La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Chine, époque Yongzheng (1723-1736). Aiguière en porcelaine décorée en bleu sous couverte, marque de Yongzheng à six caractères en zhuanshu au revers, h. 27 cm.
Frais compris : 252 174 €.
Bleu et blanc impérial
Vous aurez reconnu cette aiguière chinoise portant la marque de l’empereur Yongzheng. Assortie d’une estimation comprise entre 40 000 et 60 000 €, elle faisait l’objet d’un encadré page 26 de la Gazette no 26. Il fallait prévoir bien davantage pour l’emporter, puisqu’elle était adjugée à hauteur de 200 000 €. Provenant d’une collection parisienne, elle est à décor en bleu sous couverte de fleurs de lotus et pétales de chrysanthème, sa forme reprenant celle des aiguières perses en métal. Deux aiguières similaires sont référencées dans les collections du Musée national de Pékin : l’une sans anse et à décor différent, l’autre avec anse et présentant le même décor que notre exemplaire. Le Musée national de Taipei en possède également une avec anse. Indubitablement, un modèle qui a les plus grandes faveurs ! En 1729, Tang Ying est nommé directeur de la manufacture impériale de Jingdezhen. Il va notamment promouvoir les styles du passé et faire réaliser des copies, entre autres, des bleu et blanc Ming du XVe siècle. Au début de ce siècle, le cobalt en provenance de Perse permet d’augmenter la production des bleu et blanc, dont les Chinois ont le secret et qui constitueront pour eux une véritable manne commerciale. D’abord associées à la dynastie mongole des Yuan, ces pièces vont être sinisées, parvenant à conquérir une élite jusque-là demeurée fidèle à l’esthétique épurée des céramiques Song. Sous Xuande (1425-1435), les bleu et blanc vont triompher à la cour, au point de se voir apposer la marque impériale. Sous les Qing, le succès des bleu et blanc ne se dément pas, aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’exportation. La reprise de modèles anciens, à côté de nombreuses innovations, sera un moyen pour les empereurs Qing d’inscrire leur dynastie, d’origine mandchoue, dans la longue histoire de la Chine.
Mercredi 9 juillet, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Wapler Mica SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Christian Dior (1905-1957), automne-hiver 1957, robe « Venezuela » en soie chinée à la branche à motif de fleurs.
Frais compris : 40 888 €.
Dior 1957
Comme le disait la célèbre diva tintinophile dans Les Bijoux de la Castafiore, «Tristan Bior, on dira ce qu’on veut, c’est toujours Tristan Bior !» Une formule corroborée par les enchères de manière récurrente, à l’instar de cette robe, disputée jusqu’à 32 200 € d’après une estimation haute de 5 000. Au cœur de l’hiver 1957, le célèbre couturier propose de manière posthume – il décède d’une crise cardiaque le 24 octobre 1957 – à ses clientes une escapade exotique avec ce modèle «Venezuela», dont le Metropolitan Museum de New York conserve un exemplaire en soie uniformément noir. Il appartient à l’ultime collection créée par le couturier, prénommée «Fuseau» et à laquelle il a travaillé avec un certain Yves Saint Laurent. La carrière de Dior s’est écrite en seulement vingt-deux collections, entre 1947 et 1957. Son style a connu des variations. Les trois premières années sont marquées par l’avènement du new look, qui, à la sortie de la guerre, redonne à la silhouette toute sa féminité : longueur de robe voilant le mystère des jambes, taille marquée, hanches arrondies et épaules douces. De 1950 à 1953, cette orthodoxie perd en rigueur : des angles apparaissent, le buste s’épanouit, la taille se fait plus souple et la longueur des jupes diminue. À partir de 1954, le corps de la femme est plus fuselé, les lignes valorisant le buste, tandis que l’on renonce à marquer la taille. L’ultime collection, celle de l’automne-hiver 1957, délivre encore davantage des contraintes du vêtement. Notre robe se contente de souligner avec grande fluidité la taille de sa propriétaire. La Castafiore n’est pas la seule à ne jurer que par ce créateur, les plus grandes stars hollywoodiennes portant ses vêtements. Marlène Dietrich était sans doute sa plus fervente admiratrice, l’imposant à ses producteurs d’un implacable «no Dior, no Dietrich» !
Mardi 8 juillet, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV. Cabinet Chombert - Sternbach.
Félix Youssoupov (1887-1967), un album et un cahier avec les autographes, poésies et notes commémoratives de ses invités, l’album oblong in-8o et le cahier in-8o avec deux dossiers, un manuscrit et de la correspondance.
Frais compris : 49 400 €.

Félix Youssoupov
Cet ensemble ayant appartenu aux archives de Félix Youssoupov était estimé aux alentours de 1 000 €. Il était disputé bien au-delà, puisqu’il en générait 38 000. Il est riche de deux libri amicorum : un album relié par Peterssen à Saint-Pétersbourg et comprenant des autographes de ses invités, avec des inscriptions commémoratives, contes et poésies datés de 1917 et 1918, et un cahier contenant des autographes et envois entre les années 1919 et 1945. Ils sont accompagnés d’un manuscrit, probablement celui de son livre Avant l’exil, et d’un dossier de correspondance avec les différents éditeurs de l’ouvrage ainsi que des documents le concernant. Il s’agit du premier volume, sur deux, de ses mémoires, publiés en 1952 et 1954. Devenu l’une des grandes figures de l’émigration russe et de la haute société parisienne, Félix Youssoupov est avant tout connu pour avoir été l’un des tueurs du redoutable Raspoutine. Les Youssoupov, famille princière d’origine tataro-mongole, disposaient d’une fortune considérable, la tradition voulant qu’ils fussent plus riches que le tsar. Félix avait d’ailleurs épousé la nièce de ce dernier, la grande-duchesse Irina Alexandrovna. Dans son ouvrage pourtant sur les grandes collections de la Russie impériale, paru chez Flammarion en 2004, Emmanuel Ducamp écrit qu’ils formaient tous deux «sans doute le plus beau couple russe d’avant la révolution bolchévique». Il était également le seul héritier, après le décès de son frère en 1908, des immenses collections familiales, confisquées par les bolchéviques. Le prince a pu sauver quelques pièces, au nombre desquelles deux portraits de Rembrandt, aujourd’hui conservés à la National Gallery de Washington. La vente des quelques trésors réchappés de cet ensemble a permis aux Youssoupov de subvenir à leurs besoins.
Jeudi 10 juillet, salle V.V.
Cazo SVV.
Léopold Bernhard Bernstamm (1859-1939). Paire de bustes, biscuit de Sèvres, représentant Nicolas II et son épouse Alexandra Feodorovna, signés, datés 1897, marqués « Sèvres », h. 48 cm.
Frais compris : 20 910 €.
Hommage au tsar
Une collection d’art russe provenant d’un amateur niçois était fortement plébiscitée des amateurs. Cette paire de bustes, avancée autour de 6 000 €, recueillait l’enchère la plus haute de la vacation. Proposée en bon état, hormis quelques restaurations aux nez, elle porte la signature d’un artiste russe, originaire de Riga. Après avoir étudié aux beaux-arts de Saint-Pétersbourg, Léopold Bernstamm fait le voyage en Italie, avant d’arriver en 1885 à Paris. Côtoyant le groupe des peintres ambulants, il parachève sa formation dans l’atelier d’Antonin Mercié, où il s’essaie aux diverses techniques de l’art statuaire. Il réalise ainsi des sculptures ornementales tel le monument d’Édouard Pailleron, toujours visible au parc Monceau. Fin observateur, il se spécialise dans des bustes et dans des portraits. La plupart sont façonnés en bronze et représentent aussi bien des personnalités russes que françaises. Avec habileté, Léopold Bernstamm appréhende immédiatement leurs diverses expressions, qu’il transcrit avec vigueur et vérité. Ses dons, son aisance et sa rapidité d’exécution font qu’il modèle également de nombreux mannequins de cire pour le musée Grévin, dont il devient le sculpteur attitré. Nicolas II et son épouse la tsarine Alexandra Feodorovna effectuent en 1896 un voyage officiel en France qui scelle l’alliance franco-russe. À cette occasion, le tsar pose à Paris la première pierre du pont Alexandre-III. Le périple a un grand retentissement dans tout le pays. Pour l’occasion, on commande à Léopold Bernstamm les effigies des jeunes souverains afin de les diffuser en biscuit de Sèvres. Ils connaissent un succès tel qu’ils sont l’année suivante sculptés en bronze. Nos effigies, disputées avec passion entre la salle et plusieurs téléphones, étaient au final adjugées à un amateur russe, triplant largement leurs attentes.
Nice, jeudi 10 juillet.
Rometti & Associés SVV.
Émile Othon Friesz (1879-1949), La Jetée du port du Havre, huile sur toile, signée et située au Havre, 60 x 81 cm.
Frais compris : 9120 €.
Au môle du Havre
Cette vue du port du Havre célébrant l’attrait de la mer recueillait l’enchère la plus haute de la vacation. Espérée autour de 10 000 €, elle provenait d’une collection régionale et avait été présentée l’été dernier lors de l’exposition «Pissarro dans les ports» au MuMa du Havre. Proposée dans son jus, elle porte la signature d’Émile Othon Friesz, un enfant du pays. Appartenant à une famille de navigateurs, il fréquente à l’école municipale l’atelier du peintre Charles Lhuillier, où il a pour compères Georges Braque et Raoul Dufy. Comme eux, le jeune homme est d’abord influencé par les impressionnistes. Camille Pissarro entreprend, durant l’été 1903, une suite de tableaux qui transcrivent l’avant-port du Havre et montrent son intense activité commerciale. Logeant à l’hôtel Continental, il réalise une vingtaine de toiles soulignant bien l’effervescence du trafic maritime. Reprenant un sujet similaire, Friesz peint notre toile, certifiée d’Odile Aittouarès. La composition, habilement ordonnée, traduit un art grave et réaliste. Des touches à la fois vigoureuses et nuancées construisent les divers plans tout en captant la lumière. De larges traits cernent certains motifs à la manière du synthétisme. La scène, dépourvue de détails inutiles, élimine l’accidentel ainsi que l’anecdotique. À la différence de Pissarro, Émile Othon Friesz la bâtit avec une rigueur librement adaptée du cubisme en recherchant notamment une simplification des formes. Ce fin observateur interprète habilement l’atmosphère indéfinissable du ciel normand, baigné d’air marin. L’emploi intensif des blancs, des bleus et du noir confère encore au tableau un aspect mystérieusement romantique. C’est la fascination des hommes face à l’immensité de la mer…
Le Havre, lundi 7 juillet.
Le Havre Enchères SVV.
René Quillivic (1879-1969), Femme de Plougastel au panier de fraises, sculpture en bronze à patine verte, signée, cachet
du fondeur Andro à Paris, h. 74 cm.
Frais compris: 16 335 €.
Arts déco bretons
S’épanouissant durant l’entre-deux-guerres, le mouvement Ar Seiz Breur (les Sept Frères) renouvelle et modernise les arts décoratifs bretons. L’exposition internationale de 1925, consacrée aux arts appliqués, proclame la renaissance bretonne dans le mobilier, les faïences et les tissus. Proposant des œuvres nouvelles, les artistes allient modernité et tradition comme en témoigne la collection d’un amateur, qui était livrée aux enchères par Me Yves Cosquéric. Très disputée par des collectionneurs enthousiastes, elle était le principal pôle d’attraction de la vente intitulée «L’Âme bretonne XI». Les estimations ont d’abord doublé à 12 000 € pour une statuette d’Émile Jean Armel-Beaufils, représentant La Femme de Ploaré assise (voir Gazette n° 26, page 79). Elle était toutefois devancée par notre bronze, signé René Quillivic, un artiste originaire de Plouhinec, près de la baie d’Audierne, et récemment honoré à Quimper dans l’exposition «Les Quillivic, trois générations, un siècle d’art». Appartenant à une famille de pêcheurs, le jeune homme se destine au métier de menuisier-charpentier. Profitant d’une bourse, il monte à Paris étudier aux Beaux-Arts. Praticien, il travaille à partir de 1905 dans l’atelier du sculpteur Antonin Mercié. Brodeuse de Pont-l’Abbé lui vaut, trois ans plus tard, une bourse lui faisant découvrir l’Afrique du Nord, puis l’Italie. Revenu en France, il sculpte de nombreux monuments commémoratifs, surtout après la Grande Guerre. Jules Verlingue, le nouveau propriétaire de la manufacture HB, le charge au début des années 1920 de créer des décors faïenciers nouveaux, en puisant notamment dans le répertoire de la broderie. En parallèle, René Quillivic continue de sculpter des sujets bretons inspirés de la vie quotidienne à l’image de notre bronze. Doublant ses espérances, celui-ci reprend dans un format réduit la statue originale, façonnée en grès de Kersanton, qui embellit aujourd’hui encore le pont Albert-Louppe à Plougastel-Daoulas, dans le Finistère.
Brest, dimanche 6 juillet.
Adjug‘Art SVV. MM. Gouin et Levasseur.

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