La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Zao Wou-ki (1920-2013), 12.05.83, huile sur toile, 130 x 162 cm.
Adjugé : 1 912 439 €
Résultats bien construits pour Zao Wou-ki
Zao Wou-ki (1920-2013) était particulièrement à l’honneur à Drouot dans la vacation d’Auction Art. Trois de ses peintures y étaient accrochées et ont enregistré un résultat total de 5 037 439 €. La première sur le podium, titrée 12.05.83 (reproduite ci-dessus), irradiait de sa matière lumineuse jusqu’à 1 912 439 €. Elle invitait à un voyage dans la profondeur de son chromatisme, une promenade dans les montagnes de la Chine et le long de ses cours d’eau, sources inépuisables d’inspiration pour le peintre. Les deux suivantes provenaient de la collection de Roger Taillibert (né en 1926), l’architecte du Parc des Princes, du stade olympique de Montréal ou encore de la piscine de Deauville, des constructions qui lui vaudront une réputation internationale. De ses longues années d’amitié et de discussion avec celui qu’il définit comme un «poète de la surface et de la couleur», il conservait deux grandes œuvres acquises directement auprès du maître : 30.10.64 - 11.04.78 (détail reproduit page de droite), bardée d’étiquettes d’expositions dans les plus grands musées du monde, recevait 1 625 000 €, et 10.12.90, d’un bleu incandescent en mouvement, 1 500 000 €. Les deux premières étaient acquises par le même collectionneur hongkongais, la troisième l’étant par un acheteur français. Toutes évoquaient le don de maîtrise de l’artiste, pétri de culture chinoise dans l’amplitude du geste et le choix des thèmes, et rompu à la peinture à l’huile, technique purement occidentale. Cette vente était aussi l’occasion de découvrir le talent de Roger Taillibert pour la peinture. Un loisir qui lui offrait la possibilité de mettre à plat les termes de son métier – «quand je peins, c’est aussi de l’architecture» –, d’exprimer son admiration pour le jeu des couleurs et la gestuelle de Zao et de s’inscrire dans la suite du mouvement de l’abstraction lyrique d’Olivier Debré, un artiste originaire comme lui des bords de Loire… Trois de ses œuvres, dont une Composition bleue et rouge, s’échangeaient entre 6 000 et 8 750 €. Des adjudications qui lui permettent de rejoindre ses amis peintres sur le marché de l’art.
Vendredi 16 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV.
Époque Louis XV, estampillé Mathieu Criaerd (1689-1776), bureau plat en vernis européen à fond bleu, décor de laque européenne en vernis Martin «façon de la Chine», bronzes ciselés et argentés, 74 x 148 x 72 cm.
Adjugé : 282 450 €
Laque bleue et bronzes argentés
Les meubles en laque bleue et ceux ornés de bronzes argentés sont des plus rares. Alors, lorsque l’on trouve sur un même modèle et la laque bleue et les bronzes argentés, on touche à l’exceptionnel. Un principe qui s’est vérifié avec les 282 450 € obtenus par ce bureau plat en vernis européen de l’époque Louis XV, estampillé Mathieu Criaerd (1689-1776), aux finitions soignées, d’une forme élégante et de grande qualité d’exécution. Trois caractéristiques qui, autant que sa marque, signent les productions de ce grand ébéniste. Le travail de Mathieu Criaerd, reçu maître le 29 juillet 1738, est longuement présenté dans l’ouvrage toujours de référence écrit sous la direction de Daniel Alcouffe, Le Mobilier du musée du Louvre… Musée qui détient dans ses collections une commode et une encoignure signées de Criaerd, présentant les mêmes caractéristiques rarissimes. On sait que ces meubles ont été livrés le 30 octobre 1742 par le marchand-mercier Thomas-Joachim Hébert pour la chambre de la comtesse de Mailly au château de Choisy, propriété de Louis XV depuis 1739. La pièce étant ornée de soie bleue filée par la favorite, le roi la fit donc peindre en bleu et blanc et chargea Hébert de faire exécuter un mobilier en phase et avec les couleurs, et avec les goûts de la dame pour la Chine ! Mathieu Criaerd put ainsi produire deux meubles de la plus haute qualité de fabrication et à l’esthétique rococo parfaite. Pour ceux-ci, comme pour ce bureau, il choisit les bronzes argentés, qu’il appréciait tout particulièrement, et recouvrit le bois d’un vernis Martin, inspiré librement de motifs chinois : ici, des temples et des pagodes dans un paysage aux pins tourmentés, là, des oiseaux et des plantes aquatiques. Il obtint un grand succès pour ce type de décor et le reproduisit sur d’autres commodes, notamment celle livrée, par Hébert à nouveau, pour le cabinet du Dauphin à Versailles en 1748. L’ébéniste poursuivra sa production de meubles typiquement Louis XV jusqu’en 1767. Cette année marquera le décès de sa femme et la fin de son activité.
Mercredi 14 juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés OVV. M. de Clerval.
Lé Phô (1907-2001), Maternité, vers 1937-1938, encre et couleurs sur soie, 50 x 38 cm.
Adjugé : 471 787 €
Dans les bras de l’art moderne
Une nouvelle fois dans une vacation dédiée aux arts modernes, les peintres indochinois ont brillé, puisque le résultat le plus élevé, 471 787 €, a été obtenu par une Maternité (reproduite ci-contre) tout en délicatesse retenue exécutée par Lé Phô (1907-2001). La jeune mère et l’enfant se hissaient non seulement au plus haut niveau pour une œuvre de l’artiste vendue par la maison Aguttes, mais établissaient aussi un record français pour leur auteur (source : Artnet). Exposée à la galerie Romanet à Alger en 1942, l’œuvre datait des années 1937-1938, soit du tout début de son installation définitive en France, une période d’intense création et de fusion de son art entre Orient et Occident, tradition et modernité. Il y était venu une première fois à l’invitation du fondateur de l’École des beaux-arts d’Hanoï en 1931, celui-ci ayant choisi de faire de son jeune et émérite élève son assistant pour organiser la section indochinoise à l’Exposition coloniale internationale. Les Tourterelles reproduites dans la Gazette n° 23 du 9 juin, page 58, ont été réalisées à la même période. Présentant un thème plus inhabituel dans son œuvre, elles étaient tout de même portées à 280 522 € et rappelaient le long séjour de l’artiste en Chine, sur la piste de la peinture des lettrés. Toutes deux étaient exécutées avec des couleurs sur un support de soie, un procédé fréquent et traditionnel de l’Asie. Plus surprenant était le choix de cette même technique par le Brésilien Vicente do Rego Monteiro (1899-1974) pour son O Aguardenteiro et son Enfant, de 1924 (reproduit page de droite). 40 803 € venaient dans les pas du premier, dépeignant un paysan faiseur d’eau-de-vie, et 117 310 € dans les bras de ce garçonnet calmement endormi sur sa couche. Un prix qui le place sur la deuxième marche du podium de l’artiste (source : Artnet). Le parcours de ce Brésilien, chantre de la modernité dans son pays et peu connu chez nous, vous était dévoilé page 59 de la Gazette ci-dessus citée. S’il puise son inspiration dans les scènes populaires des Indiens sud-américains, le traitement relève d’une construction cubisante, apprise lors de ses séjours parisiens et de ses contacts avec l’avant-garde. Les formes sont traduites par le volume et le cylindre ainsi que par des couleurs volontairement neutres.
Lundi 12 juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Aguttes OVV.
Rembrandt Bugatti (1884-1916), Panthère au repos, pattes arrière croisées, épreuve en bronze à patine brun foncé, fonte A. A. Hébrard de 1907, numérotée I, d’un tirage à deux exemplaires connus, 30,5 x 58 x 21,5 cm (34,5 x 58 x 23 cm avec socle).
Adjugé : 765 500 €
Sage, le félin !
À l’arrêt mais en puissance, un exemplaire en bronze de la Panthère au repos, pattes arrière croisées de Rembrandt Bugatti (1884-1916) recueillait 765 500 €. Selon la spécialiste de l’artiste italien Véronique Fromanger, auteure d’un répertoire richement documenté de son œuvre, paru en 2016 aux Éditions de l’Amateur, le modèle en a été modelé en 1907 et à ce jour, seuls deux exemplaires en bronze en sont répertoriés. C’est peu de dire sa rareté et de justifier l’engouement d’un amateur pour se procurer ce splendide spécimen. L’autre «Rembrandt» demeure bien le sculpteur animalier le plus cher et le plus recherché, et même très loin devant ses confrères de la Ménagerie du Jardin des plantes de Paris et du Jardin zoologique d’Anvers. La panthère aura les faveurs du jeune artiste. Entre 1904 et 1907, il la capture dans différentes attitudes, seule ou en groupe, se léchant, jouant, marchant, au repos… Celle-ci tient la tête haute en signe de supériorité, son regard est droit et fixe au loin, et ses pattes massives sont d’une puissance qui révèle la grande force du majestueux félin. Souveraine dans son pelage de bronze à patine brun foncé qui renvoie la lumière et accroche les regards, elle ne semble craindre ni rien ni personne. Il faut dire qu’elle a été magistra-lement fondue par Adrien-Aurélien Hébrard (1865-1937), l’éditeur exclusif et le marchand d’art de Bugatti, celui dont le critique d’art Louis Vauxcelles parlait en ces termes élogieux : «Je ne sais pas de fondeur qui obtienne, à l’heure actuelle, en ses cires perdues, de plus beaux effets de bronze vert-de-grisé, de noir mouillé “aile de corbeau”». Tout de même… Rarement mariage entre un artiste et son fondeur aura été plus harmonieux et respectueux. Le second défendant bec et ongles le travail de son poulain, respectant au plus juste ses modèles, par l’usage de la fonte à la cire perdue, et instaurant au tout début du XXe siècle, démarche totalement novatrice à l’époque, un système d’éthique commerciale en apposant une lettre – ici un «I» – et un chiffre pour les éditions supérieures à dix exemplaires, consignées dans son grand livre de comptes. Un gage essentiel rassurant pour les acheteurs d’aujourd’hui, prêts à débourser des centaines de milliers d’euros pour un animal de bronze. Cette panthère peut continuer à aborder l’avenir d’un regard fier et serein.
Lundi 12 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Leclere - Maison de ventes OVV. Cabinet Ottavi.
Henri Charles Manguin (1874-1949), Jeanne à sa toilette, huile sur toile, 1904-1905, 41 x 33 cm.
Adjugé : 112 500 €
La volupté de Manguin en couleurs à Drouot
Henri Charles Manguin (1874-1949), qui, à compter du 14 juillet prochain, prendra ses quartiers d’été sur les murs du musée des Impressionnistes de Giverny pour une exposition attendue («Manguin, la volupté de la couleur», jusqu’au 5 novembre), faisait parler de lui par avance et à Drouot. Trois huiles et trois dessins provenant de la collection de Madame Carlhian y étaient dispersées et y faisaient écho. La Plaine de La Foux (30 x 40 cm), totalement méconnaissable pour les habitués d’aujourd’hui, exécutée en 1908, montrait sa verdoyante nature à 82 500 €. Manguin est l’un des premiers à découvrir Saint-Tropez, et celui qui y amènera Pierre Bonnard. Sa femme, sa muse, Jeanne à sa toilette, reproduite ci-dessus et de 1904-1905, une période de plénitude, recevait 112 500 €. De beaux scores pour un artiste désigné par Guillaume Apollinaire comme «le peintre voluptueux», un homme qui a choisi de mettre la joie de vivre au cœur de son parcours, à travers des nus sensuels, des paysages méditerranéens et des thèmes arcadiens. 1905 marque l’année du Salon des fauves, le premier choc artistique du XXe siècle. Il y est présent en compagnie de ses amis Matisse, Derain et Vlaminck… Il côtoie encore Marquet, Lebasque, Camoin et bien sûr, Bonnard. Rien que du très beau monde !
Vendredi 16 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Auction Art Rémy Le Fur & Associés OVV.
Bruxelles, XVIIIe siècle, atelier de Jasper van der Borght (1700-1742), Le Triomphe de Diane, d’après la tenture «Les triomphes des dieux et des déesses» de Jan Van Orley (1665-1735) et Augustin Coppens (1668-1740), tapisserie en laine et soie, 333 x 344 cm.
Adjugé : 48 150 €
Les dieux et leurs triomphes
La tapisserie évoquant les amours d’Hermès et d’Hersé, présentée pages 70 et 71 de la Gazette n° 23 du 9 juin, s’accrochait à 20 160 €, doublant ainsi son estimation. Tissée dans les Flandres à la fin du XVIIIe siècle, elle côtoyait sur les murs de la salle des ventes une autre pièce belge, en laine et soie également, mais bruxelloise cette fois et du XVIIIe siècle. Il s’agissait du Triomphe de Diane, composé par Jasper van der Borght (1700-1742) d’après la tenture «Les triomphes des dieux et des déesses» : une série réalisée sur des cartons de Jan Van Orley (1665-1735) pour les personnages, considéré comme l’un des créateurs les plus talentueux de l’époque, et d’Augustin Coppens (1668-1740) pour les paysages. Celle-ci rejoint la tradition de la tapisserie mythologique et historique, le grand genre. Les triomphes des dieux étaient un thème très populaire dans la tapisserie bruxelloise et, à partir de 1717, au moins trois séries différentes sur le sujet furent mises sur le métier dans l’atelier d’Urbain Leyniers (actif de 1703 à 1747). Celui de Jasper van der Borght (1700-1742) prit ensuite le relais, comme en témoigne une tenture se trouvant aujourd’hui dans les collections du Kunsthistorisches Museum de Vienne. C’est de cet atelier que provenait également le Triomphe de Diane, à la finesse d’exécution et aux coloris d’une fraîcheur remarquable, porté ici à 48 150 €.
Vendredi 16 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin OVV. M. Chevalier.
Travail indo-portugais, Gujarat, XVIe-XVIIe siècle. Coffret à couvercle bombé à pans plaqué d’écaille de nacre cloutée, monture en argent doré, 21 x 29 x 16 cm.
Adjugé : 120 000 €
L’exotique et l’insolite
Nul doute que la carte de l’Asie réalisée en scagliole par l’Italien Carlo Gibertoni (1635-1696), sur un panneau d’ardoise, aurait été bien utile aux valeureux aventuriers portugais lors de leurs expéditions sur les vastes océans. Ce panneau, posé sur un piétement en bois sculpté doré, se déchiffrait à 66 250 €. Les Lusitaniens sont néanmoins parvenus sur les côtes indiennes et s’y sont établis durablement, important leurs traditions et s’adaptant à certaines coutumes du pays. Ainsi que le papier «Tendances» de notre numéro du 26 mai dernier vous le relatait, ils passèrent commande aux artisans locaux de cabinets et de coffrets, exécutés en bois indigènes et marquetés de matériaux précieux et surtout exotiques : l’écaille de tortue, l’ivoire et la nacre. Les objets obtenus appartiennent ainsi à l’art indo-portugais et bénéficient d’un véritable intérêt sur le marché. En dépassant les 100 000 € (120 000 € exactement), un plafond symbolique rarement atteint sur le marché parisien, ce coffret à couvercle bombé, entièrement recouvert de plaques de nacre cloutées, établissait un très beau résultat et ouvrait la voie à de nouvelles découvertes…
Vendredi 16 juin, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. MM. Bacot et de Lencquesaing.
Sèvres, paire de vases dits «grecs à roulettes» en porcelaine peinte en polychromie de scènes animées par Paul Marie Roussel (1804-1877), 1858 et 1859, h. 39 cm.
Adjugé : 25 625 €
Frais amours
Dans cette vente se démarquaient de nombreuses spécialités, de la numismatique à l’archéologie, en passant par les arts décoratifs. La grande peinture de Jean Durand (1894-1977) reproduite page 65 de la Gazette n° 23 du 9 juin, représentant des Touaregs dans le désert et exécutée dans un style proche de celui de son ami Paul Jouve, retenait 67 500 €. Dans un tout autre genre, cette paire de vases en porcelaine de Sèvres, dits «vases grecs à roulettes», était préemptée à 25 625 € par la Cité de la céramique - Sèvres et Limoges. Leur peinture, exécutée par Paul Marie Roussel (1804-1877) – peintre sur verre et porcelaine, connu pour ses vitraux réalisés pour le Louvre et l’église Saint-Louis de Versailles –, reproduit des scènes délicates inspirées de gravures publiées en 1786 d’après les fresques découvertes à Herculanum, La Marchande d’amours et Les Amours échappés. Elles sont insérées dans des encadrements de frises de grecques. La forme de ces créations datant du milieu du XIXe siècle dérivait directement d’un vase étrusque de la collection Vivant Denon, justement conservé aujourd’hui dans celles de Sèvres. Dernière précision : ces deux vases ont été livrés en 1859 à Hyppolite Biesta, un banquier directeur du Comptoir national d’escompte de Paris. Une belle traçabilité donc pour des objets de qualité, qui seront à leur juste place dans les collections nationales.
Mercredi 14 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Oger - Blanchet OVV. M. Froissart C.
Baldus ne craint plus la lumière
Consacré par les beaux résultats de ses épreuves, le photographe d’origine prussienne Baldus (1813-1889) renouait avec le succès vendredi à Drouot, mais cette fois avec des plaques de photogravures en cuivre aciéré. La dispersion de ces quatre-vingt-deux plaques fortuitement redécouvertes à la faveur d’une belle histoire comme celles que le monde de l’art affectionne, a rencontré un public de connaisseurs et passionnés. À l’exception de trois d’entre elles, toutes étaient adjugées, multipliant leurs estimations par deux voire trois ou quatre, à des collectionneurs internationaux pour les deux tiers d’entre eux : Américains, Canadiens, Singapouriens, Espagnols et Allemands. Les plus belles vues et les monuments les plus emblématiques de notre capitale, gravés par celui qui devint l’un des plus célèbres photographes du second Empire et l’un des préférés de Napoléon III, étaient emportées entre 3 500 et 4 500 € : 4 508 € pour une Vue d’ensemble de l’Hôtel de Ville reconstruit de 1884 (reproduite ci-dessus), 4 250 € pour Notre-Dame de Paris (face latérale), un négatif de 1855 gravé en 1875, ou encore 3 735 € pour l’Escalier circulaire de l’Hôtel de Ville de Paris et 3 349 € pour l’Académie nationale de musique, façade de l’Opéra Garnier achevé. C’est à une balade dans le Paris remodelé par Haussmann que l’artiste s’invite. En effet, pendant les vingt dernières années de sa vie, Baldus se dédia exclusivement à l’héliogravure et publia sept recueils, entre 1866 et 1884, pour lesquels furent conçues ces plaques de cuivre et d’acier, enfin révélées. Ce corpus auquel il se voua exclusivement et passionnément, délaissant les prises de vue qui avaient pourtant assuré son succès, était jusqu’à ce jour une facette méconnue d’un homme qui jouait avec sa part d’ombre…
Vendredi 16 juin, salle 11 - Drouot-Richelieu.
Copages Auction Paris OVV. M. Plantureux.
Charles-Joseph Natoire (1700-1777), Diane au bain surprise par Actéon, 1742, huile sur toile, 116,5 x 91,5 cm.
Adjugé : 762 500 €
Une surprise joliment récompensée
Diane et ses nymphes gravissaient, avec ce beau résultat de 762 500 €, la troisième marche du podium de Charles-Joseph Natoire (1700-1777) et la plus haute pour le marché français (source : Artnet) ! La déesse de la chasteté était ainsi vengée du vilain tour joué par Actéon. La notice consacrée au peintre dans l’Encyclopaedia Universalis commence en ces termes : «Artiste savant et délicat qui ne bénéficie pas actuellement de toute la réputation qui pourrait être sienne». Il semblerait que ces mots ne soient plus d’actualité… On connaît de sa main deux autres œuvres sur le sujet : une toile en hauteur de plus petites dimensions (81 x 65 cm), présentée par la galerie Aaron en 2004 et aujourd’hui en mains privées, et un dessin (40 x 28 cm) à la plume et encre brune, conservé dans les collections du Nationalmuseum de Stockholm. En 1742, Natoire est au sommet de son art, et sa carrière se présente comme un modèle pour les biographes. Premier prix de peinture en 1721, il voyage et séjourne dans la Ville Éternelle puis entre à l’Académie en 1734 et obtiendra, en 1751, le poste convoité de directeur de l’Académie de France à Rome. Sa réputation dépasse les frontières hexagonales, grâce notamment à la livraison en 1738 de ce qui peut être considéré comme son chef-d’œuvre : le décor, sur le thème de l’histoire de Psyché, commandé par le prince de Rohan pour le salon ovale de la princesse dans son hôtel particulier, l’hôtel de Soubise, siège actuel des Archives nationales. Il met généralement dans sa peinture une grande délicatesse et une mesure qui lui offrent une place à part dans l’histoire du rococo français, que ce soit dans la composition ou dans le choix des coloris. Pour cette œuvre, et c’est peut-être le thème emprunté aux Métamorphoses d’Ovide qui le veut, l’artiste se laisse aller à plus de liberté et de sensualité. Son nouveau propriétaire ne peut que s’en réjouir… La sanguine préparatoire à la figure de la nymphe au voile rouge, située en bas à gauche au premier plan du tableau, était adjugée au numéro suivant pour 13 750 €, bénéficiant certainement de l’effet Diane !
Mercredi 14 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Delorme & Collin du Bocage OVV. M. Millet.

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