La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Attribué à Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Les Écosseuses de pois,
huile sur toile, 64 x 80 cm.
Adjugé : 151 795 €
Les princesses aux petits pois
Les héroïnes de cette peinture sont de simples cuisinières, œuvrant à leurs tâches quotidiennes dans l’espace clos et sombre d’une resserre. Pourtant, leurs visages sont empreints d’une telle luminosité qu’ils irradient sur la toile, leur auteur leur accordant autant d’intérêt que d’autres à des nymphes et princesses. Jean-Baptiste Greuze a bâti sa notoriété avec ces scènes du quotidien empreintes de réalisme social. Artiste du plein XVIIIe siècle – né en 1725, il décède en 1805 –, il produit une œuvre à l’opposé de celle d’un François Boucher. Il atteint la célébrité en 1755 avec le Père lisant la Bible à ses enfants, une scène de genre sentimentale et mélodramatique. Diderot disait de son travail qu’il apportait de «la moralité dans la peinture», à une époque où la légèreté rococo triomphait. L’importance de la visée morale de ce type d’œuvres est indéniable et sonne comme une revendication du peintre d’une démocratisation des sujets. Au Salon de 1759, il présente La Tricoteuse endormie et une Jeune fille pleurant la mort de son père. Avec notre regard contemporain, certains de ses tableaux peuvent paraître un peu mièvres, et il faut les replacer dans leur contexte. Ce n’était pas le cas de ces Écosseuses de pois, qui lui étaient seulement attribuées et qui ont travaillé, enchère après enchère, à remplir leur panier en vannerie de 151 795 €. Le sujet est attesté par une photographie, conservée à la documentation des peintures du musée du Louvre et qui pourrait être le témoignage d’une autre version de ce tableau. Elle comporte d’infimes variantes dans des détails de luminosité, le mur du fond et les planches du tonneau. Le plus notable est l’absence du support sur lequel s’appuie la jeune écosseuse agenouillée à droite ici, une pierre semble-t-il, visible également dans la gravure de Lebas de 1760. Ces informations connues tendent à conforter l’idée selon laquelle cette huile serait une première version du sujet. Le résultat, décuplant l’estimation basse, pourrait confirmer cette hypothèse.
Mercredi 15 mars, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV. Cabinet Turquin.
Cinq clichés alternatifs de la séance photographique d’Iain MacMillan (1938-2006) pour la pochette de l’album Abbey Road (l’un reproduit).
Adjugé : 13 734 €
Quatre garçons dans le vent
Jeudi 16 mars, Drouot adoptait le look Seventie’s pour un hommage aux Beatles et dès 19 heures, le groupe We Love You Paul reprenait leurs titres mythiques pour un concert. «Don’t let me down», «All you need is love» ou encore «Yellow Submarine» résonnaient pour la plus grande joie des fans, qui revenaient pour assister le samedi à la dispersion des 332 lots de la collection de Jacques Volcouve. L’homme se décrit lui-même admirateur, passionné, mais refuse le qualificatif de «fan» par respect pour ses idoles et leur histoire parfois tragique, comme il le racontait dans l’«Événement» de la Gazette n° 8 du 24 février (pages 12 à 17). Il a consacré sa vie à un véritable «road movie» en France et en Europe pour accumuler pochettes de disques, photographies d’époque, affiches, publicités et vinyles relatant la folle aventure musicale de John, Paul, George et Ringo, ces quatre garçons dans le vent qui ont révolutionné la musique du XXe siècle. Dans tout cet ensemble, deux lots se démarquaient. Cinq des six clichés alternatifs de la mythique séance du 8 août 1969 dans le nord de Londres shootaient 13 734 € (voir reproduction de l’un). Le photographe Iain MacMillan (1938-2006), choisi par Lennon, gagnait la célébrité lors de ces prises de vue en immortalisant le groupe traversant Abbey Road à six reprises, pour la pochette de l’album éponyme, devenue l’un des visuels de disque les plus célèbres au monde. Petit détail amusant : sur quatre d’entre eux, Paul McCartney porte des boots, et sur les deux autres, des sandales. Le second lot était un ensemble de onze photographies pour leur huitième album, Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, considéré par les critiques comme leur œuvre la plus influente. Ces images, mises en scène par Peter Blake et prises par Michael Cooper, décrochaient 12 600 €. Les amateurs emportaient encore à 2 520 € l’affiche de John Lennon titrée La guerre est finie, à 2 772 € un exemplaire dédicacé avec leur célèbre «Lennon/Ono» autographe – portrait en caricature – de l’un de leurs trois albums expérimentaux, Unfinished Music n° 2 : Life with the Lions de 1969, et tant d’autres souvenirs à quelques centaines d’euros. «Hello, Goodbye»…
Samedi 18 mars, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Chochon-Barré et Allardi OVV. MM. Skinazy, Jalloux, cabinet Vallériaux.
Christian Bérard (1902-1949), projet de décor pour «La Belle Endormie» du ballet Les Forains d’Henri Sauguet (1901-1989), gouache originale, 1945, 20,5 x 34 cm.
Adjugé : 4 125 €
Bérard et Christian Bérard et Boris Kochno
Provenant de la succession de l’écrivain et librettiste Boris Kochno (1904-1990), de nombreux souvenirs du couple Bérard-Kochno étaient dispersés. La Gazette n° 10 du 10 mars vous en avait présenté quelques-uns (page 56) et ainsi dévoilé une petite part de leur histoire, entre scène et art. Une histoire révélée plus intimement par une correspondance inédite entre les deux amants, composée de 41 lettres autographes, neuf cartes postales et trente-huit télégrammes envoyés entre 1929, date du début de leur relation, et 1949, sa fin brutale après le décès de Bérard. Elle se parcourait d’une traite à 18 749 €. Cet ensemble qui portait également témoignage de la vie artistique et intellectuelle de l’époque – où l’on croisait les noms de Coco Chanel, Jean-Michel Frank, Balanchine, Jean Hugo, Charles et Marie Laure de Noailles – et les autres (282 numéros) rapportaient 344 893 € et recevaient une série de préemptions cadençant l’après-midi : quatorze pour la BnF et une pour la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. La Bibliothèque nationale de France se montrait particulièrement active sur les projets de costumes et de décors de Christian Bérard (1902-1949). Celui pour la scène de «La Belle Endormie», dans le ballet Les Forains d’Henri Sauguet – sur un argument de Boris Kochno, une chorégraphie de Roland Petit et des décors et costumes de l’artiste –, réunissait un joli quatuor de créateurs et 4 125 €. Elle enrichissait ses départements des Arts du spectacle et de la Musique de deux projets de costume pour La Machine infernale (2 500 et 1 875 €), de deux autres, cette fois imaginés pour La Symphonie fantastique, chorégraphiée en 1936 (500 et 1 625 €), et d’un dernier pour la fée du ballet Les Forains. Ce dessin original de 1945, illuminé d’un voile jaune et d’étoiles, filait à 2 250 €. En deuxième partie d’après-midi, elle s’intéressait encore à un Portrait de Georges Auric (16,5 x 11,5 cm), une encre humoristique de Jean Cocteau (1889-1963) lancée d’un trait et attrapée à 2 250 €, à une carte autographe de Boris Kochno adressée à sa mère en 1941, et comportant des considérations très personnelles révélées à 937 €, ainsi qu’à trois répertoires couvrant de nombreuses relations amicales et professionnelles du librettiste, relatées à 1 375 €. Fin des ballets mais pas de l’histoire, qui va se poursuivre et continuer à enrichir notre patrimoine.
Lundi 13 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV. M. Oterelo.
Sir Edwin Henry Landseer (1802-1873), Étude de chien, huile sur toile, 91,5 x 71 cm.
Adjugé : 59 248 €
Un beau pelage à l’accent britannique
Sir Edwin Landseer (1802-1873) appartient au club fort bien garni des grands artistes animaliers anglais. Ce fils de graveur intègre jeune adolescent l’atelier d’un peintre d’histoire, Benjamin Robert Haydon, qui va l’encourager à étudier l’anatomie animale. En 1816, il entre aux écoles de la Royal Academy. Talentueux, il sera élu associé de cette institution en 1826, âgé seulement de 24 ans, puis académicien à 29 ans ! Sa notoriété lui permet de voyager : il visite l’Écosse et tombe amoureux des Highlands, où il retournera chaque année pour y chercher l’inspiration.
Il y rencontrera sir Walter Scott, qui choisira ses peintures pour illustrer l’une des éditions de son fameux roman Waverley. Sa renommée est assurée auprès de l’aristocratie et de la classe moyenne, émergente et déjà puissante. Il a signé de belles et grandes peintures, dont les chiens et les chevaux sont les personnages centraux – le musée du Louvre détient Chiens se battant, reprenant souffle. L’une de ses œuvres emblématiques s’intitule A Distinguished Member of the Humane Society, une toile de 1831 montrant un magnifique terre-neuve, abîmée lors d’une inondation en 1928  et ayant regagné les cimaises de la Tate Collection après restauration en 1987. La race canine se distinguait à nouveau et à Drouot cette fois, avec cette Étude de chien retenue à 59 248 €. Ce noble compagnon, qui présentait un pelage soyeux et une gueule des plus réalistes, provenait de la vente en 1874 de vingt-cinq œuvres de l’artiste. Il pouvait japper de bonheur… À ses côtés, le Portrait présumé de Jenny Hoche, comtesse des Roys, devant un château, attribué à Louis Hersent et reproduit page 57 de la Gazette n° 10, assistait, impassible, à sa mise en vente et recevait 21 896 €. Un peu plus tôt dans l’après-midi, la Vierge à l’Enfant endormi (37 x 44 cm), une toile ovale de Giovanni Battista Salvi, dit il Sassoferrato (1609-1685), avait affiché sa tendresse de mère universelle à 31 132 €.
Vendredi 17 mars, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Millet.
Marie Cerminova, dite Toyen (1902-1980), Au carrefour du silence, 1960, huile sur toile, 100 x 50 cm.
Adjugé : 427 800 €
Marie Cerminova, dite Toyen
Dialogue surréaliste. Dans cette salle de Drouot, une épreuve d’artiste de La Parisienne de César (1921-1998), droite comme un «I», coiffée d’un amusant bibi et saluée à 34 720 €, côtoyait une silhouette tout droit sortie de l’imagination débridée de l’artiste d’origine tchèque Marie Cerminova, dite Toyen (1902-1980). La seconde emportait haut la main la discussion, puisque 427 800 € venaient récompenser cette œuvre, énigmatiquement titrée Au carrefour du silence et qui vous avait interpelés en couverture de la Gazette n° 7 du 17 février. André Breton se passionne très tôt pour le travail de la jeune artiste, qui lui restera longtemps fidèle, alors que beaucoup se seront détournés. Ses œuvres détiennent un pouvoir onirique très fort et ne peuvent laisser indifférent. Dans ce même après-midi, deux peintures de Robert Combas (né en 1957) apostrophaient par leur violence chromatique, intitulées Ça sent le fenouil (146 x 89 cm) et Masques et fleurs (100 x 90 cm). Ces techniques mixtes sur toile accrochaient 26 040 € et 14 880 €. L’artiste, à son habitude, y manipule les images de la vie quotidienne, cultivant un style inspiré du graphisme et de la bande dessinée. Dans un tout autre esprit, deux œuvres d’artistes chinois contemporains parlaient d’intemporalité et de délicatesse. Lys et bouquet de fleurs (97 x 130 cm), une huile de 2005 de Li Shuang (né en 1957), était cueillie à 4 960 € et Formosa (39,7 x 49,7 cm) de Yinding Lan (1903-1979), une aquarelle de 1960, à 6 820 €.
Albert André (1869-1954), Vue de Paris, le cirque Bouglione à Pigalle et la sortie des métros, huile sur toile, 60 x 73 cm.
Adjugé : 28 749 €
Pigalle, vue plongeante
Albert André (1869-1954), dont on sait le bonheur de peindre des moments simples sur des terrasses ensoleillées de la bourgeoisie cultivée et aisée du tournant du XXe siècle, appréciait également les vues de villes beaucoup plus animées, avec leur circulation d’autobus à plate-forme et une population urbaine des plus affairées.
Cette Vue de Paris, le cirque Bouglione à Pigalle et la sortie des métros plongeait à 28 749 € vers son nouveau propriétaire. Le cadrage rappelait le goût de l’artiste pour les estampes japonaises, dont il allait reprendre la coupe abrupte des figures. Cette œuvre portait au dos une étiquette de la galerie Durand-Ruel, un détail d’importance puisque le marchand, rencontré grâce à son amitié avec Auguste Renoir, l’aidera beaucoup en lui permettant de vendre au marché américain. On aperçoit au fond de la toile le cirque Bouglione – en fait le cirque Medrano, devenu propriété des frères Bouglione en 1950 –, démoli en 1972 et malheureusement remplacé par un immeuble qui en a conservé le nom mais pas le charme… C’est dans ce lieu que le clown Boum-Boum connut son heure de gloire. Le même après-midi dévolu à la peinture moderne conviait à un petit tour en bord de mer, annonciateur des beaux jours à venir. Par Armand Guillaumin (1841-1927), un voilier passant au loin du Cap Mong à Agay (60 x 73 cm) hissait le pavillon à 43 749 € et par Bernard Buffet (1928-1999), Un bord de plage (27 x 35 cm) dressait ses tentes pour 41 249 €.
Vendredi 17 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV.
Moïse Kisling (1891-1953), Port de Marseille, 1918, huile sur toile, 60 x 73 cm.
Adjugé : 31 250 €
L’école de Paris toutes voiles dehors
Peint en 1918, l’année même de la fin de la Première Guerre mondiale, ce tableau de Moïse Kisling (1891-1953) rentrait au port pour 31 250 €. Son sujet ? Un voilier à quai au Vieux-Port de Marseille. Pendant le conflit, le jeune Moïse, arrivé en France de sa Pologne natale en 1910, s’engage dans la légion étrangère pour défendre sa patrie de cœur. Il sera blessé en 1915, et sa valeureuse conduite lui vaudra la nationalité française en 1924. Homme aux multiples talents, il devient l’un des peintres phares de la vie de Montparnasse, aux côtés de nombreux autres,
souvent émigrés juifs de Russie. Tous appartiendront à cette première génération d’artistes étrangers venus à Paris pour y trouver matière à épanouissement et une liberté d’expression impossible dans leur pays d’origine. L’école de Paris est un fabuleux creuset, dont Pinchus Krémègne (1890-1981) fait aussi partie. Plusieurs œuvres de sa main étaient ici présentées, recueillant 7 500 € pour Les Toits rouges, environs de Céret (54 x 73 cm) et 5 625 € pour un Nu assis (60 x 44 cm). Arthur Kolnik (1890-1972) également… Ce peintre ukrainien, rare sur le
marché européen, se faisait remarquer avec les 6 875 € d’Abraham arrêté par la main de Dieu (100 x 54 cm) et les 8 250 € d’Abraham et les trois anges (65 x 91 cm), deux huiles sur panneau. Roger Bissière (1886-1964), membre pour sa part de la nouvelle école de Paris, et choisi page 63 de la Gazette n° 10 du 10 mars pour illustrer le programme de cette vente, installait sa Femme et son chien sur un sofa à 17 500 €.
Vendredi 17 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval OVV. M. Buttet, cabinet Chanoit.
Manufacture royale de Vincennes, vers 1748, pot à bouillon reposant sur trois pieds à décor polychrome sur une face d’un homme debout poussant sur la glace une jeune femme, assise sur une chaise à patins, et sur l’autre, d’un jeune homme debout observant, caché derrière un rocher, une femme assoupie, h. 14, l. 15 cm.
Adjugé : 24 992 €
Boucher et Vincennes
Royale, la manufacture de Vincennes raflait deux des principaux suffrages dans une collection de porcelaines du XVIIIe siècle. En toute délicatesse et avec des objets d’un suprême raffinement… À commencer par un pot à bouillon (reproduit page de gauche) dont la rareté était rapportée dans la Gazette n° 10 du 10 mars (page 52). Muni de ses patins, l’objet a glissé précautionneusement sur le plancher ciré de Drouot jusqu’à 24 992 €. Son décor emprunte directement aux peintures d’Antoine Watteau, de Nicolas Lancret et de François Boucher, trois grands noms du XVIIIe. C’est à nouveau Boucher qui inspirait les délicats amours s’ébattant dans des nuages sur le gobelet «Calabre» (reproduit ci-dessus), retenu à 31 240 €. Cette double paternité invite à se retourner sur le rôle essentiel joué par l’artiste à Vincennes tout d’abord, et à Sèvres ensuite. Dans un premier temps et cela est attesté, les gravures largement diffusées d’après ses œuvres ont servi de modèle aux peintres des ateliers pour réaliser l’ornement des pièces de service. Les thèmes retenus sont les sujets mythologiques et chinois et les pastorales. Ensuite, des personnages seront extraits de ses peintures pour créer des sujets en biscuit et porcelaine polychrome, et prendre ainsi vie dans la troisième dimension. Vincennes est créée en 1740 – elle obtient sept ans plus tard l’exclusivité de la fabrication de la porcelaine en France – avec de grandes ambitions à tenir, puisqu’elle doit concurrencer directement Meissen sur son propre terrain et ainsi freiner des importations fort coûteuses pour la couronne. Il était donc essentiel qu’elle s’adjoigne les plus grands talents. Transférée à Sèvres en 1756, la manufacture poursuit sa production de pièces en porcelaine tendre et intensifie ses créations de formes et de modèles plus modernes, à l’image du plateau carré à décor polychrome de colombes sur des nuages. Une enchère de 31 240 € le saluait lui aussi. Des années 1764 et 1770, une caisse à fleurs carrée (h. 18 cm) et une paire de seaux à verres, tous peints d’oiseaux dans des réserves rocaille, picoraient respectivement 18 744 € et 12 496 €. Mandat parfaitement accompli.
Jeudi 16 mars, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Baron - Ribeyre & Associés OVV. M. Froissart C.
Limoges, Suzanne Court (active à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle), vers 1600, plaque en émail peint représentant La Pentecôte, cadre en laiton mouluré doré, 25,5 x 20 cm.
Adjugé : 86 017 €
Ascension pour la Pentecôte
Présentée comme la plus belle pièce d’une collection d’émaux peints de la Haute Époque limousine – voir Gazette n° 10 du 10 mars, page 60 –, cette plaque tenait toutes ses promesses en se hissant à 86 017 €. Elle établissait un très joli résultat pour un type d’objet somme toute assez courant, mais ici exceptionnel par sa taille (25,5 x 20 cm), par son état de conservation et par le foisonnement de son décor peint : les douze apôtres entourant le Christ, installés dans une salle dévoilant une arcature ouverte sur un paysage et un ciel bleu profond. Au sol, un pavement paillé de rinceaux d’or rappelait les carrelages de la Renaissance. Ces plaques ne sont pas souvent signées. Celle-ci porte en toutes lettres le nom d’une femme, Suzanne Court (active à Limoges à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle), ainsi qu’un «F» pour «fécit». Cette caractéristique tendrait à penser que l’émailleuse a alors conscience de sa valeur et adopte l’attitude des peintres des écoles du Nord.
On connaît d’elle une quarantaine d’émaux, dont plusieurs se trouvant au musée du Louvre, d’autres étant conservés au musée municipal de l’Évêché de Limoges. Ils sont immédiatement reconnaissables à la qualité des blancs, la profondeur des coloris et le style très vivant des personnages peints. Le nom de Pierre III Reymond est également lié à l’histoire de l’émail limousin. Comme Suzanne Court, il signait souvent ses travaux. En témoignait une salière peinte en grisaille à rehauts d’or (h. 8,8 cm), exécutée vers 1560 et qui diffusait 3 162 €.
Mercredi 15 mars, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés OVV. Mme Fligny.
Luiz Ferreira (1909-1994), paire de cacatoès en argent et corail, h. 28 cm.
Adjugé : 18 900 €
Le bestiaire de l’orfèvrerie portugaise
Bien loin de la banquise des Terres australes qui les a vus naître, une paire de pingouins en argent, au ventre rebondi constitué d’un œuf d’autruche surpris par le ciseau de l’orfèvre portugais W.A. Sarmento, avançait à 22 680 € et se hissait sur la première marche du podium… très vite suivis par ce couple de cacatoès, en argent toujours et dont la crête, en corail rouge, se gonflait de 18 900 €. Tous ces charmants volatiles provenaient de la collection d’orfèvrerie d’un palais en Espagne – deuxième volet de la dispersion – et illustraient la vitalité de l’orfèvrerie portugaise, particulièrement en matière de figures d’animaux exotiques. Luiz Ferreira (1909-1994), membre d’une véritable dynastie, en est un ambassadeur de choix tant ces créations manient l’inventivité et la qualité. Elles se font sculptures à part entière. Et ce n’est ni la girafe, qui tendait son long cou articulé non pour attraper des feuilles d’acacias mais une enchère de 20 160 €, ni la paire de licornes couchées, pointant leur ivoire marin à 20 160 € également, ni encore l’éléphant, qui avançait de son pas pesant à 15 120 €, qui démentiront ce propos ! Le succès était bien au rendez-vous pour les quelque soixante-dix pièces ici alignées, à l’exception toutefois de la paire d’aigles, qui repartait bredouille.
Vendredi 17 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Kâ-Mondo OVV. M. Blaise.
Un album à haute valeur historique
Muhammad Sadiq Bey (1832-1902) est un photographe égyptien officiant dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il est le premier à avoir saisi les lieux saints de l’islam et les pèlerinages à La Mecque et à Médine. C’est peu de dire que ses travaux sont éminemment recherchés, d’autant qu’ils s’avèrent assez rares sur le marché – six lots seulement depuis 2001. Avec ce résultat de 135 680 €, cet ensemble de vues de La Mecque et de Médine montrant les fidèles à la prière du vendredi autour de la Kaaba dans la cour de la Masjid al-Haram (la «Mosquée sacrée»), des panoramas des deux villes saintes, des campements de  pèlerins…gravissait la plus haute marche du podium (source : Artnet). Le photographe se rend une première fois sur les lieux en 1861, puis une seconde en 1880. Ce sont ces derniers travaux qui lui valent une reconnaissance internationale, avec une médaille d’or reçue lors de l’Exposition géographique de Venise de 1881. Dans la foulée, il publie Mash’al al-Mahmal (The Torch of the Mahmal), contenant ses tirages. En 2005, une exposition à l’Institut du monde arabe à Paris («Photographies anciennes de La Mecque et de Médine, 1880-1947») en présentait quelques exemples, à côté d’autres figures pionnières dont Christiaan Snouck Hurgronje, Hollandais et premier Européen autorisé. Dans ce même après-midi à haute teneur orientaliste, l’ouvrage d’Al-Battani (vers 850-929) Mahometis Albatenii de scientia stellarum liber…, publié à Bologne en 1645, s’illustrait à 32 000 €. Il s’agit de l’œuvre principale – la seule qui soit parvenue jusqu’à nous, connue grâce à la traduction latine de Robert Retenensis dans la première moitié du XIIe siècle – de l’un des plus importants astronomes de l’Islam, surnommé «le Ptolémée arabe». Ses travaux eurent une influence considérable sur le développement de l’astronomie et de la trigonométrie sphérique en Europe au Moyen Âge. Il mesura entre autres la durée de l’année, avec intégration d’une variable due aux marées, celle des saisons, la longitude de l’apogée du soleil… et fut le premier à découvrir le mouvement de l’apogée de cet astre par rapport aux étoiles. Plus près de nous, l’ensemble de vingt-huit épreuves sur papier albuminé d’après négatifs verre au collodion d’Ermé Désiré et Louis Cuvier, relatant la construction du canal de Suez, creusait un sillon de 25 600 €.
Mercredi 15 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. MM. Ghozzi, Romand A.

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