La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
États-Unis, Wyoming, comté de Johnson, monts Big Horn orientaux, Jurassique supérieur, formation de Morrison (161-145 millions d’années). Squelette de Kaatedocus siberi diplodocus, h. 3 m, l. approximative du nez à la queue : 12 m.
Adjugé : 1 443 820 €
États-Unis, Wyoming, comté de Johnson, monts Big Horn orientaux, Jurassique supérieur (161-145 millions d’années). Squelette d’Allosaurus jimmadseni, longueur approximative du nez à la queue : 3,80 m.
Adjugé : 1 407 700 €
 
Reconstitution préhistorique : résultats historiques
La bataille de dinosaures au Wyoming annoncée (voir Gazette n° 14 du 6 avril, page 56) a bel et bien eu lieu ! Les deux squelettes n’ont pas lâché prise facilement, à commencer par le diplodocus, pourtant mondialement connu pour être un paisible herbivore. Et, renversement préhistorique, c’est lui qui l’a emporté, dominant l’Allosaurus jimmadseni d’une courte tête : 1 443 820 € pour le premier, 1 407 700 € pour le second. Deux résultats exceptionnels pour le marché français. Il y a un peu plus d’un an, le 7 mars 2017, la même maison de ventes avait mis en scène le crâne fossile d’un tricératops ayant vécu au Crétacé supérieur et exhumé lui aussi des terrains très féconds de l’État du Wyoming. Celui-ci avait été adjugé 177 800 €. Essai donc largement transformé. Le 14 avril, soit trois jours après cette vente, s’est ouvert une exposition-événement à la Cité du cinéma à Paris, titrée «Jurassic World». L’accroche annonce : «Vous ne les verrez jamais d’aussi près». C’était sans compter sur l’exposition de Drouot ! Ces deux mastodontes venus des temps reculés et extraits des monts Big Horn orientaux au Wyoming, dans le comté de Johnson, ont créé l’événement à la salle des ventes. Ils étaient présentés côte à côte, le prédateur semblant prêt à attaquer l’imposant sauropode, alerté et tournant la tête pour voir l’origine du danger. Ainsi, ils formaient une paire parfaite qui ne semblait pas devoir être séparée. Elle ne le sera pas, les deux squelettes ayant été acquis par un seul et même amateur ayant préféré conserver l’anonymat. Le combat d’enchères a été mené par les moyens traditionnels et via la plateforme Drouot Digital live, qui s’est finalement imposée. C’est donc par une voie contemporaine, prenant de plus en plus de poids, que ces deux spécimens, vieux de plus de 145 millions d’années et ayant profité des technologies de reconstitution du XXIe siècle, partaient vers un nouvel horizon.
Mercredi 11 avril, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV.
Culture Condorhuasi (500 av.-250 apr. J.-C). Masque humain, pierre grise à patine brune, 24 x 15 x 3,5 cm.
Adjugé : 20 084 €
Collection Ilya Prigogine
Celui qui a introduit au sein de la physique la thermodynamique, l’irréversibilité et la flèche du temps, Ilya Prigogine (1917-2003) pour le nommer (voir Gazette n° 14 du 6 avril, page 62), se révélait un esprit curieux des cultures extra-européennes, dont il a rassemblé au fil des années une importante collection. La deuxième partie en était dispersée à Drouot pour un produit global de 689 260 € – sur une estimation basse flirtant avec les 200 000 €.
Trois temps forts orchestraient cet après-midi, émanant des arts d’Asie, d’Afrique et précolombiens. Les terres cuites japonaises de la dernière période Jomon (3000-1000 av. J.-C.), une époque qui marque l’origine de la céramique dans l’archipel, ouvraient la marche et répondaient à l’attente qu’elles avaient suscitée. Deux grands récipients au corps orné d’arêtes en cordons d’argile en léger relief (h. 48 cm et 46 cm) répandaient pour le premier 32 394 €, décuplant ainsi les attentes, et pour le second, 18 141 €. De retour sur le continent, on assistait à une belle reconnaissance pour une statue du bodhittsava féminin Tara, l’une des divinités les plus populaires du bouddhisme tibétain. Celle-ci provenait du Népal, où elle a été sculptée entre les XVIIe et XVIIIe siècles. Elle exprimait une profonde compassion et une sagesse ultime par l’«abhaya mudra», le geste de l’absence de crainte, convainquant sans peine – elle esquissait également de la main gauche le geste de l’argumentation – un acheteur de déposer au pied de son socle de lotus une offrande de 77 745 €. Il était ensuite question d’un ensemble unique en son genre, s’agissant d’une collection d’œuvres provenant des contreforts andins. Y figuraient des masques humains fixés dans la pierre, des mortiers zoomorphes mais également des «suplicantes», une représentation unique dans l’art précolombien, dont on sait peu de choses avec certitude. Tout au plus est-il possible d’affirmer qu’elles étaient en lien avec la fertilité et le culte des ancêtres. Un modèle aux jambes pliées et bras ramenés vers le visage (h. 29 cm), provenant de la culture Alamito (500 av.-600 apr. J.-C.), accrochait 20 732 €, un autre à la fois massif et aux lignes souples (h. 36 cm) recueillant 14 254 €. Quant aux masques à l’expression candide (culture Condorhuasi), ils ont interpelé entre 9 000 et 20 084 €, ce plus haut résultat honorant un exemplaire de forme amande aux rainures sous les yeux, évoquant des larmes coulant le long des joues (reproduit ci-contre).
Mercredi 11 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Art Richelieu, Castor Hara, Deburaux OVV. Mme Hamard, MM. Lebeurrier, Mangin, Renard, Cabinet Portier et associés.


 
Gustave Doré (1832-1883), Portrait du ménestrel Blondel de Nesle au moment où il découvre le lieu où est retenu captif Richard Cœur de Lion, crayon gras rehaussé de blanc sur papier gris, 43,5 x 31 cm.
Adjugé : 4 894 €
Gustave Doré, un illustre illustrateur
Dans la grande famille des illustrateurs romantiques, Gustave Doré (1832-1883) tient une place de premier plan. Le musée d’Orsay, lui ayant consacré une rétrospective en 2014, insistait sur ce point et rappelait que ce génie du dessin avait voulu se confronter à tous les chefs-d’œuvre de la littérature. C’est ainsi que nombre de ses feuilles, toujours d’une grande puissance évocatrice, sont venus magnifier quantité d’ouvrages. Les images du Chat botté avec cape et chapeau à plume, du loup en bonnet de nuit du Petit Chaperon rouge, de l’ogre du Petit Poucet… qui ont marqué l’imaginaire de millions de lecteurs, c’est lui qui les a forgées. Provenant de la bibliothèque C.G., cinq œuvres sur papier de l’artiste étaient ici présentées, dont un rare dessin original sur bois au crayon et à la plume représentant l’Élévation de la Croix, porté à 1 288 €, et ce Portrait du ménestrel Blondel de Nesle, saisi au moment même où il découvre le lieu où est retenu captif Richard Ier d’Angleterre, reconnu à 4 894 €. Cette feuille servira à illustrer la totalité de la page 294 du tome II de L’Histoire des croisades de Joseph Michaux, publié à Paris en 1877. Il s’agit d’un véritable tableau, jouant d’effets de lumière et d’une mise en scène pour immédiatement capturer l’attention du lecteur et l’entraîner avec lui au cœur du récit. De ces profondeurs romantiques émergeait encore, et à 6 015 €, La Belle Impéria d’Honoré de Balzac, un conte enluminé par Albert Robida (1848-1926) dans une magnifique reliure de Charles Meunier, inspirée de l’univers médiéval et fantastique de l’illustrateur, également caricaturiste. Ce dernier embellissait encore de ses aquarelles les Œuvres de François Villon (1431-1463), rééditées à Paris par la librairie L. Conquet en 1897. Cet exemplaire ayant appartenu à Léon Conquet (1848-1897), enrichi d’une reliure à décor néogothique d’Émile Mercier (1855-1910), quittait la bibliothèque C.G., pour une autre à 17 545 €. L’acquéreur avisé devait avoir en tête ces vers de l’auteur dramatique Henri Meilhac (1830-1897), de l’Académie française : «Pour que notre âme soit en fête,/ Pour avoir un bonheur complet,/ Que faut-il ? Faire la conquête/ D’un livre édité par Conquet.»
Vendredi 13 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Nguyen Van Ro (1921-1997), Bananier, laque à l’or sur fond rouge, vers 1953, 83 x 122 cm.
Adjugé : 57 150 €
 
Le réveil de la laque vietnamienne
On attendait le laque de Nguyen Son de l’école de Thu Dau Môt, c’est celui de Nguyen Van Ro (1921-1997) qui s’est balancé au gré d’un vent de mousson favorable. Son Bananier, réalisé vers 1953 en laque or sur fond rouge – deux couleurs qui rappellent celles du drapeau national –, agitait ses palmes à 57 150 €. Un prix record pour un artiste professeur à l’école des arts appliqués de Gia Dinh (dans le sud du pays), entre 1955 et 1975, et des plus rares sur le marché de l’art. Cette double décennie marque une période très trouble dans l’histoire d’un Vietnam en pleine conquête de son indépendance. Mais, malgré la guerre et les privations, l’art continue à se diffuser dans le pays, et Van Ro fait partie de ces artistes qui choisissent de rester et de former des jeunes aux techniques traditionnelles de la laque poncée. L’un de ses élèves, Nguyen Van Minh (1930-2014), issu de sa première promotion en 1955, était présent également dans cette vacation. Ses Fleurs mauves (57 x 66 cm), de 1977, éclataient sur le fond or du panneau à 35 560 €. Si ces techniques ont été remises à l’honneur, c’est en grande partie grâce à deux artistes français venus enseigner à Hanoï : Joseph Inguimberty (1896-1971), dont un paysage de rizières du delta tonkinois, peint à l’huile sur toile en dégradés de vert, retenait 40 640 €, et Alix Aymé (1894-1989). Venue pour accompagner son époux chargé d’une brève mission, celle-ci vivra près de vingt ans sur le continent asiatique, se passionnant pour sa culture, et enseignera la laque à l’école des beaux-arts d’Hanoï, entre 1934 et 1939. Un panneau de bois laqué polychrome (45 x 37,5 cm), représentant une mère et son enfant au bord du fleuve, racontait des bribes de cette histoire à 21 590 €. À l’instar des résultats des encres et couleurs sur soie des artistes indochinois, ceux des maîtres de la laque ne cessent de grimper, révélant de nouvelles signatures à chaque manifestation.
Lundi 9 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Art-Valorem OVV. Mme Trouvé, M. Fumeux.
Saintonge, XVIe-XVIIe siècle. Salière de forme hexagonale en terre blanche, à décor brun, bleu et jaune figurant une maison à pans de bois, 15 x 10 cm.
Adjugé : 25 000 €
Architecture miniature
Dans cette vacation dévolue aux arts populaires, un certain nombre d’objets provenaient de l’ancien musée de la Poterie de Saint-Émilion – faute de repreneur, celui-ci a définitivement fermé ses portes fin septembre 2017, après une trentaine d’années d’existence. Il en allait ainsi de ce rare modèle de salière en terre blanche saintongeaise à décor brun, bleu et jaune, dont le précieux condiment – à l’époque – s’est répandu jusqu’à 25 000 €. L’objet, façonné entre les XVIe et XVIIe siècles, figure une maison à pans de bois, très justement restituée avec ses arcs en plein cintre, ses fenêtres à meneaux et ses carreaux de faïence. Le trompe-l’œil est des plus réussis et, malgré sa petite taille (h. 15 cm), cette salière portait le témoignage de l’architecture civile française de la fin du XVIe siècle. La terre vernissée, une technique remontant à l’Antiquité hellénistique réapparue au début du Moyen Âge dans les régions parisienne et normande, puis employée partout dans le royaume, pour des grands plats d’apparat comme pour des épis de faîtage, s’est épanouie en Saintonge. Les potiers y excellent à renouveler le répertoire formel, imaginant des modèles complexes et raffinés. En témoignait également une bouteille anthropomorphe, moulée vers 1630-1640 et dont la vaste robe, à vertugadin en tambour, découvrait un goulot verseur à 7 500 €. Une belle leçon d’art populaire, qui perdurera à travers les siècles.
Mercredi 11 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Torche des XVIes jeux Olympiques d’hiver à Albertville, 1992, conçue par Philippe Starck (né en 1949), acier inoxydable, n° II/XXX, h. 42 cm.
Adjugé : 31 500 €

 
Design contemporain pour Jeux d’hiver
Le modèle est connu, appartient désormais aux «classiques» des torches olympiques et figure parmi les plus recherchés des collectionneurs. Il s’agit naturellement de la torche des XVIes jeux Olympiques d’hiver, organisés à Albertville en 1992, conçue en acier inoxydable d’Ugine par Philippe Starck (né en 1949). Elle est effectivement rare, le comité d’organisation – à la différence de celui de Turin en 2006, par exemple – ayant fait le choix de ne l’éditer qu’en peu d’exemplaires. Celle-ci porte le numéro «II/XXX, et s’est justement rallumée pour 31 500 €. Le designer français – auteur également de la vasque olympique, un lys stylisé de 8 mètres de hauteur –, appelé par Jean-Claude Killy, répond favorablement et s’est inspiré de la corne des vaches de race tarentaise pour la dessiner. Voilà pour la traçabilité animale de cette forme aérodynamique des plus contemporaines ! Il voyait en elle «la continuation de l’avant-bras pour qu’on oublie l’objet et que seule la flamme apparaisse». Les différents relayeurs ont apprécié ce fuseau, notamment pour son côté maniable et pratique, et se sont sentis en harmonie avec lui. Une belle réussite qui se prolonge aujourd’hui par des résultats soutenus en ventes aux enchères.
Vendredi 13 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV. M. Leynet.
Les Maîtres de l’affiche, cinq volumes in-folio, Paris, imprimerie Chaix, 1896-1900, complet de ses 240 planches numérotées ainsi que de celles supplémentaires et d’environ quatre-vingts planches dépliantes (l’une reproduite),
reliure en demi-maroquin citron.
Adjugé : 72 685 €
Les belles Parisiennes de l’affiche
Les Maîtres de l’affiche était une publication mensuelle, contenant la reproduction des plus belles affiches illustrées des grands maîtres français et étrangers de l’époque, imprimée chez Chaix à Paris entre 1896 et 1900. Cet exemplaire en cinq volumes est complet des 240 planches numérotées ainsi que de celles supplémentaires, et enrichi d’environ quatre- vingts autres dépliantes. Il se laissait parcourir à 72 685 €. On y retrouve les signatures de Willette, Ibels, Albert Guillaume, Sem, Grün… et bien sûr, celle de Toulouse-Lautrec pour Elles (reproduite ci-contre). Il s’agit de l’affiche de son exposition de lithographies à la galerie Plume, rue Bonaparte à Paris, en avril 1896. La liberté de la presse, promulguée par la loi du 29 juillet 1881, ne fut pas sans conséquence sur le large développement de ce support, et le peintre albigeois en sera l’un des plus fervents adeptes. Lautrec va livrer près de 325 lithographies, qui vont l’aider à se faire connaître auprès d’un large public et qui demeurent aujourd’hui un témoignage vivant du Paris de la fin du XIXe siècle. Une partie d’entre elles sont actuellement accrochées – et jusqu’au 10 juin – à la Fondation Pierre-Gianadda, à Martigny, dans le cadre d’une exposition justement intitulée «Toulouse-Lautrec à la Belle Époque».
Mercredi 11 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ferri & Associés OVV.
Jacques Delavigne (reçu maître orfèvre en 1714), Paris, probablement 1715, paire de pots à fard couverts en argent, posant sur un piédouche à bordure de godrons, ornés d’appliques de motifs de lambrequins et godrons alternés sur fond amati, h. 10 cm, diam. 6,4 cm, poids 360 g.
Adjugé : 46 360 €
Avec fard !
Les deux lots majeurs de cette sélection d’orfèvrerie ont brillé comme il se devait. La paire de flambeaux posés sur une base octogonale à décor de frise de quartefeuilles, rosaces et torches poinçonnés «Paris 1719» (h. 22 cm, poids : 1,115 kg), en s’enflammant pour 20 740 €, et cette paire de pots à fard couverts (reproduits ci-contre et page 66 de la Gazette n° 14), insculpés à Paris également et en 1715, délivrant 46 360 €. Ces pièces datent pour les secondes de la dernière année du règne de Louis XIV et pour les premières, du tout début de la Régence, ce qui explique la persistance du répertoire décoratif issu du Roi-Soleil, exprimé ici par les motifs de lambrequins et de godrons. Après avoir subi une situation catastrophique, suite aux fontes qui ont envoyé des tonnes de chefs-d’œuvre à la destruction, l’orfèvrerie connaît un retour mérité. Il accompagne le développement d’une nouvelle classe sociale : la bourgeoisie. Celle-ci va rechercher des objets raffinés pour son usage quotidien, celui de la table aussi bien que celui de la toilette ou, plus exactement, de la beauté. Car si l’hygiène n’était pas encore la norme, la coquetterie l’était…
Mardi 10 avril, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Doutrebente OVV. MM. Émeric & Stephen Portier.
Yaka, République démocratique du Congo. Appui-nuque anthropomorphe musaw, bois à patine d’usage, h. 14,5 cm.
Adjugé : 16 744 €
Parler à l’oreille des Yaka
Les Yaka sont l’une des très nombreuses ethnies composant le vaste Congo et appartiennent au peuple bantou. Leurs artefacts sont expressifs et élégants, à l’image de cet appui-nuque anthropomorphe musaw, orné d’un personnage féminin accroupi. Il ne mesure que 14,5 cm, mais sa petitesse ne nuit en rien à la force de sa présence – l’art yaka se caractérise d’ailleurs par ses statuettes et ses masques aux dimensions réduites. L’attitude de la figure féminine est toutefois inusuelle. Elle semble tendre l’oreille, un geste qui se retrouve sur un modèle semblable conservé dans les collections du musée de Tervuren, en Belgique, actuellement fermé pour d’importants travaux de rénovation, avant une réouverture prévue pour l’automne prochain. Ce petit objet utilitaire, à la belle patine d’usage attestant de son ancienneté, soutenait une enchère de 16 744 €. Le grand (h. 53 cm) masque royal de procession à la coiffe ajourée, des Bamileke du Cameroun, en gonflait ses joues à 20 608 €. Ces masques monumentaux ne dansaient pas – ce qui se comprend aisément – mais étaient portés lors de processions. Ils présentent un caractère expressionniste, voire sauvage, qui marque encore les esprits.
Mercredi 11 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. Levy.
Jacques Majorelle (1886-1962), Le Moussem de Bokhari, huile et technique mixte sur Isorel, 62 x 91 cm.
Adjugé : 100 440 €
Une randonnée marocaine
L’histoire d’amour entre Jacques Majorelle (1886-1962) et le Maroc est si belle qu’elle n’en finit pas de se raconter, tableaux à l’appui. À Drouot, la semaine dernière, c’était au moyen de deux œuvres, une gouache de mai 1926 (voir Gazette no 14 du 6 avril, page 64) montrant une Vue de la Kasbah. Tagadirt n’Bour (64,5 x 49 cm) en dévoilant ses ocres pour 33 480 €, et une huile et technique mixte sur Isorel, intitulée Le Moussem de Bokhari (reproduite ci-contre). Cette dernière relate un «moussem», l’une des fêtes les plus populaires du Sud marocain – la renommée de certains dépassent largement les frontières du pays, comme celui des amandiers à Tafraout en février, celui des dattes à Erfoud en octobre ou encore celui des roses à Kalaat M’gouna, en mai. Majorelle, si enclin à découvrir le royaume chérifien de l’intérieur et en profondeur, ne pouvait laisser échapper ce thème, et l’a peint à plusieurs reprises. Il est aussi pour lui l’occasion de montrer son talent à fixer une assemblée de personnes et de jouer avec la lumière et les ombres des couleurs chaudes de l’Atlas.
Vendredi 13 avril, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Drouot Estimations OVV. Cabinet Chanoit.
Marc Chagall (1887-1985), Les Limandes, 1951, gouache, 48,5 x 59,5 cm.
Adjugé : 240 000 €
Deux limandes bleues façon Marc Chagall
Emblématique de l’usage de la couleur par Marc Chagall, une de ses gouaches, particulièrement attrayante, méritait bien sa première place lors de la vacation de Saint-Martin-Boulogne. Estimée au maximum 80 000 €, Les Limandes ont fait un saut jusqu’à 240 000 €, juste prix pour une œuvre connue et fort bien documentée depuis sa naissance en 1951. Elle débutait son parcours à la galerie Maeght, avant d’être achetée par une collectionneuse de Neuilly en 1955, chez qui elle demeurera jusqu’à nos jours. Précisons encore que la nature morte était accompagnée de son certificat du comité Chagall. Médiatisés, les deux poissons plats l’avaient été très tôt, puisqu’on pouvait les détailler sur une photo du salon de leur propriétaire, présentée dans un reportage d’Art & Décoration de Noël 1959. Sans compter qu’ils figurent aussi l’ouvrage de Jacques Lassaigne, Chagall, paru en 1957. Hier comme aujourd’hui, l’œuvre doit sans aucun doute son succès à la magie avec laquelle l’artiste parvient à rendre deux modestes limandes sur un plat et à leur conférer la beauté de ses habituelles scènes, dont tous les acteurs, hommes, bêtes, végétaux et objets inanimés, semblent en lévitation permanente.
Au rayon mobilier, une pièce rare inscrivait une enchère à 14 040 € ; il s’agissait d’un coffre de mariage au décor de laiton incrusté, signé de la maison Vervelle Audot à la fin du XIXe siècle. On voyageait ensuite avec le lot suivant : au Tibet précisément, où avait été élaboré un paisible bouddha en bronze doré, datant du XVIe siècle. On déposait à ses pieds une offrande de 10 800 €. Une vasque en grès sortie des fours de la manufacture de Sèvres prenait ensuite la relève avec 10 200 € ; elle avait été présentée à l’Exposition universelle de 1867, à Paris, où le roi Louis II de Bavière avait acquis son pendant, avec un ensemble de style mauresque, remonté au château de Linderhof.
Saint-Martin-Boulogne, samedi14 avril.
Enchères Côte d’Opale OVV.

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