La Gazette Drouot
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Top des enchères
Travail romain vers 1620. Cabinet en pierres dures, ébène, bronze doré et argent, 178 x 126 x 54 cm.
Adjugé : 2 499 000 €
Un meuble papal pour la Cité des anges
Cet exceptionnel cabinet en pierres dures portant les armes de Paul Borghèse, élu pape en 1605, adjugé 2 499 000 € mardi soir dernier sous les applaudissements du public présent dans la salle, va s’envoler pour Los Angeles et rejoindre les collections du musée J. Paul Getty, s’attribuant au passage un record mondial pour une pièce de mobilier romain. La boucle est bouclée. Après avoir été conçu pour un pape, avoir appartenu à un roi – George IV d’Angleterre – et été acheté par un prince de l’immobilier, ce meuble va trôner dans le temple du magnat américain du pétrole. L’ensemble de la vente de la collection de Robert de Balkany a vibré à l’unisson de cette enchère. Elle a rapporté, pour cette seule et première vacation, plus de 13 millions d’euros avec 95 % des lots vendus – 94 % en valeur – et a consacré, ainsi que l’exprime Damien Leclère avec une satisfaction évidente et légitime, «les choix de Robert de Balkany de façon éclatante». Les salons feutrés de la galerie Charpentier se faisaient théâtre d’une bataille pour se disputer les 131 premiers lots, au téléphone mais aussi en direct tant les amateurs du monde entier étaient nombreux à avoir effectué le déplacement. Bataille bien plus pacifique heureusement que celle de Lépante, le fameux combat naval qui voyait l’anéantissement de la flotte ottomane par les armées chrétiennes le 7 octobre 1571, ici dépeinte sur une toile attribuée à Jacopo Robusti, dit Le Tintoret (1518-1594), et adjugée 315 000 €. Autre style, autre succès… La grande horloge à musique conçue par le Londonien Charles Clay, au cadran peint par le Vénitien Jacopo Amigoni, 1737-1740, et aux heures jouant différents airs de Georg Friedrich Haendel, a sonné 867 000 €. Elle résonnera désormais au Museum Speelklok d’Utrecht. À l’exception du Portrait du chien blanc du vicomte Gormanston du grand animalier anglais George Stubbs (1724-1806), décroché à 459 000 €, les résultats étaient en revanche plus mitigés pour la peinture ancienne…
Un compte rendu détaillé sera donné dans notre prochain numéro, après les deux dernières séances, qui se tiendront les 28 et 29 septembre prochain.
Paul Rancillac, dit Jean-Jules Chasse-Pot (1933-2010), Bientôt papa !, 1992, sculpture en papier mâché peint, h. 142 cm, l. 106, p. 45 cm.
Adjugé : 23 750 €
Un facteur bien timbré
Bientôt papa !, la sculpture à multiples lectures de Jean-Jules Chasse-Pot (1933-2010), créait la surprise en fixant 23 750 €, décrochant ainsi un record mondial pour une œuvre de son créateur (source : Artnet). Les deux prix les plus élevés étaient déjà détenus par des sculptures en papier mâché sur armature de métal, 17 500 € pour Le Grand Cavalier de 1988 (Cornette de Saint Cyr, 23 octobre 2011) et 12 500 € pour Deux roux, de 2003 (Vermot de Pas, 19 mars 2014). Chasse-Pot a mis en trois dimensions, tout au long d’une quarantaine d’années de création, une société imaginaire dans laquelle humains et animaux se côtoient et se répondent sur le même plan. Amusants au premier abord avec leur allure un peu gauche de petits notables de province, ses personnages invitent à une seconde lecture, plus intime et plus mélancolique. Bientôt papa ! appartenait à la collection particulière réunie par Pierre Robin. Œuvres d’art moderne et contemporain ainsi qu’objets d’art primitif et de curiosité constituaient l’univers extraordinaire de sa demeure tarnaise. Ses goûts hétéroclites, voire étranges, ont été reconnus vendredi dernier. Deux pastels ne passaient pas inaperçus. Le premier, relevant de l’art brut du début du XXe siècle, Profil de femme à l’œil noir (63 x 49 cm), encore titré Dans les cols désastreux la folie en montre à la raison, accrochait 9 375 €, et le second, un Homme riche fumant le cigare (69 x 47 cm) d’Anselme Boix-Vives (1899-1969), 6 000 €. Parmi les nombreux objets océaniens, on retiendra une collection de huit lances kanak de Nouvelle-Calédonie, qui atteignaient leur cible à 5 250 €.
Vendredi 23 septembre, salle 6 - Drouot-Richelieu.
De Baecque et Associés OVV. M. Voutay.
Compotier rond polylobé en porcelaine tendre de Tournai, provenant du service du duc d’Orléans dit «aux oiseaux de Buffon, XVIIIe siècle, vers 1787, diam. 22,5 cm.
Adjugé : 40 320 €
Le petit butor de Cayenne du duc d’Orléans
Derrière ce nom peu amène se cache un échassier, cousin des hérons et autres aigrettes, au corps plus charnu et surtout aux jambes moins longues. Il est décrit et représenté dans le tome XXII, page 430, de L’Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du cabinet du Roy, du comte de Buffon (1707-1788). Publiée entre 1749 et 1788, cette monumentale encyclopédie en trente-six volumes in-4°, fruit d’un travail colossal de l’auteur et de ses collaborateurs, marque une étude décisive dans la connaissance, de la science ornithologique notamment. Elle bénéficia des fabuleuses collections royales et du réseau de scientifiques du monde entier dont le naturaliste disposait. Lorsqu’en juillet 1787 le duc d’Orléans, entré dans l’histoire sous le nom de Philippe Égalité, souhaite un service de porcelaine à la hauteur de son rang, il fait appel à la manufacture de Tournai, moins chère que sa consœur de Sèvres. Notre homme aimait recevoir chez lui au Palais-Royal, pour des «grands soupers» après les représentations à l’Opéra ! Il commande un décor inspiré des planches de L’Histoire naturelle des oiseaux de Buffon. Ce service est composé de pas moins de 1 593 pièces, un nombre considérable, dont 96 compotiers selon la facture originelle qui ne sera jamais honorée, la Révolution étant passée par là… Il sera évidemment dispersé, et 594 éléments seront acquis entre 1803 et 1806 par le prince de Galles, par l’intermédiaire du marchand Robert Fogg. Trente-sept compotiers polylobés se trouvent toujours conservés dans les collections royales anglaises, et l’un figure au musée des Arts décoratifs de Tournai. L’expert Cyril Froissart estimant leur nombre total à quarante-deux, l’exemplaire ici adjugé à 40 320 € serait donc l’un des derniers rares spécimens en liberté. Un collectionneur avisé ne l’a pas laissé lui échapper…
Lundi 19 septembre, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin OVV. M. Froissart.

 
Eugène Flandin (1809-1889), Les Murailles de mer et le phare (Constantinople), 1853, huile sur toile, 40 x 57 cm.
Adjugé : 18 522 €
Les murailles de mer de Constantinople
Le résultat de 18 522 € permet à cette toile, Les Murailles de mer et le phare (Constantinople), d’entrer de justesse dans le top ten des œuvres de son auteur (source : Artnet), le peintre orientaliste Eugène Flandin (1809-1889). Pendant les années 1840 et 1841, l’artiste, accompagné de l’architecte Pascal Coste (1787-1879), est envoyé en mission en Perse par l’Institut. Ce périple raconté dans un album publié en 1851 et illustré d’environ 250 planches, Voyage en Perse, est un énorme succès. Entre-temps, Flandin est retourné au Moyen-Orient en 1844, cette fois en Mésopotamie, sur la piste de la cité disparue de Ninive. Très vraisemblablement, il s’arrête à Constantinople, porte d’entrée de l’Orient, à l’une et l’autre de ses expéditions. Il sillonne le Bosphore, circule dans les ruelles exotiques, côtoie une foule bigarrée et s’attarde sur les grandes esplanades où coexistent pacifiquement les traces des siècles passés. Dans cette toile, il est inspiré par les murailles maritimes. Ces enceintes défensives ont été décidées par l’empereur Constantin (280-337) lors de l’agrandissement de la ville – à laquelle il donna son nom –, mais furent véritablement construites au Ve siècle. Plus simples que les remparts terrestres théodosiens, elles couraient de la Corne d’or jusque dans la mer de Marmara, et offraient une véritable protection.
Vendredi 23 septembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Kahn & associés OVV. Cabinet Frédéric Chanoit.




 
Commode en céramique vernissée, Pré-d’Auge, XVIIIe siècle, 19 x 23,5 x 16,5 cm.
Adjugé : 30 000 €
La Normandie hausse son pavillon avec une collection du Pré-d’Auge
Façade galbée à quatre tiroirs sur trois rangs, plateau chantourné à gorge, traverse chantournée ornée de volutes, petits pieds et décor de guirlandes, volutes et fleurs… Derrière cette description bien fréquente dans les catalogues de vente de mobilier XVIIIe, vous aurez aisément reconnu un modèle de commode. Mais celui-ci est d’un genre bien particulier, puisqu’il a été réalisé au XVIIIe siècle par un maître potier du Pré-d’Auge ! Et si un modèle très similaire se trouve dans les collections du musée des Arts décoratifs de Paris, il s’agit d’une rareté, qui a été adjugée 30 000 € au musée d’Art et d’Histoire de Lisieux et va ainsi joliment enrichir sa collection. La vente de la collection d’art populaire normand de Michèle et Claude Lemaitre a totalisé 209 150 €, et plus d’un tiers des pièces ont été acquises par des institutions muséales de la région. Une vraie reconnaissance pour ce couple de collectionneurs passionnés ! Ce sont les céramiques du Pré-d’Auge qui ont enflammé les enchères. Les 27 500 € d’un gîte à pâté, joli nom pour une terrine de forme violonée, signée Jean Aubert et datée 1750, figurant un lièvre étiré aux longues oreilles rabattues, rappelaient non sans humour que cette fois, le coureur était parti à temps ! Quelques numéros plus tôt, c’est un corps de fontaine de forme tronconique avec son bouchon circulaire – un vrai plus – sommé d’un gallinacé qui déversait son eau jusqu’à 26 250 €. Cette pièce était signée Jacques Vatier, l’un des membres de la plus célèbre famille de potiers du Pré-d’Auge, et part rejoindre les collections du musée de Normandie à Caen. De telles œuvres sont rares sur le marché, la plupart d’entre elles ayant été présentées lors d’une exposition au musée de Lisieux en 2004, «Les céramiques du Pré-d’Auge : 800 ans de production». Les résultats sont donc conformes à leur qualité. Les estimations étant soutenues dans le catalogue, il y avait néanmoins un petit risque… relevé avec panache, et le dragon polychrome d’époque Henri IV, constituant l’élément terminal d’un épi de faîtage, en ouvrait grand la gueule pour cracher une flamme de 7 500 € !
Samedi 24 septembre, salle V.V.
Delon - Hoebanx OVV.
Belgique ou nord de la France, vers 1500. Évangéliaire et épistolier à l’usage d’un monastère de chanoines réguliers de la Sainte-Croix, in-4°, 27,9 x 20 cm.
Adjugé : 196 925 €
Fraîcheur et réalisme d’un évangéliaire manuscrit
Les motifs variés de volatiles, insectes, fleurs, fruits et feuillages qui s’épanouissent avec un soin extrême dans les bordures dorées ou peintes de cet évangéliaire en adoucissent le réalisme de la scène principale, figurant la Vierge Marie et saint Jean au pied de la Croix. Le style du décor et des figures le rattache à l’école flamande. Son originalité repose sur le choix de certaines images peu usitées dans le répertoire iconographique religieux, comme sainte Hélène, saint Cyriaque ou encore saint Bernard et la Vierge. Fort de ces différentes qualités, il a été emporté à 196 925 €, au-delà des 80 000 à 120 000 € annoncés. Ce manuscrit enluminé a été exécuté à la charnière entre le XVe et le XVIe siècle, période de forte expansion des chanoines de la Sainte-Croix, pour lesquels il a été réalisé. Créé à Liège par quelques hommes du chapitre des chanoines de la cathédrale, qui voulaient rétablir l’idéal original de la vie en communauté, l’ordre se répand dans toute l’Europe à partir du XIIIe siècle. Des monastères essaiment à travers l’Angleterre, la France, la Rhénanie et les Pays-Bas de l’époque. Leurs principes les conduisent à prendre soin des croisés et pèlerins qui avaient pris la route ; par la suite, ils deviendront plus contemplatifs. Les évangéliaires, livres liturgiques contenant des passages d’Évangiles lus ou chantés à la messe, participent aux rituels chrétiens. Celui-ci, outre sa remarquable qualité d’exécution, possédait un autre atout. Il avait appartenu à de prestigieux bibliophiles, dont William Stuart, propriétaire d’Alenham Abbey, puis le banquier J.-P. Morgan, et enfin, mais non des moindres, le colonel Daniel Sickles. Il avait figuré dans l’une de ses premières ventes à Paris en décembre 1945, sous le n° 19, où il avait été acquis pour 420 000 anciens francs. Somme colossale à l’époque, qui ramenée en euros de 2016 correspond à 52 700 €, soit quasiment quatre fois moins que son résultat de mardi…
Mardi 20 septembre, Espace Tajan.
Tajan OVV. Mme Lamort, M. Cortade.
Microscope de Nuremberg, ébène et cuir gaufré aux fleurs de lys, XVIIe siècle, h. 25,5 cm (verre optique cassé).
Adjugé : 48 750 €
Microscope de la collection Nachet
Si le mobilier d’un appartement de l’avenue Victor-Hugo remportait près de 300 000 € frais compris, c’est vers ce microscope, attendu au plus haut à 1 500 €, que devaient converger les regards. Il était acquis par un collectionneur américain après une vive joute d’enchères entre dix téléphones et des enchérisseurs en ligne. Les raisons de son succès ? Le précieux instrument d’époque Louis XIV, en état remarquable, est répertorié dans la collection Nachet et a été conservé jusqu’à ce jour au sein de la famille. Rappelons pour les profanes que la maison Nachet, créée en 1839, s’est rendue célèbre pour la qualité de ses microscopes. L’un d’eux a d’ailleurs permis à Pasteur de mener à bien
ses travaux sur la rage. On doit à Jean Alfred Nachet, qui dirigea l’entreprise jusqu’en 1899, d’avoir réuni un remarquable ensemble de microscopes anciens désormais introuvables, dans le but de retracer l’évolution de l’instrument, du XVIe jusqu’au milieu du XIXe siècle. Il revint à Albert Nachet d’en publier le catalogue, en 1929. Les éditions Alain Brieux le republieront en 1976. Notre outil, dont le marché avait oublié l’existence, s’y retrouve décrit sous le numéro 25 de la section consacrée aux modèles composés, avec ses « deux coupoles en ébène contenant : l’une, l’oculaire à deux verres biconvexes, l’autre, la lentille objective biconvexe ». L’article précise que « la mise au point s’obtient en vissant plus ou moins la partie inférieure du corps dans une bague filetée » et que « le grossissement est d’environ vingt-cinq fois »…
Fontainebleau, dimanche 25 septembre.
Osenat OVV.

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