La Gazette Drouot
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Top des enchères
Côte d’Ivoire, Akyé. Statue en bois dur et plaques d’or fétiche, perles d’or, de corail et de verre, deux rivets en laiton, lamelles de noix de coco, fibres végétales polychromes et fibres de coton, h. 44 cm. Frais compris : 624 800 €.
L'art tribal plébiscité
Bataillée jusqu’à 500 000 €, cette statue akyé de Côte d’Ivoire, en bois dur et plaques d’or, se voyait finalement préemptée par le musée du quai Branly. Musée qui avait, l’année dernière, offert ses vitrines à une magistrale exposition, «Les maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire»,  et qui poursuit ainsi sa politique d’acquisition de pièces de la culture akyé. Le 7 septembre 2015, sa société des Amis lui a déjà permis d’acquérir, grâce aux fonds récoltés lors d’un dîner de gala, un masque ayant un temps appartenu aux collections de Charles Ratton, puis à celles de Hubert Goldet. Les Akyé appartiennent à un groupe formé de quatorze populations numériquement faibles et regroupées sous l’appellation de «Lagunaires». Cette sculpture féminine est représentée debout sur des jambes puissantes, avec deux bras mobiles, attachés aux épaules par deux larges rivets. Son importance est attestée par son placage d’or, mais également par le soin extrême porté à ses ornements. À ses côtés, dans une salle volontairement plongée dans l’obscurité afin de renforcer la présence des effigies et leur force intrinsèque, outre des tiki des Marquises, une statue nok, un appuie-nuque mfinu et un masque en ivoire léga, il était impossible de passer à côté d’une tête en ivoire à patine miel léga (h. 13,5 cm) posée à 100 000 €, d’un étrier de poulie gouro (h. 20,5 cm), préempté également par le quai Branly à 40 000 € (51 250 € frais compris), et d’une cuillère en corne tlingit du nord de la Colombie-Britannique (h. 22 cm), figurant une loutre de mer et qui recueillait 122 000 €.
Jeudi 19 mai, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. Mme Menuet, MM. Caput, Dulon.
Michel Audiard (1920-1985), Le Chant du départ, sans lieu ni date [vers 1985], manuscrit autographe et tapuscrit de 212 feuillets. Frais compris : 12 622 €.
Mélodie en sous-sol à Drouot
Ce manuscrit autographe et tapuscrit inédit de 212 feuillets n’était pas, à 9 800 €, l’enchère la plus élevée de ces deux journées de ventes consacrées à Michel Audiard (1920-1985), mais il rendait joliment hommage à ce génie des dialogues. Dans cette version primitive de son dernier roman, l’auteur, depuis le secret de son bureau, a jeté ses dernières forces. Il y fait tomber le masque du dialoguiste narquois pour lancer un regard désabusé sur son parcours. Ce manuscrit était l’une des nombreuses pépites amassées tout au long d’une vie par un bibliophile passionné. Lecteur assidu, Audiard partait à la recherche des éditions originales de ses auteurs fétiches et lorsqu’il ne pouvait se les procurer, réclamait toujours de belles éditions. C’est justement un exemplaire de celle originale de 1839 de La Chartreuse de Parme de Stendhal (Paris, Ambroise Dupont) qui s’est envolé au plus haut, à 62 000 €. Le Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (Paris, Denoël et Steele, 1932) a suivi son chemin jusqu’à 17 500 €, À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust (Paris, Gallimard, 1919-1927), se faisait rattraper à 14 000 €, et Les Rougon-Macquart d’Émile Zola (Paris, Charpentier, 1871-1893) étaient traqués à 12 000 €. Ces quatre ouvrages offraient un condensé précieux de la grande littérature et récompensaient un homme amoureux de la belle langue française. Il jouait avec les mots comme un sculpteur use de ses ciseaux pour façonner son œuvre, avec dextérité et habileté. Son Chant du départ nous le restitue vivant et intact.
Vendredi 13 mai, salle 14-15 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Forgeot.
Pierre Marly (1915-2015), paire de lunettes de soleil modèle « Sophia sport », en acétate teinté blanc incrusté de strass, modèle de Michel Polnareff, dont l’intérieur de la branche gauche porte la signature en lettres noires.
Frais compris : 6 930 €.
Caché pour mieux être vu
Les lunettes de Michel Polnareff sont indissociables de son personnage, comme le rappelle cette paire en acétate teinté blanc incrusté de strass, enlevée à 5 500 €. Même nu, comme le montre une épreuve Fine Art prise lors d’une séance photo à Paris en 1972, et vendue ici 1 000 €, il ne s’en sépare pas. Elles sont devenues sa signature. En revanche, jusqu’à cette vente orchestrée le 13 mai, le grand public ignorait qui était l’auteur de cet accessoire star. L’oubli est réparé, le nom de l’opticien Pierre Marly, décédé en novembre dernier, étant revenu sous les projecteurs. Autodidacte, celui qui rejoint Lissac à 26 ans et prend une grande part dans la création d’un atelier de fabrication pour Silor – plus tard membre du groupe Essilor – ouvre ses propres magasins à Paris. Il rencontre immédiatement son public, des chanteurs, des actrices, des écrivains et même des présidents. Ils lui seront fidèles grâce à l’inventivité de ses modèles proposés. Celle-ci est rendue possible par l’utilisation de l’acétate découpé. Le modèle «Double croche» en acétate teinté noir, offert à Elton John en 1979, en est une parfaite illustration. Il a réalisé 2 500 €. Le couple mythique formé par Jacqueline et Aristote Onassis s’affichait avec une paire de lunettes de soleil pour elle, enlevée à 4 200 €, et une paire de lunettes de vue pour lui, en acétate simulant l’écaille, portée à 3 800 €. Celle d’Yves Saint Laurent recueillait 4 000 €, celle de Serge Gainsbourg, 2 100 €, et celle de César recevait 3 200 €. L’histoire des stars racontée par leurs regards, un point de vue original… merci Monsieur Marly !
Vendredi 13 mai, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Kapandji - Mohrange SVV.
Charles Landelle (1821-1908), Jeune Égyptienne aux oranges, huile sur toile, 132 x 88 cm.
Frais compris : 106 600 €.
Égypte éternelle
Cette jeune Égyptienne, porteuse de juteuses oranges, recevait avec 82 000 € un record du monde pour une œuvre de Charles Landelle (1821-1908). Elle prenait ainsi sa propre suite, puisque le précédent meilleur résultat était détenu par cette même peinture, vendue à Londres chez Sotheby’s, le 30 mai 2008, 48 500 £ frais compris – 61 500 € (source : Artnet). L’artiste a connu de son vivant une grande notoriété grâce notamment à l’achat par l’empereur Napoléon III, sur sa cassette personnelle, de la Femme fellah lors de sa présentation au Salon de 1866. Le peintre, ami des poètes romantiques Gérard de Nerval et Théophile Gautier, fréquente les milieux littéraires et artistiques de la capitale et reçoit de nombreuses commandes de tableaux historiques ou religieux, lui permettant de très bien vivre de son art. Il semble qu’il ait réalisé des sujets orientalistes avant même de partir à la découverte de Tanger, en 1853. Fasciné par l’Orient, Charles Landelle retourne au Maroc en 1866, à la faveur d’une mission diplomatique, puis visite l’Égypte et la Palestine en 1875, ainsi que l’Algérie, où il passe tous les hivers entre 1881 et 1892. À l’instar de beaucoup de ses confrères, il travaille ses compositions en atelier à partir de nombreux accessoires rapportés de ses voyages et peint un archétype de la femme orientale, plus empreint de romantisme que de réalisme. Il était d’ailleurs de bon ton dans la belle société parisienne de poser pour lui en costume égyptien. La femme fellah, avec son port droit et ses gestes gracieux, offre à ses yeux – comme à ceux de nombreux artistes présents en Égypte – une réminiscence de l’époque pharaonique. Ils vont s’engouffrer dans ce «revival», en la représentant dans des poses hiératiques et des couleurs sombres, ici relevées par l’orange généreux des agrumes.
Vendredi 20 mai, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. M. Chanoit.
Georg Baselitz (né en 1938), Un Giorno particolare, 2009, huile sur toile, diam. 230,5 cm.
Frais compris : 351 000 €.
L’aigle déchu
C’est par le renversement du motif, un principe de peinture qu’il érige en 1969, que Georg Baselitz (né en 1938) se démarque des autres artistes de la scène internationale contemporaine et assure sa renommée. Son idée était de faire éclater l’idée même de représentation et de s’alléger du poids des conventions. L’aigle ici figuré, salué par une enchère de 270 000 €, appartient à une nouvelle phase engagée dès 1995. Il s’agit pour le peintre d’interroger son passé et celui de sa patrie, l’aigle monocéphale étant le symbole de force et de pouvoir de l’Empire allemand dès 1871, image qui sera reprise par le régime nazi. La technique et les couleurs employées – une peinture à l’huile délayée se rapprochant de l’aquarelle – apportent un peu de légèreté à un sujet bien sombre… Tom Wesselmann (1931-2004) retournait aussi son modèle dans Study for Bedroom Painting (18 x 25,5 cm), une toile de 1971, décrochée à 94 000 €, et Gérard Schlosser (né en 1931) choisissait un cadrage particulier pour un acrylique de 2002, On a tout refait (130 x 130 cm), porté à 20 000 €. Les cimaises de la salle des ventes abritaient également quelques gouaches, dont l’une de Maria Helena Vieira da Silva (1908-1992), Azulejos de Volubilis (27 x 16 cm),  réalisée en 1979 et portée à 20 000 €, et une gouache rehaussée d’encre d’Alexander Calder (1898-1976), Black Feather & Discs (75 x 109 cm), de 1967 et qui tournait à 40 000 €. Une créature céleste venait moyennant 62 000 € apporter un peu de douceur… Sculpté par Niki de Saint Phalle (1930-2002), cet Angel Vase (h. 99 cm) de 1993 en résine polyester peinte et céramique, numéroté 3/10 EA, se tenait prêt à accueillir des fleurs nouvelles.
Mercredi 18 mai, Espace Tajan.
Tajan SVV.
Francis Picabia (1879-1953), Sans titre (La Magicienne), 1935, huile sur toile, 54 x 65 cm.
Frais compris : 112 500 €.
 
Incantations magiques
Cette magicienne, peinte par Francis Picabia sur une toile datée 1935, répandait ses incantations dans une salle dévolue à l’art moderne. Et cela fonctionnait, puisque les enchères montaient en une fumée victorieuse jusqu’à 90 000 €. La plume et gouache d’Auguste Rodin (1840-1917), une Étude pour la Porte de l’enfer, dédicacée «à mon ami Roll» (14 x 17,5 cm), ne déparait pas dans ce contexte à 57 500 €. Sans transition, Maurice de Vlaminck (1876-1958) invitait le spectateur Route de l’église, une toile de 1926 (54 x 73 cm) qui cheminait à 40 000 €. La couleur revenait à 40 000 € également sur une toile de Louis Valtat (1869-1952), composant des Dahlias à la cruche verte (81 x 45 cm). La collection de seize huiles de Charles Lacoste (1870-1959) est un véritable coup de cœur et nous plongeait dans une douce mélancolie, celle dont l’artiste avec bonheur nimbait ses petits paysages lumineux, adjugés entre 800 et 26 000 €. C’est une Rue à Orthez de 1895 (40 x 16 cm) qui recueillait le plus haut score, suivie à 21 000 € par Bordeaux, rue Honoré-Tessier (35,5 x 19 cm), de 1896. La vente se poursuivait avec les 25 000 € d’une gouache de 1934 de Maurice Utrillo (1883-1955), Paris, église Saint-Germain-des-Prés (49 x 32 cm), les 27 000 € de La Fenêtre (81 x 54 cm), une toile de 1974 d’André Brasilier (né en 1929), et les 20 000 € d’une huile sur toile de Jacques Villon (1875-1963), Le Potager (65 x 92 cm). Si la tonalité moderne était bien homogène, le style des artistes affichait une grande disparité, caractéristique de la vitalité des mouvements picturaux du XXe siècle.
Mercredi 18 mai, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV.

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