La Gazette Drouot
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Top des enchères
Matthaeus Greuter (1564-1638), globes terrestre et céleste, Rome, 1632 et 1636, piétements en bois tourné de la fin du XIXe siècle, diam. 49 cm, h. 135 cm.
Frais compris : 104 920 €.
Premières éditions
Ces globes ont la particularité d’être de première édition, 1632 pour la terre et 1636 pour le ciel. De quoi pimenter les enchères, qui outrepassaient l’estimation haute de 40 000 € pour en atteindre 86 000. Un prix qui récompense l’insigne rareté des globes du XVIIe siècle, de surcroît en paire. Le piétement des nôtres datant de la fin du XIXe siècle, il ne participait pas à leur valorisation. Matthaeus Greuter est un peintre et graveur, né à Strasbourg, qui s’est spécialisé dans la cartographie. Passé par Avignon et Lyon, il gagne Rome en 1606 pour échapper, selon Edward Dahl et Jean-François Gauvin, à la pression intellectuelle et commerciale des éditeurs hollandais de cartes. Cela ne l’empêche pas de se baser, pour réaliser nos globes, sur ceux de 1622, d’un diamètre de 68 cm, faits par le grand Willem Janszoon Blaeu (1571-1638), cartographe et éditeur amstellodamois. La sphère terrestre est la première réalisée, vingt-six ans après son arrivée dans la Ville éternelle, où il travaille aussi bien pour Scipion Borghèse que pour le Vatican. Il y apporte des modifications, considérant sans doute que son ouvrage ne sera pas utilisé à des fins maritimes. Il ne fait pas apparaître les lignes de rhumbs, destinées à guider les navigateurs, mais effectue quelques mise à jour, notamment en faisant figurer l’île d’Hokkaido, au nord du Japon, dont il aurait eu connaissance grâce à la carte de Christophoros Blancos, publiée à Rome en 1617. Le globe céleste, édité quatre ans plus tard, intègre pour sa part des observations effectuées par l’astronome danois Tycho Brahé, à qui Greuter rend hommage dans le cartouche, ainsi qu’à Blaeu. Il a également reporté les étoiles autour du pôle Sud observées par Pieter Dirkszoon Keyser, ainsi que deux constellations découvertes par Jakob Bartsch, la Girafe et la Licorne.
Mercredi 13 mai, salle Rossini.
Alde SVV. Mme Le Bail.
Gustave de Beaucorps (1825-1906), Perspective vers les moulins de Montmartre, Paris, vers 1856, négatif sur papier ciré, 29 x 39,5 cm.
Frais compris : 11 511 €.
Gustave de Beaucorps
Un ensemble de négatifs sur papier ciré de Gustave de Beaucorps était proposé, composant en trente-trois numéros le chapitre d’une vente spécialisée. Il totalisait 107 116 € frais compris. La réunion des treize numéros – soient vingt-sept négatifs – concernant l’Italie décrochait à elle seule 23 000 €. On y visite principalement la ville de Naples et ses environs. Pour un négatif seul, 9 000 € culminaient sur la Perspective vers les moulins de Montmartre, Paris, vers 1856, 5 200 € revenant à l’Hôtel de ville d’Oudenaarde (Audenarde), Belgique, 1857 (28,5 x 37,5 cm) et 4 500 € à Bruges, Belgique, 1857 (38,2 x 29 cm). Gustave de Beaucorps appartient à la génération pionnière des «primitifs» de la photographie. Il a été formé par celui qui reste sans doute l’un des plus fameux d’entre eux, Gustave Le Gray. Celui-ci a mis au point le négatif sur papier ciré sec, qu’il va utiliser à l’occasion de la fameuse mission héliographique de 1851. Cette technique permet de préparer à l’avance des négatifs, plus faciles à transporter que des plaques de verre. Entre 1857 et 1861, notre photographe va effectuer une série de voyages en France, Belgique, Allemagne, Espagne, Italie, jusqu’en Afrique du Nord et au Levant. Si les négatifs sur papier ciré présentent un net avantage, ils obligent cependant à se déplacer avec un matériel conséquent, leur exécution dépendant aussi bien de la lumière que de l’humidité ou la chaleur. Beaucorps va exposer les fruits de son travail à la Société française de photographie à Paris en 1859, 1861 et 1869. Nos négatifs concernaient principalement la France – avec notamment deux vues du château de Coucy et cinq de celui de Pierrefonds, avant les travaux entrepris par Viollet-le-Duc – et l’Italie. Figurent également la Belgique,
l’Algérie et une vue de l’Alcazar de Séville.
Mercredi 13 mai, salle V.V.
Millon & Associés SVV. M. Goeury.
Pablo Picasso (1881-1973), Guitare sur une table, 5 mai 1921, pastel et crayon sur papier, 32,5 x 25 cm.
Frais compris : 163 000 €.
© Succession Picasso, 2015

 
Picasso presque abstrait
À l’heure où New York sacrait à nouveau Picasso comme étant l’artiste le plus cher au monde aux enchères, à Paris, c’est plus sagement que le Malaguène était célébré, avec les 130 000 € recueillis par ce pastel et crayon cubiste de 1921. La Guitare sur une table qu’il met en scène marque l’ultime limite du cubisme, au seuil du point où la géométrisation et la fragmentation des formes rendent difficilement identifiable le sujet. Un pas de plus, et c’est l’abstraction. Celui-ci a déjà été franchi par Picasso, qui, dès 1907, dans certaines parties des Demoiselles d’Avignon, s’y essaie. En pleine période expérimentale, certains paysages sont franchement abstraits. Le peintre va conserver l’un d’eux, révélé pour la première fois au public lors de la rétrospective de 1966 du Petit Palais, aujourd’hui conservé au musée Picasso sous le titre L’Arbre. Il précède de trois ans les premières aquarelles abstraites d’un des pères de ce langage, Kandinsky. Notre dessin réduit les éléments figuratifs à leur plus simple expression. Les quatre pieds de la table sont seulement indiqués. Trônant sur un tapis rose, elle reçoit une nappe orangée bordée d’une frise, la guitare semblant posée en équilibre sur son bord. L’instrument se détache sur un rectangle bleu, sans doute une fenêtre ouverte sur le ciel. Contrairement à Kandinsky, la méthode abstraite n’est pas aux yeux de l’artiste un moyen de «faire perdre son importance à l’objet», mais au contraire de l’explorer par le biais de la peinture. Françoise Gillot a rapporté une conversation avec Matisse à ce sujet, où Picasso voulait que l’on puisse «au moins d’une certaine façon reconnaître la nature, même une nature torturée, parce qu’il s’agit après tout d’une sorte de combat entre ma vie intérieure et le monde extérieur tel qu’il existe pour la plupart des gens». Cette lutte est ici à l’œuvre.
Mercredi 13 mai, Espace Tajan.
Tajan SVV. MM. de Bayser.
Märklin, S55, Le Bouvines, bateau de guerre de type Torpedo, vers 1908, tôle peinte, l. 30 cm
Frais compris : 32 832 €.
Un cuirassé Märklin sur les flots
Les moyens de transport recueillaient les enchères les plus hautes lors d’une vente prestigieuse, organisée au château de la Verrerie, proche d’Oizon, dans le Cher. Une élégante Rolls Royce, modèle Silver Spur de couleur bleue, sortie des usines en 1982, achevait d’abord sa course à 38 000 €. Elle était talonnée par ce jouet de collection. Provenant d’une succession régionale, il était espéré autour de 8 000 €. Présenté en bon état, il était vendu avec son support d’origine en métal, à l’imitation d’une vague, très typique des jouets que réalisa Märklin, une fabrique établie à Göppingen, près de Stuttgart. Référencé 1080/3 au catalogue de la marque, il est proposé avec le pont façon bois, comprenant trois canons. On y a encore joint un socle de bateau en métal sur quatre roulettes imitant une vague. Il se range parmi les jouets nautiques de très haute gamme ; faits et peints dans une large mesure à la main, ils sont fabriqués par la manufacture allemande dans un souci constant de qualité. Ce Bouvines, pourvu d’une mécanique, reprend avec précision le garde-côte cuirassé de la Marine nationale, construit par les Forges et chantiers de la Méditerranée. Mis en service en 1894, il est baptisé du nom d’une célèbre victoire remportée près de Lille, au XIIIe siècle, par le roi Philippe Auguste contre plusieurs armées européennes, notamment celle de l’empereur d’Allemagne. L’événement est si mémorable qu’au XIXe les historiens y ont vu la naissance de la nation française. C’est ainsi que le Bouvines servira durant la Première Guerre mondiale comme bâtiment d’arraisonnement sur le front de mer de Cherbourg, avant d’être démoli en 1920. En dépit de plusieurs manques – notamment du mât et de deux chaloupes –, notre navire miniature était vivement débattu entre la salle, le live et divers téléphones. Au final, il amerrit dans la collection d’un amateur chevronné au quadruple de ses attentes.
Château de la Verrerie, Oizon, dimanche 17 mai.
Jean Havin SVV. M. Cazenave.

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