La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Chine, période Kangxi (1662-1722). Statue en bronze doré représentant Amitayus, h. 56 cm.
Frais compris : 2 691 800 €.
D’époque Kangxi
Nouveau succès pour un bronze chinois avec les 2 150 000 € obtenus, sur une estimation haute de 200 000, par cette statue d’Amitayus d’époque Kangxi. Elle était reproduite en page 61 de la Gazette n° 42. Arrivée en France en 1900, l’œuvre était ensuite restée dans la même famille. Elle a été acquise par un représentant d’un des plus grands collectionneurs de Chine. Elle se distingue notamment par la richesse et la finesse de ses bijoux. Le bouddha est figuré assis en dhyanasana sur un double lotus, les mains dans la position de méditation, un état confirmé par la sérénité de son visage, légèrement souriant, aux yeux mi-clos. À l’origine, il tenait devant lui un vase d’ambroisie. Amitayus, dont le nom signifie «longévité infinie», est aussi appelé le «Bouddha des bouddhas». Il règne sur la terre pure, un lieu dépourvu de mal et de souffrances, un refuge en dehors du cycle des transmigrations. Cette divinité était particulièrement vénérée au Tibet, mais aussi par l’empereur Kangxi, qui, au grand dam des confucéens, se convertit au bouddhisme tibétain. Cela non pas par opportunité politique – en tant que deuxième empereur de la dynastie mandchoue des Qing, il devait stabiliser et consolider le vaste empire dont il avait hérité –, mais par conviction religieuse. Sa grand-mère était une princesse mongole, peuple ayant de longue date tissé des liens privilégiés avec le Tibet. Devenu empereur à l’âge de 7 ans, Kangxi fut protégé par la vieille femme, qui veilla à ce que les régents ne l’éliminent pas, ni physiquement, ni politiquement. L’empereur possédait plusieurs statues d’Amitayus, exécutées dans les fonderies impériales. Toutes étaient, à l’instar de la nôtre, d’une exceptionnelle qualité.
Jeudi 11 décembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem SVV. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.
Chine, époque Ming (1368-1644), statue en bronze laqué or représentant le roi du ciel TiEn wang en armure, h. 151 cm.
Frais compris : 641 300 €.
Un roi au firmament

Cette impressionnante statuette (voir n° 42, page 16), annoncée autour de 150 000 €, était le thème de bien des convoitises. Provenant d’une collection régionale, elle était vivement disputée dès l’annonce de sa vente entre des musées, le négoce international, plusieurs acheteurs européens et asiatiques. Honorant les arts décoratifs de l’empire du Milieu, elle a été réalisée sous les Ming, période d’éclat de la civilisation chinoise. Devenant une grande puissance impériale, ils ont aussi à cœur de mettre en valeur les arts ancestraux. Notre statuette représente ainsi Tien Wang ou l’un des rois du ciel. Tout laqué d’or et bien sur son nuage, il veille d’abord comme ses trois autres confrères sur les quatre points cardinaux. Gardien ainsi de l’horizon, il protège aussi la loi bouddhique. On le trouve ainsi à l’entrée du dukkang, la salle d’assemblée et de prière dans les monastères. Il est encore présent sur le «chemin des esprits», non loin des tombeaux des treize empereurs Ming, dans les montagnes au nord-ouest de Pékin. Notre gardien représente plus précisément Virudhaka, le «grand homme» qui gouverne au sud. Appuyant sa main droite sur une épée, il apparaît avec pompe et magnificence. Quant à son casque, il s’anime de dragons, emblèmes par excellence de la dignité impériale. Notre statue, fondue à la cire perdue avec une grande maîtrise, présente encore des traces de polychromie notamment de rouge au niveau de la bouche et des yeux. Juchée sur un socle monticule, elle se distingue par sa facture élégante, par le travail de sa ciselure et par la qualité de son bronze. En dépit de quelques manques, notamment à l’écharpe, elle était adjugée en moins de deux minutes. Elle retrouvera bientôt sa terre natale puisqu’un acheteur chinois s’en est porté acquéreur.
Clermont-Ferrand, samedi 13 décembre.
Anaf -Jalenques - Martinon - Vassy SVV. M. Portier TH. Mme Buhlmann.
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Jeune Femme au chapeau et visage d’enfant, huile sur toile, 23 x 18,5 cm.
Frais compris : 287 960 €.

Renoir et Vollard
On reconnaît sans l’ombre d’une hésitation la touche du grand Renoir dans cette petite huile sur toile décrivant une jeune femme vue de dos, de trois quarts, et un enfant en costume sombre, les joues empourprées. Attendue entre 100 000 et 150 000 €, elle était poussée jusqu’à 230 000 €. Elle a appartenu à Ambroise Vollard, puis à Robert de Galéa, le fils de la maîtresse du célèbre galeriste. Ce dernier est notamment immortalisé par Renoir dans une huile sur toile de 1908, conservée à l’Institut Courtauld à Londres et le figurant inspectant une statuette d’Aristide Maillol, une Femme accroupie sculptée en 1900. Notre toile est ensuite passée dans les mains d’un collectionneur et une galerie new-yorkaise avant que sa dernière propriétaire ne l’acquière, en 1975, chez Daniel Malingue à Paris. Renoir a rencontré Vollard vers 1895. Le jeune galeriste commence à lui acheter des œuvres et devient rapidement l’un de ses principaux marchands. L’artiste n’a jamais caché son admiration pour les maîtres des siècles passés. En 1919, dans un livre consacré à la vie et à l’œuvre du peintre, Vollard rapporte ces propos : «Vers 1883, il s’est fait comme une cassure dans mon œuvre. J’étais allé jusqu’au bout de l’impressionnisme et j’arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner. En un mot, j’étais dans une impasse». Pour en sortir, il va se ressourcer auprès des anciens, notamment les peintres français comme Jean-Honoré Fragonard et François Boucher. Si notre toile conserve par sa palette et sa touche les traces de l’héritage impressionniste, elle est aussi redevable par ses tonalités chaudes à cette source rococo.
Lundi 8 décembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud SVV. M. Lorenceau.
Willem de Kooning (1904-1997), Untitled, peinture sur papier, 65,5 x 56 cm.
Frais compris : 207 690 €.
Willem de Kooning
À 165 000 €, l’estimation était dépassée pour cette peinture sur papier de Willem de Kooning. Elle avait été acquise par le vendeur auprès de la galerie Van Langenhove à Gand… Une source qui se rapproche des racines de l’artiste. Rotterdam est sa ville natale, où il apprend le métier de peintre décorateur. En 1926, il part clandestinement pour les États-Unis, où il s’immerge dans l’atmosphère de Greenwich Village, le cœur de la scène artistique new-yorkaise. Notre homme y fait notamment la connaissance de Sidney Janis, John Graham et Arshile Gorky. En 1936, il décide de se consacrer uniquement à la peinture et développe une première série importante, des figures masculines semi-abstraites inscrites dans un espace difficilement identifiable. Suivent au début des années 1940 des figures féminines déformées et des natures mortes plus abstraites, l’expérience de l’automatisme surréaliste l’orientant, à partir de 1946, vers des abstractions en noir et blanc et des œuvres biomorphes plus ouvertes. L’année suivante, il partage un atelier avec Gorky, tous deux s’intéressant aussi bien à l’abstrait qu’au figuratif. L’œuvre riche et polymorphe du peintre va osciller entre ces deux pôles, quelquefois à contrecourant des tendances dominantes. Laissons pour terminer la parole à Philippe Sollers : «La contemplation d’un dessin, d’une toile ou d’une sculpture de De Kooning oblige au flash intérieur, donne la sensation d’avoir traversé un orage précis, c’est un art de la convulsion (en cela très proche de Van Gogh), une affirmation se montre, faisant apparaître les autres comme trop lents ou simplement déprimés.»
Mardi 9 décembre, Atelier Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV.
Qi Baishi (1864-1957), Coq et celosia cristata, dite « amarante crête-de-coq », vers 1955, encre noire et encres polychromes sur papier, 97,5 x 38 cm.
Frais compris : 814 440 €.
Qi Baishi
En 2012, Qi Baishi défrayait la chronique en étant l’un des deux artistes chinois – avec Zhang Daqian – à présenter un cumul de résultats de l’année supérieur, selon les chiffres d’Artprice, à celui de Picasso. L’essentiel de ceux-là étaient récoltés en Chine. Notre œuvre sur papier vendue à Paris, reproduite page 59 de la Gazette n° 42, obtenait 660 000 €, d’après une estimation haute de 250 000. Elle a été exécutée vers 1955, à la toute fin de la longue carrière du peintre, et porte une dédicace au premier ministre des Affaires étrangères de l’Inde indépendante, Anil Kumar Chanda, et son épouse, l’artiste Ranee Chanda. L’usage audacieux de la couleur s’impose dans son travail par l’assimilation de l’exemple de Wu Changshuo (1844-1927), qu’il a connu par l’intermédiaire de Chen Shizeng (1876-1923), peintre l’ayant émancipé de la manière imitative et minutieuse du gongbi… apprise auprès de Hu Qinyuan (?-1914). Le rouge dit «occidental» utilisé dans notre composition est l’une des innovations introduites par Wu Changsho dans la peinture à l’encre. Dans les années 1920, il devient l’un des catalyseurs de l’émancipation de Qi, qui va transformer sa manière de peindre en utilisant notamment des fleurs rouges en contraste avec les feuilles d’encre. Cette radicalité se tempérera ensuite par l’élargissement de sa palette, qui va accentuer le naturalisme de ses œuvres, comme dans le cas de notre coq. Ce gallinacé est rare dans le corpus du peintre, davantage connu pour ses poussins, alors même que, par homophonie, son nom peut signifier «de bon augure» ou «accomplissement». Suivant son attitude, le coq possède d’autres significations. Dans notre peinture, associé à la bien nommée amarante crête-de-coq, il souhaite à ces dédicataires «honneurs, titres et postérité», trois vœux formulés à l’occasion d’un voyage officiel à Pékin des Chanda. Si l’artiste s’est spécialisé dans le genre des fleurs et oiseaux, il a également peint des portraits et des paysages.
Mardi 9 décembre, Espace Tajan.
Tajan SVV. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.
Odilon Redon (1840-1916), Pégase, pastel sur papier, 67,4 x 48,7 cm.
Frais compris : 488 280 €.
Redon pedigree Philipon
Aidé par son sujet, ce pastel d’Odilon Redon s’envolait à 390 000 €. Reproduit page 66 de la Gazette n° 42, notre Pégase était alors assorti d’une estimation de 150 000 à 200 000 €. On admire la maîtrise avec laquelle l’artiste a exécuté son sujet, usant d’une large gamme de couleurs, qui, au final, se fondent en une lumineuse harmonie. Piaffant sur son rocher, Pégase est prêt à s’élancer dans les airs. Outre ses qualités esthétiques, notre pastel affiche un pedigree de choix. C’est la première fois qu’il affronte le marché depuis son acquisition par un ami et mécène de Redon, le comte René Philipon. Grand officier de l’ordre équestre du Saint-Sépulcre, rentier et collaborateur de la revue L’Initiation, sous le pseudonyme de Jean Tabris, le collectionneur était aussi entomologiste et spécialiste des sciences occultes. Il sera l’éditeur, après Jounet, de la bibliothèque rosicrucienne d’Henri Chacornac. En 1896, le comte traduit La Maison hantée d’Edward Bulwer-Lytton, le texte étant illustré de six lithographies d’Odilon Redon. Le tirage de l’ouvrage est des plus confidentiels, soixante exemplaires. Les deux hommes se sont rencontrés en 1894, sans doute chez Edmond Bailly, membre de la Société théosophique et propriétaire d’une librairie devenue l’un des hauts lieux du mouvement hermétiste, où l’on croisait entre autres Gustave Moreau, Félicien Rops, Erik Satie ou encore Mallarmé. Philipon devient dès lors le collectionneur le plus actif de Redon. Il léguera à l’État plusieurs de ses œuvres, dont le Vieil Ange et le Vase de fleurs conservés au musée d’Orsay. À sa mort, notre pastel est passé à son légataire universel, Charles Dupuy, puis aux héritiers de son épouse.
Jeudi 11 décembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Christophe Joron-Derem SVV.
Art grec, probablement attique, début du Ve siècle av. J.-C. Marbre anciennement polychrome, h. 26 cm.
Frais compris : 325 000 €.

Korê archaïque
Estimée autour de 40 000 €, cette tête de korê séduisait les enchérisseurs au point de susciter des joutes lui permettant d’en atteindre 260 000. De quoi justifier le franc sourire qui éclaire le visage de notre korê. Rappelons que ce terme signifie simplement «jeune fille» et qu’il a été utilisé, à l’époque moderne, pour désigner les figures féminines de la statuaire grecque archaïque. Contrairement à leurs pendants masculins, les kouroï, toujours représentés nus, les kouraï sont pour leur part figurées vêtues. Durant un siècle et demi, ces deux grands types de statuaires restent immuables, leur diversité se révélant dans les détails des vêtements et de la chevelure, qui permettent à chaque atelier d’exprimer sa singularité, et de définir des types. Notre tête date du début du Ve siècle et a probablement été réalisée dans la région d’Athènes. Cette cité a laissé beaucoup de koraï, ces statues votives étant dédiées aux divinités de leur sexe, ici Athéna Polias. On en connaît de nombreux exemplaires, le saccage de l’Acropole par les Perses, en 480, ayant entraîné l’enfouissement des sculptures profanées dans ce qui a été appelé «la fosse des Perses», découverte en 1885-1886. Le visage souriant de notre marbre relève de l’influence de l’art ionien, sa coiffure présentant une frange méchée et de longue mèches ondulées qui devaient retomber sur ses épaules, comme dans le cas de la célèbre petite korê ionienne du sanctuaire d’Athéna Polias de l’Acropole d’Athènes, conservée au Musée de l’Acropole. Cette dernière, au style volontiers qualifié de flamboyant, a gardé plus qu’aucune autre ses couleurs d’origine. La pureté marmoréenne de la nôtre, plus sage, n’est due qu’à l’épreuve du temps.
Mercredi 10 décembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Delorme, Collin du Bocage SVV. Mme Prévot, M. Aspa.
Égypte, Basse Époque (750-332 av. J.-C.). Statue momiforme représentant Osiris, bronze, h. 79,5 cm.
Frais compris : 150 000 €.
Un Osiris en bronze
En recueillant 120 000 €, cette représentation en bronze du dieu Osiris respectait sa fourchette estimative. L’œuvre date de la Basse Époque et semble provenir, selon l’étude de Günther Roeder consacrée aux figures égyptiennes en bronze parue à Berlin en 1956, de Haute-Égypte… ce que pourrait attester son ancienne provenance, la collection Sayed bey Khashaba, dans les années 1910-1920. À Assiout, à mi-chemin entre Le Caire et Louxor, sur la rive occidentale du Nil cet homme a réalisé des fouilles dans sa moudiria, y découvrant des objets. Les plus importants d’entre eux furent déposés dans un musée qu’il a créé, explique Gaston Maspero dans son rapport de 1913. L’année suivante, dans les Annales du service des antiquités de l’Égypte, l’un des premiers égyptologues du pays, Ahmed bey Kamal, rédige un rapport sur les fouilles de Said bey Khachaba au Déîr-el-Gabraouî. La région d’Assiout a livré plusieurs chefs-d’œuvre de l’art égyptien. Concernant les fouilles qui nous intéressent, l’Ashmolean Museum d’Oxford conserve une tête masculine en bois (h. 4,8 cm) de la VIe dynastie datant du règne de Pepi II (2246-2152 av. J.-C.), collectée le 15 mai 1913 par Kamal pour Khashaba. Notre sculpture est exceptionnelle par sa taille. La barbe postiche – dès l’origine fondue à part – et la couronne atef sont refaites. Le crochet, le flabellum nékhéka à triple lanière et les yeux étaient incrustés de pâte de verre. Le culte d’Osiris, dieu de la régénération et de la renaissance, a toujours été très actif dans la Haute-Égypte. Abydos, au sud d’Assiout, était la porte reliant l’univers des vivants au monde souterrain. S’y tenait une grande procession annuelle en l’honneur du dieu, qui avait lieu entre le retrait des eaux du Nil et les semailles. Pas moins de neuf ou dix temples lui étant dédiés ont été construits sur le seul site de la ville, entre la Ire et la XXVIe dynastie. Rappelons qu’Osiris, fils de Geb (la Terre) et de Nout (le Ciel), a été assassiné par son frère Seth et ramené à la vie par sa sœur et épouse, Isis, aidée d’Anubis. Aussi règne-t-il sur le monde souterrain.
Mercredi 10 décembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Kunicki.
Chine, époque Guangxu (1875-1908), fin du XIXe siècle. Vase meiping en porcelaine bleu lavande avec marque apocryphe de Kangxi (1661-1722) en kaishu sur la base, h. 21,5 cm.
Frais compris : 659 200 €.
Bleu lavande
Ce vase meiping, revêtu d’un émail d’un bleu des plus délicats, était estimé pas plus de 2 000 €. Il inspirait, à l’opposé de la sérénité qui en émane, une homérique bataille d’enchères qui lui permettait au final d’accrocher 515 000 €. Il date du XIXe siècle, sous le règne de l’avant-dernier souverain de la bimillénaire histoire impériale chinoise, Guangxu. Il porte une marque apocryphe de Kangxi, faisant ainsi le grand écart au sein de la dynastie Qing ! Objet de toutes les attentions depuis les Song (960-1279), la production de porcelaines continue sous les Qing à se perfectionner, de nouvelles couleurs apparaissant – famille verte et famille rose – et les autres voyant s’élargir les nuances disponibles, de la plus vive à la plus ténue. Sous le court règne de Yongzheng (1723-1735), les couvertes monochromes font l’objet de recherches leur permettant d’arborer de délicates teintes bleu pâle ou céladon dignes des Song, dynastie sous laquelle la céramique atteignit un niveau proche de la perfection, et devint l’une des expressions les plus accomplies de la philosophie et de la spiritualité chinoises. C’est sous les Song que la forme meiping, née sous les Tang (618-907) et évoquant le corps d’une jeune femme, prend son nom, qui signifie «vase prunier», puisqu’elle est utilisée pour présenter une branche de cet arbre en fleur. Elle redevient très en vogue sous les Ming et adopte fréquemment des teintes bleues sous couverte. La pureté formelle de notre vase est soulignée par la présence de deux motifs, en léger relief, évoquant le profil d’un sceptre ruyi.
Mercredi 10 décembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.
Probablement Naples, début du XVIIIe siècle. Paire d’aiguières casque en écaille incrustée de nacre et piquée d’or, h. 27,5 cm.
Frais compris : 274 560 €.
Objets de grand goût
Vous aurez probablement reconnu cette paire d’aiguières casque ayant déjà fait l’objet d’un article page 53 de la Gazette n° 42, où elles étaient estimées entre 100 000 et 120 000 €. Elles faisaient l’objet de vifs débats, puisque 240 000 € étaient finalement prononcés. Elles avaient déjà défrayé la chronique des enchères en récoltant 265 000 F (environ 78 870 € en valeur réactualisée) le 18 avril 1983 dans la dispersion de la collection d’un médecin, qui totalisait 8,4 MF (2,5 M€ en valeur réactualisée) à Drouot. Elles étaient alors acquises par un collectionneur étranger. Nos aiguières étaient ce jour-là accompagnées d’un objet de même époque réalisé en écaille incrustée de nacre et piquée d’or, une boîte de forme contournée (l. 23 cm), adjugée 80 000 F (environ 23 800 € en valeur réactualisée). Elles ont probablement été réalisées à Naples, ville où cette technique a sans doute vu le jour, vers la fin du XVIe siècle. Elle s’y est ensuite développée pour atteindre son apogée, mais a également essaimé en Italie et en Allemagne. Ce type de pièce a toujours eu la faveur des grands amateurs, la cour d’Angleterre en étant elle-même très friande au siècle des Lumières. Dans le tome II du dictionnaire d’Havard paru en 1890, on trouve mention d’une aiguière casque et de son bassin en écaille piquée d’or, signé d’un certain Laurenti, un artiste napolitain de la fin du XVIIe siècle. Le Victoria & Albert Museum conserve une aiguière et un plat mettant en œuvre la même technique avec un décor similaire à nos pièces, que l’on retrouve également sur des plateaux, un encrier, une tasse ainsi qu’un présentoir figurant à Waddesdon Manor, dans la collection de James de Rothschild. Vous avez dit grand goût ?
Mercredi 10 décembre, Salle 14-15 - Drouot-Richelieu.
Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV, Farrando SVV. M. Lepic.
René Lalique (1860-1945), broche en or, émail en plique-à-jour et diamants ronds de taille ancienne, certains taillés en huit-huit et rose, vers 1898, poids 16 g, 4,2 x 8,3 cm.
Frais compris : 106 420 €.
Femmes je vous aime !Cette broche de René Lalique, estimée entre 20 000 et 30 000 €, s’envolait à 85 000 €. Elle donne vers 1898 la version en or et émail parsemé de diamants, par l’«inventeur du bijo
Cette broche de René Lalique, estimée entre 20 000 et 30 000 €, s’envolait à 85 000 €. Elle donne vers 1898 la version en or et émail parsemé de diamants, par l’«inventeur du bijou moderne», selon Émile Gallé, de l’éternel féminin… Ses créations témoignent de son amour des femmes. En 1890, il rencontre sa deuxième épouse, Augustine-Alice Ledru, fille du sculpteur Auguste Ledru. Elle devient sa muse et lui inspire des broches et des pendants arborant son gracieux profil. Elle n’est pas la seule à l’inspirer, la femme Lalique étant tantôt fatale ou virginale. Elle se fait souvent mystérieuse, n’hésitant pas à se montrer parfois inquiétante, tout en étant toujours sensuelle et troublante. Une véritable héroïne symboliste qui n’hésite pas à hybrider avec le règne végétal ou animal, comme le montre notre femme-papillon. Ailes déployées, elle semble sortir de l’onde marine qui bouillonne à ses pieds. La légèreté et la transparence vont de pair avec la technique utilisée par le créateur, le plique-à-jour. Rappelons qu’il s’agit d’un émail cloisonné dont le fond en métal a été retiré après cuisson de l’objet. Nymphe, sylphide ou elfe, notre beauté est une véritable sculpture miniature. Un hasard ? Dès 1891, Lalique collabore avec un certain Auguste Rodin, chez lequel travaillent comme praticiens le père et le frère de sa future épouse. Cette dernière est donc une muse à plus d’un titre… En 1882, elle donne naissance à leur fille Suzanne et en 1900, à leur fils Marc. Le couple se marie deux ans plus tard, mais Augustine-Alice décède en 1909. À cette époque, l’artiste expérimente le verre, ce qui l’amènera à abandonner les bijoux. Une page est tournée…
Mercredi 10 décembre, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Audap-Mirabaud SVV. Cabinet Serret - Portier.
Jean Dubuffet (1901-1985), Tape à l’œil, gouache sur papier monogrammée et datée 1962, contresignée et dédicacée au dos sur l’encadrement, 50 x 67 cm.
1 127 480 € frais compris.
Coup d’éclat pour Dubuffet
Cette toile de Jean Dubuffet ne se contentait par d’atteindre son but, loin de là… Titrée Tape à l’œil, elle se faisait en effet remarquer en étant bataillée à plus du double de son estimation, soit 920 000 €. L’œuvre est dédicacée à Henri-Pol Bouché, qui a traduit et préfacé l’ouvrage des Publications de la compagnie de l’art brut consacré à Adolf Wölfli, un artiste suisse schizophrène révélé par Dubuffet. Emblématique des réflexions de ce dernier sur notre société, dont il dénonce les normes étouffant la création, ce tableau revêt presque une dimension de manifeste. Les façades de cette rue aux couleurs ludiques, croquée avec la frénésie d’un graffiti, sont autant de cellules pour les personnages visibles à travers les vitrines, dont les enseignes aux noms de «gratte-morpion» ou de «sagouin» servent de révélateur. La révolution de la représentation est en marche, au propre comme au figuré. Anselm Kiefer délivrait lui aussi un message à travers son ésotérique Hortus philosophorum de 2011, emporté pour 225 000 € (voir Gazette n° 43, page 119). La violence y est plus allusive, évoquée par une nature stérile où évolue un serpent, en référence aux mythes de la culture occidentale. Changement d’atmosphère avec Serge Poliakoff, dont le diptyque Bleu et blanc de 1959 mettait de côté la spiritualité pour ne faire appel qu’aux sens des spectateurs. Sensible au travail de la lumière et des formes jouant entre elles, l’un d’eux déboursait 320 000 €. Une palette relativement neutre, tout en nuances pour laisser libre cours à l’imagination, charmait également les amateurs de Zao Wou-ki ; sa toile de 1966, titrée 9.4.66, était emportée pour 165 000 €. À l’opposé, Maurice Estève misait sur une explosion de couleurs, qui réussissait à son huile de 1983, Ameland, décrochée à 140 000 €.
Dimanche 14 décembre, Versailles. Versailles Enchères SVV.
Jean Dit Cazaux & Associés, Sahuquet, Royère SVV.
Jules Leleu (1883-1961), Meuble à hauteur d’appui, placage d’écaille de tortue souligné d’un filet de laiton, estampillé « J. Leleu », 130 x 81 x 41 cm.
Frais compris : 260 400 €.
Record mondial pour Leleu
Ce petit meuble raffiné,espéré prudemment autour de 15 000 €, répondait pleinement à ses attentes. Présenté en 1957, il n’a été réalisé qu’en cinq exemplaires. Notre modèle, entré dans une collection particulière du sud de la France et resté dans la descendance, était inédit sur le marché. Proposé en bon état – hormis quelques manques au placage –, il est estampillé de Jules Leleu, à la fois peintre, sculpteur et décorateur. Ses ateliers, installés à Boulogne-sur-Mer et dirigés par son frère Marcel, créent aux premières décennies du XXe des meubles sobres, savamment équilibrés. Ils présentent des silhouettes épurées et élégantes, loin de l’exubérance du mobilier art nouveau. Ils affichent des lignes droites, sans pour autant renoncer à l’ornement. S’inspirant particulièrement du style Louis XVI, ils parviennent à un subtil accord entre les rapports de tons et l’équilibre des formes. Après une première galerie ouverte à Paris en 1924, la maison Leleu contribue par ses exportations à la renommée de l’art français, en étant ensuite présente à New York. Participant à l’aménagement de somptueux paquebots, elle atteint un renom international au milieu du XXe siècle. À cette époque, l’entreprise Leleu reçoit toujours de prestigieuses commandes, comme la salle à manger privée du palais de l’Elysée sous la présidence de Vincent Auriol. Quant à notre meuble à hauteur d’appui, daté de 1957, il a été réalisé au moment où Leleu conçoit les aménagement de la villa Medy Roc, au cap d’Antibes, sur la baie des Milliardaires. Avec l’aide des meilleurs artisans de l’époque, elle célèbre le savoir-faire français. D’un fini impeccable, notre meuble ouvre par une porte galbée en façade. Attaché à la tradition du raffiné, Leleu emploie des matériaux rares et précieux, comme ici l’écaille de tortue, jouant des effets décoratifs. Notre meuble, pulvérisant ses espérances, part enorgueillir la demeure d’un amateur étranger et inscrit un record mondial pour Jules Leleu.
Toulouse, jeudi 11 décembre.
Marambat - De Malafosse SVV.
Bernardino Lanino (vers 1512-1583), Madone et Enfant, huile sur panneau de bois rectangulaire, 44 x 37,7 cm.
Frais compris : 153 750 €.
Madone piémontaise
Cette radieuse Vierge à l’Enfant, indiquée autour de 60 000 €, enflammait bien des cœurs lors d’une vente dominicale lyonnaise organisée à la salle Nogaret. Inédite sur le marché, elle avait été découverte fortuitement lors d’un inventaire de succession et attribuée à Bernardino Lanino, un des maîtres de l’école piémontaise du Cinquecento. Disciple, puis associé de Gaudenzio Ferrari, il le rejoint à Milan, vers 1540, où il réalise un ensemble remarquable de fresques à la chapelle San Giorgio, dans la basilique Saint-Ambroise. Découvrant aussi l’œuvre de Léonard, il se montre plus attentif à la traduction de la lumière, davantage soucieux de l’expression des personnages. Trouvant son propre style, il va dorénavant unir des qualités opposées de naturel et d’idéal, de dignité et de simplicité. Travaillant pour des églises et des couvents lombards, il peint aussi de petits tableaux de chevalet que lui commandent des particuliers. Notre panneau de dévotion, réalisé vers 1540-1545, est un bel exemple parfaitement réussi des enjeux de l’art à la Renaissance. Il s’agit de concilier la pensée du christianisme, le culte de la beauté et les thèmes scientifiques de l’ère nouvelle comme la perspective. Bernardino Lanino représente Marie selon les critères esthétiques du temps. Illustrant un verset du Cantique des cantiques, elle se révèle «belle comme la lune» et apparaît ainsi proche des madones léonardesques : son beau visage, à l’ovale délicatement dessiné, s’auréole d’une chevelure ramassée en un chignon. Tout en contemplant l’Enfant Jésus et l’agneau, emblème futur de la Passion de son fils, elle présente un livre, sur lequel on peut lire le psaume 70, implorant la venue d’un sauveur. Bernardino Lanino invite ainsi à méditer sur l’un des mystères essentiels du christianisme. Par-delà le message religieux, notre tableau représente aussi une scène familière, un moment de bonheur entre une mère et son fils. Le minutieux réalisme, le sentiment de douceur ineffable et la finesse extraordinaire de la composition incitèrent un acheteur français à l’acquérir au triple de ses estimations.
Lyon, dimanche 14 décembre.
Bérard - Péron - Schintgen SVV. Cabinet Turquin, M. Pinta.

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