La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Chine, époque Qianlong (1736-1795). Cachet en néphrite céladon portant l’inscription en zhanshu « bureau de labourage au printemps », 8,3 x 10,3 x 10,3 cm.
Frais compris : 1 625 000 €.
Divertissement spirituel
Ce sceau chinois d’époque Qianlong était alors  d’une estimation de 400 000 à 500 000 €… un pronostic qu’il fallait tripler pour espérer en devenir propriétaire, les deux dragons croisés le surplombant crachant finalement 1,3 M€. Le plus important ne réside pas dans ces deux monstres, qui symbolisent dans l’empire du Milieu le pouvoir impérial, mais dans les idéogrammes tapis sur la face cachée de l’objet. Ils indiquent son origine, le «bureau de labourage du printemps» (Chun Ou Zhai). Il ne s’agit nullement d’une obscure officine administrative, dépendant d’une sous-direction du ministère de l’Agriculture, mais du palais éponyme, construit par l’empereur Kangxi (1654-1722) pour la cérémonie agricole du printemps. Celui-ci abritait sous Qianlong une célèbre peinture d’époque Tang de Han Huang (723-787) représentant cinq bœufs, des bêtes de force indispensables à la prospérité agricole de l’empire. L’empereur a également acquis deux copies de cette peinture, portant ainsi son cheptel peint à quinze têtes, célébrées par des poèmes qu’il a lui-même écrits. Notre sceau, de la catégorie de ceux utilisés pour le divertissement spirituel, a sans doute servi à marquer les peintures et poèmes passés par ce palais. C’est à partir du IXe siècle que les lettrés ont créé des cachets portant le nom de leur bureau, une tradition reprise au sommet de l’État. Ces objets étaient conservés dans les palais leur correspondant, et étaient utilisés sur ordre impérial. La marque de celui de l’empereur pouvait être suivie de celles de plusieurs cachets de divertissement spirituel. À la discrétion de son altesse…
Mercredi 19 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Bernard Molitor, vers 1793, lit de repos en acajou mouluré et sculpté, 92 x 240 x 65 cm.
Frais compris : 80 000 €.

Acajou néoclassique
Un ensemble de meubles courant de la Révolution à l’Empire totalisait 333 750 € frais compris en cinq numéros, sur un cumul d’estimations basses de 140 000 €. Le plus haut prix, 64 000 €, revenait au lit de repos vers 1793 reproduit, un travail de Bernard Molitor estimé pas plus de 20 000 €. L’ouvrage d’Ulrich Leben, Molitor, ébéniste de Louis XVI à Louis XVIII (Monelle Hayot), répertorie douze types de lits de repos de modèles approchants. L’un, reproduit sur sa jaquette, présente le même griffon en bas relief laissant échapper un rinceau et les mêmes pieds en jarret de lion nerveusement sculptés. À 75 000 €, les prévisions étaient doublées pour une paire de tables d’époque Empire en acajou et placage d’acajou à piétement en «X» en acier doré (l. 113 cm), à rapprocher de la table à travailler livrée en 1810 pour le salon des jeux de l’impératrice Marie-Louise au Grand Trianon. Ce modèle serait dû au successeur de Daguerre, le marchand-mercier Martin-Éloi Lignereux, dont la production a été poursuivie par son repreneur, la maison Thomire-Duterne, laquelle commanda plusieurs exemplaires à Adam Weisweiler. La dynastie des Jacob était ensuite à l’honneur, tout d’abord avec une suite de quatre fauteuils de Jacob Frères d’un modèle de 1800, en acajou et placage d’acajou incrusté d’ébène et d’étain, adjugée 61 000 €. L’un porte la mention manuscrite de la Malmaison et les trois autres, une étiquette avec le nom de Chauvelin, un voisin des Bonaparte rue de la Victoire, qui a présenté Percier et Fontaine à Joséphine.
Lundi 17 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Rieunier - de Muizon SVV. M. Rieunier J.
Catherine d’Aragon (1487-1536), Windsor, 3 octobre (1529), lettre autographe signée au cardinal de Santa Cruz, une page in-folio, montée sur onglet sur papier vélin fort avec traduction anglaise calligraphiée, reliure en plein maroquin rouge de Sangorski & Sutcliffe à Londres.
Frais compris : 68 750 €.
Catherine d’Aragon
Les Flers collectionnent les écrits de personnalités depuis presque deux siècles, une pratique inaugurée par Hyacinthe-Jacques Pellevé de La Motte-Ango, marquis de Flers (1803-1866). Claude de Flers, petit-fils de l’écrivain et journaliste Robert de Flers (1872-1927), a pour sa part triplé la partie consacrée aux femmes célèbres, qu’il a décidé de mettre en vente.
Le total obtenu par ces plus de mille cinq cents écrits, répartis en 796 lots présentés au fil des 434 pages du catalogue, s’établissait à 1 133 000 € frais compris. La missive favorite du collectionneur, celle reproduite, était la plus courue. Estimée au plus haut 40 000 €, elle se voyait poussée jusqu’à 55 000 €. Catherine d’Aragon, reine d’Angleterre, y défend sa position de femme bafouée. Fille des rois catholiques et tante de Charles Quint, elle est la malheureuse première épouse d’Henri VIII, à qui elle n’a laissé qu’une héritière, Mary Tudor, la future «Bloody Mary». Désirant assurer la succession d’une dynastie aussi récente que fragile, et fou amoureux d’une suivante de sa femme, Anne Boleyn, le roi veut faire annuler son union, arguant que la douce Catherine n’était pas vierge… Elle est en effet la veuve de son frère Arthur, décédé à l’âge de 15 ans, sans que le mariage ait été consommé. Soucieux de ne pas froisser Charles Quint, le pape Clément VII refuse de faire annuler le mariage. Dans notre lettre, écrite le 3 octobre 1529, la souveraine sollicite l’appui de Francisco de los Ángeles Quiñones, cardinal de Santa Cruz qui a notamment négocié auprès de l’empereur la libération du souverain pontife, prisonnier au château Saint-Ange après le sac de Rome de 1527. Catherine souhaiterait que le pape fasse juger sa cause devant la Rote, l’un des trois tribunaux de l’Église catholique, plutôt que devant le tribunal anglais, on s’en doute, moins impartial… On connaît la suite : face à la résistance de Rome, Henri VIII répudiera sa femme en 1532, ouvrant la voie au schisme qui fera désormais des souverains anglais les chefs de l’Église anglicane.
Mardi 18 novembre, salle des ventes Favart.
Ader SVV. M. Bodin.
Bruxelles, atelier Leyniers ou Van der Borght, début du XVIIIe siècle, Le Triomphe d’Apollon, laine et soie, 334 x 618 cm.
Frais compris : 125 800 €.
Un tableau tissé
Cette spectaculaire tapisserie bruxelloise de la tenture du Triomphe des dieux aux couleurs éclatantes suscitait 100 000 €. Comme il était déjà mentionné page 63 de la Gazette n° 39, ce Triomphe d’Apollon a été agrandi sur ses côtés et sa partie haute pour être intégré dans les lambris d’une pièce du château de Preisch, en Lorraine. Il date du début du XVIIIe siècle et est attribué à l’atelier d’Urbain Leyniers ou à celui de Jacques van der Borght. C’est au premier que revient l’initiative d’avoir exécuté cette tenture d’après les cartons de Jean Van Orley (1665-1735), auteur des personnages, et d’Augustin Coppens (1668-1740), pour les paysages. La première édition date de 1717, probablement pour le collège juridique de l’Oudburg de Gand. Elle était constituée à l’origine de cinq sujets, Mars, Minerve, Vénus, Diane et Apollon, auxquels ont été ultérieurement ajoutés Vulcain, Neptune ou Flore. Van Orley adaptait son style aux différents genres abordés par les ouvrage qu’on lui commandait. Si L’Histoire de Don Quichotte lui inspire un style pittoresque un peu schématique, il adopte pour notre thème la noble manière de la peinture d’histoire française de la Régence. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre de la tenture, les dieux, à l’exception de Mars, ne sont pas représentés défilant pompeusement, mais se reposant au milieu d’un paysage arcadien. Apollon, assis dans des nuées et couronné de lumière par un génie ailé, contemple les muses, qui s’adonnent pour la plupart à la musique et au chant sous le regard de Pan, caché dans un bosquet. Ce traitement aimable fit du Triomphe des dieux un énorme succès commercial, la tenture étant reprise par plusieurs ateliers. Celui de Leyniers fermant ses portes en 1747, il est possible que l’atelier van der Borght lui ait racheté les cartons de Van Orley, à moins qu’il n’en ait lui-même possédé.
Mercredi 19 novembre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. M. de Villelume.
Ousmane Sow (né en 1935), Zoulous, 1990, technique mixte comprenant sept sujets, h. 260 cm pour le plus grand.
Frais compris : 528 695 €.
Ousmane Sow record
La force tellurique de ces figures zoulous monumentales produisait son effet, les sept sujets de cet ensemble réalisé en 1990 permettant à leur créateur, Ousmane Sow, de décrocher à 410 000 € un record mondial (source : Artnet). Le précédent, 208 186 € frais compris, revenait à l’un des huit exemplaires en bronze à patine noire de la fonderie Coubertin du Lanceur (h. 220 cm), inspiré du même thème. Il était obtenu le 30 juillet 2008 chez Tajan à Paris. Les «Zoulous» ont été réalisés en 1990 et 1991. Notre groupe est la première œuvre narrative de l’artiste. Personnalité complexe, semi-légendaire, Shaka (1787-1828) est le fondateur de la nation zoulou. Il va réunir le peuple ngouni sous le nom d’Amazoulou, «ceux du ciel», en mettant en place une refonte totale de la société tribale à travers une logique militaire totalitariste… les hommes et les femmes entre 16 et 60 ans sont par exemple incorporés d’office dans l’armée. L’autorité ne repose plus sur le patriarche, mais sur le pouvoir des armes. Shaka étendra son emprise sur un territoire plus grand que la France avant d’être assassiné, probablement par deux de ses demi-frères. Notre groupe montre d’une part un roi captif, encadré par deux guerriers (reproduit), et d’autre part Shaka installé sur son trône entouré d’un garde, d’un conseiller et d’une femme (voir page 60 de la Gazette n° 39). Les œuvres sont façonnées dans une matière mêlant une vingtaine d’ingrédients, appliquée sur une ossature de fer, paille et jute. Kinésithérapeute exerçant en France, Ousmane Sow présente en 1987 au Centre culturel français de Dakar sa première série, composée de lutteurs noubas. L’année suivante, il décide de se consacrer à son art. En 1992, il est exposé à la Dokumenta de Kassel et trois ans plus tard, à la Biennale de Venise. La consécration…
Mercredi 19 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV.
Auguste Rodin (1840-1917), Faunesse à genoux, 1887, bronze à patine vert soutenu, épreuve vers 1910-1912, fonderie Alexis Rudier, h. 54,2 cm.
Frais compris : 742 029 €.
Une faunesse de Rodin
Attendue entre 250 000 et 300 000 €, cette épreuve en bronze vers 1910-1912 de la Faunesse à genoux conçue par Rodin en 1887 était poussée jusqu’à 580 000 €. Il s’agit du plus haut prix (source : Artnet) relevé pour un bronze de ce sujet, le record revenant à une épreuve en marbre (h. 58,8 cm). Le comité Auguste Rodin recense en tout vingt-six épreuves en bronze de notre faunesse, dont dix-huit posthumes. Pour celles réalisées du vivant du sculpteur, huit l’ont été à partir de 1897 par la fonderie Griffoul et Lorge, deux avant 1900 chez François Rudier et quatre, dont la nôtre, par l’atelier d’Alexis Rudier avant 1917. La belle patine vert soutenu de notre exemplaire luisait en 1912 au premier Salon de mai à Marseille, où il séduisait le docteur Joseph Ripert, qui en devenait l’heureux propriétaire. Il est ensuite resté dans sa descendance. Le modèle figure à l’origine dans le tympan de La Porte de l’enfer, dont la première version est connue par des photographies prises par William Elborne en 1887. Cette année-là, Truman Bartlett rencontre Rodin et rédige plusieurs articles sur son travail. Il remarque plus particulièrement notre créature, qui figure dans une foule d’esprits poussés vers la rive du Styx. Elle incarne pour lui la sensualité, consciente de ses fautes, prête à accepter la punition. Le groupe auquel elle appartient sera connu dans la version définitive de La Porte sous le titre d’Orphée et les ménades. En 1988, Gustave Geffroy remercie le sculpteur pour un cadeau, un exemplaire en bronze de «la faunesse, d’animalité si fine, au rire mortuaire». Elle n’apparaîtra officiellement qu’en 1889, à l’exposition Monet-Rodin, sous la forme d’un plâtre intitulé Satyresse à genoux.
Vendredi 21 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. Mme Marzet.
Jean Warin (1607-1672), Paris, 1640, 10 louis d’or au buste drapé, 67,55 g.
Frais compris : 298 750 €.
Un louis au firmament
Le trésor d’une collection de monnaies, réunie au XIXe siècle, était cet exemplaire du fameux 10 louis d’or au buste drapé de Louis XIII, frappé à Paris en 1640. Attendu entre 40 000 et 60 000 €, il était farouchement bataillé jusqu’à 239 000 €. Il détrône le quadruple louis d’or au buste nu de la collection Jean Poncet qui,le 1er avril 2012 chez Besch Cannes Auction, décrochait à 256 200 € frais compris un record mondial pour un louis. Le 18 décembre 2011, toujours dans la collection Poncet, un 8 louis enregistrait sous le même marteau 85 400 € frais compris. Ces trois monnaies appartiennent à la série des trois pièces d’hommage – 4, 8 et 10 louis – réalisées en 1640 à Paris à l’occasion de la mise en place, par Claude de Bullion, d’un nouveau système monétaire inauguré le 31 mars 1640. Inspiré de la pistole espagnole, le louis d’or (6,75 g) remplace l’écu d’or. Les pièces d’hommage, dites aussi «de plaisir», n’étaient pas mises en circulation mais uniquement destinées à la table de jeux du souverain. Elles n’ont bien entendu été produites qu’à très peu d’exemplaires. Pour représenter le royal profil, on fit appel à Jean Warin, sculpteur et médailleur protégé du cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu. Né à Liège, il s’installe à Paris en 1626. Son talent est tel que dès 1629, il réalise un médaillon à l’effigie de Louis XIII puis l’année suivante, un autre à celle du cardinal. Warin cisèlera également un buste en or de l’ecclésiastique, hélas perdu, mais dont il existe des tirages en bronze, dont l’un conservé à la bibliothèque Mazarine. Nommé graveur de sceaux et tailleur général en 1646, il devient l’année suivante contrôleur général des monnaies de France et, en avril 1648, contrôleur général des poinçons. Il sera naturalisé en 1650. L’artiste a imposé sous Louis XIV, à l’ensemble des ateliers du royaume, l’usage systématique du balancier pour la frappe des monnaies. Cette technique permettant de réaliser en une minute une trentaine de pièces homogènes et de qualité avait été imposée par Henri II (1547-1559), mais les ouvriers monnayeurs avaient résisté afin de conserver l’avantage de leur savoir-faire, la frappe au marteau.
Vendredi 21 novembre, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Rieunier - de Muizon SVV. M. Parsy.
Italie, époque hellénistique (fin du IVe siècle av. J.-C.-fin du Iee siècle av. J.-C.). Tête de Cérès en marbre de Carrare, h. 26 cm.
Frais compris : 206 580 €.
Cérès hellénistique
Les petits accidents et manques ainsi que la surface décapée signalés au catalogue de cette tête de Cérès en marbre de Carrare ne réfrénaient pas l’ardeur des enchérisseurs, bien au contraire. Estimée entre 4 000 et 6 000 €, la déesse de l’agriculture et de la fécondité moissonnait la bagatelle de 165 000 €. Elle est décrite comme étant d’époque hellénistique, sculptée en Italie quelque part entre la fin du IVe et la fin du Ier siècle avant notre ère. Elle contredit l’opinion de Pline l’Ancien, exposée dans son Histoire naturelle, qui considérait, ayant décrit la sculpture de l’époque classique grecque en bronze, que l’art avait ensuite disparu… L’Italie a très tôt subi l’influence des cités grecques, les rives de la péninsule italique, Sicile comprise, étant colonisées dès le VIIIe siècle av. J.-C. À Rome, ce sont deux Grecs, Damophilos et Gorgasos, qui travaillent au début du Ve siècle av. J.-C. à la peinture et à la sculpture en terre cuite du temple de Cérès. L’art hellénistique, qui s’étend des conquêtes d’Alexandre le Grand à la domination romaine à partir de 31 av. J.-C., se développe au moment même où Rome monte en puissance et accroît son emprise sur le bassin méditerranéen. Les armées rapportent dans leur butin des œuvres d’art, aussi bien contemporaines que plus anciennes. Les généraux sont également accompagnés de sculpteurs, certains ne se bornant pas à copier ce qu’ils voient, mais produisant des œuvres originales imprégnées du classicisme grec et de l’expérience hellénistique. De même, pour les sujets, les artistes étrusques vont très tôt exploiter, souvent de manière maladroite, le répertoire mythologique grec. À l’époque hellénistique, notre tête de Cérès prouve que les artistes italiens maîtrisent parfaitement les images du panthéon olympien.
Vendredi 21 novembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud SVV. M. Roudillon J.
Étienne Kohlmann (1903-1988) pour le Studium Louvre, vers 1929, buffet en bois noirci et ivoire, plateau en marbre Campan grand mélange, 91 x 185 x 91 cm.
Frais compris : 53 550 €.
Étienne Kohlmann
Ce buffet d’Étienne Kohlmann était estimé entre 10 000 et 15 000 €. En empochant 42 000 €, il réalise un record mondial pour l’architecte. Ce meuble, ou un exemplaire identique, figurait dans un reportage de la revue Mobilier et décoration d’août 1929. Il a été réalisé pour le Studium Louvre, l’atelier d’art des Grands Magasins du Louvre. Élève de l’école Boulle entre 1918 et 1922, Kohlmann intègre en 1923 cet atelier qui vient juste d’être créé. Il s’agit du dernier-né d’une série initiée en 1913 par le Printemps avec Primavera, la Maîtrise aux Galeries Lafayette et Pomone au Bon Marché suivant en 1922. Ces structures avaient pour but de diffuser auprès d’un large public des créations de qualité, jusque-là réservées à l’élite. Maurice Dufresne, qui dirige la Maîtrise, considère que «seules les grandes entreprises possèdent les moyens d’effectuer des tentatives et d’imposer des formules nouvelles». Le directeur de l’école Boulle André Fréchet, lui-même ensemblier, incite ses élèves à créer des meubles «d’une simplicité séduisante», propre à être réalisés à l’aide de machines. Étienne Kohlmann a été à bonne école ! Il conçoit pour le Studium des ensembles classiques, aux lignes sobres et géométriques, qui s’habillent à partir de 1926 de formes plus enveloppantes. Il apprécie, comme dans le cas de notre buffet, les matériaux précieux, mais son passage dans les usines d’aviation Nieuport durant la guerre l’a également familiarisé avec de nouveaux produits, tel le contreplaqué. Il l’utilise pour fabriquer des modèles à la fois légers et solides, et ne dédaigne pas non plus le métal. Il travaille aussi bien pour des particuliers que des entreprises, comme les laboratoires du docteur Debat, dont il aménage les bureaux à Garches, entre 1930 et 1935. Après la Seconde Guerre mondiale, il se consacrera uniquement à l’architecture.
Vendredi 21 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV. M. Plaisance.
Frans Pourbus le Jeune (1569-1622), Portrait d’un homme âgé de cinquante-six ans, 1591, huile sur panneau de chêne, 101,5 x 76 cm.
913 960 € frais compris.
Pourbus, record mondial
Bien qu’exécutée par Frans Pourbus le Jeune à ses débuts, à Anvers, cette œuvre porte déjà en elle ce qui séduira toutes les cours d’Europe : un équilibre subtil entre la pose officielle et l’humanité du modèle, conférant une grande noblesse au portrait. À l’image des contemporains de l’artiste, les collectionneurs internationaux s’emballaient pour ce panneau, disputé par neuf téléphones pour être finalement acquis à 730 000 €, au quadruple de son estimation. Un record mondial pour le peintre, dont le tableau rejoint une collection étrangère (source : Artnet). Ce résultat participait largement aux 1 487 000 € frais compris récoltés par la collection de tableaux anciens dispersée ce dimanche. Mais il ne fut pas le seul… Grâce à un particulier, Jean-Jacques-François Le Barbier obtenait en effet 340 000 € pour Pénélope et Ulysse sortant de Sparte pour retourner à Ithaque, une toile également connue sous le nom de La Pudeur, qui était attendue au plus haut à 150 000 €. Un remarquable score, notamment justifié par la redécouverte de cette œuvre tirée du Voyage en Laconie, de Pausanias. On avait en effet perdu la trace de ce sujet en phase avec les idéaux moraux de l’époque, exposé au Salon de 1789 et popularisé par la gravure de Jean-Jacques Avril.
Dimanche 23 novembre, Enghien.
Enghien SVV. Cabinet Turquin.
Espagne, eers 1915-1920, Masriera y Carreras, calice et sa patène en or massif ciselé, émaux translucides, émeraudes et rubis en cabochon sertis clos, h. 20,5 cm.
Frais compris : 132 840 €.
Précieux vase chrétien
Ce splendide calice espagnol, réalisé juste après la Première Guerre mondiale, était porté au pinacle d’une vente bergeracoise. Espéré autour de 90 000 €, il provenait d’une collection régionale et suscitait la ferveur des amateurs présents en salle et sur plusieurs lignes de téléphone. Le prêtre use du calice lors de la communion des fidèles et au moment de la consécration du vin. Comme le corps et le sang du Christ ne doivent être en contact qu’avec des métaux précieux, ils rivalisent de munificence et se distinguent par leur grande qualité d’exécution. Notre modèle, sculpté en or massif, s’enjolive de superbes pierres précieuses affichant une grande finesse. Il se pare ainsi de seize émeraudes pour 2,35 ct et de seize rubis pour 1,60 ct. Employant la technique ancestrale du cloisonné «plique à jour», le corps du calice s’embellit de scènes extraites du Nouveau Testament, comme l’Annonciation que fait l’archange Gabriel à Marie. Une autre représente la Cène, dernier repas du Christ durant lequel, entouré de ses apôtres, il institue l’eucharistie. Notre calice, finement ciselé, est l’œuvre de la maison Masriera, fondée à Barcelone en 1839 par Joseph Masriera i Vidal. Elle s’associe en 1915 avec les Carreras, autre dynastie célèbre de joailliers catalans (voir n° 40, page 203). Proposé avec sa patène, également en or massif, il se singularise enfin par une facture élégante et un fini impeccable. À 90 000 € étaient encore en lice quatre enchérisseurs. Au final, il était adjugé à un client étranger bien au-delà des estimations hautes.
Bergerac, dimanche 23 novembre.
Hôtels des ventes du Périgord - Périgord Auctions SVV.
Espagne, vers 1915-1920, Masriera y Carreras, calice et sa patène en or massif ciselé, émaux translucides, émeraudes et rubis en cabochon sertis clos, h. 20,5 cm.
Frais compris : 132 840 €.
Précieux vase chrétien
Ce splendide calice espagnol, réalisé juste après la Première Guerre mondiale, était porté au pinacle d’une vente bergeracoise. Espéré autour de 90 000 €, il provenait d’une collection régionale et suscitait la ferveur des amateurs présents en salle et sur plusieurs lignes de téléphone. Le prêtre use du calice lors de la communion des fidèles et au moment de la consécration du vin. Comme le corps et le sang du Christ ne doivent être en contact qu’avec des métaux précieux, ils rivalisent de munificence et se distinguent par leur grande qualité d’exécution. Notre modèle, sculpté en or massif, s’enjolive de superbes pierres précieuses affichant une grande finesse. Il se pare ainsi de seize émeraudes pour 2,35 ct et de seize rubis pour 1,60 ct. Employant la technique ancestrale du cloisonné «plique à jour», le corps du calice s’embellit de scènes extraites du Nouveau Testament, comme l’Annonciation que fait l’archange Gabriel à Marie. Une autre représente la Cène, dernier repas du Christ durant lequel, entouré de ses apôtres, il institue l’eucharistie. Notre calice, finement ciselé, est l’œuvre de la maison Masriera, fondée à Barcelone en 1839 par Joseph Masriera i Vidal. Elle s’associe en 1915 avec les Carreras, autre dynastie célèbre de joailliers catalans (voir n° 40, page 203). Proposé avec sa patène, également en or massif, il se singularise enfin par une facture élégante et un fini impeccable. À 90 000 € étaient encore en lice quatre enchérisseurs. Au final, il était adjugé à un client étranger bien au-delà des estimations hautes.
Bergerac, dimanche 23 novembre.
Hôtels des ventes du Périgord - Périgord Auctions SVV.

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