La Gazette Drouot
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Top des enchères
Gustave Miklos (1888-1967), Divinité solaire, épreuve en bronze poli à patine dorée, signée et numérotée 4/4, fonte posthume de Valsuani, 64,7 x 19 x 17 cm.
Frais compris : 102 090 €.
Sculpture solaire
Le rayonnement culturel de Paris en 1900, comme vient de l’illustrer une exposition au musée du Petit Palais, incita de nombreux artistes étrangers à s’installer dans la capitale. Tel fut le cas de Gustave Miklos, un peintre et sculpteur hongrois. Admiratif de l’art de Cézanne, il y arrive en 1909, rejoignant son compatriote Joseph Csaky. Établi à la Ruche, il prend part ensuite à la Première Guerre mondiale. Étant envoyé à Salonique, il s’enthousiasme pour l’art byzantin, qui aura une influence essentielle sur l’épanouissement de son style. De retour à Paris, il reçoit diverses commandes, notamment du couturier Jacques Doucet : il collabore à la décoration du studio Saint-James, exécutant des tapis et de superbes pièces décoratives en laque. Gustave Miklos délaisse ensuite les petites pièces ornementales pour se consacrer davantage à la sculpture. Réalisant ses premiers reliefs, il renverse les acquis traditionnels et sculpte ainsi de magnifiques statues. Unissant une rudesse primitive à un certain raffinement, elles lui valent rapidement succès et reconnaissance. En 1928, l’artiste expose à la galerie de la revue Renaissance de l’art français et des industries de luxe une trentaine d’œuvres qu’achètent alors la famille Rothschild, Jeanne Lanvin… Divinité solaire, façonnée à cette époque appartient à cette veine. Elle donne toute son importance au métal puisqu’elle joue habilement sur les reflets de la lumière et du poli des surfaces. Notre exemplaire est en fait une fonte posthume que la veuve de l’artiste a fait exécuter en 1971 dans un tirage limité à quatre exemplaires. Ayant embelli des collections parisienne et londonienne, Divinité solaire brillait au zénith de cette vacation deauvillaise dédiée à l’art contemporain. Au final, un bel hommage à Miklos, un des précurseurs du design européen.
Deauville, vendredi 22 août.
Tradart Deauville SVV.
Encrier de Guy de Maupassant (1850-1893), porcelaine rose polychrome, deuxième moitié du XIXe siècle.
Frais compris : 11 780 €.

L’encrier d’un génie
Le XIXe siècle marque l’âge d’or des parures de bureau. Outre les ciseaux, les coupe-papier, elles comprennent surtout l’élément central : l’encrier. Placé à proximité du porte-plume, il est souvent réalisé en bois pour les modèles populaires. Des encriers plus raffinés sont façonnés en bronze, en émaux cloisonnés, d’autres sont taillés en cristal ou encore fabriqués en porcelaine à l’image de notre spécimen. Embelli d’une monture en bronze, enjolivée de feuilles et de têtes de griffons, il s’avive de bergers et de bergères se détachant d’un fond rose à treillis noir. Son principal atout ? Il a longtemps agrémenté le bureau de Guy de Maupassant, né en Normandie au château de Miromesnil à Tourville-sur-Arques, en Seine-Maritime. Reproduit dans l’ouvrage rédigé par Hubert Leroy-Jay, il a fait couler sans aucun doute beaucoup d’encre à l’écrivain, puisqu’entre 1880 et 1890, celui-ci publia six romans, plus de trois cents nouvelles et plusieurs relations de voyages. Notre encrier tel un serviteur fidèle l’a aussi accompagné durant une croisière sur le Bel-Ami, le yacht privé du célèbre nouvelliste. Le menant à Cannes, à Agay, puis à Saint-Tropez, elle lui inspire Sur l’eau, un récit de voyage paru en 1888. L’encrier, pieusement conservé par la mère de Maupassant, résidant alors sur la Côte d’Azur, a été ensuite donné au docteur Balestre à Nice, puis il retourna à une des cousines de l’écrivain, Catherine Jay, née d’Harnois de Blangues. Provenant de la descendance familiale, il était l’un des points de mire de la vente, dont nous ferons le compte rendu la semaine prochaine. Il enflammait aussi bien les fans de l’écrivain que les amoureux de souvenirs historiques et, au final, gagne le bureau d’un particulier étranger.
Rouen, dimanche 20 juillet.
Wemaëre - de Beaupuis - Denesle Enchères SVV. Cabinet Poulain.
Felice Beato (1834 -1903), Vues du Japon, in-folio, 76 photographies coloriées ou en noir et blanc, vers 1860, 22 x 26 cm, 17 x 22 cm.
Frais compris : 30 275 €.
Album japonais
L’album de photographies conquiert, durant la seconde moitié du XIXe siècle, une place de choix dans les bibliothèques grâce aux progrès techniques. Comme un aide-mémoire idéal, il rappelle aussi bien des événements collectifs que des histoires personnelles. C’est le cas de notre album, annoncé autour de 3 200 €. Un ex-dono manuscrit placé au premier feuillet précise que le recueil a été offert le 21 juin 1868 à Léon Roches (1809-1901), alors consul général de France à Edo, au Japon, par son personnel et ses serviteurs. Durant les quatre années de son mandat, le diplomate aide à la modernisation du shogunat, encourage l’établissement d’une école franco-japonaise. L’album, habillé d’une reliure usagée, comprend une cinquantaine de vues coloriées, extraites de la série Views of Japan. Elles sont l’œuvre du photographe Felice Beato, un Vénitien né à Corfou et naturalisé anglais. Ouvrant un studio au Japon à Yokohama, il prend pour associé Charles Wirgman, un dessinateur, lui enseignant l’art de la photographie coloriée. Fin observateur, Felice Beato représente la société japonaise contemporaine, alors en pleine mutation. Des métiers, des scènes de rue y côtoient des Yakonins en costumes traditionnels ainsi que des figures martiales de samouraïs. À ce fond historique s’adjoignent vingt et une vues tirées en noir et blanc. Elles figurent les bâtiments de la légation française à Yokohama, la rade de Nagasaki et les environs de Edo… Certaines photos sont devenues aujourd’hui des témoignages irremplaçables, car plusieurs monuments ont été endommagés ou détruits un siècle et demi plus tard. Notre album, indiqué autour de 3 200 €, suscitait donc une rude bataille de collectionneurs. Elle se livrait d’abord entre des musées, des amateurs et le négoce international avant de s’achever en un âpre duel entre deux acheteurs européens. Décuplant les estimations, il recueillait l’enchère la plus élevée de cette vente, devenue en vingt ans le rendez-vous estival incontournable des bibliophiles.
Montignac-Lascaux, vendredi 22, samedi 23 et dimanche 24 août.
Galateau Pastaud SVV. Cabinet Poulain.
Fontaine à eau chaude, ou samovar, en argent, travail du Nord de la France, XVIIIe siècle, sans doute Lille, vers 1760-1770, h. 49,5, 3,155 kg.
Frais compris : 48 450 €.
Samovar lillois
Le thé se répand aux XVIIe et XVIIIe siècles en Occident, où il suscite la création d’objets, à la fois utiles et décoratifs. La fontaine à thé, imposante bouilloire ornementale, permet par exemple de diluer à volonté le thé de la théière. Elle est d’ailleurs appelée en Russie «samovar», ce qui signifie «qui bout lui-même». Réelle source de chaleur, elle maintient plusieurs litres d’eau à la bonne température pour préparer le thé. La réunion autour d’une tasse de thé, d’abord intime et familiale, devient au XVIIIe un cérémonial festif. Acte de mondanité, il est l’occasion pour les hôtes d’étaler leur richesse. Les samovars, se rangeant parmi les pièces phares des services d’apparat, se propagent surtout au XIXe siècle. Venant d’une collection particulière, notre modèle réalisé au dernier tiers du XVIIIe se révèle ainsi un spécimen rare : durant cette période, Nicole Cartier ne recense que deux autres samovars respectivement poinçonnés Liège et Bruxelles. Posé sur trois pieds à enroulements, il s’agrémente de quatre anses en crosse, à traverses en bois fruitier et attaches feuillagées. Paré d’un robinet ciselé en forme de dauphin, il s’enjolive de doucines, de côtes torses, de fleurs, s’agrémente au sommet d’un gland stylisé. Quant au corps lui-même, il s’enorgueillit de deux médaillons importants ; figurant des coquilles, ils présentent des armoiries d’alliance comtales. D’une grande qualité d’exécution, il possède encore un poinçon d’importation belge de 1831-1868. Jouant avec aisance des courbes et des contre-courbes, notre samovar illustre bien le style rocaille tardif, très prisé des arts décoratifs régionaux. Aiguisant l’appétit des amateurs, il rejoint au final la demeure d’un fervent collectionneur dans la fourchette haute des estimations.
Deauville, samedi 19 juillet.
Aguttes SVV.

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