La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Théodore Deck (1823-1891), paire de vases à panse bombée et col évasé en céramique émaillée turquoise, vers 1880-1890, h. 54 cm.
Frais compris : 61 200 €.
Bleu Deck
Cette paire de spectaculaires vases de Théodore Deck vers 1880-1890 emportait la mise dans une vente d’arts décoratifs du XXe siècle. Elle recueillait 48 000 €. Le bleu turquoise qui les recouvre entièrement est typique de ce céramiste, au point de prendre le nom de «bleu Deck». Révélé au Salon des arts et de l’industrie de Paris de 1861, Deck s’est singularisé par des recherches menées sur l’émail, aboutissant notamment à la mise au point de couvertes transparentes non craquelées, présentées à l’Exposition des arts industriels de 1864. N’hésitant pas à pasticher les céramiques islamiques, égyptiennes, chinoises ou japonaises, il va également s’intéresser de très près aux couleurs. C’est un tesson provenant de Perse qui le met sur la piste de ce bleu évocateur. Il l’analyse et découvre que sa composition est complétement différente de ce que l’on produit alors en Europe. Il retrouvera la formule permettant d’obtenir cette couleur intense à la jonction entre le bleu turc, le bleu persan, le bleu égyptien et le bleu chinois, une teinte d’un turquoise profond. Ce sont des peuplades venues d’Anatolie qui véhiculèrent cette technique ne contenant que 5 % de colorants. Le contrôle de la température de cuisson est essentiel pour l’obtention de la couleur. Plutôt que d’utiliser du cobalt, Théodore Deck use de l’oxyde de cuivre, qui, mélangé à l’oxygène, provoque une transmutation chimique. Les recherches sur le bleu de cuivre avaient été initiées par Louis Alphonse Salvétat (1820-1882) à la manufacture de Sèvres, notre céramiste les approfondissant pour en faire un succès aussi bien esthétique que commercial. À noter, le musée de la Faïence de Sarreguemines a consacré cette année une exposition au bleu de cuivre.
Mercredi 8 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV. M. Plaisance.
Pierre Sabatier (1925-2003), Falaise noire, 1973, laiton et étain patiné noir, 300 x 420 x 45 cm.
Frais compris : 124 550 €.
Pierre Sabatier monumental
La «poétique du métal» de Pierre Sabatier remportait un franc succès, 98 % des lots trouvant preneur et un record mondial s’établissant à 100 000 € avec la Falaise noire reproduite. Cette pièce est une variation du mur réalisé pour le hall d’entrée du Crédit Agricole de l’Oise à Beauvais. Les œuvres du sculpteur sont rarissimes sur le marché, au point que la base de données Artnet n’en recense aucune hormis les quatre-vingt-une présentées ici. L’essentiel du travail de l’artiste fut en effet d’intégrer son art à l’architecture. Dans les années 1950, il commence par réaliser des fresques figuratives avant de se lancer dans l’exécution de mosaïques abstraites, destinées aux murs et façades d’immeubles d’habitation ou de groupes scolaires. Il va peu à peu s’intéresser au métal, pour en faire son médium favori. Parmi ses créations les plus spectaculaires, on peut retenir la sculpture-signal Voilures en inox, de 18 mètres de hauteur, exécutée en 1994 pour le nouveau pont de Boulogne-Billancourt. Son œuvre monumentale, implantée aussi bien en France qu’à l’étranger, compte près de cent cinquante réalisations au total. Douze enchères franchissaient par ailleurs la barre des 10 000 €. Babylone (h. 310, l. 158,5 cm), une cheminée en étain sur laiton de 1983, recueillait 60 000 €. Attendu autour de 10 000 €, un panneau modulaire en ciment de 1968, Facettes et prismes (250 x 110 cm), bondissait à 41 000 €. Il s’agit d’une étape de recherche pour le projet des Colonnes destinées au préau du collège Joliot-Curie à Saint-Hilaire-des-Loges, en Vendée. Pour la sculpture proprement dite, le plus haut prix, 28 000 €, revenait à un Grand stalagmite (h. 234 cm) de 1982 en étain et laiton.
Mercredi 8 octobre, 118, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Piasa SVV.
Banksy (né en 1974), Fragile, 2013, peinture aérosol sur panneau, 66,5 x 56,5 cm.
Frais compris : 113 400 €.
Banksy vs King Robbo
Superstar du street art, Banksy recueillait le plus haut prix d’une vente dédiée à la spécialité, avec les 90 000 € décrochés par cette peinture aérosol sur panneau de 2013 au titre s’affichant en toutes lettres, Fragile. L’artiste a réalisé une série sur ce thème rendant hommage à la précarité de la condition de graffeur. Le motif de la bombe a été utilisé pour la première fois sur le mur de Regents Canal à Camben, à Londres, espace d’une brouille historique entre l’artiste et King Robbo (1969-2014). En 1985, ce dernier y avait produit un graffiti qui, au fil des ans, était devenu la plus ancienne de ses œuvres londoniennes, les autres ayant été effacées par les autorités… jusqu’à ce qu’en 2009 Banksy la recouvre presque entièrement avec un pochoir figurant un ouvrier collant du papier peint. Le jour de Noël de la même année, Robbo modifia l’œuvre de manière à ce que l’ouvrier peigne en lettres d’argent son propre nom. Quelques jours plus tard, le «king» était précédé de «fuc»… S’ensuivit sur les murs de la ville une véritable guerre de graffitis, à laquelle Channel 4 consacra un documentaire. Le 2 avril 2011, sans doute à la suite d’une chute, King Robbo était hospitalisé, plongé dans un coma dont il ne sortit jamais. En novembre, Banksy reproduisait en noir et blanc sur le mur de la discorde la composition originale de son adversaire, hommage auquel il ajouta une couronne et une bombe de peinture surmontée d’une flamme. Ce cierge de l’art urbain a donné naissance à la série dont est issue notre œuvre. Cette dernière a été réalisée et offerte pour la levée de fonds organisée en 2013 à la Pure Evil Gallery au bénéfice de la famille d’un graffeur londonien arrêté, Oker… L’histoire continue !
Jeudi 9 octobre, Espace Tajan.
Tajan SVV.
Manufacture de Versailles, époque Consulat-début du premier Empire. Sabre de luxe ayant par tradition appartenu au maréchal Jean-Baptiste Jourdan (1762-1833), argent, ébène, lame dorée et bleuie signée de Pierre Guillaume Knecht à Solingen, fourreau en acier, l. 99 cm.
Frais compris : 57 040 €.
Le sabre de Jourdan ?
Ce sabre de luxe soigneusement confectionné à l’époque Consulat ou au début du premier Empire était ferraillé à hauteur de 46 000 €. Il a été exécuté à la manufacture de Versailles, dirigée par Nicolas-Noël Boutet, mais sa lame courbe dorée et bleuie au tiers a été forgée à Solingen par Pierre Guillaume Knecht, fourbisseur ayant honoré de nombreuses commandes privées auprès d’officiers de la Grande Armée. Le commanditaire de notre sabre serait le maréchal Jean-Baptiste Jourdan. La notice du catalogue précise qu’il provient d’une vente courante, organisée le 10 février 1978 à Drouot, où figuraient d’autres pièces de même provenance, «dont plusieurs épées de Boutet et un autre sabre de luxe à l’orientale». Elle indique également que selon l’expert Robert-Jean Charles, les héritiers auraient retiré les armoiries, ou le monogramme, figurant sur le clou de la calotte du sabre. Il ne reste à cet endroit que les deux trous de fixation. Jordan débute sa carrière sous l’Ancien Régime en participant notamment, avec le marquis de La Fayette, à la guerre d’indépendance américaine. Brillant général sous la Révolution, il est, le 26 juin 1794, vainqueur de la bataille de Fleurus. Il sera fait maréchal d’Empire le 19 mai 1804, après avoir été nommé général en chef de l’armée d’Italie le 26 janvier. Malgré ses états de service et sa carrière politique, l’Empereur le tiendra à l’écart en raison de son attachement aux valeurs républicaines. À Sainte-Hélène, il lui rend néanmoins hommage en ces termes : «En voilà un que j’ai fort maltraité assurément. Rien de plus naturel sans doute que de penser qu’il eût dû m’en vouloir beaucoup. Eh bien, j’ai appris avec un vrai plaisir qu’après ma chute, il est demeuré constamment bien. Il a montré là cette élévation d’âme qui honore et classe les gens. Du reste, c’est un vrai patriote ; c’est une réponse à bien des choses.» Rallié à la monarchie, Jourdan refusera la présidence du tribunal devant juger le maréchal Ney. Il terminera sa carrière comme gouverneur des Invalides.
Jeudi 9 octobre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Croissy.
Piet Mondrian (1872-1944), Le Saule bleu, vers 1908, huile sur toile, 40 x 30,5 cm.
Frais compris : 212 500 €.
Le Mondrian de Kickert
Objets d’un encadré page 41 de la Gazette n° 33, la collection et l’atelier de Conrad Kickert (1882-1965) recevaient un accueil enthousiaste, salué par un total de 851 937 € frais compris. Cette somme est destinée à financer la création d’un musée Conrad Kickert en Auvergne, sa région d’adoption (voir page 40 de la Gazette n° 33 l’interview de sa fille, Anne Gard). Ce peintre, critique d’art et mécène né à La Haye s’est installé à Paris en 1909, défendant avec ferveur les artistes français. Son but est de diffuser l’art moderne au Pays-Bas, et il sera d’ailleurs le premier à distinguer le talent de Mondrian… Kickert a possédé au moins deux toiles de sa période des «arbres bleus». Il en a offert une en 1934 au Gemeentemuseum de La Haye, la seconde, reproduite, étant poussée jusqu’à 170 000 €, d’après une estimation haute de 40 000. Son châssis porte une dédicace du peintre à Conrad et Marij Kickert, datée du 1er août 1911. Cette année-là, Mondrian vient pour la première fois à Paris et réside dans l’appartement du couple au 26, rue du Départ, qui sera son adresse parisienne durant quinze ans, dans un atelier qu’il louera à partir de 1921. En 1911, il partage également les lieux avec son compatriote Lodewijk Schelfhout, autre protégé de Kickert, crédité dans notre vente d’un record mondial à 55 000 €  grâce à la toile de 1912, Rivages, Ardennes (120 x 101 cm), illustrant le premier encadré cité. Le 12 juin 1914, il écrivait à Schelfhout : «Vous avez trouvé mon travail de la période des arbres bleus très bonne, comme K[ickert] me l’a également dit, vous me considérez comme étant le seul à Amsterdam». On le sait, les arbres jalonneront le chemin qui mènera Mondrian de la figuration à l’abstraction. Une étape capitale.
Vendredi 10 octobre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Aston Martin V8 Sportsman Shooting Break, 1996, châssis 79007 et moteur 95/79007/A.
Frais compris : 354 000 €.
Shooting Break !
Regardez bien cette voiture, car vous ne la croiserez pas tous les jours dans la rue ! Si les Aston Martin sont déjà une espèce rare, celle-ci a de surcroît été carrossée en break de chasse, une commande spéciale exécutée pour deux frères en 1996, bien entendu en deux exemplaires. L’appellation «break de chasse», désignant la transformation d’un coupé sportif, souligne le caractère exclusif de ce type de carrosserie, destinée à des loisirs de gentleman plutôt qu’à un quelconque usage utilitaire. Autant d’éléments qui justifient d’un prix à la mesure, surtout lorsqu’on à affaire à l’une des marques anglaises les plus prisées. Résultat des courses : une enchère de 300 000 €, qui récompense autant l’extrême qualité des aménagements spécifiques reçus qu’un faible kilométrage, 21 163 très exactement. La fratrie avait jeté son dévolu sur deux coupés V8 Virage développant la bagatelle de 354 chevaux à 6 000 tours/minute. La métamorphose en break a été effectuée par la marque, à une époque où chaque automobile était encore produite à la main. Les deux bolides seront livrés en décembre 1997. Les ingénieurs ont étiré la silhouette du coupé, disposant les deux blocs optiques arrière de biais afin d’offrir un seuil de chargement le plus large possible. La voiture ne perd ainsi rien de son élégance naturelle, même vue de trois quarts arrière. En tout, Aston Martin n’a livré que quatre Shooting Break sur la base de la Virage, un modèle produit entre 1989 et 2000 mais qui, en 1996, prendra le nom de V8. Vrombissements félins garantis !
Samedi 11 octobre, Espace Pierre Cardin.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
Attribué au maître de 1518 (Jan van Dornicke, vers 1470-1527), La Nativité, l’Adoration des mages, la Fuite en Égypte, panneau de triptyque : 88,5 x 57 cm, panneaux latéraux : 91,59 x 26,5 cm.
127 500 € frais compris.
Maniérisme anversois
La peinture ancienne hollandaise était à l’honneur ce dimanche, grâce à deux œuvres propulsées à plus du triple de leur estimation… Arrivait naturellement en tête le triptyque de La Nativité, l’Adoration des mages, la Fuite en Égypte attribué au Maître de 1518, un artiste identifié par certains historiens d’art comme étant le peintre anversois du premier quart du XVIe siècle, Jan Van Dornicke. Une quarantaine d’œuvres lui est aujourd’hui attribuée à Jan Van Dornicke. Leurs points communs ? Des personnages élancés, des formes anguleuses et une grande attention accordée à la délicatesse d’exécution. Nous sommes à l’époque du «maniérisme anversois», caractérisé par l’élégance des lignes, les poses élaborées des personnages et l’apparition de couleurs acidulées. Les architectures à l’antique sont italianisantes, mais les minutieuses descriptions des tissus et des objets précieux sont un héritage du réalisme nordique. Provenant de la collection du conseiller secrétaire du roi, Claude Baron, conservés par la famille Cognacq-Baron depuis le XVIIIe siècle, ces panneaux de dévotion étaient convoités jusqu’à 102 000 €. Le succès était également au rendez-vous pour Cornelis Dusart, quant à lui actif à Haarlem. Près de cent soixante-dix ans séparent son dessin, La Lecture des nouvelles, propulsé à 26 000 €, de l’œuvre religieuse de son compatriote. Aux figures élancées, succèdent les types populaires caricaturaux ! L’artiste a en effet appris son métier auprès d’Adriaen Van Ostade, célèbre pour ses scènes de vie quotidienne. Fortement influencé par le maître à ses débuts, Dusart poursuit le travail de ce dernier après sa mort, en 1685 : reprenant l’atelier d’Adriaen, il achève sans doute quelques compositions, ainsi que certaines de son frère Isaac. Notre artiste a également puisé son inspiration dans les sujets de Jan Steen, et était également un fervent amateur d’œuvres flamandes et italiennes. Des influences multiples, donc, qui se retrouvent dans son truculent dessin.
Dimanche 12 octobre, Nogent-sur-Marne.
Lucien-Paris SVV. Cabinet Turquin.
Nguyen Phan Chanh (1882-1984), À la Lecture, gouache sur soie signée, datée 1932, cachet rouge de l’artiste, signé en chinois Yuan Fanzheng, 87 x 64,5 cm.
Frais compris : 113 460 €.
Lectrices vietnamiennes
Depuis les années 2000, expositions et ouvrages sur l’art en Indochine apportent un éclairage nouveau sur la peinture vietnamienne moderne. Victor Tardieu s’installe après la Première Guerre mondiale, à Hanoï, où il crée et dirige l’École des beaux-arts avec la collaboration de Nguyen Nam Son, un jeune peintre vietnamien. Apportant un élan nouveau, elle forme plusieurs artistes talentueux, présentés au musée Cernuschi durànt l’automne 2007, lors de l’exposition «Du Fleuve rouge au Mékong». Tel est le cas de Nguyen Phan Chanh, considéré comme l’un des précurseurs de la peinture sur soie vietnamienne. Fils d’un lettré confucéen, le jeune homme, né dans la province de Ha Tinh, étudie à l’école d’Hué, puis parfait son art à Hanoï. En 1931, il présente à l’Exposition coloniale de Paris ses œuvres sur soie qui lui valent aussitôt un excellent accueil. Reprenant la manière traditionnelle, il emploie les cernes, applique d’amples aplats colorés et use aussi d’une palette volontairement restreinte. À cette pratique, il joint des procédés occidentaux comme le rendu des volumes et une perspective linéaire. Il réalise ainsi de magnifiques dégradés, dans lesquels se superposent plusieurs couches de couleurs claires conférant aux œuvres une poésie certaine. Nguyen Phan Chanh, très proche des gens du peuple, livre un regard sensible sur la vie de ses contemporains. Il aime saisir des scènes d’intérieur intimistes, transcrire divers métiers telles des brodeuses sur le Mékong, une marchande de riz, en captant leurs gestes les plus simples. Notre gouache provenant d’une succession régionale, met l’accent sur l’éducation des filles et l’initiation à la lecture. Employant des couleurs de terre comme le jaune, le brun et l’ocre, elle était annoncée autour de 30 000 €. Déclenchant une orageuse bataille d’enchères, nos studieuses Vietnamiennes étaient enlevées par un fervent amateur largement au triple de leurs espérances.
La Rochelle, samedi 11 octobre.
Lavoissière-Gueilhers H de V de La Rochelle SVV. Cabinet Portier - Jossaume.
Chine, époque Wanli (1573-1619). Vase de forme balustre, porcelaine et émaux Wucai, marqué à six caractères sur le col,
h. 34,5 cm.
Frais compris : 60 400 €.
Couleurs de Chine
Les arts décoratifs de la Chine ancienne étaient le point de mire de cette vente cannoise. Doublant les estimations, une armoire, travaillée en laque et cuir au XVIIe, s’élevait à 63 000 € frais compris. Une boîte réalisée en laque cinabre et décorée
de sages et de disciples, décuplait ses attentes en étant adjugée 44 100 € frais compris. Elle était cependant dépassée par notre vase, rudement bataillé entre les musées, le négoce international ainsi que plusieurs acheteurs européens et asiatiques. Proposé avec quelques manques et de petites égrenures, il illustre la finesse et l’élégance des porcelaines, produites sous la dynastie des Ming à l’époque Wanli. Arborant une palette tonique, elles sont connues non plus par le nom des fours, mais par celui des empereurs. Les souverains ont alors à cœur d’encourager la qualité des créations. Outre des blancs de Chine, les fabriques réalisent de superbes pièces à décor d’émaux dits wucai, mot chinois signifiant «cinq couleurs». Elles se parent ainsi de vert, de jaune de chrome, d’aubergine, de rouge et de bleu. Les céramistes habiles recourent à une polychromie chatoyante qui met bien en valeur la délicatesse de la porcelaine. À l’éclat du matériau s’ajoute aussi le raffinement des motifs décoratifs, très appréciés des connaisseurs. Notre vase, d’une facture exquise, s’embellit de végétaux.
Il s’avive également de dragons pourchassant la perle sacrée parmi des flots écumants. Son originalité vient des anses qui s’animent de quatre têtes de lions. Comme le tigre, ces félins symbolisent la force, la combativité tout en étant imprégnés de connotations bouddhiques. Aiguisant la convoitise des amateurs, il décuplait les estimations pour gagner la collection d’un acheteur étranger.
Cannes, mercredi 8 octobre. Azur Enchères Cannes SVV.
Mes Issaly et Pichon. Cabinet Ansas et Papillon d’Alton.
Italie, École du XVIIIe siècle, sans doute génoise. Neptune et Triton, groupe en terre cuite patinée, h. 40 cm.
Frais compris : 38 000 €.
Neptune génois
Lors de cette vente phocéenne proposant un périple de plusieurs siècles à travers la sculpture (voir n° 33, pages 152 et 153), cette magnifique terre cuite, indiquée autour de 1 000 €, créa la surprise. Provenant d’une succession régionale, elle est attribuée à un sculpteur de Gênes. Dans ce port de Ligurie règnent des familles patriciennes aisées qui s’enrichissent aux XVIIe et XVIIIe siècles en commerçant la soie et le coton. Désireux d’affirmer leur puissance, ils se font bâtir de somptueux palais. Les ornemanistes sur bois, réunis au sein des casacce, ainsi que les
sculpteurs répondent à leurs nombreuses commandes. Parmi ces derniers, se rangent Filippo Parodi travaillant au palais Rosso, les frères Schiaffino au palais Sopranis… Ils reçoivent aussi des demandes d’armateurs marseillais et de notables provençaux, avec lesquels les échanges se font bien sûr par mer. C’est à cette veine qu’appartient notre statuette joliment montée sur un socle rocaille. Elle représente Neptune, le dieu antique des eaux. Résidant au fond de la mer, il est le maître de la tempête et des tremblements de terre. Figuré ici armé de son trident, il calme les eaux en pourfendant des serpents tandis qu’un triton, placé à ses pieds, sonne la victoire. Un dynamisme du mouvement, une prédominance des courbes caractérisent notre statuette. Bel exemple d’art baroque, elle est travaillée en terre cuite, lui apportant verve et élégance. S’attachant particulièrement au rendu des matières, l’artiste donne dans ce brillant exercice de style toute l’étendue de son talent, notamment dans la sculpture des visages très expressifs. Au final, notre fringant Neptune ne laissait pas indifférent les amateurs puisqu’il pulvérisait les estimations, en étant adjugé à un acheteur français.
Marseille, jeudi 9 octobre.
Marseille Leclere - Maison de ventes SVV. M. Froissart.
Sèvres. Vase balustre, décor polychrome du roi Louis-Philippe 1er dans un médaillon sur un fond bleu, signé et daté 1837, h. 44,5 cm.
Frais compris : 22 200 €.

Sèvres royal pour Randan
Le premier Empire, puis la Restauration apportent un nouvel essor à la manufacture de Sèvres. Celle-ci bénéficie alors de collaborateurs remarquables, qui mettent en scène un décor extrêmement soigné parant de splendides pièces décoratives. Aux formes nettes, exécutées à la perfection, s’ajoutent de superbes motifs ornementaux, réalisés par des artistes virtuoses. La dorure, employée mate ou brillante avec des nuances raffinées, ceint les réserves, court sur les marlis, couvre les pieds, les socles, les anses et le haut des pièces de forme. Elles garnissent les niches, les arcades, agrémentent les tables consoles ainsi que les cheminées à l’image de notre magnifique vase, un modèle nommé «Étrusque carafe 2e grandeur». Indiqué autour de 8 000 €, il porte trois marques, une première en bleu indiquant «Sèvres LP, 183» ; une deuxième concerne la date de mise en couverte «9 8 bre 35» tandis qu’une troisième marque, «AB» identifie le doreur François- Antoine Boullemier (1773-1838). Proposé en bon état, il s’embellit d’un portrait de Louis Philippe 1er par Marie-Adélaïde Ducluzeau (1787-1849) d’après l’effigie officielle du roi par Louis Hersent. Le revers du vase s’orne d’un trophée ; il symbolise la couronne protectrice des arts et loue ainsi la politique culturelle du monarque. Ce vase d’apparat avait été offert, en février 1840, avec son pendant représentant la reine Marie-Amélie, au diplomate Charles-Joseph Bresson en remerciement de négociations habiles ; elles furent conclues par les mariages de la princesse Louise d’Orléans avec le roi Léopold 1er de Belgique, puis du prince royal Ferdinand-Philippe avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin. C’est le conseil général d’Auvergne qui l’a acheté pour enorgueillir le domaine royal du château de Randan, dans le Puy-de-Dôme, en cours de rénovation.
Dijon, samedi 11 octobre. Hôtel des ventes Victor Hugo SVV. M. Froissart.

http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp