La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
République démocratique du Congo, XIXe siècle. Canne luba kibango, bois dur à patine brune nuancée rouge cuivre, h. 115 cm.
Adjugé : 525 600 €
Stupéfiant ! L’Afrique déploie ses artefacts
La salle était comble et l’ambiance celle des grands jours pour assister à la dispersion de chefs-d’œuvre d’art tribal, dont certains provenaient d’une collection new-yorkaise, comme nous l’avions longuement évoqué dans notre édition du 18 novembre (Gazette nos 39 et 40, couverture et pages 74 à 77). Si les objets de celle-ci ne rencontraient pas le succès escompté, très vite, un objet créait l’émotion. En taillant 401 600 €, ce portrait (reproduit page de gauche), en stéatite à patine d’enfouissement  ayant appartenu au docteur et à Madame Robert Kuhn, ne laissait pas de pierre. Ces têtes mahen yafe sont les témoins rares de la sculpture de l’Afrique médiévale, qui remonterait à une date antérieure à 1463, année de l’arrivée des premiers Européens. Elles ont été trouvées enfouies dans le sol par les agriculteurs du territoire des Mende. Celle-ci, richement ornée, présente une coiffe complexe surmontée d’un chignon conique et porte une barbe descendant des tempes pour encadrer la bouche. Les détails du visage – bouche, nez, oreilles, paupières – sont démesurés. Tous ces éléments, accentuant une représentation individualisée, tendent à confirmer l’hypothèse d’un véritable portrait royal, tout au moins celui d’un notable important. À ses côtés, la canne luba (reproduite ci-contre) paraissait presque frêle. Il s’agissait pourtant d’un objet d’une grâce remarquable, avec une patine d’usage exceptionnelle et une ancienneté confirmée, trois atouts qui justifient selon l’expert, M. Caput, le prix de 525 600 € : un record du monde en vente aux enchères pour ce type d’artefact. Les cannes luba sont des «régalia», de véritables insignes de pouvoir royaux, qui deviendront par la suite également des signes de divination. Celle-ci fut trouvée au Congo en 1891 par le commandant Pierre-Joseph Ponthier (1858-1893), dont les campagnes militaires sont connues et longuement relatées. Offerte par lui à l’un de ses amis, elle a été conservée dans la descendance de celui-ci jusqu’en 1977. Sans doute son statut de bâton de commandement, kibango, lui a-t-il parlé ! D’ailleurs, en intégrant sa besace d’officier, la tradition locale était bien respectée, puisque ces symboles étaient réservés aux personnages de haut rang, et transmis à leurs successeurs en signe de continuité.
Jeudi 24 novembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. MM. Caput, Dulon.
Italie du Nord (Venise ?), XVIe siècle. Buste de jeune homme, bronze à patine noire, h. 46,5 cm.
Adjugé : 252 500 €
Présence antique
Le regard de ce jeune homme transperçait le bronze dans lequel il était fondu pour fuser à 252 800 €. Réalisé en Italie du Nord, peut-être à Venise, au début du XVIe siècle, il mettait en lumière le retour à l’antique de la Renaissance italienne. Avec ses boucles abondantes encadrant un visage juvénile et la toge qui l’enveloppait, ici à peine ébauchée, il est à rapprocher des portraits des empereurs du Ier siècle de notre ère. Et avec quelle présence ! Il illustre encore l’humanisme, lui aussi en vogue. Ce terme apparu en Europe occidentale vers 1540 désigne les érudits, des hommes éclairés parfois laïcs, mais plus souvent des religieux, prêts à ouvrir leur culture au grec et à l’hébreu – les langues prestigieuses de l’Antiquité –, ne se contentant plus du latin. Dans les œuvres surgies des temps anciens, ils redécouvrent l’humain et le replacent au cœur de leurs préoccupations. Les sculpteurs suivent la même veine et retrouvent la grande statuaire antique, occultée les siècles précédents. Parmi eux, Tullio Lombardo (1460-1532), auteur de nombreux portraits d’hommes et de femmes toujours jeunes, à l’image de son Adam du Metropolitan Museum of Art. Avec ses belles qualités, notre buste pourrait être rapproché de l’entourage de ce grand artiste vénitien. À ses côtés dans cette vente de beaux objets d’art et d’ameublement, la fontaine filtrante en cuivre reproduite dans la Gazette n° 40, page 72, qui au vu de ses armoiries et de sa date gravée pourrait avoir été fondue pour la naissance de Louis-Philippe d’Orléans (1725-1785), voyait son eau couler à 12 008 €. Les arts d’Asie étaient représentés par de la porcelaine. Une paire de carlins (h. 25,5 cm), au pelage à fond corail, époque Jiaqing (1796-1820), s’asseyaient à 18 960 €, et deux brûle-parfum couverts à fond céladon de forme ovoïde, agrémentés d’une monture en bronze dorée (h. 31 cm), exhalaient un air parfumé de 25 280 €. Quant à l’important panneau de boiserie finement sculpté d’un bouquet fleuri (190 x 102 cm), choisi pour orner la couverture du catalogue de vente, il se taillait 18 960 €.
Mercredi 23 novembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. Mme Fligny.
Caspar Netscher (vers 1635-1684), Le Jeune Chasseur et son chien, huile sur toile, 51,5 x 44 cm.
Adjugé : 48 333 €
Un chasseur sachant chasser…
Avec beaucoup de détermination, le jeune chasseur peint sur cette toile de Caspar Netscher (vers 1635-1684) montrait la direction du gibier à son chien fidèle, dont la piste était suivie par une enchère de 48 333 €. Netscher est un artiste de l’âge d’or néerlandais, formé dans l’atelier de Gerard ter Borch (1617-1681), ce qui se ressent dans la finesse de sa touche. Très vite, il se procure une clientèle personnelle, laquelle apprécie de se voir portraiturer par ce peintre raffiné et original, et parvient à ce que Guillaume III d’Orange-Nassau, stadhouder de Hollande et roi d’Angleterre, devienne son mécène. Cette protection lui assure des revenus suffisants et l’autorise à s’adonner à des peintures de sujets de genre, mettant en scène des jeunes femmes dans leur intérieur, occupées à leur quotidien ou jouant d’un instrument de musique, qui retiennent souvent son attention. Il apporte un soin tout particulier au traitement des étoffes ; les soies crissent, les brocarts scintillent, les tapis d’Orient s’étalent dans une profusion de motifs colorés. Une spécificité que l’on retrouve dans ce tableau, dont le pourpoint de velours du jeune homme est bien l’élément central, peint avec détails et broderies et se détachant sur un fond paysager, pour sa part à peine esquissé.
Mardi 22 novembre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Oger - Blanchet OVV. M. Millet.
Caspar Netscher (vers 1635-1684), Le Jeune Chasseur et son chien, huile sur toile, 51,5 x 44 cm.
Adjugé : 48 333 €
L’effet papillon
Discrètement, trois papillons voletaient au-dessus d’une corbeille généreusement garnie de fleurs et posée sur un entablement. Pour l’accompagner, des fruits juteux, pêches et raisins, déjà guettés par des insectes pour rappeler la brièveté de leur fraîcheur… On devait cette composition, portée à 49 140 €, au pinceau de Jan Frans van Dael (1764-1840), l’un des derniers représentants du style des natures mortes «parlantes». Originaire d’Anvers, le peintre effectue l’essentiel de sa carrière à Paris, où il s’installe dès 1767 et connaît le succès, grâce notamment à sa présence au Salon. Deux numéros plus loin, une autre nature morte, composée de raisins, corbeilles de fruits et grenade ouverte, mais qui lui était simplement attribuée (46 x 38,3 cm), récoltait 8 820 €, tandis qu’un Vase de fleurs et pêches sur un entablement de pierre sur fond de paysage, une toile de son atelier (81,5 x 65 cm), recueillait 14 490 €. Dans le même après-midi, une huile se faisait encore remarquer. Beaucoup plus moderne de style, il s’agissait cette fois d’un Nu au collier de perles (46 x 33,5 cm) d’Henri Lebasque (1865-1937), très fluide et très enlevé, qui égrenait ses perles à 36 540 €.
Mardi 22 novembre, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Art Richelieu OVV. M. Dubois.
Henry Moret (1856-1913), Falaises à Clohars-Carnoët, printemps, 1904, huile sur toile d’origine, 73 x 93 cm.
Adjugé : 245 005 €
La variété de l'art moderne
L’art moderne se déclinait sous toutes ses tendances chez Millon, le mercredi 23 novembre… Une déclinaison couronnée de succès et de plus de 2,5 M€ de résultat, emmenée par Henry Moret, Léopold Survage et Pablo Picasso, la maison de ventes n’ayant pas souhaité communiquer sur la toile de Pierre Bonnard (1867-1947) Vernon, l’été de 1930. Prenons le large avec la toile d’Henry Moret (1856-1913), représentant les falaises de Clohars-Carnoët au printemps 1904 (reproduite ci-dessus). Cette vue plongeante recevait 245 005 €, s’offrant la cinquième place pour une œuvre de l’artiste (source : Artnet) et confirmant la belle cote de ce chantre de l’école de Pont-Aven. Le 23 mars dernier, la maison Millon adjugeait déjà une belle composition, Bretonne à la haie, chemin creux à Riec, Finistère, qui se promenait à 290 317 € et décrochait un record mondial (voir Gazette n° 13 du 1er avril). La Bretagne fournit à Moret le meilleur de son inspiration, servie par une touche plus libre et des cadrages se faisant plus audacieux. Ici, la lande de bruyère en fleur semble se dissoudre dans le bleu lumineux de la mer, tout juste animée de deux petites voiles. Un vrai bol d’air, qui invitait à un pique-nique en compagnie de Pablo Picasso (1881-1973)… Une étude au crayon de ce dernier (27 x 41 cm), datée «15.6.62», pour Le Déjeuner, provenant à l’origine de la galerie Louise Leiris, se dégustait à 128 950 €  Une manière d’aborder les mouvements artistiques du XXe siècle et de suivre Léopold Survage (1879-1968) dans ses pérégrinations modernes. Le peintre, né à Moscou, s’installe en 1909 à Paris. Il livre plusieurs huiles sur le thème de la ville et l’oiseau, ainsi qu’un contrat signé avec le marchand Léonce Rosenberg, le 10 décembre 1921, en atteste. Sur cette version de la même année, une silhouette en noir d’un personnage se promenait à 171 600 €. En office de bouquet final, les Lilium jaunes (73 x 60 cm) peints par Bernard Buffet (1928-1999) étaient offerts à 103 160 €.
Mercredi 23 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Ritzenthaler.
Épée russe de récompense de Saint-Georges, modèle de cavalerie 1798-1826, premier tiers du XIXe siècle, garde en or, l. 105,5 cm, poids brut de la garde (sans la fusée) 224 g.
Adjugé : 106 420 €
Des épées racontent les relations franco-russes
Bardée d’un pedigree impeccable, cette épée russe se taillait 106 420 € et se distinguait lors de deux jours d’enchères consacrés à l’art militaire. Sans faiblir, elle raflait la palme, alors que le sabre de récompense nationale de la manufacture de Versailles de Nicolas Boutet, donné par le Premier consul après la bataille de Marengo, ne rencontrait pas la victoire. Après la chute du premier Empire, il fallut reconstruire les relations franco-russes et réinstaurer la confiance. Des diplomates furent mandatés pour cela. Casimir-Louis-Victurnien de Rochechouart de Mortemart (1787-1875) est de ceux-là. Au mois d’avril 1828,il est envoyé comme ambassadeur à Saint-Pétersbourg. De retour en France pour assister à la fin du règne de Charles X, il prête serment au nouveau gouvernement de Juillet et est renvoyé en Russie en janvier 1833, pour faire reconnaître le nouveau régime par l’empereur Nicolas Ier. Visiblement bien en cour, il y reçoit l’ordre de Saint-André et celui de Saint-Georges, ainsi que cette épée de récompense de Saint-Georges, probablement offerte par un grand dignitaire. Superbe, ce modèle de cavalerie présente une garde en or à double plateau, orné d’un bourrelet marqué en cyrillique «Pour la bravoure» et portant la marque de la «Manufacture nationale d’armes blanches » de Klingenthal, en Alsace… un atout supplémentaire et un gage de qualité. Au numéro suivant, c’était au tour d’une épée d’officier de cavalerie de sortir de son fourreau, pour 72 616 € cette fois. Ce modèle russe de 1798/1826, fabriqué en 1829 par la manufacture de Zlatooust, déployait sur sa lame et dans des cartouches un décor des plus élaborés : un trophée militaire, une scène de combat de cavalerie, des têtes de Méduse et d’autres, de personnages casqués. Zlatooust, dans l’Oural du Sud, est le berceau de nombreuses armureries. La première vit le jour en 1815 à la suite d’un accord entre l’État russe et les manufactures de Solingen et Klingenthal, qui avaient formulé le désir de s’installer dans l’Empire pour créer une manufacture. Elles produisaient des armes blanches pour les besoins de l’armée et de la flotte, qui attinrent rapidement un haut niveau de qualité tant technique qu’esthétique.
Jeudi 24 et vendredi 25 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Thierry de Maigret OVV. M. Croissy.
Le diacre Toros (XIIIe-XIVe siècle), quatre miniatures sur papier oriental fin (l’une reproduite) provenant d’un tétraévangile enluminé en 1311, 26,6 à 28,3 x 20,1 à 21 cm.
Adjugé : 138 380 €
L’école arménienne de miniatures
Quatre miniatures sur papier oriental fin, exécutées à l’aube du XIVe siècle, éclipsaient, avec un résultat de 138 380 € les maîtres modernes de la peinture arménienne Ivan Constantin Aïvazovsky (1817-1900) et Martiros Sarian (1880-1972), et rappelaient l’ancienneté de cette école mal connue, dont Guillaume Aral avait réuni une collection ici dispersée. Les miniatures religieuses disparaissent à la fin du XVIIIe siècle et cèdent la place aux premières huiles sur toile à caractère profane… non sans avoir essaimé dans les grands monastères du pays et déposé de très belles empreintes. L’âge d’or de la miniature arménienne s’étend du XIe au XIVe siècle, période d’indépendance du royaume de Cilicie. Le diacre Toros, dont la production s’inscrit entre le XIIIe et le XIVe, travaille à Tauris, l’actuelle Tabriz, capitale de la province de l’Azerbaïdjan oriental. Ses œuvres sont parmi les plus belles, immédiatement reconnaissables aux yeux bridés de leurs personnages, une influence de la culture mongole, ainsi qu’à une certaine naïveté dans le traitement des sujets. Les quatre miniatures ici présentées appartiennent à une série de dix-huit, réalisée par l’artiste pour un tétraévangile enluminé en 1311 et dépouillé dans les premières années du XXe siècle – le corps du manuscrit les contenant étant aujourd’hui conservé au Matenadaran d’Erevan –, d’où leur grand intérêt historique.
Vendredi 25 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV.
André Marfaing (1925-1987), Composition, huile sur toile, datée «3-57», 150 x 88 cm.
Adjugé : 46 080 €
André Marfaing, de la matière à la lumière
André Marfaing (1925-1987) appartient à la génération des peintres abstraits de l’immédiat après-guerre. Cette composition de 1957 retenait 46 080 €, un résultat tout à fait conforme à la cote de son auteur. De cet artiste singulier, on a souvent dit qu’il peignait en noir et blanc. Lui y voyait de la couleur et surtout, de la lumière. Cette lumière qui émane de la peinture elle-même et qu’il cherchait à transcrire par un geste ample et fort. Libéré du poids du sujet, il pouvait se concentrer sur la matière. Son noir n’est pas monochrome : il joue avec toutes ses nuances et s’installe sur la toile. En 2008, lors de l’exposition lui étant consacrée aux Abattoirs de Toulouse, on pouvait lire dans sa biographie comment il façonne celle-ci, «à partir de larges traces noires qu’il reprend énergiquement de façon à équilibrer les masses et ordonner le “désordre” qui monte en lui». Cette œuvre présentée mercredi 23 correspond parfaitement à ce propos. Une enchère de 92 160 € revenait par ailleurs à la Jeune femme à l’amphore de Jean Souverbie (1891-1981). Cela place cette beauté sculpturale à la cinquième place pour une œuvre de l’artiste (source : Artnet).
Mercredi 23 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. M. Chanoit.
Jean-Joseph-Xavier Bidauld (1758-1846), Vue des environs de Rome (vue de Frascati ?), huile sur papier marouflé sur toile, 29 x 48,2 cm.
Adjugé : 79 997 €
Colline éternelle
C’est peu de dire que le peintre est rare en ventes aux enchères ! Trois résultats seulement sont répertoriés par Artnet, et ce nouveau, de 79 997 €, se hisse immédiatement sur la première marche du podium. Jean-Joseph-Xavier Bidauld (1758-1846), puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un artiste français natif de Carpentras et très honoré par cette ville, qui lui réserve les plus belles cimaises de son musée Comtadin-Duplessis… Il faut dire que si notre homme est discret sur le marché, il n’en a pas moins abondamment produit, travaillant pour l’impératrice Joséphine, la princesse Caroline Murat au palais de l’Élysée ainsi que pour le roi Charles IV d’Espagne, qui lui commande la décoration d’un cabinet dans son palais d’Aranjuez… Le voyage à Rome effectué entre 1785 et 1790 y est pour beaucoup. À fréquenter la fine fleur de l’art européen et à sillonner Rome, Naples et leurs alentours, il gagne ses galons de peintre de paysage, déjà effleurés dans la forêt de Fontainebleau, et dont il sera le premier représentant élu à l’Institut en 1823. Exigeant, il pouvait rester des jours installé devant un site pour en traduire la beauté. Tenant du néoclassicisme, il ne dédaignait pas une pointe d’atmosphère. Cette vue, parfaitement composée, en témoigne.
Vendredi 25 novembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV. M. Auguier.

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