La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Claude Monet (1840-1926), Coucher de soleil sur la mer, pastel 25 x 25 cm.
Adjugé : 1 118 000 €
Impressions modernes
L’enchère millionnaire de la semaine était inattendue, même si elle concernait l’un des plus grands peintres du XIXe siècle ! En effet, un pastel – 25 x 25 cm seulement – de Claude Monet (1840-1926), intitulé Coucher de soleil sur la mer, a décuplé son estimation pour vibrer jusqu’à 1 118 000 €. Il obtient ainsi le deuxième prix pour une œuvre sur papier du maître de Giverny – et le premier sur le marché français (source : Artnet) –, entouré par deux œuvres de l’artiste exécutées sur le même support, un coucher de soleil pour le premier et une vue d’Étretat pour le deuxième. Tous trois ont un point commun : les vibrations des effets lumineux sur le ciel et la mer évoquant une impression, le grand génie de Monet, celle qui a donné son nom au mouvement que l’on connaît. On comprend mieux le résultat…
Grand prince, l’auteur des Nymphéas n’occupait pas toute la place, et laissait s’exprimer à leur juste valeur les autres tableaux accrochés sur des cimaises modernes bien garnies. Petit retour aux sources du paysage du XIXe siècle, avec l’un de ceux dont le travail ouvrit justement la voie aux peintres de plein air. Charles-François Daubigny (1817-1878) a lui aussi subi les foudres des critiques bien-pensants, avec une toile de neige présentée au Salon de 1873. Certains lui reprochaient de l’avoir peinte avec du plâtre et un «balai de branches de bouleau». Ici, on lui devait une étude pour Les Plaines d’Auvers, travaux dans les champs (51 x 114 cm), qui s’étendait jusqu’à 88 400 €. Les chemins de fer ont grandement occupé le temps de Monet. Les années de jeunesse du Belge Paul Delvaux aussi (voir Gazette no 41 page 69), comme en témoigne son huile sur panneau de 1923, intitulée Fours à chaux sur la route d’Engis, portée à 130 000 €. Poursuite du voyage de l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie tout particulièrement, avec trois encres et huile sur toile de Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), réalisées lors de son séjour algérois à la demande de la galerie Romanet. Deux jolies dames y posaient pour lui, largement décolletées. Le premier tableau, cachant les seins de la Jeune femme nouant son châle (en couverture de la Gazette no 40 du 16 novembre et voir détail page de droite), se découvrait à 136 500 €, le second, montrant plus généreusement l’anatomie de son modèle, étant honoré de 162 500 €. Lors du même séjour, il se plut aussi à saisir des enfants dans leurs occupations quotidiennes, ce que rappellent les 234 000 € récompensant une Petite fille aux marionnettes.
Lundi 26 novembre, salle 1 – Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Ritzenthaler.
Vincennes, seau à verre «forme du Roy» en porcelaine tendre, à deux prises latérales en forme de rinceaux feuillagés, décor polychrome de bouquets de fleurs dans deux réserves cernées de palmes et fleurs en or sur fond bleu céleste, marqué «LL» entrelacés, lettre-date «A» pour 1754, marque de peintre «4» non identifiée, XVIIIe siècle, 1754, h. 12,5 cm, l. 19 cm.
Adjugé : 132 200 €
 
Des choix récompensés
À l’heure du bilan, celle des choix se révélait judicieuse. La seconde dispersion des céramiques de Christophe Perlès se concluait sur un produit de 804 258 € - la session du 18 juin ayant rapporté 591 242 € - celui final de cet ensemble se montant à 1 395 500 €. Un résultat plus que positif et concluant trente années marquées par l’exigence de la qualité et la recherche de pièces rares et historiques. Faïences et porcelaines s’y côtoyaient pacifiquement. Parmi les premières, une chevrette réalisée à Rouen vers 1550, dans l’atelier de Masséot Abaquesne – et relevant d’une commande reçue de l’apothicaire Pierre Dubosc en 1545, comprenant rien de moins que 4 152 pots à pharmacie –, affichait avec fierté, et à 60 480 €, le profil casqué d’un homme. L’organisation en 2017, à Écouen et au musée de la Céramique de cette cité normande, d’une exposition consacrée à ce grand céramiste de la Renaissance a largement contribué à relancer l’intérêt autour de ses productions. Cette collection mettait également en lumière les stars des manufactures françaises du XVIIIe siècle, à savoir Vincennes et Sèvres. Honneur à la première avec un seau à verre «forme du Roy» issu du premier service livré pour Louis XV, dont le décor polychrome de bouquets de fleurs, dans des réserves cernées de palmes, émergeait d’un fond bleu céleste. Conçu en 1754, cet objet – à vocation utilitaire, ne l’oublions pas – retenait 132 300 €. Christophe Perlès affectionnait les ambitieux groupes, en porcelaine tendre émaillée blanc, représentant des scènes de chasse d’un grand naturalisme. Si face à une hyène, le chien (voir page 72 de la Gazette no 41) ne triomphait pas, un autre attaquant un sanglier, terminait la partie victorieux de 63 000 €. Place à Sèvres… Avec modestie, elle empochait 67 500 € pour une cuvette «Courteille» – modèle de la seconde grandeur – exécutée en 1784, dont le décor chinoisant manifestait le goût pour ce style tout au long du XVIIIe siècle et le fond renvoyait un éclatant trompe-l’œil de lapis-lazuli. Royale, impériale puis nationale, elle abordait le XIXe siècle avec la même force, traversant les régimes et les années sans prendre une fêlure. Le musée du Louvre préemptait à 25 200 € un plateau du déjeuner des «Portraits de la famille royale» (reproduit ci-dessus), livré à la reine Marie-Amélie le 22 août 1837, dont le décor, réalisé par le peintre Robert, était composé comme un véritable tableau. Louis-Philippe, malmené par l’histoire, revient dans les musées par la grande porte cette saison !
Lundi 26 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin OVV. M. Froissart.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Braque debout, épreuve en bronze patiné, cachet cire perdue «A.A. Hébrard», vers 1905, 30 x 45 x 16,5 cm (détail).
Adjugé : 184 150 €

 
Face-à-face animal
Un chien – un braque plus précisément – était le meilleur ami d’une marmotte. Tous deux se retrouvaient dans une vente d’arts décoratifs du XXe siècle, au milieu d’autres sculptures rendant hommage au règne animal. On les devait à deux des meilleurs artistes en la matière, Rembrandt Bugatti (1884-1916) et Édouard Marcel Sandoz (1881-1971). Là s’arrête la comparaison entre les deux hommes, car s’ils viennent l’un comme l’autre de l’étranger pour travailler à Paris à l’aube de la Première Guerre mondiale, rien dans leur parcours ni dans leur style ne les rapproche ensuite. Le premier est l’archétype de l’artiste maudit, foudroyé en plein talent à 32 ans à peine, quand le second aura une carrière longue et ponctuée de succès. Et là où l’Italien développe un style nerveux et vivant, afin d’être au plus juste dans sa traduction, le Suisse épure, simplifie les formes, supprime le détail pour mettre en valeur les seules lignes. Si les 184 150 € avancés pour devenir le maître de ce Braque debout (détail reproduit page de gauche), une fonte d’Hébrard vers 1905, sont naturels tant les œuvres de Bugatti sont coutumières des scores à six chiffres – même lorsqu’il ne s’agit pas d’un fauve ou d’un représentant plus atypique –, les 152 400 € de la Marmotte à l’arrêt de Sandoz (reproduite ci-dessous) étaient moins attendus. Quoique… Présentée lors des «Morceaux choisis» de Drouot, elle avait fière allure sur sa colonne. Les joues gonflées et le poil luisant, elle défiait avec noblesse les œuvres anciennes et modernes l’entourant. Elle avait raison et, chemin faisant, entrait dans le top ten des œuvres de son créateur (source : Artnet), lequel était ensuite récompensé de 27 940 € pour un volatile taillé dans l’onyx vers 1910 (h. 15 cm).
Lundi 26 novembre, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. PBG Expertise.
Jacques Lacloche II (1901-1999), bracelet manchette en ors de deux tons, composé de deux larges pattes à section rectangulaire reliées entre elles par un lien en forme d’anneau bombé et orné de deux éléments amovibles pouvant recevoir dix cabochons de corail, turquoise ou citrine, poids brut 109,40 g.
Adjugé : 120 960 €
Lacloche et Boivin à la pointe de la préciosité
Du fait de nombreuses ramifications familiales, la date exacte de la fondation de la maison Lacloche par quatre frères – jeunes et entreprenants – passionnés de pierres précieuses, et son parcours entre Madrid, Bruxelles, Londres et Paris sont assez complexes à suivre avec certitude. En revanche, il est clair que dès la fin du XIXe siècle et dans les premières années du XXe, elle ne fait que prospérer, rachetant même durant la Première Guerre mondiale le stock londonien de Fabergé. Ensuite, servie par d’excellents maîtres d’atelier, elle se fait remarquer lors des expositions de l’entre-deux-guerres pour ses bijoux, mais aussi pour des boîtes, poudriers, fume-cigarettes et autres châtelaines réalisées dans le plus pur style art déco, avant de fermer en 1935 – victime collatérale du krach boursier de 1929. La suite appartient à l’un de leurs neveux, Jacques Lacloche II (1901-1999). Il s’installe à Cannes en 1936, avant de revenir place Vendôme. Lui se fait connaître par des broches, colliers et bracelets, pour l’exécution desquels il a l’intelligence de faire appel – comme ses oncles – aux meilleurs artisans. Ce bracelet en ors de deux tons, et surtout doté de deux éléments amovibles pouvant recevoir un jeu interchangeable de dix cabochons – de corail, turquoise ou citrine –, démontrait cette grande maîtrise tant esthétique que technique. Il était reçu avec une mention très bien de 120 960 €, et accompagnait avec classe une bague art déco en platine de la maison René Boivin. Cette dernière est un modèle de «bague bande», c’est-à-dire à tête importante, en forme de rouleau à gradins, portant au centre une bande entièrement pavée de diamants en serti grains.
Du grand raffinement, dessiné par une certaine Suzanne Belperron (1900-1983), combinant modernité et préciosité et salué par un résultat de 26 460 €. Il est intéressant de noter qu’elle est datée 1932, soit juste avant que la chrysalide créatrice ne sorte de sa coquille anonyme – chez Boivin, Belperron ne pouvait mettre son nom sur ses créations – pour voler de ses propres ailes aux commandes de sa propre maison. Cette bague originale a de plus appartenu à Jeanne Griaule, l’épouse du célèbre ethnologue Marcel Griaule. Une belle histoire de femmes.
Vendredi 30 novembre, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV. M. Flandrin.
Exemplaire personnel et décoré d’aquarelles de Charles Germain de Saint-Aubin (1721-1786) du Catalogue des vases, colonnes, tables de marbres rares, figures de bronze, porcelaines de choix, bijoux & autres effets importants qui composent le cabinet de feu M. le duc d’Aumont, Paris, P.F. Julliot fils et A.J. Paillet, 1783.
Adjugé : 170 911 €
Les grands arts du livre
La dispersion de cette bibliothèque provenant de la collection A.J. a été auscultée à la loupe par les connaisseurs. Elle contenait quelques pièces aussi rares qu’uniques et s’est terminée sur un produit total de 581 942 € – sans compter un after sale de 45 080 €, sur un manuscrit italien de fauconnerie du deuxième tiers du XVIe siècle. Nous commencerons par la description d’un «Ouvrage unique fait de mes mains avec le cizeau» : cette phrase, d’un certain Gaignat, accompagne un canivet multicolore enluminé et argenté dont chacun des vingt feuillets est perforé du texte du Notre Père, un Pieux entretien avec notre Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie, dédicacé «À Son Altesse Sérénissime Madame la princesse de Conti». Chaque page laisse deviner au travers de ses perforations le fond coloré du feuillet suivant. Maîtrise, patience et… foi profonde ayant été nécessaires pour mener à bien son exécution vers 1760, il était juste qu’il soit récompensé de 51 520 € ! Plus classique, mais tout à fait essentiel, se trouvait un exemplaire des Œuvres de Claude Gillot (1673-1722) dans une reliure en maroquin rouge d’époque, et surtout complet de ses 586 eaux-fortes de la main du maître de Watteau – incluant donc les célèbres suites de la Commedia dell’arte, conçue à l’initiative d’un amateur français du XVIIIe siècle. Celui-ci a été emporté à 105 231 €.
Le Palais princier de Monaco accrochait, à 170 911 €, le Catalogue des vases, colonnes, tables de marbres rares, figures de bronze, porcelaines de choix, bijoux & autres effets importants qui composent le cabinet de feu M. le duc d’Aumont (Paris, P.F. Julliot fils et A.J. Paillet, 1782). Il s’agit de l’exemplaire, mis en couleurs par Charles-Germain de Saint-Aubin (1721-1786), de l’une des ventes les plus importantes du XVIIIe siècle, celle du duc d’Aumont. L’artiste y a fait ajouter quarante-neuf feuillets, sur lesquels ont été aquarellés sous son pinceau, et avec le plus grand soin, 116 objets d’art. Une pièce unique donc là encore, ayant connu des bibliothèques prestigieuses et qui poursuit sur la même voie. Quant à la réunion d’ouvrages du libre penseur Étienne Dolet (1509-1546), dévoilée page 64 de la Gazette du 23 novembre, elle ne laissait pas indifférent. Oser exprimer un humanisme en cette période sombre dominée par l’Inquisition était un acte de résistance et de bravoure intenses. Pourtant, jamais il ne renoncera. La publication du Second Enfer d’Estienne Dolet… (voir page 64 de la Gazette n°41 du 23 novembre) le conduira – lui et ses livres – sur le bûcher. Le seul exemplaire connu à ce jour en mains privées recevait 74 823 €.
Mercredi 28 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. M. de Proyart.


 
Václav Radimsky  (1867-1946), Ruisseau dans le sous-bois, 1897, huile sur toile, 73,5 x 54,5 cm.
Adjugé : 64 480 €
Des bords de Seine à ceux de l’Elbe
La teneur XXe siècle de cette session parisienne était récompensée d’un produit total de 992 160 € et émaillée de quelques surprises. À commencer par les 64 480 € d’une huile sur toile de 1897 de Václav Radimsky (1867-1946). Avec ce Ruisseau dans le sous-bois (reproduit ci-contre), le Tchèque livrait une ode à l’impressionnisme. Rarissime sur le marché français, celui-ci est pourtant considéré comme le plus impressionniste des peintres de son pays, pour avoir vécu vingt-huit années en France – où il arrive en 1890, après une année passée sur les bancs de l’École des beaux-arts de Vienne – et avoir noué une amitié avec Claude Monet, au point de s’installer près de Giverny, dans le village de Goulet. Ils partageaient la même passion pour l’eau, la couleur, les variations offertes par la lumière et la fugacité du travail en plein air. Dans cette vallée de la Seine, à l’instar des peintres de l’école de Rouen, il trouve son sujet : les reflets de l’eau et les effets de miroir. Une rétrospective s’est tenue à Prague en 2011, dont le catalogue permettait de lire que «ce qui l’intéressait, ce n’était pas le paysage en tant que tel, mais les conditions atmosphériques et l’éclairage dans lesquels il essayait de le capter». En 1918, meurtri par la Première Guerre mondiale et son statut de sujet autrichien – donc ressortissant d’un pays ennemi –, il rentrera définitivement dans sa Bohême natale, où il continuera à investir la même voie, mais sur les bords de l’Elbe cette fois. Plus attendues, deux peintures de Louis Valtat (1869-1952), le Port de Marseille de 1902 et un Village à la tour de 1903, recevaient respectivement 99 200 et 42 160 €. 68 200 € revenaient ensuite à une œuvre sur papier de Francis Picabia (1879-1953) fixant Morena, une jeune Espagnole fumant une cigarette, et 26 040 € à une vue de Venise peinte en 1935 par Takanori Oguiss (1901-1986). Une orque en céramique noire de Georges Jouve (1910-1964) fendait les flots vers 24 800 € et invitait à traverser le XXe siècle pour avancer vers une note plus contemporaine : 19 840 € notamment pour Le Petit Cochon rouge, de Robert Combas (né en 1957), et 43 400 € pour le Nil version Télémaque (né en 1937). L’après-midi se terminait sur l’humour délicat de Sempé. Pour son ami Albano, propriétaire du restaurant parisien le Marco Polo, il a réalisé en 2014-2015 un album de dessins caractéristiques de son univers. Il était dévoilé ici à 33 480 €.
Vendredi 30 novembre, salle 16 – Drouot-Richelieu. Drouot Estimations OVV.
Mmes Collignon, Sevestre-Barbé, MM. de Louvencourt, Grail, Cabinet Chanoit.
Chine, époque Qianlong (1735-1796), XVIIIe siècle. Groupe en jade blanc sculpté et ajouré de coloquintes sur lesquelles évoluent des chauves-souris, h. 7,5, l. 10,8 cm.
Adjugé : 68 904 €
L’art des symboles chinois
Une nouvelle quinzaine asiatique étant annoncée sur Paris à partir du 10 décembre, la vente était un peu en avance sur le calendrier en proposant porcelaines, jades et coraux. Ce groupe en jade blanc sculpté au XVIIIe siècle sous le règne de Qianlong (1735-1796) y recevait 68 904 €, un très bon présage pour la suite ! Deux chauves-souris y évoluent au milieu de coloquintes. Le symbole est fort car en Chine – ce qui peut surprendre notre culture, pour laquelle elle est plutôt assimilée à un être inquiétant –, le petit mammifère nocturne est source de bonheur. La raison en est une analogie phonétique entre son nom, bian fû, et le mot «bonheur», fû. Elle sera dès lors abondamment utilisée en ornement et de différentes manières. Quand elles sont deux et se font face, elles signifient un double bonheur, sont particulièrement bénéfiques peintes en rouge et lorsqu’elles sont cinq à être réunies, forment un motif particulièrement populaire et gage de bonne fortune. On les retrouve régulièrement associées au jade, une pierre précieuse parée de toutes les vertus depuis les temps les plus anciens et symbole du pouvoir. Tant de bienfaits ne pouvaient que contribuer au succès de ce petit groupe !
Vendredi 30 novembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Ferri & Associés OVV. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.
Van Cleef & Arpels, collier en platine et or gris composé d’une rivière de diamants de taille ancienne retenant un pendentif amovible habillé de diamants de même taille, vers 1930, l. 78 cm, poids brut 58,4 g.
Adjugé : 346 959 €
Tout pour plaire
Ce collier, réalisé par le joaillier Van Cleef & Arpels vers 1930, avait tous les atouts pour se faire remarquer. Constellé de diamants de taille ancienne – il est formé d’une rivière à laquelle est suspendu un pendentif amovible –, il n’a pourtant rien d’ostentatoire et exprime au contraire un chic qui n’appartient qu’aux grandes maisons, et tout particulièrement à leurs créations de l’époque art déco, une référence du genre. Annoncé entre 60 000 et 70 000 € (voir Gazette no 41 du 23 novembre, page 76), il s’est envolé à 346 959 €. L’enseigne prestigieuse de la place Vendôme, installée là depuis 1906, n’a cessé d’innover grâce à un savoir-faire – souvent tenu secret – parfaitement maîtrisé. Outre le fameux serti «mystérieux», les pièces conçues jouent avec les sources d’inspiration les plus variées et le goût des époques traversées. Ce collier a un côté très couture et le recours au platine et au diamant uniquement pour dessiner une forme géométrique d’une belle stylisation – ce que l’on nomme la «joaillerie blanche» – s’inscrit parfaitement dans le plus pur courant art déco. Il en était de même avec une broche «clique» à double tête de Cartier de la même époque, ornée d’une émeraude triangulaire et d’un diamant cœur. Il s’agit plutôt d’une épingle, destinée à être portée sur un chapeau comme sur un corsage. L’une des signatures de Cartier, accrochée ici à 36 830 €.
Lundi 26 novembre, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Wannebroucq.
Château Lafite-Rothschild, premier grand cru classé, Pauillac, 1803, bouteille rebouchée au château en 1962.
Adjugé : 66 250 €
Une dive orchestration
Les connaisseurs le savaient : le violoncelliste et chef d’orchestre Mstislav Rostropovitch (1927-2007) était féru de belles bouteilles des meilleurs crus du terroir bordelais, et la cave de sa demeure de l’avenue Georges-Mandel, à Paris, en était fort bien garnie. Son contenu était attendu autour de 300 000 €. Il en a réalisé près du double, 567 025 € exactement, et vu un flacon de château lafite-rothschild de 1803 s’envoler à 66 250 €. Il s’agit d’un premier grand cru Pauillac rebouché au château par le maître de chai en 1992, ainsi qu’une copie de la documentation de cette opération le précisait. On se demande si son nouveau propriétaire songera à la déguster ou s’il préférera la conserver tel un témoignage d’une époque très lointaine en ce qui concerne le domaine du vin… D’autres nectars s’annonçaient ensuite. Aucun ne grimpait aussi haut, mais tout de même : 10 750 € pour un autre château lafite-rothschild, toujours en premier grand cru Pauillac mais cette fois de 1989 – année mémorable et éminemment émotionnelle, pour le musicien déchu de sa nationalité soviétique, de la chute du mur de Berlin. Et encore 19 000 € pour onze bouteilles de petrus pomerol 1985, malgré quelques étiquettes tachées et cinq niveaux de bas goulot. Homme de goût, il appréciait également les champagnes – dont six magnums de Dom Pérignon rosé de 1982, emportés à 7 500 € – et regardait du côté de la Bourgogne, comme en témoignent douze bouteilles de Clos Vougeot grand cru René Engel de 1991 (13 750 €), aux étiquettes personnalisées pour le grand maître qu’il n’a jamais cessé d’être.
Jeudi 29 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel OVV. M. de Montigny.
Michael Zeno Diemer (1867-1939), Trois-mâts devant la pointe de la Quarantaine, Beyrouth, 1933, huile sur toile, 70 x 54,5 cm.
Adjugé : 66 560 €
Fier trois-mâts à Beyrouth
Très rare sur le marché français, Michael Zeno Diemer (1867-1939) y faisait une apparition remarquée, concrétisée par une enchère de 66 560 €. Il ne subissait nulle quarantaine puisque cette toile de 1933, Trois-mâts devant la pointe de la Quarantaine, Beyrouth, s’installait directement dans le top 5 des œuvres de son auteur (source : Artnet). L’œuvre explore un lieu bien connu des marins, obligés de mouiller au large de cette pointe avant toute tentative d’entrer dans le port. Le sujet semble l’inspirer puisque l’on référence deux autres tableaux l’abordant, conservés dans des collections privées. Si, à chaque fois, des variantes dans la lumière et la mise en scène se dégagent, tous affichent la présence d’un fier voilier, sur une mer d’un bleu intense, faisant écho aux cimes enneigées des montagnes libanaises. Diemer, membre de l’école allemande, n’est pas un orientaliste au sens propre du terme, mais plutôt un voyageur qui effectue un périple en Méditerranée, ce dont les œuvres – dépeignant le plus souvent Athènes et Constantinople, moins souvent Beyrouth – passant sur le marché attestent. En remontant les côtes vers les colonnes d’Hercule, on faisait ensuite escale au Maroc pour remarquer une huile sur toile de Jilali Gharbaoui (1930-1971), une composition (79 x 60 cm) abstraite à la gestualité nerveuse et lyrique caractéristique d’un peintre tourmenté dans sa vie comme dans son art, retenue à 48 640 €.
Mercredi 28 novembre, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. Cabinet Chanoit.
Travail suisse, seconde moitié du XIXe siècle. Boîte à musique en or émaillé toutes faces, contour de demi-perles fines, décor de bouquet découvrant un oiseau chanteur, 7 x 4,7 x 2,3 cm.
Adjugé : 59 972 €
Le chant des boîtes précieuses
Le couvercle s’est ouvert et a libéré l’oiseau chanteur. Trop heureux, celui-ci ne s’est pas fait prier : il a secoué ses plumes, tourné sur lui-même, remué ses ailes et ouvert le bec, bref, s’est mis en condition pour pousser son chant mélodieux, honoré aussitôt d’une enchère de 59 972 €. Ce résultat atteste une nouvelle fois de l’intérêt pour les petites boîtes à musique, ces charmants objets dont les artisans suisses se sont fait une spécialité au XIXe siècle – notamment le Genevois Charles-Abraham Bruguier (1788-1862). Quelques numéros plus loin, un autre modèle, en écaille celui-là, recevait 16 588 €. Le premier disposait de tous les atouts pour s’envoler aussi haut. Le volatile, au plumage d’un grand rendu naturaliste, était en effet inséré dans une précieuse cage en or, entièrement émaillée et entourée de demi-perles fines. La boîte est un petit objet de vitrine ou de sac qui a inspiré les créateurs : une poignée de centimètres cubes, un espace d’une grande exigence donc, requérant autant d’attention que de minutie, mais offrant aussi un vaste champ des possibles. Lors du même après-midi, une autre petite pièce répondant aux mêmes critères de préciosité séduisait les collectionneurs. Il s’agissait d’une boîte à poudre ronde en émail noir sur or, ornée d’un motif chinois. La maison Cartier l’a conçue dans les années 1925-1929 avec le raffinement qui la définit. Accompagnée de son écrin d’époque, elle exhalait 89 320 €.
Jeudi 29 novembre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. Cabinet Vendôme Expertise.
Louis de Boullogne le Jeune (1654-1733), Apollon et Daphné, huile sur toile, 119 x 147 cm.
Adjugé : 36 064 €
Un Boullogne le Jeune inédit
La réapparition d’un tableau inédit d’un artiste fait toujours plaisir aux spécialistes, ravis de pouvoir enrichir leur corpus, et aux amateurs, tout aussi heureux de pouvoir acquérir une pièce inconnue. C’est le cas de cette toile de Louis de Boullogne le Jeune (1654-1733), représentant Apollon et Daphné. Jusqu’à ce jour, la composition n’était connue que par quatre dessins préparatoires, dont celui du musée de Grenoble est le plus proche. Le sujet est tiré des Métamorphoses d’Ovide, et le traitement se caractérise par un grand dynamisme. L’artiste a choisi de fixer l’effroi de la jeune Daphné, ayant fait vœu de virginité, poursuivie par les ardeurs d’Apollon, touché par la flèche de Cupidon. La suite est connue : la jolie nymphe supplie son père, le dieu-fleuve Pénée, de la délivrer, et celui-ci la transforme alors en laurier. Frère de Bon Boullogne (1649-1717), Louis, lauréat du prix de Rome en 1673, appartient aux membres de la grande peinture de l’époque Louis XIV. Il est rompu aux compositions ambitieuses, participant à la plupart des grands chantiers du roi : petits appartements de Versailles, Trianon de marbre, Marly, Meudon, les Invalides… Comme son aîné, il fut très connu et apprécié de son vivant, puis était peu à peu tombé dans l’oubli. Revenu sur le devant de la scène depuis déjà quelque temps, il recevait ici 36 064 €.
Mercredi 28 novembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Coutau-Bégarie OVV. Cabinet Turquin.
Jacques Offenbach (1819-1880), Choufleury et Il Signore Fagotto, deux manuscrits autographes de travail de deux opérettes.
Adjugé : 75 400 €
Burlesque et caustique, la vie parisienne d’Offenbach
Cette dispersion à teneur bibliophilique s’adressait également aux mélomanes, comportant un ensemble de partitions du grand Jacques Offenbach (1819-1880). Deux manuscrits autographes réunis en un même volume, l’un pour Monsieur Choufleuri restera chez lui le 24 janvier 1833, le second pour l’opérette en un acte Il Signor Fagotto, couchés à l’encre brune sur des portées, étaient joués à 75 400 €. La première pièce – présentée ici simplement comme Choufleury – est une éblouissante opérette en un acte, composée et dévoilée en 1861 à travers un livret du duc de Morny – frère illégitime de Napoléon III. Ludovic Halévy et Crémieux, les librettistes habituels du compositeur, ont logiquement contribué à son écriture. Vaudeville musical haut en couleur, à l’image de ceux ayant contribué au succès d’Offenbach, l’œuvre rencontrera le sien lors de sa première au théâtre des Bouffes-Parisiens, le 14 septembre 1861. Elle livre pourtant une parodie caustique de la bourgeoisie, au travers de ce personnage de nanti totalement inculte en matière de musique qui cherche à impressionner ses pairs en organisant une soirée d’opéra chez lui. L’intrigue s’installe alors, voyant l’honnête homme finir par être sauvé à ses dépens et devoir se résoudre à accepter l’union de sa fille, Ernestine, avec un chanteur inconnu… Bien loin de cet univers, un ensemble de livres et documents anciens renvoyait à la question de l’esclavage. Parmi eux, un témoignage implacable de la traite pratiquée à La Rochelle. Un état des comptes de vente de la cargaison d’un navire négrier, le Bellecombe, dont l’appellation glace et le contenu détaillant les noms des acheteurs plus encore, obtenait 14 300 €.
Vendredi 30 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés. M. Roe.
Achille Laugé (1861-1944), Automne, route aux environs de Cailhau, 1916, huile sur toile, 48 x 73 cm.
Adjugé : 69 440 €
Sur les chemins de l’automne
Cette peinture d’Achille Laugé (1861-1944), avec son charme de saison et sa belle lumière, fait du bien. De cette toile comme de la grande majorité de celles qu’il a exécutées  transpire une certaine idée du bonheur. L’Automne, route aux environs de Cailhau est comme cela, peinte durant l’année 1916, en pleine Première Guerre mondiale et dans le Sud-Ouest, où seules les feuilles mortes tombaient par milliers… Profondément attaché à ses racines, Laugé ne s’est jamais lassé de décliner ce petit village de l’Aude, tout près duquel il avait acheté une bastide, «L’Alouette». Il se partageait entre son atelier toulousain et cette maison. Lui, l’ami d’Henri Martin et d’Aristide Maillol, a fait sienne la technique pointilliste de Georges Seurat et de Paul Signac. À une différence notable près : il n’y a rien de froid dans ses œuvres. Il se détache de la démarche scientifique stricte préconisée par les inventeurs et élabore son style propre, plus libre, plus fluide. Cela lui vaudra à l’époque un certain manque de reconnaissance. Ces temps sont révolus, et les toiles de l’artiste sont disputées aujourd’hui par les institutions et les collectionneurs du monde entier. Celle-ci recevait 69 440 €. Albert Marquet (1875-1947) ne connaissait pas le même succès, sa toile représentant Le Danube à Sulina (voir page 63 de la Gazette no 41 du 23 novembre) restant à quai. Un autre artiste de la même génération se retrouvait à leurs côtés, en la personne d’Henri Manguin (1874-1949). On le sait, ce dernier avait cédé aux charmes de la Côte d’Azur et plus particulièrement à ceux des environs de Saint-Tropez, qu’il parcourait en toutes saisons. Réformé lors de la Première Guerre mondiale, il s’installe en Suisse, sur les conseils du galeriste Paul Vallotton, afin de mettre sa famille à l’abri. Il ne reviendra dans le sud qu’en 1919, déjà à la recherche d’une maison. C’est à l’été 1920 qu’il loue pour la première fois la villa l’Oustalet – avant de l’acheter en 1928. Sur ses chemins de découverte, un jour d’automne 1919, il peint Saint-Tropez, Château-Martin (33 x 41 cm), acheté ici à 38 440 €. Après avoir éclairé les murs du musée des Impressionnismes de Giverny, ses toiles montrant une véritable volupté de la couleur étaient aux cimaises de la fondation de l’Hermitage de Lausanne, jusqu’au 28 octobre dernier.
Vendredi 30 novembre, salle 13 - Drouot-Richelieu. Doutrebente OVV.
Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Kugler, Genève, 1799, tableau en découpures, dit aussi «canivet» ou Scherenschnii, découpé au canif et à la pointe de graveur dans du papier blanc sur des plans successifs d’un paysage champêtre dans le goût de Jacques-Laurent Agasse (1767-1849), se déployant sur un fond peint à l’huile, 50 x 64,5 x 18 cm.
Adjugé : 78 000 €
Dentelle de papier
Le canivet est connu pour être une image pieuse en vogue entre les XVIIe et XIXe siècles, illustrant comme il se doit un thème religieux et réalisé dans les ateliers des moniales. C’est l’outil servant à sa réalisation, une sorte de canif permettant la perforation du papier, qui lui a légué son nom. Les pays de l’Europe germanique l’emploient dès la Renaissance, mais, de par leur culture protestante, la technique sortira du secret des couvents pour rejoindre des ateliers d’art populaire et donner lieu à des images profanes, gagnant notamment le royaume de France sous le nom de «portraits à la silhouette». À l’origine de cette appellation, le contrôleur général des Finances de Louis XV, Étienne de Silhouette (1709-1767)… Grand amateur en la matière, il avait couvert les murs de son château de portraits et paysages d’ombres. L’artiste genevois Jean Huber, dit Huber-Voltaire (1721-1786), s’en fera quant à lui une spécialité. L’aspect de tels canivets s’apparente plutôt à de véritables tableaux de dentelle, à l’image de ce paysage en découpures superposées. Dans ces dimensions importantes (50 x 64,5 x 18 cm), il est des plus rares, et l’ouvrage ne passait pas inaperçu en détail et en pleine page dans la Gazette no 41, page 79. Son résultat de 78 000 € non plus, bien que pleinement justifié. Pièce d’art populaire, réalisée dans le calme par un homme dont seul le nom, Kugler, et l’appartenance à la famille suisse des Déléamont – dont il était un cousin éloigné paralysé – sont connus, vient de sortir de l’anonymat par le haut.
Lundi 26 novembre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV.

http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp