La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Paris, deuxième quart du XIVe siècle. Tableau-reliquaire émaillé, Christ en croix entouré d’instruments de la Passion, Émaux translucides sur argent de basse-taille, éléments organiques, gemmes et verre coloré, H.17,5 cm ; l. 12,8 cm (plaque émaillée : 14,2 x 9,2cm).
Frais compris : 540 000 €.
Une passion pour Cluny
Lors de cette vente spécialisée, on faisait une véritable découverte avec ce rarissime tableau-reliquaire du XIVe siècle, modifié par la suite en « baiser de paix ». Précisons d’emblée qu’il s’agissait de l’un des derniers reliquaires de cette haute qualité à apparaître sur le marché. La technique, très précieuse, est celle des émaux translucides sur argent de basse-taille. Ce procédé, bien qu’originaire de la Toscane du XIIIe siècle, devient au siècle suivant l’apanage des ateliers de certaines cours princières et, en premier lieu, de celle de Paris. De telles pièces d’orfèvrerie faisaient l’objet de commandes royales, mais constituant également une réserve métallique importante, elles ont presque toutes disparu. Sur un support d’argent sculpté en très bas relief, une couche d’émail translucide laisse deviner les motifs sous-jacents. De petits rubis et saphirs agrémentent le cadre entourant la scène centrale. Le Christ y est représenté en croix, seulement vêtu du périzonium, sur un fond bleu d’où se détachent les instruments de la Passion : la colonne de la Flagellation, le fouet, les verges, la lance terminée par une éponge, le bassin, la tunique, le voile de Véronique, le calice où coule le sang de la plaie du Sauveur, et l’hostie. Toute cette iconographie spécifique indique que le reliquaire s’inscrit dans le culte de l’Eucharistie, comme le confirme l’inscription sur le phylactère qui domine la scène : «Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez de ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur.» On peut aussi imaginer que les petites niches, abritées par les édicules latéraux ou la croix évidée, abritaient des fragments de reliques, non seulement de la Vraie Croix, mais aussi des autres éléments de la Passion tels que l’éponge, ou la colonne de la Flagellation. Le dessin remarquable du visage souffrant du Christ indique nettement une influence du grand Jean Pucelle, enlumineur mais aussi orfèvre à la cour de Charles IV. Il pourrait donc s’agir d’une commande du monarque. Un chef-d’œuvre, dans tous les cas, que le musée de Cluny a préempté au prix justifié de 450 000 €.
Alençon, Samedi 6 février.
Orne Enchères SVV. M. Bresset.
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968) et René Héron de Villefosse (1903-1985), La Rivière enchantée, in-folio, Paris, Bernard Klein, 1951, illustré de 27 eaux-fortes hors texte.
Frais compris : 42 500 €.
Foujita l’enchanteur
Considérée comme l’œuvre illustrée la plus accomplie de Léonard Tsuguharu Foujita, et publiée à l’occasion de son 65e anniversaire, La Rivière enchantée avait tout pour plaire et réaliser une jolie enchère. Les 34 000 € prononcés sur cet exemplaire, l’un des 200 numérotés sur grand vélin d’Arches, l’ont donc été en toute logique. Elle est l’aboutissement d’une longue liste de livres illustrés par le plus parisien des peintres japonais – et le plus japonais des peintres parisiens ! – à partir de 1919, depuis les Quelques poèmes de Komaki Ohmia et Rabindranath Tagore jusqu’aux écrits de Guillaume Apollinaire, en passant par Paul Claudel, Pierre Louÿs, Pierre Loti, Jean Giraudoux, Youki Desnos, Jean Cocteau et Léon-Paul Fargue… parmi tant d’autres. Ses dessins, qui allient selon ses propres mots «la rigueur du trait japonais à la liberté de Matisse», conviennent parfaitement à la délicate technique de l’illustration. Il y déploie à la fois le contour subtil à l’encre noire qui a fait sa spécificité, entre tradition et modernité, et ses thèmes de prédilection : les portraits de femmes, de fillettes, les chats et les autoportraits. Foujita est un touche-à-tout de génie, une personnalité incontournable du Montparnasse de l’entre-deux-guerres, tant par son talent que par son goût inné de la fête et de l’amitié. Le 14 février 1950, il retrouve Paris, après une longue absence et des années de guerre éprouvantes au Japon. Sa carrière redémarre, l’artiste renouant avec ses anciens marchands et avec le succès. Mais, prêt pour un nouveau départ, il se tourne vers le christianisme. Tsuguharu, qui signifie «héritier de la paix», devient Léonard, en hommage à de Vinci.
Mardi 2 février, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Thierry Desbenoit & Associés SVV. Cabinet Vallériaux.
Atelier de Diego Vélasquez (1599-1660), Portrait de Philippe IV en habit argent et brun, vers 1640, toile, 198 x 118,5 cm.
Frais compris : 36 840 €.
Deux peintres pour un roi
L’estimation était doublée ce dimanche, à Corbeil, pour les deux portraits en pied du roi espagnol Philippe IV. Évoquant le travail de deux éminents artistes du XVIe siècle – Vélasquez et son gendre et disciple, Juan Bautista Martínez del Mazo –, chacun était à mettre en rapport avec des œuvres conservées dans de grands musées. Attribuée à l’atelier du maître, la toile reproduite a ainsi été peinte une dizaine d’années après l’effigie du monarque, aujourd’hui conservée à la National Gallery de Londres, dont elle constitue une reprise avec quelques variantes. Sur ce portrait officiel, le souverain porte de luxueux vêtements, dignes de prestigieuses cérémonies, contrastant avec ses tenues habituellement sombres et d’une grande sobriété. Il arbore d’ailleurs l’insigne du plus illustre ordre de chevalerie, celui de la Toison d’or, fondé à Bruges en 1430 par le duc Philippe le Bon et repris à leur compte par les Habsbourg. Ce portrait en majesté a probablement été réalisé par Vélasquez à son retour d’Italie, en 1631. L’artiste, qui vient de s’imprégner de l’atmosphère et de la palette chatoyante des artistes vénitiens et romains, bénéficie alors d’un espace de travail privilégié au sein du palais de l’Alcázar. Le roi peut ainsi aisément rendre une visite quotidienne à celui sur lequel repose la propagande dynastique, la famille royale étant immortalisée au même titre que le souverain lui-même. Pour cette mission quasi diplomatique, le peintre est secondé par Juan Bautista Martínez del Mazo, qui devient son plus proche collaborateur l’année même. Son rôle est en effet de multiplier l’impact des portraits de cour, en diffusant leur image grâce à des copies. Attribué à ce dernier, le Portrait de Philippe IV avec l’ordre du Saint-Esprit s’échangeait à 25 000 €. Martínez del Mazo reste fidèle à sa tâche au-delà même de la mort de Vélasquez, en 1661, reprenant alors son titre de peintre de Chambre de Philippe IV et poursuivant l’œuvre du maître.
Samedi 6 février, Corbeil-Essonnes.
Lancry - Camper SVV. Cabinet Turquin.
Vers 1730, Robe volante en lampas fond gros de Tours jaune citron broché de soie verte, filé et frisé métalliques argent étincelant, à décor stylisé de grenades, corbeille de fleurs et d’un kiosque d’inspiration chinoise, inscrits entre les courbes et contre-courbes de feuilles dentelées recourbées.
Frais compris :173 600 €.
Élégance rococo
On affirme souvent que l’élégance a connu son âge d’or en France au XVIIIe siècle. Il suffit de contempler cette robe volante, à plis Watteau, pour s’en persuader. C’était le clou de la vente du 4 février à Lyon, où elle fut fermement bataillée entre collectionneurs privés et institutions. Estimée autour de 10 000 €, elle finissait sa course folle à 140 000 €, préemptée par le musée Galliera à Paris, dont elle constituera bientôt un des fleurons. Confectionnée au début du règne de Louis XV, elle établit un nouveau record pour un vêtement ancien, prouvant, s’il le fallait encore, que les vestiges des modes passées accèdent à un véritable statut d’objet d’art. Et que, désormais, la côte des costumes du XVIIIe rattrape les meilleures enchères recueillies par les créations des grands couturiers du XXe siècle. Mais restons à l’époque des Lumières, et rappelons, à titre de comparaison, qu’une charmante robe-redingote réalisée vers 1787 (voir Gazette n° 6, 2015, p. 42), avait déjà inscrit un exceptionnel résultat de 90 000 € au marteau, le 4 février 2015 (Drouot-Richelieu, Thierry de Maigret SVV). Il est vrai que, plus ancienne de cinquante ans, la pièce applaudie à Lyon ce jeudi, se distinguait par un état de conservation des plus étonnants et une grande fraîcheur de ton. Le lampas jaune citron, peut-être italien, affichait même une certaine excentricité, qui n’est pas rare à l’époque rococo, avec ses motifs de grenades, de kiosques et de corbeilles, brochés de soie verte et de fil d’argent. Enfin, provenant directement des descendants de celle qui la porta jadis, Françoise de la Chaize d’Aix, épouse de l’ambassadeur du Bien-Aimé à Venise, notre robe affichait un pedigree impeccable !
Lyon, Jeudi 4 février.
De Baecque SVV. M. Maraval-Hutin.

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