La Gazette Drouot
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Top des enchères
Gustave Le Gray (1820-1884) et Auguste Mestral (1812-1884), Gustave Le Gray posant dans le cloître de l’église abbatiale Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech, 1851, épreuve sur papier salé d’après un négatif papier, non montée, 33,9 x 24,4 cm.
Frais compris : 500 500 €.
Parenthèse amicale
La photographie la plus chèrement payée de la vente de la collection d’un couple d’amateurs – en réalité le spécialiste et marchand Marc Pagneux et son épouse – était cette épreuve de Gustave Le Gray et Auguste Mestral, déjà reproduite en page 59 de la Gazette n° 10. Elle empochait 400 000 €. Il s’agit, comme d’autres photographies de cet ensemble, de la seule épreuve connue de l’image qu’elle représente. C’est Gustave Le Gray lui-même qui pose nonchalamment sous une arcade du cloître de l’église abbatiale Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech. La note du catalogue souligne que «le parti pris d’enfouir son visage dans l’ombre transforme l’auteur (malgré tout reconnaissable) en un personnage sans identité, type de dandy générique, qui témoigne des mutations de son temps». Une image baudelairienne, en somme, prise à l’occasion de la célèbre Mission héliographique commandée par la commission des Monuments historiques dirigée par Prosper Mérimée, afin d’établir un inventaire monumental de la France. Parmi les cinq photographes engagés, Le Gray et Mestral décident de voyager de concert et, en juillet 1851, quittent Paris en direction des Pyrénées, via les châteaux de la Loire. Notre cloître offre un exemple unique d’art gothique languedocien en Catalogne, œuvre de l’abbé Ramon Desbac (1261-1303). L’image s’éloigne bien entendu de la Mission et constitue une parenthèse amicale qui ne sera, naturellement, pas présentée à l’administration. Elle s’inscrit cependant dans le cadre des expérimentations multiples que feront les deux pionniers de ce nouveau médium au cours de cette pérégrination, qui les ramènera à Paris en octobre.
Jeudi 19 mars, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV.
Attribué à Nicolas Eliasz Pickenoy (1588-1650/56), Portrait d’homme à la collerette plissée et coiffé d’un chapeau, huile sur panneau de chêne, 63 x 51 cm.
Frais compris : 103 916 €.
Attribué à Pickenoy
Cette huile sur panneau de chêne attribuée à Nicolas Eliasz, dit Pickenoy, pulvérisait son estimation en atteignant 83 000 €, gagnant ainsi frais compris la deuxième place du palmarès mondial de l’artiste (source : Artnet). En dollars, elle devance d’un cheveu le Portrait of a Noble Man (212,9 x 85,1 cm) de 1632 sur panneau vendu 112 500 $ frais compris – contre 112 856 $ pour notre tableau – le 14 janvier 1994 chez Sotheby’s à New York. À noter qu’en valeur réactualisée, 137 740 €, le portrait de 1632 conserve sa deuxième place.
La première reste l’apanage de la paire de portraits sur panneau (122 x 88,5 cm) de 1635, adjugée 368 750 € frais compris le 19 juin 2013 chez Boisgirard-Antonini à Drouot. Rappelons que Nicolas Eliasz Pickenoy était l’un des portraitistes les plus courus d’Amsterdam, jusqu’à l’arrivée de Rembrandt, avec lequel il a collaboré dans les années 1630. Il est l’auteur en 1633-1634 d’un portrait de Nicolaes Tulp (1593-1674), bourgmestre amstellodamois mais surtout chirurgien, passé à la postérité grâce à Rembrandt, qui immortalisa sa Leçon d’anatomie dans le fameux tableau conservé au Mauritshuis de La Haye. Notre peintre a quant à lui décrit en 1619 La Leçon d’ostéologie du Dr Sebastiaen Egbertsz, une huile sur toile se trouvant à l’Historisch Museum d’Amsterdam. Il a donc également réalisé des portraits de groupe, notamment des confréries militaires figurant toutes au Rijksmuseum. La Tribune de l’art rapportait l’année dernière que le corpus très restreint de ses peintures d’histoire s’était enrichi d’une nouvelle version de son Jugement dernier, acquise par le Suermondt-Ludwig-Museum d’Aix-la-Chapelle, six ans après que le musée des beaux-arts de Pau s’en fut procuré une autre.
Vendredi 20 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Brissonneau SVV. M. Dubois.
Francis Picabia (1879-1953), Visage, vers 1930-1935, huile sur toile, 64,5 x 54 cm.
Frais compris : 127 500 €.
Picabia superpose…
Réalisée vers 1930-1935, cette transparence de Francis Picabia dépassait à 102 000 € les prévisions. Offerte par son auteur au vendeur, elle est vierge de tout passage sur le marché, ce qui constitue toujours un argument de poids… En 1927, alors que l’artiste connaît un été sentimentalement agité, des figures tout droit sorties de fresques romanes catalanes apparaissent dans ses tableaux, annonciatrices des «transparences» à venir. Ces dernières sont exposées pour la première fois à Paris en octobre 1928, à la galerie Théophile Briant. Elles attirent notamment l’attention d’un critique de cinéma, Gaston Ravel, qui évoque un «sur-impressionnisme», faisant référence aux images superposées au montage dans les films de cette époque. Justement, la même année est sorti L’Argent, de Marcel L’Herbier, où est fait un usage étourdissant de cette technique, notamment dans une scène qui fusionne l’hélice de l’avion de Jacques 72,9%Hamelin et la frénésie spéculative qui agite la corbeille de la Bourse en vue aérienne. Le cinéma n’est pas le seul à superposer les images, la photographie expérimentant également la chose. De manière plus générale, les artistes s’intéressent aux effets optiques, notamment un certain Marcel Duchamp, qui dira des transparences de Picabia qu’elles donnent l’impression de «troisième dimension sans recours à la perspective». En 1930, Léonce Rosenberg lui consacrait une rétrospective, soulignant dans le catalogue que «les transparences sont l’association entre le visible et l’invisible (…) c’est cette notion du temps, ajoutée à celle de l’espace, qui constitue précisément la doctrine de votre art». Voilà qui est dit !
Mercredi 18 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Boisgirard - Antonini SVV. M. Kasznia.
Ron Arad (né en 1951), One Off/Ron Arad Associates, bibliothèque This Mortal Coil, vers 1993, acier trempé et patiné, numérotée AP 2/5, 225 x 220 x 33 cm.
Frais compris : 54 280 €.
Étreinte mortelle
Vous aurez sans doute identifié au premier coup d’œil l’auteur de cette bibliothèque, Ron Arad. Aussi bien dans ses architectures que dans ses créations mobilières, la spirale est l’un de ses leitmotive favoris. Cette épreuve d’artiste, numérotée 2/5, se négociait 43 000 €. Son nom, This Mortal Coil, pourrait renvoyer au collectif musical initié par Ivo Watts Russell en 1984, période de pleine expérimentation de notre designer. Il cite en réalité l’extrait d’un vers de la fameuse tirade «To be or not to be» d’Hamlet de Shakespeare, et illustre plus prosaïquement les recherches plastiques du créateur. En 1986, Arad a mis au point le Well Tempered Chair, un sculptural fauteuil réalisé avec quatre feuilles d’acier courbées de 8 mm d’épaisseur. Il va poursuivre ses recherches sur les feuilles de métal ployées dans deux directions, soit comme ici en spirale, soit de manière plus libre comme dans la célèbre Bookworms (1993), dont la première édition en métal, en série limitée, connaîtra chez Kartell une plus démocratique déclinaison en plastique produite au kilomètre… Cette dernière est née de la volonté d’imaginer une bibliothèque qui ne soit pas rectiligne. Elle va donner naissance à notre version ainsi qu’à une autre, One Way or Another, leur particularité étant d’être autoportantes, contrairement à la Bookworms, qui doit être fixée au mur. Avec Ron Arad, l’«étreinte mortelle» shakespearienne trouve en 1993 la traduction plastique d’une torsion supportant le poids des livres qu’elle contient. Qui, du papier ou de l’acier, viendra à bout de l’autre ? Telle est la question…
Lundi 16 mars, 6, avenue Hoche.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
Toyo Ito (né en 1941), Météa, table basse Matsumoto, 2013, Plexiglas translucide, édition à six exemplaires + une épreuve d’artiste.
Frais compris : 119 600 €.
Toyo Ito
Avec les 95 000 € obtenus, sur une estimation haute de 60 000, par l’un des sept exemplaires de cette table basse Matsumoto, Toyo Ito décroche un record mondial (source : Artnet). Celui-ci est prononcé bien loin du précédent, 5 000 € suscités le 13 novembre dernier chez Veritas Art Auctioneers au Portugal par l’un des 99 exemplaires de son banc Ripples, 2003, édité par Horm. Composé d’un sandwich de différentes essences de bois ensuite creusé, ce dernier avait remporté en 2004 le Compasso d’Oro, le célèbre prix créé en 1954 par Gio Ponti. Designer à ses heures, Toyo Ito a reçu en 2013 le prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Né à Séoul de parents japonais, Il sort diplômé du département d’architecture de l’Université de Tokyo en 1965 et intègre l’équipe de Kiyonori Kikutake, l’un des cofondateurs du groupe radical Metabolist, dont il retient l’imagination constructive. Il ouvre sa propre agence en 1971. Baptisée Urban Robot (Urbot), elle devient en 1979 Toyo Ito & Associates. Soucieux de créer une architecture qui «ressemble à l’air et au vent», il a imaginé dès 1970 une maison en aluminium à Kanagawa. Côté mobilier, il dessine en 1987, édité par Driade à partir de l’année suivante, le fauteuil Suki, dont l’assise et le dossier, continus, sont formés de deux feuilles de métal perforées réunies par un système de ressorts. Toyo Ito conçoit aussi des luminaires, notamment pour Yamagiwa au Japon, et s’intéresse aux arts de la table avec Alessi. Au cours de ses recherches en architecture, il explore les qualités optiques des matériaux et s’intéresse de manière croissante aux formes libres. De ce point de vue, notre table basse apparaît comme la quintessence de ses prospections dans le champ du design.
Mercredi 18 mars, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Wattel.
Maria Pergay (née en 1930), table Tambour, vers 1970, surface entièrement recouverte de lames d’acier inox satiné et bandeaux de cuir noir, deux éléments encastrables, diam. 99 cm.
Frais compris : 79 050 €.
Maria Pergay
Estimée au plus fort 35 000 €, cette table basse Tambour de Maria Pergay était bataillée jusqu’à 62 000 €. Réalisée vers 1970, elle a l’originalité d’intégrer deux éléments en quart de cercle qui s’encastrent parfaitement dans son piétement cruciforme. Ils peuvent servir de table d’appoint ou de tabouret, revisitant ainsi, sur le mode circulaire, le principe des tables gigognes. Maria Pergay fait partie de ces créateurs ayant apporté à l’acier, dans le champ des arts décoratifs, ses lettres de noblesse. Ayant fui sa Moldavie natale pour se réfugier à Paris, où elle a étudié le cinéma tout en fréquentant l’atelier de Zadkine, c’est dans le milieu des années 1950 qu’elle crée, à la demande d’une amie, des objets de décoration pour les vitrines du chausseur Durer. Ses oiseaux en fer forgé attirent l’attention de Dior, Hugonet ou Hermès, qui lui passent commande de pièces où le métal est incrusté de pierres et coquillages. Elle ouvre dans la foulée une boutique place des Vosges où ses créations côtoient des antiquités et des objets d’art asiatique. Sa rencontre avec Dalí donnera lieu à une œuvre commune, Le Mythe du papillon et du feu, où ancien et moderne se confondent. Attirée par l’éclat vif argent du métal, elle s’est d’abord consacrée à l’orfèvrerie avant d’embrasser l’acier inoxydable, «aussi précieux que le plus précieux des bois», dira-t-elle. Grâce à la courbe, elle donne au métal une certaine sensualité, son vocabulaire minimaliste se conjuguant avec un sens des proportions qui confère tout leur chic à ses créations. Sa première collection comprend les chaises Anneaux et des bancs ondoyants. Dans les années 1970, Pierre Cardin devient son mécène, donnant à sa carrière une dimension internationale. Maria Pergay dessinera notamment un palais pour la famille royale d’Arabie saoudite, ainsi que de nombreuses villas.
Vendredi 20 mars, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV. M. Plaisance.
Hendrick Jacobsz Dubbels (1620/21-1676), Bateaux pris dans les canaux gelés d’Amsterdam, toile, 54 x 66 cm.
Frais compris : 112 240 €.
Frimas hollandais
La peinture était le principal pôle d’attraction de cette vente roubaisienne. Une charmante toile intitulée Blanche et noire, peinte en 1912 par Emmanuel Philips Fox, un artiste australien, doublait ses attentes, décrochée à 268 840 € frais compris par un acheteur anglo-saxon. Quant à notre magnifique paysage enneigé indiqué autour de 20 000 €, il était vivement disputé entre divers amateurs. Témoignant d’une technique méticuleuse, ce type de tableaux est aujourd’hui relativement rare sur le marché. Provenant d’une succession régionale, il est l’œuvre d’Hendrick Jacobsz Dubbels, un brillant mariniste. Grand interprète de la mer, il est nommé en 1650 doyen de la guilde de Saint-Luc à Amsterdam. À la tête d’un atelier important, il reçoit des commandes nombreuses de marchands et d’armateurs néerlandais ; maîtres du trafic des épices, ils monopolisent le commerce européen de transit. À leur demande, il peint ainsi des marines et des vues maritimes d’une grande maîtrise d’exécution. Alliant simplification et sens inné du réalisme, les compositions mettent souvent en scène des personnages, disposés au premier plan. Notre toile représente ainsi plusieurs Amstellodamois occupés à diverses distractions. Certains patinent tandis que d’autres jouent à la crosse, un jeu de balles analogue au hockey moderne. Toutes ces silhouettes évoquent parfaitement l’effervescence d’une foule joyeuse se livrant aux réjouissances hivernales. Affirmant un goût pour la matière lisse, Hendrick Jacobsz Dubbels étend avec habileté le registre des camaïeux ; les gris et les bruns chaleureux du premier plan fraîchissent vers le lointain en s’argentant légèrement. L’artiste unifie ainsi l’espace tout en suggérant la profondeur. Après une âpre joute d’enchères, nos bateaux amerrissaient au quintuple de leurs estimations, emportés par un collectionneur européen. Une magistrale invitation aux joies de l’hiver.
Roubaix, lundi 16 mars.
May & Associés SVV. Cabinet Turquin.
Pierre Guariche (1926-1995), Lampadaire G2, laiton et métal laqué noir pour la structure, vers 1950, 178 x 40 x 35 cm.
Frais compris : 6 897 €.
Guariche intemporel
«L’arty» était au cœur d’une vacation rennaise dédiée aux créations d’avant-garde. Les œuvres de Pierre Guariche se rangent ainsi parmi les pièces les plus emblématiques de la seconde moitié du XXe siècle. Ses meubles, ses sièges et ses luminaires, reconnaissables par leur intemporalité, ont traversé les décennies avec le même succès. Formé auprès de René Gabriel à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, Guariche se révèle effectivement l’un des designers les plus inventifs des années 1950. Avec Michel Mortier et Joseph-André Motte, il fonde le groupe ARP – Atelier de recherche plastique –, où il réalise notamment des sièges aux lignes épurées comme la fameuse chaise tulipe monocoque, fabriquée en résine de polyester armé ; conçue en 1953, elle est aujourd’hui rééditée par Maisons du monde. Quatre ans plus tard, Pierre Guariche dirige l’usine belge d’ameublement Meurop, dans laquelle il fait exécuter des buffets au style épuré et raffiné. Associant la modernité au fonctionnel, il invente encore des luminaires, tous édités avant 1960 en très peu d’exemplaires. Ingénieux, il y associe une technique magistrale à une rigueur sans faille. Les appliques de chambre, doubles ou simples, sont montées sur tige ou encore sur double rotule. Les lampadaires, alors très en vogue dans les intérieurs, sont dénommés de la lettre G suivie d’un chiffre comme G25 et G30, les modèles dits «cerf-volant». Notre modèle G2, venant d’une collection particulière, était espéré autour de 3 000 €. Bien que ce lampadaire soit équipé d’un diffuseur de couleur crème qui n’était pas d’origine, il doublait les estimations. Au total, un joli clin d’œil à l’art de Pierre Guariche.
Rennes, lundi 16 mars.
Rennes Enchères SVV. Mme Criton.
Puiforcat, ménagère en vermeil, composée de cent dix-sept pièces, modèle Élysée, 6,705 kg.
Frais compris : 22 990 €.
Puiforcat vermeil
Avancée autour de 10 000 €, cette ménagère était bataillée ferme entre le live, la salle et plusieurs lignes de téléphone. Provenant d’une succession régionale, elle est signée de Puiforcat, une maison parisienne fondée sous la Restauration dans le quartier du Marais. Réalisant des pièces de haute qualité, elle profite des nouvelles techniques de l’argenterie comme la fixation par vis et écrous et non plus par soudure. Elle peut ainsi réaliser d’élégants services de table, copiant le plus souvent le style Louis XV. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, ils sont très demandés d’une clientèle bourgeoise aisée désireuse de reproduire les coutumes de l’Ancien Régime. Passons au XXe, où la maison s’illustre entre les deux guerres grâce à Jean-Élisée Puiforcat, qui apporte à l’entreprise ses lettres de noblesses. Inventif, cet ami de René Herbst, du Corbusier et de Charlotte Perriand innove et construit une argenterie de table aux formes géométriques, d’une simplicité audacieuse. Il impose également un style dépouillé mettant bien en valeur le métal. Avec autant d’habileté, il crée aussi bien des objets exceptionnels que des pièces plus courantes comme d’importantes ménagères. D’un fini impeccable et sans décor superflu, elles affirment une science de la forme et de l’équilibre, proche du fonctionnalisme. Notre modèle prestigieux a été créé en vermeil au milieu du XXe siècle. Reprenant les lignes épurées du Grand Siècle, elle s’agrémente de lampas, de fleurettes, de rinceaux et de culots feuillagés se détachant d’un fond amati. Vivement ferraillée entre divers enchérisseurs, elle était finalement emportée presque au double des estimations par un acheteur en live.
Saint-Brieuc, dimanche 22 mars. Armor Enchères SVV, Mes Juillan - Borel. Cabinet Dechaut - Stetten.
Paire de devants de foyer, bronze doré et patiné, à décor de lions debout, pieds toupie, h. 26, l. 35 cm.
Frais compris : 12 000 €.
Gardiens du feu
Au début du XIXe, siècle, les artistes et les bronziers rivalisent d’habileté et d’imagination pour créer des ustensiles d’ameublement magnifiques. Outre les luminaires et les pièces horlogères, nous rencontrons aussi les chenets, les barres, les devants de foyer, les garnitures décoratives regroupés autour de l’âtre et de la cheminée. Ils deviennent ainsi de véritables objets d’art. La rigueur des compositions, l’alliance savante de matité et de brillance, l’opposition fréquente du bronze patiné et du bronze doré, leur confèrent une allure souvent pittoresque. Certains objets deviennent même de réels sujets sculptés. Ils prennent la forme de personnages, ou d’animaux comme nos devants de foyer reproduisant des lions. Provenant d’une succession régionale, ils étaient indiqués autour de 2 000 €. Proposés en bon état, ils s’embellissent de félins majestueux. Sculptés en ronde bosse, ils jouent du contraste esthétique des patines, noire pour les animaux, dorée pour les devants proprement dits. Les lions, emblèmes de force et de noblesse, servent particulièrement la verve de la métallurgie. Aux premières décennies du XIXe siècle, ils sont aussi très appréciés des arts décoratifs avec le renouveau pour le goût «étrusque». À la fois fonctionnels et symboliques, ils gardent le feu, le foyer. Ainsi ne renoncent-ils pas à la traditionnelle valeur protectrice du fauve. Nos deux félins, figurés debout, sont disposés sur une terrasse oblongue à pans coupés. Juchée sur des pieds toupie, elle s’agrémente de charmants motifs décoratifs. Travaillés en bas relief, ceux-ci s’enjolivent encore de guirlandes ainsi que d’attributs de musique. Proposés en bon état de conservation, nos lions enflammaient les enchérisseurs en salle et sur plusieurs lignes de téléphone. C’est finalement un amateur français qui les a adoptés au quintuple de leurs espérances.
Troyes, samedi 21 mars.
Boisseau-Pomez SVV.
Poupée Rohmer, présentée dans sa malle, avec son trousseau et de nombreux accessoires, h. 33 cm.
Frais compris : 20 400 €.
Demoiselle Rohmer
Les poupées de mode parisiennes étaient les vedettes d’une vacation chartraine, dédiée aux jouets préférés des petites filles modèles, chères à la comtesse de Ségur. Une poupée mannequin, marquée «Maison Huret, 34 Bd Haussmann à Paris», proposée avec divers vêtements et accessoires dans une malle de chez Maris, était d’abord enlevée à 8 400 €. Elle était néanmoins devancée par notre modèle, dont le corps en peau porte le cachet vert de Mme Rohmer. Indiquée autour de 5 000 € et provenant d’une succession régionale, elle est ainsi une création de la fabrique parisienne dirigée à partir de 1855 par Léontine Rohmer, aidée de sa mère et de sa jeune sœur. Établie d’abord au 24, boulevard Poissonnière, elle s’installe ensuite au 23, rue de Choiseul. Ingénieuse, elle reçoit divers brevets dont un système astucieux permettant de rendre la tête de la poupée pivotante. Les créations Rohmer sont d’autant plus appréciées qu’elles portent des robes d’un réel raffinement vestimentaire. Comme les Barbie du milieu du XXe siècle, elles reprennent les diverses tendances de la mode adulte. Notre modèle aux bras et aux mains en biscuit vernissé reproduit ainsi la silhouette des élégantes sous le second Empire et au début de la IIIe République : une taille fine, des hanches rondes et un décolleté marqué. Munie de ses chaussures d’origine, elle était accompagnée d’une malle contenant un trousseau important et divers accessoires. Présenté dans un bel état de fraîcheur, il comprend par exemple sept tenues principales, plusieurs chapeaux, une ombrelle au manche en os. On y a joint encore des bijoux miniature, une montre, un missel, un jeu de cartes. Avec de tels atouts, notre petite demoiselle emballait les collectionneurs. Au final, elle était adjugée à une acheteuse belge contre une cliente française, largement au triple des estimations.
Chartres, samedi 21 mars.
Galerie de Chartres SVV.

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