La Gazette Drouot
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Top des enchères

Maison Daum, début du XXe siècle. Le Sorbier des oiseleurs, vase balustre en verre multicouche marmoréen dans les tons rosés et verts
avec un fond rouge violine et blanc opaque, h. 47,5 cm.
Adjugé : 115 450 €


 
Verre de Nancy et jeux de Grenoble

Deux jours de vacations estivales à Cannes, pour un éclectisme de bon aloi, évoquant autant l’univers du sport que celui des grands crus ou des maîtres verriers art nouveau… Commençons par ces derniers et la maison Daum, à Nancy, qui signait un vase balustre étiré, particulièrement réussi avec son décor en application virtuose. Prolongeant deux anses fines semblables à des branchages, des rameaux de sorbier «des oiseleurs» se détachait sur un fond marmoréen vert et rosé. Proche d’un croquis du décorateur Henri Bergé (1870-1937), l’œuvre exceptionnelle aux tentantes (mais toxiques) baies rouges, s’envolait jusqu’à 115 450 €, à partir d’une estimation de 20 000 à 30 000 €.
L’autre surprise de ce dimanche 15 juillet – tout en accord avec l’ambiance sportive de la journée – consistait en une torche olympique : cet important flambeau à l’antique en tôle cuivré, avec système de brûleur, avait été réalisé pour les Xe Jeux d’hiver, tenus à Grenoble en 1968. Cet objet provient d’un relayeur qui porta la flamme le 5 février cette année là, dans le massif de la Grande Chartreuse, lors de la dernière étape avant l’ouverture officielle. Pour cet insigne souvenir, vous aviez prévu 90 000 €. C’est ensuite du côté du mobilier ancien, que l’on relevait de bons scores, tels les 25 100 € enregistrés par une pendule régulateur de parquet d’Henri Dasson, d’après un fameux modèle de Jean-Henri Riesener, en placage de noyer. Une somptueuse commode estampillée de Mondon, également en placage de noyer, galbée toutes faces et garnie de bronzes dorés, était ensuite vendue pour 18 850 €. Clôturons ces résultats par deux enchères qui se portaient sur des matériaux précieux : le corail rouge d’abord, celui d’un groupe représentant une jeune femme sur un pont, acheté pour 10 040 €, et le cuir de crocodile de ce sac «Birkin» de chez Hermès, rouge, empoigné à 19 840 €. Ces ventes avaient été précédées la veille par une vacation dédiée aux grands vins et alcools . On y consacrait surtout onze bouteilles du domaine Henri Jayer 1982 et 1985, qui totalisaient en trois lots 117 150 €, et une série de sept flacons de chartreuse jaune, dont une Tarragone de 1940 Voiron, partie pour 16 640 €.
Cannes, dimanche 15 juillet. Besch Cannes Auction OVV.
Cabinet portier et associés. MM. Kuzniewski, Lallement, Palthey.
Des messages hauts en couleur
Images qui se télescopent, invités de poids pour messages choc, couleurs vives : tous ces ingrédients sont convoqués dans le travail de Chéri Samba et contribuent à un succès qui se confirme à chaque passage en salles. Cette fois-ci, Jean-Paul II en personne, bénissant, surgissait au centre de la toile, figure bienveillante et paternelle… mais c’était pour mieux dénoncer le discours papal sur la contraception dans l’Afrique des années sida. Engagé donc, mais toujours sur un mode ironique voire surréaliste, le militantisme du peintre d’origine congolaise lui valait de remporter ces 38 100 € à Cannes, avec cet acrylique sur toile . De son côté, John Andrew Perello dit JonOne, le graffeur et artiste peintre new-yorkais, avait signé une Composition qui ressortait d’un ensemble de cinquante œuvres du street art, inscrivant un score de 15 240 €. Sur feuille volante était le titre d’une aquarelle sur papier de Chine, réalisée en 1990 par Pierre Alechinsky, acquise en échange de 10 922 € ; l’artiste a d’ailleurs lui-même confirmé qu’il s’agit d’un tiré à part d’une lino imprimée sur chine, correspondant à une illustration pour le Traité des excitants modernes d’Honoré de Balzac, chez Yves Rivière éditeur. Donnons un dernier prix pour cette journée : celui de 4 572 € pour une huile sur toile de Véra Pagava, baptisée Le Cœur gris, peinte en 1969. Cette Géorgienne, qui a commencé à être célèbre à la fin des années 1940, a représenté la France en 1966 à la Biennale de Venise, où une salle était consacrée à ses aquarelles. La veille, le samedi 7 juillet, la première place avait été ravie, avec 19 685 €, par Henri-Charles Manguin et sa Corbeille de poisson de 1930, passée par l’ancienne collection de son épouse à Saint-Tropez, en 1949.
Cannes, dimanche 8 juillet.
Cannes Enchères OVV. M. Willer.
Nottingham, Angleterre, Annonciation, plaque en albâtre sculpté en ronde bosse,
fin du XVe ou XVIe siècle, 40 x 26,5 cm.
Adjugé : 29 500 €

 
Albâtre de Nottingham et gouache de Mai-Thu
Depuis les années 1960, la galerie Apesteguy à Deauville est célèbre pour porter haut les couleurs de l’artiste d’origine vietnamienne Mai Trung Thu, disparu en 1980. Achetée en ces lieux, une gouache sur soie, signée et portant le cachet du peintre, représente une douce Jeune fille à la tunique blanche, devant un petit vase de fleurs. Emblématique des univers intimistes de Mai-Thu, la scène dépeint, avec toute la tendresse dont il est capable pour ses modèles juvéniles, enfants ou adolescentes, une adolescente élégante, revêtue de la longue tunique fendue sur les côtés, ou ao dai. L’œuvre, de petites dimensions mais bien pourvue de son cadre, comme toujours dû à son auteur, ne manquait pas d’attirer les admirateurs ; l’un d’entre eux l’emportait avec 46 020 €. Une exceptionnelle plaque en albâtre se distinguait particulièrement ; sculptée en ronde bosse et représentant l’Annonciation, elle a été exécutée en Angleterre à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, dans la région de Nottingham. Portant des traces de polychromie, la sculpture décrit la Mère de Dieu, agenouillée, et comme surprise par l’apparition de Gabriel, levant ses mains, presque effrayée. Le Père éternel apparaît dans la partie supérieure gauche, couronné et tenant dans la main la colombe du Saint-Esprit. À noter qu’une plaque similaire – plus petite – est conservée dans les collections du musée d’Évreux. Pour mieux la détailler, un passionné l’achetait pour 29 500 €. Vantant quant à lui les charmes de la vie terrestre et ses plaisirs, Le Retour du marché, imaginé par le Français Jean-Louis Demarne, décrivait une conversation entre deux fermières, dont l’une est montée en croupe sur un cheval, derrière son mari ; ce prétexte à une très belle peinture animalière, comptant vaches et chèvres, valait bien ses 10 620 €. Concluons sur deux coupes cornets de Jean Dunand, en laque brossée et arrachée, bien entendu monogrammées, et parties à 7 080 €.
Bayeux, samedi 14 juillet.
Bayeux enchères OVV. MM. Mahier, Lefebvre, cabinets de Bayser, Turquin.

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