La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Chine, XVIIe siècle. Statue de Guanyin en bois avec traces de polychromie, h. 107 cm.
Frais compris : 281 250 €.
Bouddhisme sécularisé
La singularité de cette guanyin pensive du XVIIe siècle a un prix, 225 000 €, estimation dépassée. Avant de passer par la galerie Jacques Barrère en 2007, elle avait appartenu dès 1931 à une collection française. La divinité est représentée assise dans la position du délassement royal, sur une base soutenue par des adorants. Elle tient une branche de lotus symbolisant la pureté bouddhiste, ses yeux fermés exprimant la sérénité. La sculpture est dans l’empire du Milieu un art de commande lié à la religion, la calligraphie et la peinture occupant le sommet de la hiérarchie des genres par leur capacité à véhiculer la pensée. Elle sera souvent associée au bouddhisme, son âge d’or s’étendant du IVe au Xe siècle, l’introduction du Grand Véhicule en Chine datant du milieu du IIe siècle. Le bronze et la pierre seront les matériaux privilégiés pour la statuaire avec la terre modelée et séchée, qui connaît son apogée sous les Tang. Si l’on considère que la fin de leur règne voit la sculpture chinoise entrer en lente décadence, sous les Song, certaines guanyin en bois peint conserveront un style gracieux et un visage recueilli. À partir de cette dynastie s’opère un syncrétisme entre le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, une tendance s’accompagnant pour cette dernière religion de sa sinisation et de sa laïcisation. Symbole de la compassion figurant dans de nombreux foyers chinois, Guanyin est l’objet d’une sécularisation dont témoigne notre sculpture, respirant le calme et la sérénité, tant à travers sa posture que par l’expression de son visage.
Vendredi 10 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Époque Empire. Chapska d’officier de chevau-légers polonais de la garde impériale, 1er régiment, drap, velours, fil d’argent, laiton, cuivre, métal argenté, passementerie.
Frais compris : 43 820 €.
Chevau-légers polonais
Ce chapska d’officier de chevau-légers polonais de la garde impériale, d’époque Empire, était salué par une tonitruante enchère de 35 000 €, d’après une estimation haute de 15 000 € moindre. Une jolie performance à mettre au crédit de son bon état d’origine. Seules quelques petites restaurations sont signalées, et le «N» a sans douté été remis en 1815 au moment des Cent-Jours, il y a donc tout juste deux siècles… L’appellation de cette coiffe vient du polonais «czapka», qui signifie «couvre-chef». Comme leur nom l’indique, les chevau-légers appartiennent à la cavalerie légère. Créés en 1498, ils portent un équipement moins lourd mais remplissent les mêmes fonctions que les autres cavaliers, à savoir éclaireurs et gardes de flanc, leur engagement étant limité. Sous Henri IV, ils forment une compagnie au sein de la Maison du roi, le souverain en faisant grand usage. Elle se substitue aux deux compagnies des gentilshommes à bec de corbin qui assuraient jusqu’alors la garde à cheval royale. Les descendants du Vert-Galant la conserveront. Son entrée est réservée à la noblesse, mais elle est dissoute en 1787, en raison des coûts qu’elle engendre. Sous l’Empire, les chevau-légers sont rétablis. Concernant plus particulièrement notre chapska, c’est lorsqu’il entre en Pologne en 1807 que Napoléon fonde le régiment des chevau-légers polonais, recrutés parmi la noblesse. Lors de la bataille de Wagram, le 6 juillet 1809, l’Empereur observe que les chevau-légers de la garde se sont emparés des lances des uhlans de Schwarzenberg pour les retourner contre leurs propriétaires. Les chevau-légers lanciers sont créés, d’abord avec une lance «à la polonaise» puis, à partir de 1811, avec un modèle «à la française», plus court. Cette année-là, le régiment de chevau-légers polonais de la garde impériale devient le «premier régiment de lanciers de la garde». Il porte un chapska de couleur cramoisie avec une cocarde française à croix de Malte et un soleil en cuivre, frappé d’un «N» couronné, comme notre coiffe.
Jeudi 2 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Croissy.
Christophe Fratin (1801-1864), Rhinocéros attaqué par un tigre, 1836, bronze à patine brune sur socle en marbre vert, fonte de Quesnel, 45 x 46 x 25 cm.
Frais compris : 65 765 €.
Fratin, 1836
Déjà solidement estimée entre 30 000 et 40 000 €, cette épreuve en bronze du Rhinocéros attaqué par un tigre de Christophe Fratin en atteignait 51 000. Elle prend place derrière le record français établi le 8 novembre 1995 à Drouot, chez Libert & Castor, avec une monumentale épreuve de sa Scène de haras (76 x 102 x 60 cm), également une fonte de Quesnel. Celle-là était cédée 297 000 F (60 170 € en valeur réactualisée). Notre épreuve est peut-être le chef modèle présenté par l’artiste au Salon de 1836. Elle est assemblée avec des clavettes en fer non dissimulées permettant de le démonter, la signature du ciseleur, Briand, apparaissant sous la base, ce qui est rarissime. 1836 est également l’année où Quesnel quitte son associé Richard, pour créer sa propre fonderie. Fratin lui fait confiance pour la réalisation de pièces qu’il destine au Salon. La sculpture animalière en est alors à ses débuts sur la scène officielle, et quelques envois de notre artiste, pionnier du genre, seront refusés. Cela malgré la réputation flatteuse du sculpteur, dont les créations sont souvent mises en regard d’un autre grand concurrent, Antoine-Louis Barye, lequel en 1831 avait triomphé avec son Tigre dévorant un gavial. Originaire de Metz, Fratin est formé à l’école de dessin de la ville, puis vient à Paris suivre l’enseignement de Carle Vernet et de Théodore Géricault. Il fréquente la ménagerie royale du Jardin des Plantes. Observateur minutieux, l’homme est attaché à la vérité de ses sujets. Ainsi notre puissant mammifère, un Rhinoceros unicornis d’origine asiatique, est-il associé à un tigre, autre animal de cette partie du monde. L’artiste est considéré par certains comme le premier à s’être lancé dans la sculpture d’édition, avec le concours de Quesnel. Une initiative promise à un grand succès.
Vendredi 3 avril, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV.
Égypte, Nouvel Empire (?). Protomé de lionne ou de panthère, faïence bleue, encadrement en bois, 13 x 11 x 10 cm hors cadre.
Frais compris : 163 000 €.
Pedigree Rhoné
Ce protomé de lionne ou de panthère était estimé entre 15 000 et 25 000 €. Il faisait l’objet d’une âpre bataille qui le faisait rugir à 130 000 €. Égyptien, il date peut-être du Nouvel Empire (1552-1069 av. J.-C.). Le dos du support le présentant est riche d’enseignement. Il précise que l’objet fut trouvé au Caire en 1879 par un certain A. Rhoné, sans doute l’égyptologue amateur Arthur-Ali Rhoné (1836-1910). L’indication manuscrite donne une époque plus ancienne, l’Ancien ou le Moyen Empire. Descendant du découvreur des mines d’Anzin, qui a lancé l’exploitation du charbon dans le nord de la France en 1734, notre érudit, féru de Balzac, a les moyens de ses passions. Il s’intéresse à l’Égypte grâce à Édouard Charton, un saint-simonien qui lui fait rencontrer Théodule Devéria, conservateur au département des Antiquités égyptiennes du Louvre. Il embarque avec lui en 1864 pour la terre des pharaons et découvre Memphis, guidé par Auguste Mariette, «un original de la plus haute et précieuse bizarrerie», dira-t-il. Il publie en 1877 le premier volume, qui restera unique, de son voyage en Égypte. L’année suivante, il aide Mariette à faire construire une maison égyptienne antique pour l’Exposition universelle de 1878. Début 1879, il est de retour sur les rives du Nil où, constatant les dégâts causés par la crue du fleuve en octobre, mais surtout par la politique de modernisation de la ville lancée par le khédive Ismaïl, il devient un ardent défenseur du vieux Caire. L’homme milite autant à travers un livre, paru en 1882, qu’en tant que chargé d’étude des monuments arabes et égyptiens de la mission archéologique permanente au Caire, dirigée par Gaston Maspero. L’occasion pour lui de faire quelques emplettes à forte teneur archéologique.
Mercredi 8 avril, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Tarantino.
François-Rupert Carabin (1862-1932), L’Envolée des heures, 1910, pendule en bronze et améthyste, 100 cm x 77 x 27 cm.
Frais compris : 186 978 €.
Allégorie du temps
Vous aurez peut-être reconnu la jeune femme accroupie sur le bloc d’améthyste formant le cadran de cette pendule de François-Rupert Carabin. Elle faisait en effet la couverture de la Gazette n° 10. Cet étonnant garde-temps allégorique était adjugé 145 000 €. Il s’agit d’une pièce unique, commandée directement au sculpteur et présentée à l’exposition de la Société nationale des beaux-arts de 1911. Le catalogue de la manifestation spécifiait : «Pendule exécutée pour garnir le dessus d’une cheminée d’un salon blanc et or [app. à M. de Biéville]». Elle symbolise le passage du temps, auquel n’échappent pas les demoiselles qui essaient désespérément de résister au mouvement ascensionnel qui les aspire inéluctablement vers la vieillesse. Cet envol n’a rien d’une divine assomption… en témoignent les mains qu’appuie sur son visage la jeune femme la plus haut placée, dont la jambe est mordue par une tête effrayante afin de l’arracher à la chaîne humaine la retenant encore. Carabin est un des pionniers du renouveau des arts décoratifs, ayant en 1890 réalisé la spectaculaire bibliothèque conservée au musée d’Orsay. Le critique Gustave Geffroy en décrypte ainsi le symbolisme : «Près du sol, les figures… sont des figures de bassesse, des passions ennemies de l’intelligence (…) En haut, l’œuvre achève de prendre toute sa signification cérébrale par trois figures emblématiques… Une Vérité est au centre… À gauche et à droite, deux Lectures.» En 1891, le meuble est présenté au Salon de la Société nationale des beaux-arts, après avoir été refusé un an auparavant à celui des indépendants, au prétexte que l’«on pourrait y envoyer des pots de chambre». Vingt ans plus tard, notre pendule ne fait pas débat mais montre la persistance des thématiques symbolistes jusqu’à l’orée de la Première Guerre mondiale… « Ô temps ! Suspends ton vol » !
Mercredi 8 avril, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. Mme Marzet.
Hubert Robert (1733-1808), Ruines antiques près d’un pont, en contrebas des lavandières, toile, 38,5 x 59,5 cm.
Frais compris : 73 655 €.

Un caprice d’Hubert Robert
Dans la succession de Mme P., qui totalisait 707 168 € frais compris, Hubert Robert remportait 59 000 € avec cette charmante huile sur toile dépeignant des Ruines antiques près d’un pont, en contrebas des lavandières, estimée pas plus de 30 000 €. Un engouement similaire attendait à 10 100 € une aquarelle et crayon noir de l’artiste, L’Escalier de pierre (22 x 18 cm), portant une étiquette de vente ancienne indiquant qu’elle était appariée avec Une arcade d’amphithéâtre (22 x 18 cm). Notre tableau a lui aussi déjà affronté les enchères… Le 6 décembre 1952, à la galerie Charpentier à Paris, il recueillait 800 000 F (environ 17 150 € en valeur réactualisée), et plus récemment, le 25 juin 1996 au Georges V chez Tajan, 350 000 F (69 535 € en valeur réactualisée). Il appartient au genre des caprices, dont le peintre fut l’un des plus fervents interprètes en France dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Loin de tout relevé précis d’un paysage, ces œuvres réalisent un assemblage inspiré de ruines antiques. On retrouve un motif de prédilection de l’artiste, un pont effondré sur lequel on a jeté une précaire passerelle de bois pour lui rendre son usage. Autre leitmotive du peintre, les lavandières, affairées à leur tâche, tout comme le pêcheur à la ligne, ici blotti dans des rochers. Jusque dans ses sujets topographiques, Hubert Robert insuffle une fantaisie poétique pleine de pittoresque. Contrairement à Piranèse, qu’il a sans doute connu et dont il partage le goût pour les vestiges de la grandeur de la civilisation romaine, ses ruines ne sont jamais angoissantes. Bien au contraire, on rêve de s’y promener pour en savourer le charme nostalgique…
Jeudi 9 avril, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. Cabinet Turquin.
Chu Teh-chun (1920-2014), Sans titre, 1989, huile sur toile, signée et datée, contresignée et datée au dos, 82 x 62 cm.
Frais compris : 175 700 €.
Entre terre, mer et ciel
Deux pôles d’attraction composaient la traditionnelle vente pascale cannoise dispersant des tableaux modernes et contemporains. Un ensemble de seize tableaux de l’artiste mondain Jean-Gabriel Domergue atteignait 214 900 € frais compris, dont 35 140 € accordés à la Course aux lévriers. L’autre point de mire était cette toile de Chu Teh-chun, délicat mélange de traditions chinoises et d’abstraction lyrique. Provenant d’une collection privée, elle était attendue autour de 150 000 €. Certifiée d’Yvon Chun, fils du peintre, elle assemble des éléments, figurés à partir de formes colorées en perpétuelles métamorphoses. Elles révèlent bien la démarche artistique de Chu Teh-chun, qui allie aux arts traditionnels de la Chine les modes d’expression occidentale. Pétri de culture ancienne, il s’embarque en 1955 pour l’Europe et décide l’année suivante de s’installer à Paris, où il s’enthousiasme aussitôt pour la peinture abstraite. Dans son art, il prend la nature comme point de départ, et seuls comptent le mouvement, la perpétuelle transformation des formes et des couleurs. Grâce à une transcription subjective de ses ressentis, il va désormais la peindre non dans sa réalité formelle, mais dans son essence. Fondant un espace-temps devenu peinture, elles disent un art «ponctué de silences, d’abîmes, d’ouvertures sur l’infini», pour reprendre les mots de Raoul-Jean Moulin, à l’exemple de notre composition. Réalisée deux ans après la grande rétrospective, organisée à Tapei en 1987, elle dévoile un spectaculaire paysage abstrait. Troublant l’étendue, des turbulences émergent tandis que transparaissent des amoncellements brumeux et vaporeux. Virant au brun, puis au bleu et au vert, les tonalités s’élèvent entre terre et ciel jouant des effets subtils d’une polychromie irisée. Décrochée au-delà des estimations hautes, elle est aussi une belle illustration de l’importante rétrospective se déroulant à Marseille jusqu’au 4 octobre à la fondation Monticelli. Intitulée «Amours océanes», celle-ci  fait vibrer l’eau dans les tableaux de l’artiste prenant pour thème l’immensité de la mer.
Cannes, dimanche 5 avril.
Besch Cannes Auction SVV.
Jacques Adnet (1900-1984), attribuée à, Suite de vingt-sept fauteuils à fût architectonique, gainé de cuir brun très sombre, pieds tubulaires, années 1960, 81 x 62 x 56 cm.
Frais compris : 40 800 €.

Série de sièges modernistes
Cette vente champenoise faisait la part belle aux arts décoratifs du XXe siècle et célébrait l’art de Jacques Adnet. Après avoir débuté dans l’atelier de Tony Selmersheim, il fréquente à partir de 1920 Maurice Dufrène, qui l’incite à travailler à la maîtrise des Galeries Lafayette. Avec Jean, son frère jumeau, il crée des meubles puissamment construits réagissant contre les courbes alanguies de l’art nouveau. Dépourvus de tout décor, ils affichent des formes géométriques et emploient aussi des matériaux raffinés. En 1928, les deux frères se séparent. Jean occupera désormais le poste de directeur des étalages aux Galeries Lafayette tandis que Jacques va dorénavant diriger la Compagnie des arts français en succédant à Süe et Mare. Apportant une impulsion nouvelle à l’entreprise, il s’entoure d’artistes qui prônent la logique, la sobriété et la clarté dans l’esthétique du décor tels Francis Jourdain, Charlotte Perriand, Serge Mouille et, Paul Jouve ; ou encore des peintres comme Dufy, Pascin, Chagall et Jacques Adnet, qui se dit «champion d’une tradition tendue vers l’avant», devenant ainsi l’un des plus éminents designers du mouvement moderniste français. Il se range parmi les premiers artistes à mêler métal et verre à la structure des meubles. Très prisés des amateurs, il reçoit, au milieu du XXe, plusieurs commandes, notamment du président Vincent Auriol pour l’Élysée. Il contribue également à l’aménagement de paquebots, à l’instar du Ferdinand-de-Lesseps , en 1952. Épris de fonctionnalisme, il garde toutefois un souci d’élégance qui lui est propre, notamment en revêtant ses meubles de cuir avec des piqûres sellier. Tel est le cas de ce bel ensemble de sièges, annoncé autour de 6 000 €. Datant des années 1960, ils provenaient d’une institution troyenne. D’un grand confort, ils arborent des lignes pures et géométriques dessinant des proportions harmonieuses. Inscrivant l’enchère la plus élevée de la vacation, ils multipliaient par sept leur attente et partent embellir la demeure d’amateurs enthousiastes.
Troyes, samedi 11 avril.
Boisseau-Pomez SVV. M. Eyraud.
Henri Liénard de Saint-Delis (1878-1949), Paysage suisse, huile sur toile, 63 x 79 cm.
Frais compris : 29 750 €.
Saint-Delis en Suisse
Les peintres normands impressionnistes et fauves étaient plébiscités lors de ce traditionnel rendez-vous pascal honfleurais. Une toile d’Eugène Boudin, Sur les bords de la Touques, était d’abord emportée à 39 000 €. Ce tableau aux couleurs chamarrées lui emboîtait le pas. Provenant d’une collection régionale, il est signé Henri de Saint-Delis et a été peint durant le long séjour de l’artiste en Suisse. Frère aîné de René de Saint-Delis, Henri se lie dès l’enfance à Othon Friesz, se côtoyant à l’école et au lycée du Havre. Ils se retrouvent ensuite aux Beaux-Arts dans l’atelier de Charles Lhuillier et créent, en 1905, le Cercle de l’art moderne. Mais Henri, atteint malheureusement d’une tuberculose grave, doit se rendre en Suisse. Il séjourne ainsi une dizaine d’années à Leysin-Les Mosses, un village d’altitude situé au-dessus d’Aigle, dans les Alpes vaudoises. Ce lieu de cure, réputé pour son climat doux et ensoleillé, s’étend au pied de la tour d’Aï. Contemplant un grandiose panorama alpin, Henri de Saint-Delis représente à plusieurs reprises les massifs des Diablerets, des Dents du Midi ainsi que du Mont-Blanc. Avec autant d’acuité, il transcrit aussi des scènes animées comme cette toile figurant un charmant village de montagne. La composition aux accents fauves s’avive de tonalités franches et éclatantes. Bien dessinée, elle se distingue par de larges arabesques synthétistes. De grandes touches vigoureuses et parallèles construisent les formes, tout en captant la lumière. Henri de Saint-Delis regagne la France après la Première Guerre mondiale et s’installe en 1920 à Honfleur. Dès lors, il choisira principalement ses motifs le plus souvent peints à l’aquarelle dans le port ou le long de la côte de Grâce. Son œuvre de peintre reste en partie méconnue car une grande partie en a été détruite en 1944 lors des bombardements de la ville du Havre.
Honfleur, dimanche 5 avril.
Honfleur Enchères SVV.
André Daulier Deslandes (1621-1715), Relation en forme de journal d’un voyage fait en Turquie et en Perse depuis l’année 1663 jusque en 1666, réunion de trois exemplaires manuscrits et imprimés de ce voyage en Perse.
Frais compris : 101 860 €.
Au pays du shah
Cette vente bibliophilique avait pour pièce phare ce manuscrit attendu autour de 35 000 € (voir n° 14, page 109). Il se range dans la catégorie des récits de voyage, qui connaissent un nouvel essor avec la conquête des nouveaux mondes. Après la découverte de l’Amérique, les Européens se tournent vers l’Orient, qu’ils voient comme un univers rempli de mystère. Au XVIIe siècle, ils manifestent particulièrement une vive curiosité envers la Perse et ses rois safavides. Voyageurs, ambassadeurs, botanistes, marchands, missionnaires religieux y sont attirés en fonction de leurs intérêts respectifs. André Daulier Deslandes, originaire du Vendômois, y est ainsi envoyé par des négociants. Et il se joint en 1663 à Jean-Baptiste Tavernier qui conduit son sixième voyage. Tous deux arrivent à Ispahan en décembre 1664, où Daulier Deslandes se fait remarquer à la cour du shah Abbas II pour ses talents de musicien. Après une incursion en Inde, il revient par Constantinople en France, où il est nommé, en 1666, directeur de la Compagnie des Indes à Bordeaux. Deux ans plus tard, il quitte cet emploi peu compatible avec sa morale et commence alors la rédaction des Beautés de la Perse, ou Description de ce qu’il y a de plus curieux, avec la carte et les dessins faits sur les lieux. L’ouvrage, édité en 1673, s’embellit de gravures réalisées par Israël Sylvestre et Antoine Paillet. S’efforçant d’être le plus exact possible, Daulier Deslandes rapporte ce qu’il a vu de plus surprenant et reprend ses impressions de voyage. Ces trois rarissimes manuscrits imprimés renferment ainsi plusieurs parties qui n’ont pas été publiées dans les Beautés de la Perse. Deux d’entre eux proviennent directement de la famille Daulier, comme en témoigne l’ex-libris armorié arborant la devise "Dirupisti, Domine, Vincula Mea". Quant au troisième manuscrit, il provient d’A. G. Du Plessis. Avec de tels atouts, cette relation d’un voyage en Perse triplait presque ses attentes pour être emportée par un acheteur étranger.
Villefranche-sur-Saône, samedi 11 avril.
Guillaumot - Richard SVV. M. Daval.
Grande console en bois sculpté repeint, époque Régence, 85 x 177 x 65 cm.
Frais compris : 24 000 €.
Belles courbes régence
Durant cette vacation champenoise, le mobilier réalisé au XVIIIe se taillait la part du roi avec cette splendide console provenant d’une succession régionale. Avancée autour de 4 500 €, elle déclenchait l’enthousiasme des amateurs en live, présents en salle et sur plusieurs lignes de téléphone. Après une vive bagarre d’enchères entre des particuliers et le commerce, elle était finalement conquise au sextuple des estimations en dépit d’un marbre réparé. Les consoles, généralement fixées au mur, sont apparues au début du XVIIIe siècle en même temps que les boiseries et en constituent en quelque sorte un prolongement. Supportant divers objets décoratifs, elles sont disposées de façon invariable : sous un trumeau de glace, entre deux fenêtres ou encore face à une cheminée avec laquelle elle forme pendant. Notre modèle aux proportions harmonieuses et provenant d’une succession met bien en lumière la qualité et la finesse des consoles d’apparat que réalisent alors les artistes. Sommée d’un superbe dessus en marbre rouge, elle arbore une élégante silhouette jouant des courbes et des contre-courbes. Plusieurs coquilles, placées à la ceinture et élégamment ciselées, transcrivent les motifs favoris des arts décoratifs de la première moitié du XVIIIe. Nous y retrouvons d’autres ornements habituels de l’art Régence : des feuillages, des guirlandes de fleurs. D’un fini impeccable, elle s’orne également d’une entretoise qui s’enjolive d’un panier contenant une brassée de fleurs. Cette magnifique console s’agrémente encore d’un piétement cambré «en baroc» qui présente des motifs feuillagés terminés en volutes. Alliant fonctionnalité et élégance, elle joue enfin avec brio du contraste esthétique du bois doré et du marbre rouge. Il provient probablement de Saint-Béat, dans la Haute-Garonne, dont les carrières furent très utilisées dès le règne de Louis XIV. Elle franchira l’océan Atlantique, adjugée à un acheteur américain.
Reims, dimanche 12 avril.
Guizzetti - Collet SVV.

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