateur et premier directeur de l’École nationale des ponts et chaussées. Estimé entre 20 000 et 25 000 €, il était vendu 35 000 €. Il comprend soixante-six dessins aquarellés et un Plan général du canal projeté, composé d’une double planche en noir et de trois planches repliées, rehaussées à l’aquarelle.
Ces dernières ont été gravées pour accompagner le mémoire lu par Perronet devant l’Académie royale des sciences le 15 novembre 1775. C’est à cette institution que le mathématicien Antoine Deparcieux avait, en novembre 1762, livré un autre mémoire, étudiant les sources et rivières pouvant alimenter en eau la capitale. Un deuxième de celui-ci, en 1766, puis un troisième en 1767, proposèrent le partage des eaux de l’Yvette, conduites par un canal maçonné découvert jusqu’à l’Observatoire. Outre l’alimentation des fontaines et maisons, cette manne de 40 000 mètres cubes par jour était destinée au nettoyage des rues et des égouts. Approuvé par le roi, le projet est confié en juillet 1769 à Perronet, suite au décès de Deparcieux. Secondé par Antoine de Chézy, l’ingénieur va lever les plans topographiques des cours de l’Yvette et de la Bièvre entre Paris et Chevreuse et établir les devis. Notre ouvrage a été rapproché de celui, conservé aux Ponts et chaussées, complet celui-là du volume des devis.
Il renferme le même nombre de planches dans un ordre identique, à l’exception des cartes, mais leur finesse d’exécution, d’une autre main, est plus faible. De quoi booster la cote de notre recueil. Le projet sera repris en 1782, avec enfouissement de l’Yvette, par Nicolas Defer de la Nouere. Débutés en 1786, les travaux furent brutalement stoppés l’année suivante, sans suite…
Vendredi 17 octobre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel SVV. M. Benelli.
Henri Rousseau (1844-1910), Paysage de banlieue, huile sur toile, 27 x 34,5 cm.
Frais compris : 102 008 €.
Douanier Rousseau
À 80 000 €, l’estimation était respectée pour cette petite huile sur toile du Douanier Rousseau, dont un détail ornait la couverture de la Gazette n° 29. Elle dépeint un Paysage de banlieue, cette dernière ne présentant plus de nos jours ce caractère idyllique. Comme le chante Nino Ferrer dans «La maison près de la fontaine» (1971), elle «a fait place à l’usine et au supermarché. Les arbres ont disparu, mais ça sent l’hydrogène sulfuré. L’essence. La guerre.
La société». Le poète conclut : «C’est le progrès.» Le peintre en indique les prémices dans cette toile, une cheminée d’usine fumant dans le lointain, tandis qu’un ballon dirigeable ponctue l’azur du ciel. Démiurge, le Douanier Rousseau ? Sans doute, au regard du qualificatif de «réalisme magique» qu’André Breton associera plus tard à son art… Car le peintre aura toujours la faveur de la nébuleuse surréaliste. Tzara publiera même les deux pièces de théâtre qu’il a écrites, notre fils de ferblantier, d’abord employé de l’octroi de Paris, ne ménageant pas sa peine pour être reconnu en tant qu’artiste. Il commence à exposer en 1886 au Salon des indépendants, multipliant ensuite ses participations, tout en conservant les maladresses d’autodidacte qui feront partie de la singularité de son travail. Qualifié de naïf, moqué par le public, il sera reconnu par les avant-gardes. En 1891, son premier tableau à sujet de jungle, Surpris !, recevra les éloges de Félix Vallotton, qui parlera à son sujet d’«alpha et d’oméga de la peinture». Picasso a possédé sa vie durant l’un de ses portraits de femme. Notre tableau était, pour sa part, conservé depuis les années 1930 dans une collection.
Vendredi 17 octobre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV.
Sèvres, 1781, assiette en porcelaine tendre du service « à perles et barbeaux » de Marie-Antoinette, marques du peintre Massy et du doreur Chauvaux.
Frais compris : 25 000 €.
Pour Marie-Antoinette
Les pièces issues du service «à perles et barbeaux», aussi appelé entre autres dénominations «service de la reine», rencontrent toujours un franc succès. La preuve avec les 20 000 € obtenus par cette assiette, datée de 1781 et portant les marques du peintre Pierre Massy et du doreur Chauvaux. Outre la qualité et le charme du décor, il faut souligner que contrairement au service «à frise riche, perles et roses» livré à Marie-Antoinette et Gustave III de Suède en 1784, puis à la comtesse d’Artois en 1789, celui à perles et barbeaux fut exclusivement réalisé pour l’épouse de Louis XVI. Commandé en juillet 1781, et probablement exécuté d’après des échantillons fournis par Michel-Gabriel Commelin le 7 août, l’ensemble a été livré à Marie-Antoinette le 2 janvier 1782, lors de l’Exposition à Versailles. Il pourrait avoir été destiné au Trianon, où la souveraine disposait de deux salles à manger. Il comprenait 295 pièces, dont 96 assiettes. Son prix ? Pas moins de 12 420 livres, soit environ 845 000 € en valeur réactualisée. Au regard du résultat de notre assiette, les 96 livrées valent de nos jours 2,4 M€… À noter qu’en 1781 la comtesse de Provence, épouse de Louis-Stanislas de France, futur Louis XVIII, commandait un service à dessert «perles et barbeaux» à Sèvres de 76 pièces, mais d’un modèle différent du nôtre. En 1788, la comtesse d’Artois complétait l’achat de sa sœur en se faisant livrer un service de 177 pièces, contenant un service à hors-d’œuvre. Les bleuets parsèment la totalité de l’assiette, les perles, plus frustes, n’étant pas du blanc nacré ni de la taille de celles du service de Marie-Antoinette… Une reine de France sait tenir son rang !
Lundi 13 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin SVV. M. Froissart C.
Antonio Jacobsen (1850-1921), Vue du pont de Brooklyn à New York, huile sur toile, 1887, signée et située, 71,5 x 102 cm.
33 176 € frais compris.
D’une rive à l’autre
Habitué des ventes new-yorkaises et londoniennes, Antonio Jacobsen faisait une incursion en fanfare à Versailles ce dimanche. Bien que l’artiste ait peint le port de New York, ou encore Shelter Island, il est essentiellement connu pour ses portraits de bateaux. On comprend donc l’engouement qui s’emparait des amateurs devant sa Vue du pont de Brooklyn à New York, bataillée jusqu’à 26 000 € sur une estimation haute de 2 000 €. Né à Copenhague, au Danemark, le jeune homme de 23 ans s’embarque sur le Washington et pose le pied à New York en 1873, des rêves de réussite plein la tête. Comme pour bien d’autres, le désenchantement est au rendez-vous, et l’apprenti peintre doit alors plus souvent à son talent de musicien, hérité d’un père facteur de violons, de pouvoir manger à sa faim. Le destin l’attend cependant à Battery Park. De cette promenade publique située à la pointe sud de Manhattan, où les nouveaux arrivants ont alors l’habitude de se rendre pour chercher du travail, il a une vue imprenable sur les navires en partance dans la baie, qu’il croque inlassablement… Ses dessins ne tardent pas à être remarqués. Le passe-temps devient métier : Jacobsen est référencé comme artiste dès 1876. La carrière de ce fou de bateaux durera plus de quarante ans. Lorsqu’il peint notre tableau, le pont de Brooklyn ne fait partie du paysage que depuis quatre ans. New York connaît alors une croissance remarquable, aussi bien en termes d’industrie que de trafic portuaire, et naturellement de population. À l’étroit sur l’île qui l’a vue naître, la ville étend son emprise sur la rive d’en face, à Brooklyn, où sont construits de nouveaux aménagements. Dans les zones résidentielles de ce quartier, s’installent bientôt les Américains de longue date, alors que les immigrants de la première génération se partagent Manhattan. L’ouvrage d’art jeté au-dessus de l’East River fait toujours la fierté de «Big Apple» : il est l’un des plus vieux ponts suspendus des États-Unis.
Dimanche 19 octobre, Versailles.
Versailles Enchères SVV.
Seconde moitié du XVe siècle. Livres d’heures à l’usage de Troyes, manuscrit sur peau de vélin, en écriture gothique, reliure XIXe.
Frais compris : 72 000 €.
Heures troyennes
Cette étude champenoise dispersait la bibliothèque de feu Henri Lardanchet (1947-2014), libraire lyonnais et célèbre expert, décédé en janvier dernier. Digne représentant de la troisième génération de libraires installés entre Rhône et Saône depuis la fin du XIXe, il était un amoureux inconditionnel du livre. Provenant justement de sa collection, ce livre d’heures, indiqué autour de 12 000 €, était débattu avec enthousiasme. Comportant cent soixante-six feuillets, il se distingue par d’habiles compositions de lettrines et de figures purement ornementales. Habillé d’une reliure en velours cramoisi, il s’embellit de quatorze enluminures au tracé raffiné (6,5 x 9 cm environ). Leur qualité et leur fraîcheur mettent bien en valeur l’emploi de l’or à la feuille subtilement hachurée. Inspirées du Nouveau Testament, elles représentent la Vierge à l’Enfant, saint Jean dans l’île de Patmos recevant l’Esprit Saint ; d’autres montrent des scènes directement liées à la vie de Jésus comme l’Annonciation, la Nativité, la Pentecôte. Certaines enluminures proches du Maître du Missel de Troyes ont fait que notre livre d’heures est attribué à cet artiste ou à un peintre enlumineur appartenant à son entourage. On y trouve encore la présence de deux saints spécifiquement champenois : sainte Mastidie ou sainte Mathie, servante d’un boulanger troyen et saint Aventin un disciple de saint Loup. À ces critères s’ajoute encore un important livre de raison concernant la famille Lardanchet, dont le patronyme se rencontre à Troyes depuis le milieu du XVIe siècle. Bataillé ferme entre la salle, huit téléphones, notamment de bibliophiles anglais et belges, il a été emporté par un acheteur parisien au sextuple des estimations.
Troyes, vendredi 17 octobre.
Boisseau - Pomez SVV. M. Harnisch.
Dérive d’avion allemand DFW C. V, souvenir de la première victoire du sergent Marcel Guillet de la SPA 163 le 30 mai 1918.
Frais compris : 28 490 €.
Trophée de guerre
La collection de Daniel Porret (1921-2010), citoyen helvétique passionné par les as français de la Première Guerre mondiale, était dominée par les 22 000 € de cette dérive d’un avion allemand, un DFW C. V (Deutsche Flugzeugwerke type C. 5). Il a été abattu le 30 mai 1918 par Marcel Guillet, sergent-pilote au sein de l’escadrille SPA 163. Il s’agit de la première victoire du jeune homme, qui en comptera trois, nombre insuffisant pour mériter le statut d’as, acquis au bout de cinq victoires dûment homologuées. La dérive porte les traces d’impacts de mitrailleuse, l’indication du modèle de l’appareil étant nettement lisible, tout comme la marque du fabricant, L.V.G. (Luftverkehrsgesellschaft), implanté à Berlin-Johannisthal. Ce constructeur a produit, à côté de ses propres avions, d’autres modèles, dont le DFW C. V, qu’il a réalisé à environ 300 unités. Les usines DFW en ont sorti 2 000, 1 250 autres étant fabriquées sous licence chez L.V.G., Halberstadt, Schütte-Lanz et Aviatik. Ce biplan, mis au point par Heinrich Oelerich, a été opérationnel à partir de 1916. Polyvalent, il était utilisé aussi bien pour des missions de reconnaissance que lors d’observations ou de bombardements. Six cents exemplaires étaient encore en service au moment de l’armistice, et la plupart furent détruits en vertu du traité de Versailles. Le musée de l’Air polonais de Cracovie conserve le seul fuselage subsistant du C. V. Cela rend d’autant plus précieuse notre dérive, pourchassée par le collectionneur en 1976 jusque chez un restaurateur de la rue Dufot à Paris, à qui Marcel Guillet l’avait offerte. Un courrier de ce dernier, narrant sa victoire, l’accompagne.
Lundi 13 et mardi 14 octobre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV. M. Molveau, Cabinet Aiolfi & Partners.
Bartolomeo Vivarini (vers 1430-après 1490), L’Archange Gabriel, panneau peint sur fond d’or, 63 x 41,5 cm.
Frais compris : 220 220 €.

Avec vénération
L’Annonciation, sujet privilégié de l’art chrétien occidental et byzantin, se développe particulièrement à la Renaissance. Les Européens se livrent, au début du XVe siècle, à l’exploration intensive de la terre, cartographient la planète et commencent à établir des relations directes avec l’Afrique et l’Amérique. Promesse de l’avènement d’un Sauveur, l’Annonciation symbolise ainsi, aux yeux de certains, le basculement du monde ancien vers un monde nouveau. Les artistes du quattrocento, notamment Fra Angelico, en font l’un de leurs thèmes iconographiques préférés. La scène figurée dans un jardin clos montre Marie accueillant l’archange Gabriel ; il lui annonce la naissance prochaine d’un enfant, qui sera le Fils de Dieu. Ce panneau peint sur fond or représente justement le messager céleste. Proposé en bon état, il provient d’un retable d’église où il faisait face à un pendant transcrivant la Vierge. Dans la main gauche, l’archange Gabriel tient le lys blanc, symbole de pureté de Marie, tandis qu’avec la main droite, il lui annonce son enfantement divin. Placé légèrement de trois quarts, il apparaît revêtu d’une robe rose et d’un manteau vert olive comme le prescrit l’iconographie traditionnelle de l’archange à l’exemple de la célèbre Annonciation peinte vers 1475 par Léonard de Vinci. Réalisé à cette époque, notre portrait exquis de délicatesse dévoile les qualités d’un artiste unissant noblesse et simplicité, naturel et idéal. Les experts l’ont ainsi attribué à la dernière période de Bartolomeo Vivarini, un peintre de l’école vénitienne. Dégageant de réelles qualités poétiques, notre panneau avancé autour de 30 000 € touchait de nombreux amateurs. Disputé avec ferveur entre divers enchérisseurs, il était au final adjugé à un particulier européen, largement au sextuple des estimations.
Roubaix, Lundi 13 octobre.
May & Associés SVV. Cabinet Turquin.
James Emmer Caldwell & Co. Bracelet ruban en platine, décoré de quatre fleurs rehaussées de diamants brillantés, onyx et émeraudes calibrées, l. 18,2 cm,  61,7 g.
Frais compris : 52 000 €.
L’élégance américaine selon caldwell
Ce magnifique bracelet, point de mire de cette vente marseillaise, suscitait bien des convoitises. Provenant d’une succession régionale, il porte le monogramme d’une entreprise joaillière américaine fondée par James Emmer Caldwell en 1848 à Philadelphie. Secondé par son fils, James Albert, et son petit-fils, James Emott, il la développe rapidement au moment où ce grand centre connaît un essor important grâce aux richesses agricoles et minières de la Pennsylvanie. En habile chef d’affaires, il fait vite de la firme familiale une maison aussi renommée que certaines entreprises joaillières new-yorkaises. Attachée à une exécution parfaite, elle crée des bijoux raffinés et de haute qualité. Au début du XXe siècle, J.-E. Caldwell & Co perpétue l’élégance et l’habileté des réalisations qui ont fait sa réputation. Elle répond ainsi au goût d’une clientèle avide de nouveautés, tout en étant fidèle à l’esthétique du bijou classique. Succédant aux volumineux modèles art nouveau, les bracelets épousent les formes sobres de l’art déco ; directement inspirées de la géométrie et du cubisme, elles sont basées sur les principes nouveaux du fonctionnalisme. Tel est le cas de ce bracelet numéroté K 1370 et prenant joliment l’aspect du ruban. Jouant du contraste fort de diverses couleurs, il se pare d’émeraudes, de brillants ainsi que d’onyx. Quant à son décor naturaliste, il fait référence à l’art japonais et reproduit quatre fleurs symétriques et gracieuses, dont le cœur s’avive d’un splendide brillant. Débattu avec ardeur entre la salle et plusieurs téléphones, Il dépassait largement ses attentes pour rejoindre finalement l’écrin d’un acheteur étranger. À manipuler avec grande délicatesse…
Marseille, dimanche 19 octobre. Marseille Enchères Provence SVV.
Mes Dard et de Dianous, avec la collaboration de Me Emmanuel Layen. M. Salit.

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