La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Tibet, XVIe siècle. Groupe en bronze doré représentant Hayagriva debout sur des corps humains allongés sur des lotus, enlaçant sa Çakti en yab-yum, h. 33 cm.
Frais compris : 506 250 €.
Divinité bienveillante
Attendu entre 25 000 et 30 000 €, ce groupe tibétain du XVIe siècle en bronze doré s’envolait bien au-delà, terminant son ascension à 405 000 €. Rappelons qu’il figure la manifestation courroucée d’Avalokiteshvara, en yab-yum avec sa çakti, son essence féminine. Comme il était expliqué page 3 de la Gazette citée, l’origine d’Hayagriva est hindouiste, cette divinité étant un avatar de Vishnou repris par la religion bouddhique. Son culte a été introduit au Tibet au XIe siècle par Atisha, moine indien à l’initiative de la seconde diffusion du bouddhisme dans la région et restaurateur de la discipline monastique… Et il ne faut pas s’effrayer de ses gesticulations, cette représentation protégeant la route vers l’éveil, en repoussant et anéantissant les démons. Quant à l’évocation de l’union charnelle de deux déités, elle se justifie par le fait que la partie masculine incarne le sujet salvateur et sa contrepartie féminine, la sagesse. Leur étreinte symbolique apporte l’émancipation. Notre bronze peut être rapproché d’un cuivre doré au mercure avec attributs en bronze, représentant le même sujet… Appartenant aux collections du musée Guimet, il date de la fin du XVe-début du XVIe siècle et fut fondu dans le Tibet méridional. Sa coiffe est surmontée d’une tête de cheval, motif que l’on aperçoit de profil sur notre groupe. Hayagriva est un mot sanskrit signifiant «cou de cheval», sa forme hindouiste étant constituée d’un corps humain à tête de l’animal. Guimet en conserve une figure en grès datant du troisième quart du Xe siècle et provenant du site de Sambor Prei Kuk, au Cambodge.
Vendredi 24 octobre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Louis de Boullogne (1654-1733), Académie d’homme allongé, pierre noire, rehauts de craie blanche, 30 x 53 cm.
Frais compris : 38 750 €.
Louis de Boullogne
Deux académies masculines de Louis de Boullogne réalisées à la pierre noire avec rehauts de craie blanche, chacune estimée entre 5 000 et 6 000 €, figuraient dans une même vente. Si celle portant un monogramme à la plume et figurant un homme agenouillé (54 x 35 cm) respectait les attentes, en récoltant 5 000 €, celle reproduite fusait jusqu’à 31 000 €, marquant un record mondial pour une feuille de l’artiste. Elle détrône un crayon, encre et lavis à sujet d’Apollo et Daphné (25,8 x 33 cm), adjugé 33 000 $ frais compris en janvier 1990 chez Christie’s à New York. En 2011, le musée du Louvre consacrait à l’artiste une exposition monographique, laquelle rendait notamment justice à ses talents de dessinateur. Le département des arts graphiques de l’institution conserve en outre près de deux cents feuilles de sa main. Comme son frère Bon et ses sœurs Madeleine et Geneviève – qui furent les premières femmes académiciennes –, il est formé par son père, Louis dit l’Ancien, puis suit l’enseignement de l’Académie de peinture et de sculpture. Son parcours s’inscrit dans le cursus classique des artistes du temps. Grand Prix en 1673, il part pour Rome. Dès son retour, il intègre la Compagnie et sera présent sur tous les grands chantiers royaux : Versailles, Trianon, Marly, Fontainebleau, Meudon. Il travaille pour Louis XIV et Louis XV. En 1724, il sera enfin nommé premier peintre du Roi et anobli. Le communiqué du musée précisait : «Son style souple et élégant assure avec brio la transition entre la période dite “classique” et la production rococo. Il est aussi – et ce n’est pas le moindre aspect de son talent – un formidable dessinateur». Ses feuilles constituaient des travaux préparatoires, souvent à la pierre noire et blanche sur papier bleu.
Mercredi 22 octobre, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Auguier.
Olivier Debré (1920-1999), Femme grise, 1956, huile sur toile, 162 x 130 cm.
Frais compris : 219 100 €.
Olivier Debré record
Dans la vente de la collection d’un amateur qui totalisait 1,73 M€ frais compris, les tableaux et sculptures de la seconde moitié du XXe siècle avaient la part belle en récoltant à eux seuls 1 007 860 € frais compris en dix numéros. Un record mondial était enregistré pour Olivier Debré avec les 175 000 € obtenus par l’huile sur toile reproduite, datée de 1956. Son précédent record (source Artnet) s’établissait à 110 000 €, atteints par deux œuvres, la première étant une huile sur toile de la même année de la collection d’Alain Delon, une Nature morte d’un format identique. Elle était acquise le 15 octobre 2007 à Drouot chez Cornette de Saint Cyr. La seconde était plus monumentale (120 x 380 cm) et plus récente, de 1992. Intitulée Longue jaune aux rythmes de carrés bleu clair, cette toile changeait de mains le 6 juillet 2008 à Versailles, chez Perrin-Royère-Lajeunesse. Notre Femme grise pose un nouveau jalon dans la cote de l’artiste, lui permettant de franchir frais compris la barre des 200 000 €. Les œuvres des années 1950 semblent avoir la faveur des amateurs. Cette période est marquée par des «signes-personnages» réalisés dans des teintes sourdes, la matière picturale étant travaillée au couteau en aplats. Pour Debré, le signe apparaît comme l’incarnation de l’émotion et de la pensée. C’est en 1943, après plusieurs visites décisives dans l’atelier de Picasso, que le jeune artiste se tourne vers une abstraction qualifiée de «suggestive», proche de celle de Nicolas de Staël. En 1949, sa première exposition personnelle, organisée à la galerie Bing, avait montré des toiles expressives et très colorées. La couleur, fluide, reviendra dans les «signes-paysages» des années 1960, qui révéleront sa période de maturité.
Mercredi 22 octobre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Chine, époque Qianlong (1736-1795). Bol couvert peint sur cuivre aux émaux de Pékin de la famille rose, adapté en Europe d’une monture en bronze doré, l. 22 cm.
Frais compris : 43 820 €.
Émaux de Pékin
Dans la collection de notre grand amateur, dispersée le 22 octobre, les émaux de Canton et de Pékin occupaient la place la plus importante par le nombre de pièces dispersées. En 105 numéros, cet ensemble cumulait 556 977 € frais compris. L’objet le plus convoité était à 35 000 €, estimation quadruplée, le bol couvert doté d’une monture en bronze doré reproduit. Son homologue resté vierge de toute intervention occidentale, estimé dans la même fourchette, atteignait quant à lui 27 000 €. Vendus sur enchères provisoires, ils étaient tous deux remportés par le même acquéreur asiatique, celui pourvu d’une monture étant disputé contre un Européen. Pour l’ensemble de la collection, la répartition entre le marché asiatique et le marché occidental s’établissait à égalité. Les émaux réalisés à Canton étaient historiquement, pour l’essentiel, destinés à l’exportation. De plus grande qualité, ceux produits à Pékin bénéficiaient de l’intérêt du sommet de l’État, Kangxi (1661-1722) étant à l’origine de la formation de spécialistes de cette technique dans les ateliers impériaux. Nos bols pourraient émaner d’un de ceux-là, en référence à un modèle, également orné d’un dragon bleu tournoyant au centre du couvercle et au revers, exposé en 1993 par The Chinese Porcelain Company à New York. On sait, par les archives des ateliers impériaux pour le Yangxinghall, que les pièces qui en sortaient n’étaient pas nécessairement marquées, cette obligation datant très précisément du 26e jour du 12e mois de la 14e année du règne de Qianlong, soit en 1750. Rappelons que la couleur jaune était l’apanage du Fils du ciel. Impériaux ou pas, nos bols restent des chefs-d’œuvre d’émaux peints sur cuivre, justement disputés.
Mercredi 22 octobre, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. L’Herrou.
Jiang Guofang (né en 1951), The Eldest Princess, 1995, huile sur toile, 185,5 x 299 cm.
Frais compris : 235 875 €.
Jiang Guofang
Cette huile sur toile de Jiang Guofang récoltait 185 000 €. Elle remporte de facto un record français pour son auteur (source : Artnet), étant sa première œuvre à passer sur le marché français. Elle prend place dans le top ten de l’artiste, dont les résultats sont essentiellement obtenus en Chine continentale et à Hongkong, à l’exception de l’un enregistré à New York. Elle représente même un record européen, le précédent meilleur prix pour ce continent, 43 900 € frais compris, ayant été marqué chez Nagel Auktionen à Stuttgart le 11 mai 2013, avec une huile sur toile de 1994 intitulée La Nouvelle Dame du palais (130 x 96,3 cm). Rappelons qu’à partir du début des années 1990, le peintre initie une série, intitulée «Forbidden City», à travers laquelle il livre une évocation nostalgique – et d’une précision photographique – de la face la plus secrète du palais impérial, celle des épouses, princesses et concubines de la fin des Qing. La collection d’art contemporain de l’homme d’affaires américain Robert Hefner III, commencée en 1985, abrite une huile sur toile de 1991, Palace Door (152 x 109 cm), qui devance d’une place la nôtre au palmarès mondial de l’artiste. Elle a été adjugée 2 530 000 yuans (261 245 €) le 4 novembre 2005 chez China Guardian Auctions Co. Elle met en scène un empereur enfant vu de dos, portant un costume comparable à celui de Puyi lors de son intronisation dans le film de Bernardo Bertolucci, Le Dernier Empereur, se tenant devant une vertigineuse enfilade de portes ouvertes, formant un obscur tunnel au bout duquel brille la lumière du jour. La Cité interdite représente pour les Chinois le «nombril du monde», dans lequel notre princesse aînée s’adonne aux paradis artificiels, attendant la disparition d’un monde féodal multimillénaire.
Vendredi 24 octobre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV.
Carla Lavatelli (1928-2006), Maps of Light, vers 1971-1979, triptyque de marbre noir de Belgique incrusté sur ses deux faces de marbre de Carrare Altissimo, 230 x 80 cm chaque. Frais compris : 80 600 €.
Carla Lavatelli
Cette vente était entièrement dédiée aux œuvres de Carla Lavatelli, qui en trente-huit numéros totalisait 863 412 € frais compris. Un record mondial (source Artnet) était enregistré pour la sculptrice italo-américaine avec les 65 000 € – sur une estimation inférieure – du triptyque vers 1971-1979 reproduit, intitulé Maps of Light (Les Cartes de la lumière). Le précédent avait été établi par la même maison de vente, le 20 novembre 2011, avec les 12 500 € d’un des six exemplaires de One and a Half - 1 ?, soit un modèle réduit en acier et bronze sur socle de marbre noir de la sculpture monumentale de la Brown University, à Providence. Ce montant était plusieurs fois largement dépassé dans notre vente, y compris par un autre exemplaire de cette sculpture, adjugé 13 000 €. Attendu autour de 15 000 €, un marbre noir de Belgique et bronze de 1972, Le Bain des oiseaux (50 x 50 cm), s’envolait à 63 000 €. Une grande Vague (h. 150 cm) en marbre gris bardiglio partait à 48 000 €. À 45 000 €, on avait le choix entre un marbre rose du Portugal, Énergie croissante (h. 330 cm), et un travertin rose Soraya, Ginkgo biloba (l. 380 cm). Une Stèle pour la paix (h. 260 cm) en granit noir de Suède montait pour sa part à 38 000 €. En acier inoxydable et bronze, New York de 1970, reproduit page 44 de la Gazette n° 35, suscitait 19 000 €. Autodidacte, Lavatelli a commencé par sculpter des portraits, notamment celui de la princesse Grace de Monaco. En 1967, elle participe à une résidence en Italie, où elle fait la connaissance de Marino Marini, Henry Moore, Jacques Lipchitz et Isamu Noguchi. Elle va partager durant sept ans un atelier avec ce dernier, offrant leurs productions aux organisations publiques. Elle recevra ensuite des commandes de nombreux musées et institutions, mais aussi du shah d’Iran, pour lequel elle créera six sculptures monumentales. Elle signera également des livres et réalisera des céramiques et des tissages. Un univers à (re)découvrir !
Vendredi 24 octobre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV.
Gérard Mercator (1512-1594), Atlas, sive cosmographicæ meditationes de fabrica mundi et fabricate figura. Editio decima, Amsterdam, Henri Hondius, 1630, 164 planches gravées sur cuivre.
Frais compris : 27 720 €.
Mercator et Hondius
Cet exemplaire de la dixième édition de l’atlas de Gérard Mercator, complété par Jodocus Hondius, quadruplait à 22 000 € son estimation. Renfermant près de 190 cartes réparties sur 164 planches, il était considéré comme l’un des ouvrages cartographiques les plus performants de son temps. Rappelons que l’on doit à Mercator un système de projection appliqué pour la première fois en 1569 à une grande carte du monde, permettant de conserver les angles et de cette manière, d’avoir les proportions véritables. Les marins pouvaient ainsi directement reporter sur la carte les angles mesurés au compas. Son grand œuvre géographique, l’Atlas, sive cosmographicæ…, paraît pour la première fois en 1585. Il sera réédité dix ans plus tard par deux de ses fils, Rumold et Arnold. En 1604, Jodocus Hondius achète aux petits-fils de l’inventeur les impressions de son atlas, devenu incomplet depuis la parution du célèbre Theatrum orbis terrarum d’Abraham Ortelius. Le cartographe le republie en y intégrant vingt-six cartes supplémentaires, certaines étant de sa conception. Le succès est immédiat, nécessitant une deuxième édition, accompagnée d’une version de poche, l’Atlas minor. Le décès d’Hondius ne mettra pas fin à l’aventure, ses fils Josse et Henri la poursuivant en s’associant, après 1633, avec Jean Jansson. L’édition latine de 1630 qui nous intéresse est enrichie de neuf nouvelles cartes. Elle est considérée come la dixième de l’Atlas… de Mercator, avec une édition française. Cent cinq feuilles sont de la main du maître, les autres étant des Hondius et d’autres géographes.
Mardi 21 octobre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV. M. Gillot.
Chine, fin de la dynastie Ming, XVIIe siècle. Canard en bronze doré et émaux cloisonnés polychromes, 26 x 23,5 cm.
Frais compris : 42 770 €.
Précieux volatile
Ce magnifique canard, attendu autour de 10 000 €, était vivement disputé entre divers amateurs. Provenant d’une collection régionale, il sert de brûle-parfum. Proposé en bon état, il se révèle un splendide exemple des objets d’art réalisés en Chine au XVIIe selon la technique des émaux cloisonnés. Introduite vers la fin de la dynastie Yuan, elle atteint son apogée sous les Ming. Les pièces très décoratives se distinguent par un sens aigu de l’objet et de ses utilisations matérielles. Elles révèlent aussi un goût pour les belles matières, agréables à la vue et au toucher. Tel est le cas de notre canard, dont les plumes, les ailes, la tête et le corps se colorent de vifs émaux vert, jaune, bleu marine et blanc. On se doit d’admirer aussi la fluidité des teintes à la fois lustrées et translucides ainsi que la grande maîtrise de l’artiste pour rendre vivant le canard en lui insufflant un mouvement. Debout sur la patte droite, il repose sur une base quadrangulaire, embellie de fleurs de lotus auspicieuses. Symboles de pureté et de perfection, elles sont empreintes d’une forte spiritualité. On leur a joint des fleurs de chrysanthèmes évoquant la longévité, le temps qui s’écoule. Quant au canard lui-même,
il symbolise aussi pour celui qui le possède le bonheur et la longévité. D’une facture exquise, notre oiseau aquatique est d’ailleurs proche d’une paire de canards exposés dans la collection Pierre Uldry au Museum Rietberg à Zurich et reproduits dans l’ouvrage éponyme de Brinker et Lutz. Quadruplant largement ses espérances, notre bronze, paré d’émaux cloisonnés, enregistre un prix record selon l’étude. Au final, il prenait son envol pour gagner une collection outre-Atlantique.
Lisieux, samedi 25 octobre.
Lisieux Enchères SVV. Cabinet Souksi-Fray.
Fernando et Humberto Campana, Aguapé, 2008, fauteuil composé de pétales de cuir rose, signé, édition Edra.
Frais compris : 10 164 €.
Pétales de rose
Cette étude rennaise dispersait la collection du marchand Roger Nathan, qui fonda à Paris, en 1965, le célèbre magasin d’éclairage contemporain Électrorama, sur le boulevard Saint-Germain. Si les luminaires étaient très disputés des amateurs, à l’instar des 4 598 € frais compris accordés à un lampadaire de 1952 par Serge Mouille, les sièges obtenaient les enchères les plus élevées, notamment ce pittoresque fauteuil. Proposé en bon état, il illustre l’importance du design italien, qui domine la création mondiale depuis plus d’un siècle. L’éditeur Edra joue, durant la dernière décennie du XXe, la carte de l’extravagance haut de gamme sous la houlette de Massimo Morozzi. Directeur artistique de la firme établie aux portes de Pise, il mise le premier sur l’originalité des frères brésiliens Fernando et Humberto Campana, qui firent l’objet à l’automne 2012 d’une exposition au musée des Arts décoratifs. Respectivement avocat et architecte de formation, ils s’associent en 1983 et dans leur studio de São Paulo, ils créent une œuvre singulière usant de procédés et de techniques insolites. En quête de matériaux inhabituels, ils se servent d’objets de récupération. Recyclés et détournés de leur fonction initiale, ils transgressent ainsi les canons classiques de l’esthétique. Les frères Campana leur donnent un nouvel emploi, à mi-chemin entre art et design. La chaise Favela est par exemple fabriquée au moyen de milliers de petits rebuts de bois, ajustés ensuite de façon artisanale. Inventée en 1991, elle est diffusée par Edra. Le fauteuil Aguapé, édité en 2008 par la firme italienne, est décliné en quatre versions : nature, blanc, rose et vert. Ingénieux, il se couvre de pétales de cuir découpés au laser, similaires à l’éclosion d’une corolle de fleurs. Notre siège rose était d’autant plus disputé des amateurs qu’il est aujourd’hui épuisé dans ce coloris.
Rennes, lundi 20 octobre.
Rennes Enchères SVV. Mme Criton.
Édouard Crémieux (1856-1944), Le Port de Marseille animé, quai de Rive-Neuve, toile, signée, 63 x 100 cm.
Frais compris : 74 400 €.
Au cœur du Vieux-Port
Marseille, l’Estaque et le port inspirent de nombreux peintres à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, à l’instar d’Édouard Crémieux. Appartenant à une ancienne famille provençale, il apprend la peinture à l’école des beaux-arts de Marseille dans l’atelier du paysagiste Jean Guindon. Monté à Paris, le jeune homme parachève sa formation auprès de Fernand Cormon et de Tony Robert-Fleury. Il revient ensuite dans la cité phocéenne tout en séjournant régulièrement à Paris. Avec autant d’habileté, il peint aussi bien des paysages que des marines telle La Calanque du Vallon des Auffes, un petit port de pêche phocéen, récompensé d’une médaille au Salon de 1895. Travaillant sur le motif, Édouard Crémieux note ses impressions rapides, à la recherche d’effets chromatiques. Président du Salon des artistes marseillais, il sillonne la campagne et s’enthousiasme pour les paysages pittoresques du Midi, qu’il transcrit ensuite dans des tableaux alliant une lumière éclatante et des valeurs habilement réparties. Édouard Crémieux, amoureux de Marseille, en représente les divers quartiers à l’image de notre toile ; attendue autour de 15 000 €, elle s’entoure d’un magnifique cadre à oreilles. Elle montre une artère typique du Vieux Marseille, le quai de Rive-Neuve allant de la place aux Huiles jusqu’au bassin de Carénage. La composition joue du contraste des zones d’ombre et de lumière qui accentuent délicatement la perspective. Minutieusement orchestrée, elle accorde une place particulière aux poissonniers étalant leurs victuailles. L’ensemble savamment équilibré révèle un beau tempérament d’artiste, pétri de synthèse et d’harmonie. Cette superbe vue du Vieux-Port, plébiscitée par le public, quadruplait au final ses estimations pour décrocher l’enchère la plus haute de la vacation.
Marseille, dimanche 19 octobre.
Prado Falque Enchères SVV. Me Fleck.
Statue d’Aphrodite, marbre blanc, art romain, Ier siècle av. J.-C. Ier siècle apr. J.-C., h. 54 cm.
Frais compris : 118 750 €.
Beauté divine
Cette ravissante statue antique était la vedette d’une vacation niçoise. Aiguisant la convoitise des amateurs, elle était le sujet d’une âpre rixe d’enchères entre la salle et le téléphone. Avancée autour de 50 000 €, elle était ainsi vivement bataillée en dépit de lacunes et de cassures visibles. Provenant d’une collection régionale, elle représente Aphrodite, qui sera assimilée dès le IIe siècle à la Vénus des Romains. Déesse de l’amour et idéal de la beauté féminine, elle surgit de l’écume de la mer afin que les zéphyrs la poussent vers Cythère, puis vers Chypre, îles qui lui sont dédiées. Les dieux s’émerveillent devant la beauté de sa nudité et Junon lui offre un manteau, un vêtement magique qui accroît sa séduction. Pour le fameux jugement de Pâris, la déesse l’ôtera. Ici, notre Vénus est figurée le torse dénudé, les jambes élégamment recouvertes d’un himation aux plis lâches. Posant le pied gauche sur un éperon rocheux, elle se penche gracieusement en avant et place le bras gauche sur le genou. La tête joliment inclinée présente une coiffure formée de mèches adorablement ondulées, ramenées dans un chignon et un nœud sommital. On est frappé par la beauté classique du visage qui évoque les œuvres de Praxitèle et de son école. Bel exemple de l’art romain au début du Ier siècle, notre attrayante statue se distingue encore par la finesse des draperies ainsi que par le corps sinueux, légèrement mobile, traité avec un certain réalisme. Unissant harmonie, grâce et sensualité, elle séduisait un collectionneur enthousiaste qui l’enlevait au double des estimations.
Nice, samedi 25 octobre.
Hôtel des ventes de Nice Riviéra SVV. M. Kunicki.
René Lalique (1860-1945), Vase Tortue, en verre moulé de couleur ambrée, signé en creux, h. 27 cm.
Frais compris : 51 000 €.

Verre ambré par René Lalique
Ce splendide vase, annoncé autour de 30 000 €, recueillait l’enchère la plus brillante de la vacation. Provenant d’une collection particulière lyonnaise, il a été fabriqué en 1926. Peu de temps auparavant, René Lalique a acheté une nouvelle verrerie à Wingen-sur-Moder dans le Bas-Rhin, à dessein de développer ses activités dans le domaine. S’exerçant depuis plusieurs lustres au travail du verre, il dessine et réalise de nombreux objets, qui sont appréciés d’une clientèle de plus en plus large, avide d’esthétisme. Avec savoir-faire et habileté, il use d’un procédé de moulage au plâtre pour faire du verre moulé. Entre 1920 et 1930, René Lalique fabrique ainsi plus de cent cinquante coupes, plus de deux cents vases. En fervent interprète de son environnement, Lalique observe à travers ses créations toutes les possibilités décoratives de la faune et la flore, à un degré de perfection jamais égalé. Il ne néglige ainsi aucune espèce animale : serpents, perruches, sauterelles et autres scarabées sont réhabilités dans toute leur beauté. Ils animent des carafes, des flacons, des pendulettes ou encore des vases à l’instar de notre modèle. Recouvert de carapaces de tortues, celui-ci prend une couleur délicatement ambrée qui rappelle l’exotisme de nos reptiles. Faisant aussi référence à l’univers aquatique, notre vase révèle l’art du maître verrier : avec brio, Lalique obtient de beaux effets de lumière par le ténu et l’appuyé, par le jeu du clair et du sombre. À peu près à la même époque, il crée d’ailleurs un vase Serpent qui s’avive de cette même couleur ambrée. Ce dernier et notre vase aux tortues témoignent bien de la vision avant-gardiste de René Lalique.
Villefranche-sur-Saône, samedi 25 octobre.
Guillaumot - Richard SVV.

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