La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Pablo Picasso (1881-1973), Personnage au chapeau, fil de fer et bouchon, h. 11,2 cm.
44 660 € frais compris.
© Succession Picasso 2015

Les passe-temps de Picasso
Les livres et œuvres ici dispersés émanaient de la collection de l’imprimeur et éditeur Pierre-André Benoit (1921-1993). Près de vingt résultats à cinq chiffres étaient prononcés. 35 000 € fusaient sur cette mini sculpture de Picasso, vers 1958. Ce bouchon estimé au plus haut 6 000 €, pulvérisait les attentes, à l’instar des sculptures du même type et des petites œuvres en papier qui, en 1998, parsemaient la vente de la collection Dora Maar. Dès 1906, l’artiste a commencé à tortiller et assembler de petites figures, à l’occasion de repas amicaux. Toujours en format miniature (6 x 10,2 cm), une aquarelle, gouache et encre sur papier de Miró fusait à 15 000 €. Parmi les livres, la palme revenait moyennant 31 000 €, prévisions triplées, à un exemplaire hors commerce de La Rose et le Chien, poème perpétuel (Alès, PAB, 1958) de Tristan Tzara, illustré de quatre gravures de Picasso. Il est enrichi notamment d’une suite de ces dernières en vert et d’une autre en noir sur japon extra-fin, de trois essais de la gravure du colophon… L’un des quarante exemplaires de l’édition princeps de L’Escalier de Flore (Alès, PAB, 1958) de René Char, illustré de deux gravures sur celluloïd du Malaguène, montait à 26 500 €. Un volume hors commerce de l’édition originale de Couinque (Alès, PAB, 1963) de Jean Dubuffet, avec sept gravures sur celluloïd et une suite de douze gravures supplémentaires, était poussé jusqu’à 24 000 €. L’exemplaire du Vide (Rivières, PAB, 1984), par Pierre-André Benoit lui-même, se négociait pour sa part 3 200 €.
Vendredi 23 janvier, salle 2 Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. Mme Lamort.

JonOne (né en 1963), Moi aussi, acrylique sur toile, daté 2013, 200 x 150 cm.
Frais compris : 29 520 €.

Un graffeur à l’Assemblée
Le street art, ou art urbain, mouvement artistique contemporain, comprend diverses techniques. Puisant ses origines dans des disciplines graphiques, aussi variées que l’affiche ou la bande dessinée, il trouve toutefois son expression la plus vive dans le graffiti. Parmi les figures majeures se range John Andrew Perello, alias JonOne, un artiste d’origine dominicaine, né à New York et fondateur du 156 crew. Dès les années 1980, il bombe avec son compère White Man des trains et des murs à Harlem. Les compositions, lumineuses et enjouées, libres et dansantes, se tournent vite vers l’abstraction. Reflets de «la force et de l’énergie d’un mur» qu’on «voit d’un train qui bouge», elles affichent d’importants aplats traversés d’arabesques dynamiques. Faisant souffler un vent haut en couleur, elles «décoiffent» fort. La peinture devenant un champ d’expériences sans cesse renouvelées, elles font tour à tour référence à la culture hip-hop, à la rue, au métro ainsi qu’à l’art de Pollock ou de Schnabel. Se définissant come un «peintre graffiti expressionniste abstrait», JonOne s’établit à Paris en 1987 et commence à peindre des toiles tout en poursuivant ses travaux de graffeur. Il est l’une des vedettes de la manifestation «Né dans la rue», organisée en 2009 à la fondation Cartier. Reconnu dès lors comme l’un des artistes les plus géniaux de sa génération, il vient d’entrer le 21 janvier dernier à l’Assemblée nationale avec Liberté, égalité, fraternité ; inspiré de la Liberté guidant le peuple d’Eugène
Delacroix, elle rend hommage aux fondements de la République et de la démocratie. Notre acrylique, réalisé deux ans auparavant et provenant d’une collection privée, prenait la tête des enchères. Avancé autour de 18 000 €, il enthousiasmait de nombreux particuliers et le commerce international. Au final, il gagne la collection d’un particulier français.
Arles, samedi 24 janvier.
Holz-Artles Enchères SVV.


Pièce de 5 roubles en or à l’effigie de la tsarine Catherine II (1762-1796), Saint-Pétersbourg, 1766.
Frais compris : 7 800 €.
De l’or pour Catherine II
Cette vente se déroulait dans le magnifique hôtel Goüin, rare vestige de l’architecture Renaissance à Tours. Elle dispersait des monnaies patiemment réunies par René et Thérèse Planiol. Cette dernière, décédée le 8 janvier 2015, professeur, biologiste des hôpitaux au CHU de La Pitié-Salpêtrière, s’était passionnée pour les applications des radio-isotopes. En 2003, elle décida de créer sur ses fonds propres une fondation étudiant le fonctionnement et les maladies du cerveau humain. Enregistrant 100 % de lots vendus, les 308 numéros doublèrent largement les estimations et atteignaient 320 000 €. Parmi eux, les pièces russes à l’effigie de deux célèbres tsarines se sont taillé la part souveraine. Avancé autour de 800 €, un rouble d’argent, de qualité superbe, figurant l’impératrice Anna Ivanovna, qui succéda à Pierre le Grand, quintuplait ses espérances en étant empoché à 4 000 € ; présentant un beau portrait réaliste de la tsarine, il a été frappé en 1734, l’année même où l’Empire russe annexait l’Ukraine. Il était toutefois devancé par cette pièce montrant la Grande Catherine et indiqué autour de 1 900 €. Rare, elle se distingue d’abord par une conservation tout à fait exceptionnelle. Émise en 1766, elle s’anime d’un splendide portrait historique. Âgée de 37 ans, l’impératrice entame alors la cinquième année de son règne, qui durera plus de trente ans. Poursuivant la politique culturelle initiée par Pierre le Grand au début du XVIIIe siècle, elle ouvre son pays aux courants artistiques italien et français. Dotée de talents politiques indéniables, elle agrandit d’un tiers la surface de la Russie par différentes conquêtes territoriales. Cultivée et «dévoreuse de livres», Catherine II s’inspire des idées de Diderot et d’Alembert et fait entrer son pays dans une ère moderne. Les pommettes bien dessinées de la pièce expriment la volonté et le déterminisme de la tsarine. Avec de tels atouts, la pièce était disputée avec enthousiasme entre la salle et plusieurs téléphones. Adjugée au marché américain largement au triple des estimations, elle joint au prestige impérial tout l’éclat de l’or.
Tours, vendredi 23 janvier.
Rouillac SVV. Mme Berthelot-Vinchon.
Cartel d’applique en bois laqué bleu vert, cadran signé de Gille l’Aîné à Paris, ornements de bronze doré, époque Louis XV, h. 92 cm.
Frais compris : 2 400 €.
Cartel Louis XV
Les objets d’art, notamment l’horlogerie, étaient l’un des pôles d’attraction d’une vacation champenoise, à l’image de ce cartel. Provenant d’une succession régionale, il était attendu autour de 1 500 €. En dépit d’un mouvement rapporté, il était bataillé ferme entre le live, la salle et plusieurs téléphones. Alliant perfection technique et qualités esthétiques, il est un bel exemple des cartels fabriqués sous le règne de Louis XV, au moment où ils atteignent un âge d’or dans l’ameublement. Directement fixés au mur, ils surplombent généralement la cheminée suivant les modes du temps. Ébénistes et bronziers imaginent alors des prouesses décoratives pour les habiller et les enjoliver. Selon le goût et la fortune des clients, certains sont ainsi revêtus de boîtes qui sont travaillées en corne ou en bronze doré ; d’autres sont recouverts de laque ou encore peints en vernis Martin. Notre modèle réalisé en bois imite ainsi la corne teintée bleu-vert. Délaissant le style Boulle, le roi Louis XV apprécie peu la traditionnelle couleur noire, jugée «funèbre» et incite les décorateurs à exécuter des cartels entourés de boîtes polychromes. De forme violonée, notre modèle s’embellit de guirlandes de fleurs finement ciselées où les motifs rocaille règnent en maître. D’élégante facture, il s’anime d’un cadran portant le nom d’un horloger réputé : Pierre II Gille (1723-1784), reçu maître en 1748 et connu sous le nom de Gille l’Aîné. Collaborant avec des bronziers tels Osmond, et Saint-Germain, il travaille pour une clientèle aristocratique dont le duc de Gramont, le prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas… Après une lutte sévère d’enchères entre le négoce et divers amateurs, ce charmant cartel était adjugé à un acheteur en live.
Troyes, samedi 24 janvier.
Boisseau-Pomez SVV.
Louis Majorelle (1859 -1926), table à thé au sceau de Salomon, bois mouluré et sculpté, reposant sur quatre pieds galbés, réunis par une table d’entrejambe, vers 1900, signée Majorelle, Nancy, 78 x 64 x 41 cm.
Frais compris : 6 000 €.
Par Majorelle
Le Nancéien Louis Majorelle était plébiscité durant cette vente vendômoise. Au décès de son père, Auguste, marchand et fabricant de meubles laqués, il interrompt ses études aux Beaux-Arts de Paris. Prenant la direction artistique des ateliers paternels, il choisira désormais les modèles ainsi que les décors. Aidé des peintres Émile Friant et Camille Martin, il produit d’abord des meubles anciens très estimés. L’entreprise prospérant, il remplace avec succès le décor peint par un motif marqueté d’inspiration naturaliste. Délaissant le mobilier rocaille et japonisant, il se met en quête de formes nouvelles et invente dans les années 1890 un style tout en dynamique, souplesse et modernité. Cette manière lui vaudra bon nombre de disciples telle la firme nancéienne Gauthier-Poinsignon. Louis Majorelle, à la fois ébéniste, ferronnier, décorateur, industriel d’art et vice-président de l’école de Nancy, va ainsi donner corps à un idéal d’art total. En 1898, il agrandit ses ateliers ; s’ouvre alors la période des plus beaux meubles. Notre table à thé, datant de cette époque, était attendue autour de 900 €. Proposée en bon état, elle s’embellit à la ceinture et au plateau de magnifiques feuilles et fleurs du sceau de Salomon. Cette plante, cousine du muguet, est munie de tiges ; lorsqu’elles tombent, elles forment un petit renflement ressemblant au sceau de Salomon. Émile Gallé réalise à la même époque une spectaculaire amphore faisant aussi référence à ces fleurs. Présentée à l’Exposition universelle de 1900, elle s’inspire de «La Rêveuse», un conte du Livre de Monelle , écrit par Marcel Schwob ; prouesse technique, elle éclaire par le biais de la culture juive la position militante de Gallé envers le capitaine Dreyfus, conviction que partage aussi Louis Majorelle. Ces idées progressistes formeront d’ailleurs le thème d’une exposition qui se déroulera au musée de l’école de Nancy, du 9 octobre prochain jusqu’au 25 janvier 2016 : «L’école de Nancy face aux questions politiques et sociales de son temps». Notre table à thé, vivement convoitée entre divers amateurs, était finalement adjugée à un collectionneur de New York contre un particulier français au sextuple des estimations.
Vendôme, lundi 19 janvier.
Rouillac SVV.

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