La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Chine, époque Kangxi (1662-1722). Porte-pinceaux bitong en bambou sculpté en haut relief de scènes de la légende
des sept lettrés dans la forêt de bambous et d’enfants, signé Gu Jue, cachet Zong Yu, h. 17, diam. 16,5 cm.
Adjugé : 1 574 950 €
Record mondial pour un objet d’humilité
Les ventes d’art asiatique se suivent et si elles ont bien un point commun, outre leur thématique naturellement, ce sont les résultats, qui ne manquent jamais de surprendre. Principe répété mercredi 19 avril. Ce pot à pinceaux en bambou, mis en avant par la Gazette n° 15 page 48, sortait ses encres pour écrire son histoire à 1 574 950 € et tracer un record du monde pour un objet de ce type et dans ce matériau. Cette adjudication, accompagnée d’autres beaux prix, permettait à la vacation de récolter 2 354 475 €. L’objet avait tout pour séduire une clientèle chinoise friande de pièces d’exception : réalisé en bambou, un matériau symbole d’humilité et d’esprit pur, il présentait en haut relief des scènes de la légende des sept lettrés dans la forêt de cannes et portait le cachet Zong Yu, ainsi que la signature de Gu Jue, l’un des suiveurs de l’école de sculpture sur bambou de Jiading. Mesurant 17 cm de hauteur, ce qui est une taille plus qu’honorable, il datait de surcroît de l’époque de Kangxi (1662-1722), ce «Roi-Soleil» chinois qui, en soixante-deux années de règne, porta l’Empire à son zénith. Une pluie de vertus qui transportaient ce précieux récipient parmi les nuages flottants… Les lettrés connaissent sous Kangxi une véritable période de plénitude, ayant de celui-ci – fin connaisseur des belles lettres et des arts, et par ailleurs conscient de leur pouvoir et de l’intérêt qu’ils présentaient – une écoute. Il faut bien se souvenir qu’ils tenaient en Chine une place suréminente et que la conquête du pouvoir passait souvent par leur entremise. Ces hommes prenaient aussi des risques à tant s’exposer politiquement et le payaient parfois au prix fort de l’exil et de la mort. Afin d’asseoir sa légitimité, Kangxi, qui n’est que le deuxième souverain de la dynastie mandchoue des Qing, cherche à gagner à sa cause les élites nationales – chez lesquelles les sentiments pro-Ming sont encore très présents – et pour cela, multiplie les actions tendant à les favoriser. Il va les associer à divers grands projets historiographiques et en 1679, organise un examen spécial pour les plus prestigieux lettrés, les amenant à se séparer des influences culturelles du passé. Fine stratégie qui inscrit la Chine dans le cercle des grandes puissances économiques, culturelles et scientifiques et qui n’en finit pas de diffuser ses fruits féconds trois siècles plus tard…
Mercredi 19 avril, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. Cabinet Portier et Associés.
Louis Hayet, Au café, 1887-1888, technique mixte sur calicot, 21 x 17 cm.
Adjugé : 171 450 €

 
La symphonie des couleurs de Louis Hayet
Les neuf œuvres de Louis Hayet (1884-1940) provenant de la collection de Régine et Guy Dulon totalisaient 533 400 €, replaçant l’artiste au cœur du marché de l’art et invitant à se souvenir que, à la fin du XIXe siècle, les critiques le positionnaient à l’égal des plus grands. Ce qui n’est que justice pour celui qui deviendra le théoricien du néo-impressionnisme. Au café, la technique mixte sur calicot de 1887-1888 dont la touche colorée vibrait en couverture de la Gazette n° 15 du 14 avril, décrochait un record du monde à 171 450 €. Une belle consécration et pour le peintre et pour le couple de collectionneurs, puisque ces derniers n’ont eu de cesse de rappeler son importance – Guy Dulon est l’auteur, avec Christophe Duvivier, directeur des musées de Pontoise, de Louis Hayet, peintre et théoricien du néo-impressionnisme (1991). Un rôle mis en avant encore par les 63 500 € d’un coffre comprenant quatorze planches de bandelettes de 1888, un Atlas chromatique réalisé par l’artiste avec des bandes de papier peintes en contraste, collées sur carton et utiles pour le rapport de diffraction des couleurs… Mais
également par les 33 020 € de Huit coupes de cercles chromatiques. L’intégration des gris. Grâce à ses recherches, Hayet produit des compositions magistralement orchestrées, pleines d’émotion et d’harmonie. Le Paysage lacustre, un carton, malgré sa petite taille (18 x 20 cm), en est une parfaite illustration. 95 250 € et une belle lumière irradiaient, le plaçant à la troisième place des œuvres de ce maître reconnu.
Vendredi 21 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello OVV. Cabinet Brame et Lorenceau.
Venezuela, 1873 et 1874. Venezolano, 50 centavos, 20 centavos et 10 centavos, argent (1 reproduite).
Adjugé : 200 000 € (l'ensemble de 4)
Monnaies de la collection C.
Comme cela vous avait été rappelé dans la Gazette n° 15 page 53, il s’agissait de la seconde partie de la vente de la très importante collection de monnaies françaises et étrangères C., formée au XIXe siècle. Le premier opus, tenu le 21 novembre 2014, avait rapporté 1,2 M€, celui-ci dardant ses rayons d’or et d’argent à 2 186 837 €. La folie des grandeurs s’emparait du milieu plutôt discret des numismates mais avec raison, puisque la grande majorité des pièces proposées bénéficiaient, outre cette belle provenance, d’une rare qualité. Ainsi que le rappelait l’expert Thierry Parsy, si «le marché est exigeant, il est prêt à s’emballer pour les très belles pièces». Or, ici, tout était de la plus haute teneur, doublée pour certaines pièces d’un prestigieux pedigree, dont celui de la collection Gariel, vendue aux enchères en 1885. Contre toute attente, les rois Louis XIV, Sigismond III de Pologne et Ferdinand III d’Autriche étaient coiffés au poteau par quatre exemplaires de 3 centavos et d’un venezolano en argent, frappés en 1874. 200 000 € venaient couronner cette série des plus rares, d’une qualité exceptionnelle, à l’instar des autres pièces de cette collection décidément peu ordinaire. Les monnaies vénézuéliennes anciennes sont très rares sur le marché et particulièrement convoitées par le marché américain. On est loin de l’inflation galopante qui touche le pays aujourd’hui et qui a entraîné une dévaluation historique de sa devise, le bolivar… Pour revenir en Europe, le 5 ducats d’or de 1614, à l’effigie en buste de Sigismond III (1587-1632), s’affichait à 56 250 €. Ce monarque introduisit l’habitude de frapper des pièces dites «donatives» à Dantzig. Il s’agissait de médailles d’or à valeur monétaire destinées à être offertes par les magistrats soit au roi, soit à de hauts personnages, à l’occasion d’événements politiques. En Pologne encore, il faut relever les 43 750 € d’un ducat d’or de 1813 au profil de Frédéric Auguste (1807-1815) et, plus loin vers le grand Est, les 40 000 € d’un rouble en argent de 1762, datant du très court règne (six mois) de Pierre III. Plus au sud cette fois, la péninsule italienne s’illustrait avec les 52 500 € d’un carlin d’or de 5 doppie, une monnaie créée par Charles Emmanuel III, célèbre numismate. Celui-ci était à l’effigie de son fils, Victor-Amédée III (1773-1796). Royal, forcément !
Mercredi 19 et jeudi 20 avril, salle 15 - Drouot-Richelieu.
Muizon - Rieunier OVV. M. Parsy.
Mela Muter (1876-1967), Les Tournesols sur la nappe rayée, huile sur toile, 80 x 80 cm.
Adjugé : 79 380 €
Les fleurs épanouies d’une belle artiste
La Gazette l’avait prédit (n° 15, page 54). Les tournesols de Mela Muter (1876-1967) ont rayonné bien au-delà de leur estimation de 15 000 à 20 000 €, avant de se laisser cueillir à 79 380 €. La toile s’installe ainsi à la quatrième place des résultats de l’artiste, les trois premières étant tenues par des tableaux mettant en scène des personnages, l’une de ses autres spécialités, avec les paysages et les bouquets. Native de Pologne, Maria Melania Mutermilch, de son nom de pinceau Mela Muter, s’épanouit à l’instar de ces fleurs jaunes dans le Montparnasse d’avant-guerre, et devient l’une des figures de la première école de Paris. Le grand marchand Ambroise Vollard s’intéresse à son art – on dit qu’il appréciait tout particulièrement le portrait qu’elle fit de lui en 1916 ! Sa carrière est lancée, le succès est au rendez-vous et ne se démentira plus. Mela obtient la nationalité française en 1927, mais n’en oubliera pas pour autant ses racines et sera toute sa vie active au sein de sa communauté d’origine, exposant aux manifestations de la Société des artistes polonais et entretenant des liens étroits avec ses amis intellectuels restés à Varsovie. Mela Muter est l’une des premières femmes à s’être consacrée à la peinture en Pologne.
Vendredi 21 avril, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Crait + Müller OVV. Cabinet Chanoit.
Sculpture de divinité du riz bulul, représentant un homme assis, culture Ifugao, nord de l’île Luçon, Philippines, bois à patine d’usage, h. 63,5 cm.
Adjugé : 21 250 €
Le Penseur version art océanien
Dans une vente consacrée à l’art tribal, deux collections se démarquaient. La première, anciennement de M. Pierre Fauré – expert près des tribunaux et antiquaire toulousain –, démontrait sa fascination pour les marottes de danse kuyu du Congo, les kebe kebe, dont la marionnette reproduite dans la Gazette n° 14, page 52, s’agitait jusqu’à 6 000 €. Douze pièces concentrées sur les arts africain et océanien constituaient la seconde, celle de Mme Godard-Lacroix. Elle révélait une jolie découverte avec cette sculpture de divinité du riz bulul en bois, montrant une belle patine d’usage. Une figure masculine y est représentée assise, en position de penseur, sur un socle symbolisant le mortier. Acquis probablement à la galerie Alain Schoffel, cet artefact réalisé aux Philippines, dans le nord de l’île Luçon, retenait 21 250 €. Cette terre émergée, la plus grande de l’archipel philippin, abrite les Ifuago. Ils ont façonné son paysage en sculptant, sur ses flancs de coteaux, les célèbres rizières. C’est dire si la culture du riz y est essentielle ! Elle se traduit par des rituels régissant leur vie culturelle et religieuse et la production de statues anthropomorphes, censées veiller sur les semences, puis sur les récoltes. Leur réalisation étant très onéreuse, ces œuvres étaient transmises de génération en génération et précieusement conservées. Fabriquées dans du bois lourd, elles conjuguent stylistiquement un certain naturalisme avec une grande intériorité.
Vendredi 14 avril, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV. M. Levy.
Jean Ranc (1674-1735), Portrait de Madame Bonnier de La Mosson et Portrait de Joseph Bonnier de La Mosson, deux huiles sur toile, 146 x 114 cm chacune.
Adjugé : 37 200 € (la paire)
Les époux réunis en peinture
Cette vente se déroulant à la demande d’une autorité de justice européenne proposait un accrochage de dessins et tableaux anciens ainsi que de sculptures de la Haute Époque, aux sujets essentiellement religieux. Une Vierge à l’Enfant, un bas-relief donné à Neri di Bicci (1419-1492) d’après une œuvre de Desiderio da Settignano (vers 1430-1464), exprimait sa dévotion à 55 800 €, et un Christ nu (h. 80 cm, l. 86 cm) – représentation inusitée – en bois sculpté polychrome, exécuté à Florence vers 1500, se détachait à 55 800 €. La surprise venait d’une autre Vierge à l’Enfant (76 x 49 cm), un panneau de chêne donné à une école anversoise vers 1560, de l’entourage de Pieter Coecke van Aelst et porté à 27 280 €. Quant aux portraits de Jean Ranc (1674-1735) immortalisant le couple Bonnier de La Mosson (reproduits ci-contre et page droite), présentés séparément au catalogue, ils étaient finalement réunis pour être vendus et réalisaient 37 200 €. Ranc est natif de Montpellier, où il a effectué la plus grande partie de sa carrière avant de quitter la France pour la cour d’Espagne. Au cours de cette première période, il exécuta de nombreux portraits élégants marqués par le raffinement de l’art d’Hyacinthe Rigaud, dont celui de Joseph Bonnier de La Mosson et de son épouse. Le modèle masculin, qui possédait la charge convoitée de trésorier des États du Languedoc, consacra une partie de son immense fortune à la protection des artistes. Cette paire n’a pas échappé à la sagacité et à une préemption du musée Fabre de Montpellier, déjà détenteur d’une réplique d’atelier du portrait de monsieur !
Mercredi 19 avril, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Lombrail - Teucquam Maison de ventes OVV. Mme Fligny, cabinets de Bayser et Turquin.
Pierre Garnier (vers 1726-1806), meuble de commande en placage de bois de rose et amarante, décor de bronzes dorés et plateau de marbre rouge griotte, époque Louis XVI, 101 x 145 x 52 cm.
Adjugé : 81 380 €
Dans les yeux de Degas
Dans cette vente aux riches tonalités classiques, on attendait une paire de lustres en bois doré et cristal de roche, fabriqués à Gênes vers 1750 (voir Gazette n° 14, page 51). C’est en fait un meuble de commande, estampillé Pierre Garnier (vers 1726-1806), qui se démarquait en prenant place à 81 380 €. Solidement architecturée, déployant tout le vocabulaire néoclassique cher à l’ébéniste reçu maître en 1742 – grecques, colonnes détachées à cannelures, pastilles, placage uni et sobre, économies de bronzes –, cette création a certainement fait l’objet d’une demande très précise de la part de son commanditaire. Sa structure particulière, présentant douze tiroirs en façade et une serrure centrale permettant la fermeture de l’ensemble, en atteste, tout comme les deux serpents en bronze, qui constituent les poignées de tirage du tiroir en longueur. En revanche, ces éléments ne nous éclairent pas sur sa fonction… La production de Pierre Garnier s’étale sur près de cinquante années : une longévité assez exceptionnelle et qui illustre l’évolution des styles, puisqu’il débute à l’époque du style rocaille triomphant. Avec talent, il saura s’adapter aux fluctuations du goût de ses prestigieux clients, parmi lesquels la famille d’Orléans, la duchesse de Mazarin et surtout le marquis de Marigny – directeur général des Bâtiments et frère de la marquise de Pompadour –, et restera comme l’un des plus ardents promoteurs du style «à la grecque», première étape du retour à l’antique.
Jeudi 13 avril, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur OVV. Cabinet Étienne - Molinier.
Armand Petersen (1891-1969), Hippopotame, modèle créé en 1928, grès de Sèvres, 1955, l. 23,5 cm.
Adjugé : 10 080 €
Fort et fragile tout à la fois
Un hippopotame prenait place dans cet opus titré «CéramiXte». Herbivore, mais pas si paisible qu’il y paraît, ce mammifère appartient au bestiaire du sculpteur Armand Petersen (1891-1969), aux côtés d’un fennec, d’un éléphant d’Afrique, de diverses grues, de dromadaires, d’une antilope à dos rond et de tant d’autres encore. Il en dessine le modèle en 1928 et l’expose la même année au Salon des artistes animaliers à la galerie Brandt, où, vraisemblablement, il sera choisi par la manufacture de Sèvres pour être édité en grès… un matériau qui convient parfaitement à son grain de peau ! Sèvres, durant cette période, est dirigée par Georges Lechevallier-Chevignard. Cet administrateur hors pair saura lui redonner l’image brillante d’une entreprise ouverte à la modernité en faisant appel à des artistes de renom. Cet hippopotame – l’un des neuf exemplaires tirés en 1955, la dernière période d’édition de l’animal – recevait 10 080 €, un résultat tout à fait dans la fourchette de sa cote pour une céramique. Les animaux de Petersen sont cousins de ceux des meilleurs talents des années 1930, un âge d’or, Pompon et Sandoz en tête. Ils en ont le même modelé sensible et vibrant, ainsi qu’une patine lisse les faisant admirer en volume dans la lumière. Ils en diffèrent néanmoins par une sensation d’instantanéité figée, qui les rend intemporels.
Vendredi 21 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Art Valorem OVV. M. Remy.

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