La Gazette Drouot
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Top des enchères
Jean-Charles Nicaise Perrin (1754-1831), Hector dans le palais d’Hélène, reprochant à Pâris sa lâcheté et lui annonçant le combat singulier, huile sur toile, 129 x 162 cm.
Adjugé : 505 600 €
Succès pour la collection Malatier
Voici une vente qui donnait le sourire à tous les habitués de Drouot. Lors des deux journées d’exposition, tous étaient venus pour admirer les objets d’art de haute volée ayant été réunis par Jacques Malatier (1926-2017). L’esprit d’érudition et le goût qui avaient guidé cette constitution se retrouvaient dans le résultat final : 3,2 M€ et 94 % de lots vendus.
Éric Turquin l’avait pressentie comme une oeuvre majeure du néoclassicisme français. De fait, il fallait batailler jusqu’à 505 600 € pour emporter la grande composition de Jean-Charles Nicaise Perrin (1754-1831), Hector dans le palais
d’Hélène, reprochant à Pâris sa lâcheté et lui annonçant le combat singulier
. Tout dans cette toile trahissait la théâtralité antique, de la majesté d’Hector prêt pour le combat, seul face à son frère passif, au groupe de femmes inquiètes devant le danger. Celle-ci recevait un record mondial, bien loin au-dessus du précédent, établi à 72 000 € par La Mort de Sénèque, le 16 novembre 2006 (Christie’s Amsterdam). Le chapitre des tableaux anciens caracolait en tête, voyant se distinguer ensuite à 164 320 € La Pêche , une toile de Charles Joseph Natoire (1700-1777) provenant certainement de la petite salle à manger du roi à Fontainebleau. Un tout autre genre puisqu’il était question cette fois d’une charmante décoration, au style enlevé, caractéristique des meilleures productions du XVIIIe siècle. Parmi les plus belles feuilles, une Figure féminine drapée portant une urne ou un objet de George Romney (1734-1802), dont lady Hamilton serait le modèle présumé était complimentée de 48 032 €, tout comme, recevant à ses pieds palmés 37 920 €, un canard d’Égypte (53 x 38 cm) de Jacques Barraband (1767-1809) du plus bel orange. Il est impossible de ne pas relever ensuite les 49 296 € reçus par le Portrait d’un homme en buste accoudé sur son menton, attribué à Jacques Stella (1596-1657). Les ensembles d'objets, constitués au fil d’une vie de découvertes et de rencontres, contiennent quelques pépites inattendues. Il en était ainsi d’un dodécaèdre, un objet en bronze d’époque romaine (IIe-IIIe siècle) dont une centaine d’exemplaires auraient été excavés à ce jour. Or, malgré les études, leur utilité n’a pas encore été démontrée avec certitude, certains scientifiques penchant pour un instrument de mesure utilisé par les armées sur les champs de bataille pour évaluer la distance les séparant de l’ennemi… Aucun doute en revanche quant au résultat de celui-ci : 58 144 €. Deux lots plus loin, c’était au tour d’un pichet en grès de Raeren, daté 1604, de surprendre. Décoré sur sa panse d’armoiries et de profils d’empereurs germaniques, il retenait 50 560 €… et ouvrait la voie de la réussite pour les œuvres céramiques du XVIIIe siècle, l’un des temps forts et quant à elles, attendues ! 69 520 € récompensaient un vase pot-pourri en porcelaine tendre de Saint-Cloud vers 1695-1700, au décor inspiré des Grandes Grotesques publiées par Jacques Androuet du Cerceau en 1566. Mais la palme revenait logiquement à un chou : 82 480 € et une préemption de la Cité de la céramique - Sèvres et Limoges venaient doublement honorer ce broc «Roussel» et sa jatte ovale, réalisés en 1766 et offrant un motif rare de feuilles de chou bleu. Céleste ! Place aux objets d’art. Deux vases en porphyre d’Égypte, taillés à Rome au milieu du XVIIe siècle, posaient le décor à 65 728 €. À leurs côtés, une paire de chenets en bronze doré d’époque Louis XVI (27 808 €) et encore, décroché à 82 160 €, un lustre en bronze patiné et doré retenant six thyrses entrecroisés : un travail pétersbourgeois du début du XIXe siècle attribué à Jean-Pierre de Lancry, un artisan français installé en Russie pour répondre à la forte appétence de la clientèle locale pour le style de son pays. C’était bien à une rare promenade dans la grande création européenne des XVIIIe et XIXe siècles que cette collection invitait. Un plaisir rare, qui n’était pas boudé.
Mercredi 10 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu. Ader OVV, Frédéric Laurent de Rummel OVV. Mmes Badillet, Berthelot-Vinchon, Bonafous-Murat, Lhermite-King, MM. Dayot, Filatoff, Froissart A., Froissart C., Kassapian, Kunicki, Royer, Cabinets de Bayser, Portier et associés, Turquin.
Japon, époque d’Edo (1603-1868), XVIIIe siècle. Netsuke en ivoire représentant un rat assis faisant sa toilette et se léchant la patte, signé Masanao (Kyoto), h. 5 cm.
Adjugé : 75 000 €
Un rat en majesté
Il n’était pas passé inaperçu, guest-star de l’«Événement» consacré à une collection de netsuke par la Gazette no 32 du 21 septembre dernier. Son statut de vedette n’était pas usurpé puisque, tranquillement occupé à se lécher la patte, ce petit rat grimpait à 75 000 € et recevait la plus haute enchère de l’après-midi. Outre son attitude rendue avec le plus authentique des naturels, il était signé Masanao de Kyoto, un maître du XVIIIe siècle dont les petites productions peuplent aujourd’hui les vitrines des grandes institutions culturelles. Ce sont autour de lui cent huit autres netsuke qui étaient dispersés, pour un produit total de 245 000 €. Ils illustraient à l’envi l’art de cet accessoire porté par tout Japonais qui se respectait. La vache couchée en ivoire, son veau blotti auprès d’elle , exprimait sa tendresse animale à 17 500 €. Il faut relever encore les 13 750 € d’un spécimen en buis avec traces de polychromie, signé Sansho. Il figure un facétieux Shokwaro Sennin debout sur un pied (h. 8,1 cm), hilare, portant une double gourde sur son dos. Celui-ci date de l’ère Meiji (1868-1912), alors que la grande majorité des autres remonte à la riche et longue période d’Edo (1603-1868), à l’image de deux petites œuvres originales : l’une en forme de dent de phacochère, sculptée d’une araignée et ornée d’une branche de pin ainsi que d’un poème, recueillant 6 125 €, et la seconde, d’un crabe sur un rocher, croisant les pinces pour attraper 6 250 €.
Pour un court mois, du 15 septembre au 14 octobre, d’extraordinaires peintures d’Ito Jakuchu étaient accueillies au Petit Palais à Paris, un magnifique cadeau du Japon à la France dans le cadre de Japonismes 2018, célébrant le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Il y était question de fleurs et d’animaux, tous êtres vivants de son royaume coloré. Une magistrale ode à la nature. Cette collection de netsuke, patiemment réunie par un homme passionné au cours des quarante dernières années, en rendant hommage au règne animal, y répondait à sa manière.
Mercredi 10 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Cabinet Portier et associés.
Japon, époque Meiji (1868-1912), fours de Satsuma. Paire de petits vases en faïence à décor en émaux polychromes d’un paysage lacustre et d’un prunier en fleur sous la neige, sur fond de chrysanthèmes multicolores, marque «Yabu Meizan», h. 10,6 cm.
Adjugé : 10 625 €
La délicatesse du Satsuma
Les faïences de Satsuma pâtissent de leur réputation, tant les modèles qui passent habituellement en vente sont le plus souvent tardifs et d’un goût douteux. La collection de quarante-cinq pièces constituée par M. et Mme J.K. faisait heureusement mentir cet énoncé. En effet, on retrouvait dans cet ensemble toute la délicatesse faisant la spécificité de l’art japonais. Les amateurs le sentaient aussi, puisque la grande majorité des céramiques étaient adjugées, et qu’une paire de petits vases, à décor d’un paysage lacustre et d’un prunier en fleur sous la neige, s’envolait à 10 625 €. Un peu d’histoire… Prenant le nom d’une ancienne province du Japon, Satsuma, l’aventure de la céramique s’y développe dès le XVIIe siècle. C’est la découverte d’une argile blanche, en 1620, qui va permettre l’installation et l’épanouissement de nombreux potiers, puis la naissance au XVIIIe siècle de ce style caractéristique, marqué par un décor à l’or des plus fins. Avec l’ouverture du pays à l’Occident, les faïences de Satsuma se retrouvent sur les stands des Expositions universelles. Elles y rencontrent le succès, et l’essentiel des productions de l’époque Meiji (1868-1912) va dès lors prendre la mer pour gagner l’Europe. Une gloire au parfum amer puisque, pour répondre à la demande, des ateliers s’ouvriront près des ports, produisant des imitations destinées à l’exportation et n’ayant que peu à voir en finesse avec les originales.
Mercredi 10 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Cabinet Portier et associés.
Maillot de l’équipe de France, portant le dossard n° 13, porté par Alain Mimoun aux jeux Olympiques de Melbourne en 1956.
Adjugé : 17 864 €
Les effets d’une légende
Alain Mimoun (1921-2013) est une légende du sport mondial. Athlète accompli, ce Français né en Algérie portera à quatre-vingt-six reprises le maillot tricolore dans des compétitions et recevra trente-deux fois le titre de champion de France. Tout le monde a en tête sa souffrance lorsqu’il franchit, le 1er décembre 1956, la ligne d’arrivée du marathon des jeux Olympiques de Melbourne. La chaleur est étouffante – 36 °C à l’ombre –, 120 000 spectateurs ont fait le déplacement et ont pris place dans le Cricket Ground. Ils devront patienter deux heures et vingt-cinq minutes pour assister au triomphe d’un nouveau héros. Le numéro de la victoire est le chiffre porte-bonheur «13». Le maillot l’affichant sur son dossard, porté lors de cette course de légende, ne pouvait échapper au musée national du Sport, à Nice. Ce dernier a fait usage de son droit de préemption pour l’acquérir à 17 864 €, ainsi que la paire de chaussures portées lors de la même performance (15 312 €). Deux objets appartenant à la mémoire sportive qui se devaient de rejoindre un musée. L’histoire des JO et de l’athlète s’était déjà écrite à l’occasion de ceux de 1952 à Helsinki, qui l’avaient vu remporter la médaille d’argent dans l’épreuve du 10 000 mètres : 68 grammes de métal, pour 15 312 €. Forte de ces trois lots et des plus de cinq cents autres, la vente se concluait sur un produit total de 249 905 €.
Samedi 13 octobre, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. M. Leynet.

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