La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
France, Tours, vers 1495. Livre d’heures à l’usage de Rome, dit «Heures de Petau», en latin, manuscrit enluminé sur parchemin, agrémenté de seize médaillons en camaïeu d’or avec rehauts attribués à Jean Poyer (actif entre 1490 et 1520) et d’une composition héraldique enluminée (XVIIe siècle) ajoutée autour du premier médaillon (armes de la famille Petau).
Adjugé : 4 290 000 €
Aristophil, coup de maître écrits médiévaux et de la Renaissance
Après les nombreux rebondissements de l’affaire et des débuts plutôt frileux en décembre dernier (voir Gazette no 1 du 5 janvier), c’est peu de dire que ce nouvel opus était surveillé. Le samedi 16 juin, il démarrait avec deux sessions, avant de se poursuivre les lundi 18 (beaux-arts), mardi 19 (littérature) et mercredi 20 juin (musique) – voir l’«Événement» de la Gazette no 23 du 8 juin, page 16, et le Focus de la Gazette no 24 du 15 juin, page 64. Coup d’envoi à 14 h 30, pour les passionnés d’ouvrages du Moyen Âge et de la Renaissance. Le rendez-vous n’était pas manqué, loin de là ! Enfin, Aristophil tenait ses promesses, et la vente des écrits de ces périodes orchestrée par la maison Aguttes totalisait 10 012 187 € et 86 % de lots vendus – un beau mouvement qui devrait apporter un peu de satisfaction aux petits actionnaires. Une institution française s’y manifestait. Les Archives de la Somme préemptaient en effet, à 104 000 €, la Charte impériale de l’abbaye de Corbie. Me Aguttes y voyait l’illustration de «l’importance patrimoniale et la qualité des manuscrits rassemblés». Des propos que ne démentiront pas les 4 290 000 € d’un livre d’heures à l’usage de Rome, autrement nommé «Heures de Petau» : un manuscrit en latin enluminé à Tours, vers 1495, de seize médaillons en camaïeu d’or attribués à Jean Poyer (actif entre 1490 et 1520), qui comptait parmi ses commanditaires deux rois et une reine, rien de moins. Avec ce résultat, il quintuplait son estimation et surtout, s’approchait du prix payé par les épargnants – 5 M€, après avoir été acheté 2,34 M€ lors de la vente de la collection Paul-Louis Weiller (Gros & Delettrez, avril 2011). La déception ressentie par le rendez-vous manqué avec l’histoire postale et les héros de l’aviation à 16 h venait un peu ternir cette partition savamment jouée. Tout cela se terminerait-il par une célébration, celle des Noces de Figaro de Mozart, dont la première version d’une scène du dernier acte se joue chez Ader mercredi 20 juin ? Résultats détaillés de toutes les ventes dans la prochaine Gazette !
Samedi 16 juin, salle 9, Drouot-Richelieu. 14 h 30 – Moyen Âge et Renaissance. OVA - Aguttes. Mme Adeline, MM. Benelli, Bodin. 16 h - Histoire postale. OVA - Artcurial.
Théodore Géricault (1791-1824), Garçon donnant l’avoine à un cheval dételé, huile sur toile, 45,2 x 36,1 cm.
Adjugé : 350 000 €
 
Géricault, avec appétit
Cette huile sur toile de Théodore Géricault (1791-1824) était annoncée comme l’un des temps forts de la saison à Drouot. Essai transformé. Ce Garçon donnant l’avoine à un cheval dételé, ayant fait la couverture de la Gazette n° 15 du 13 avril, s’arrêtait à 350 000 €. Il faut dire que cette peinture déclinait un pedigree de choix, reproduite dans de nombreux ouvrages et articles de journaux traitant de l’artiste, exposée au Salon de 1824 puis à la galerie Charpentier en 1924, et ayant appartenu à la famille Schickler. De plus, elle représentait un cheval, animal de cœur de Géricault, ici compagnon de labeur d’un enfant plein de compassion pour son fidèle ami. L’œuvre a figuré dans l’ancienne collection de la famille Suchet d’Albufera, qui possédait le château de Montgobert : domaine fameux pour avoir abrité un ensemble mobilier de choix, réuni par Pauline Borghèse (1780-1825). Plusieurs meubles dispersés lors de cette vacation en provenaient, et notamment une commode (98,5 x 192 x 62,5 cm) estampillée Jacob Frères rue Meslée, d’époque Empire. Ce modèle en acajou présentait deux larges portes en façade, agrémentées de guirlandes en bronze doré, qui s’ouvraient pour découvrir quatre grands tiroirs à l’anglaise. Cette création de belle facture se posait à 90 000 €.
D’autres tableaux, tapisseries, tapis et objets d’art se présentaient ensuite et offraient à la vente un résultat total de 1 832 250 €. Deux femmes dans une voiture (100 x 75 cm – 56 250 €), d’une école française de la fin du XIXe siècle, assistaient depuis leur portière à un défilé de prestige et voyaient passer un couple élégant du XVIIIe siècle, Pierre-Stanislas Foäche – écuyer et conseiller-secrétaire du roi au Conseil – et son épouse, Henriette Agathe Rose Foäche (reproduits pp. 70 et 71 de la Gazette no 23 du 8 juin), sous le pinceau du plus français des artistes suédois, Alexandre Roslin (1718-1793), et salués de 62 500 €. Les dieux tissés sur deux tapisseries en laine et soie des ateliers du faubourg Saint-Marcel dans la première moitié du XVIIe siècle, à sujet de Neptune et Cérès pour l’une et de L’Enlèvement de Proserpine pour la seconde, ne se laissaient pas impressionner et saisissaient 93 750 €. Tout cela s’achevait sur un tapis volant, probablement du XVIIe ou du XVIIIe siècle, envoyé depuis l’Inde moghole ou le monde persan safavide (détail reproduit page de droite), pour emporter tous ces achats. Lui-même, sur sa longue route, recevait une enchère de 218 750 €. Il avait appartenu à un collectionneur passionné, Henry-René d’Allemagne (1863-1950), par ailleurs chartiste et archiviste paléographe à la bibliothèque de l’Arsenal, qui l’avait tendu au plafond pour mieux le voir et surtout, ne pas le fouler et risquer de l’abîmer…
Vendredi 15 juin, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Beaussant Lefèvre OVV. Mme Rebours, MM. Auguier, Bacot, de Lencquesaing, Roudillon.
Chine, époque Yongzheng, XVIIIe siècle. Deux vases accolés en émaux de la famille rose sur cuivre, l’un de forme gu orné de fleurs de lotus sur fond vert d’eau, l’autre à motifs polychromes de pivoines sur fond jaune, réunis par un nœud simulé à motifs de papillons, de fleurs de pivoine et de caractères chinois, h. 16 et 24 cm.
Adjugé : 460 800 €
 
La semaine asiatique à Drouot
Semaine asiatique oblige, de nombreux lampions en provenance de Chine et du Japon, mais aussi du Tibet et du Vietnam entre autres, s’allumaient dans le ciel parisien et, comme à l’accoutumée, c’est la Chine qui montait au firmament. À Drouot, le mardi 12 juin, une élégante femme de cour entrait en scène, agitant ses longues manches pour cueillir une fleur de lotus rouge à 281 241 €. Cette encre et gouache sur papier , provenant de la collection d’un diplomate japonais, déclinait une pièce historique. Peinte dans l’atelier de Zhang Daqian (1899-1983), elle reprenait le sujet de l’une des fresques de Dunhuang – les célèbres peintures de la route de la soie – de la dynastie Tang (618-907). Pour l’artiste Zhang Daqian, copier ces œuvres réalisées par des maîtres illustres du passé est une manière de leur rendre hommage – dans les années 1940, il en exécutera près de trois cents copies. Celle-ci apparaissait lors de la vente d’Auction Art Rémy Le Fur & Associés. Le mercredi 13 juin, Gros & Delettrez revenait aux fondamentaux de la civilisation chinoise. Un vase double des plus atypiques ne passait pas inaperçu. Il s’agissait de deux pièces accolées, en émaux de la famille rose sur cuivre, réunies par un nœud simulé. Avec l’arrivée des pères jésuites, venus tenter de les évangéliser à la fin du XVIIe siècle, les Chinois ont découvert les émaux européens. L’empereur Kangxi (1661-1722) est fasciné, et les ateliers du palais de Pékin deviennent alors des creusets pour leur fabrication. Ce double vase, portant la marque de Yongzheng (1722-1735), retenait à 460 800 € la plus haute adjudication de la semaine asiatique à Drouot. Ensuite, un bassin (diam. 29,5 cm) en porcelaine céladon finement décoré en relief sous couverte de phénix parmi les nuages, du premier tiers du XVIIIe siècle, acceptait une offrande de 198 400 €. Plusieurs statuettes sino-tibétaines descendaient des sommets qui les ont vues naître pour rejoindre ceux des enchères. Le jeudi 14, Delon - Hoebanx proposait des objets sublimant le raffinement de la stéatite. Un petit sceau (h. 4 cm) sculpté d’un animal fabuleux frappait fort à 34 425 €, et un arhat s’asseyait en tailleur à 30 600 €. Captivait également le coffret dévoilant douze scènes érotiques, de l’époque Qianlong (1736-1795). Explicites, ces légers reliefs en stéatite de différentes couleurs se dépliaient à 44 625 €, sous la protection de deux figurines sino-tibétaines en bronze ciselé et doré du XIXe siècle. Pour ne pas susciter le courroux de Mahakala debout sur un lotus tenant un vajra, un collectionneur déboursait 51 000 €, tandis qu’un autre emportait Yamantaka enlaçant sa parèdre Çakti (h. 18 cm) à 24 225 €. Un Tibet décidément très présent et bien honoré lors de cette semaine asiatique. Le programme organisé par la maison Leclere, le vendredi 15, se déroulait sous la protection d’un luohan (h. 12 cm) en stéatite beige, doctement assis et tenant un sceptre ruyi. Cette petite sculpture datant de la dynastie Qing portait au revers la marque de Wei Rufen, un atout qui a mené cette statuette à 52 000 €, dépassant de quelques plumes la verseuse en forme d’oie fondue en bronze sous les Song (960-1279), qui déversait son eau claire à 50 700 €. La Chine prenait des couleurs chez Daguerre (M. Delalande), le jeudi 14 juin. Un objet original retenait enfn toutes les attentions. Il s’agissait d’un rosaire constitué de vingt et une perles sculptées d’objets mobiliers, de personnages et d’animaux… dans des noyaux ! Attendu à quelques centaines d’euros, ce chapelet s’égrenait à 40 960 €.
Mercredi 13 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.


 
Paul Signac (1863-1935), La Bonne Mère, Marseille, (étude), 1907, huile sur carton-toile, 26 x 35 cm.
Adjugé : 201 186 €
Deux hommes et la mer
Elle domine de sa silhouette byzantine tout le Vieux-Port et lui apporte sa bénédiction. Lieu de recueillement pour tous les marins lui demandant sa protection, la Bonne Mère de Marseille, surnom mondialement connu de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde, offre depuis son clocher une vue imprenable sur toute la cité phocéenne. Ce n’est pas cet angle que Paul Signac (1863-1935) a ici choisi de montrer. Il a préféré la peindre depuis son bateau ancré dans le port, et se placer dans la peau des pêcheurs et des marins marseillais. Lui qui était un passionné de la mer s’inscrivait ainsi à leurs côtés. Il était logique aussi que, de séjour là-bas, il la prenne pour thème de l’une de ses huiles. On connaît ses centaines d’aquarelles, traitées d’un pinceau léger et virevoltant, comme autant de touches colorées posées dans le bleu du ciel. Celles-ci se retrouvent très souvent sur le marché. Ses œuvres peintes sont plus rares, et l’on est heureux de constater que pour brosser cette vue, il a conservé le même style. Nous sommes en 1907 – la période pointilliste est déjà loin derrière – et il se rend la même année à Constantinople, où, pas de hasard, il choisit de capturer les effets du soleil sur la Mosquée bleue. Car si, à partir de 1900, ses grandes compositions rythmées d’amples arabesques prennent des accents plus classiques, dans ses études peintes sur le motif, il conserve la vigueur et le mouvement de son époque précédente. Le musée des Impressionnismes de Giverny lui avait consacré au printemps 2013 une exposition, «Signac, les couleurs de l’eau», montrant comment la description de celle-ci et du ciel lui avait offert une inépuisable matière à multiplier les effets chromatiques. Un autre peintre a su, tout au long de sa carrière, rendre hommage à la mer. Mais à la différence de Signac, Henry Moret (1856-1913) choisissait l’océan Atlantique et les côtes bretonnes. Les lumières changeantes de ce littoral ne cesseront de l’inspirer. Pour sa toile capturant vers 1908-1910 la Rentrée des bateaux à Doëlan (46 x 61 cm) –  petit port de pêche où il s’est installé –, c’est la poésie du crépuscule qu’il choisit, lorsque ciel et mer se confondent dans un mariage de nuances de bleus, roses, verts et mauves. Une alliance lumineuse, récompensée de 77 475 €.
Lundi 11 juin, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Baron - Ribeyre & Associés OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt, Cabinet Chanoit.
Anne Vallayer Coster (1744-1818), Nature morte aux pêches et gobelet d’argent, 1797, huile sur toile, 32,5 x 41 cm.
Adjugé : 48 944 €
Belles et appétissantes factures
De belles provenances sont un gage de succès, qui plus est lorsqu’il s’agit de l’une des plus prestigieuses qui soient, celle du baron Robert de Rothschild. Adage confirmé avec les 57 960 € déposés aux pieds d’une Allégorie du commerce maritime (reproduite page de droite) en marbre blanc. L’artiste du XVIIIe siècle ayant dégagé à l’aide de ses ciseaux cette Vénus assise sur un ballot de marchandises, et dirigeant un timon de marine, n’était pas identifié, bien que la qualité de son travail l’inscrive dans le sillage des sculpteurs ayant œuvré pour Versailles. La présence d’un petit génie ailé, d’une corne d’abondance et d’un sac de pièces d’or fait directement référence au commerce, et celle d’un timon ainsi que d’une voile d’embarcation enroulée, à la mer, mais l’on n’en sait pas davantage sur l’origine de cette réalisation – certainement objet en son temps d’une commande particulière. La même origine se retrouvait sur une étude (64 x 51 cm) préparatoire à l’œuvre Mozart dirigeant l’exécution de son «Requiem» le dernier jour de sa vie (1886). C’est à la fin de sa carrière que le peintre hongrois Mihály Munkácsy (1844-1900) – qui se sera essayé à plusieurs styles – se consacre à des tableaux ayant la musique pour thème, entre portraits de compositeurs comme Liszt, L’Air favori (1891) ou encore ces derniers instants de l’enfant prodige. Ce panneau jouait sa partition jusqu’à 39 928 €. Quant à une Femme au chapeau de profil, une aquarelle de Mariano Fortuny (1838-1874), elle opinait à 25 760 €. La goûteuse Nature morte aux pêches et gobelet d’argent (reproduite ci-dessus), d’Anne Vallayer Coster (1744-1818), n’avait pas le même historique. Petite par le format mais goûteuse par la qualité, elle s’offrait à 48 944 € (reproduite ci-dessus). L’éléphant d’Aloys Zötl (1803-1897) n’en perdait pas son calme pour autant et allait de son pas de pachyderme vers 45 080 €. Quant à Der Vampyr, Vespertilio Spectrum et Des Mala barische Calao, Buceros malabaricus, deux aquarelles du même – la première exprimant bien avant l’heure son caractère surréaliste –, elles retenaient 19 320 € chacune. Emportés par ce bel élan, les autres lots avançaient sereins, et la vente se concluait sur un produit total de 889 468 €, refermant à 83 090 € les vantaux d’un cabinet en ébène et bois noirci des Pays-Bas de la première moitié du XVIIIe siècle.
Mercredi 13 juin, salle 5-6 - Drouot-Richelieu. Pierre Bergé & Associés OVV. Mmes Badillet, de La Chevardière, David, Fligny, de Pazzis-Chevalier. MM. Auguier, Charron, de Clerval, Croissy, Froissart, Kunicki, Millet, Lacroix, Preda, Raffin, Rampal. Cabinets de Bayser, Étienne - Molinier, C2L, Portier et associés.
Amiens, vers 1640. Ulysse prend congé d’Éole, tapisserie en laine et soie, 326 x 425 cm.
Adjugé : 42 840 €
Des vents favorables
Tout proche de Beauvais, la cité picarde d’Amiens est aussi un centre florissant pour l’art de la lice. Le thème de cette tapisserie en laine et soie est connu, puisqu’elle est issue de la tenture de «L’histoire d’Ulysse», d’après des cartons de Simon Vouet (1590-1649). Elle a été tissée dans l’atelier des Comans, une famille d’origine flamande partagée entre Paris et Amiens, vers 1635-1640. Il s’agit d’Ulysse prend congé d’Éole. Le musée de Châteaudun en conserve un autre épisode fameux : Ulysse reconnu par son chien Argos. Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, la tapisserie revisitera la mythologie, et l’Odyssée, avec ses nombreux héros et ses multiples rebondissements, lui offrira un terrain de jeu des plus riches. La bohémienne disant la bonne aventure à une jeune femme (88 x 71 cm), peinte sur une toile donnée à un atelier de François Boucher (21 420 €), avait-elle lu dans les lignes de la main de la gracieuse le succès de cette vente ? Outre cette tapisserie, saluée de 42 840 €, les tableaux, objets d’art, céramiques et meubles – provenant d’un appartement lyonnais – se sont tous bien vendus et, alors que le mobilier du XVIIIe siècle est trop souvent négligé depuis quelque temps, il retrouvait ici des couleurs sous la forme d’enchères à cinq chiffres. À commencer par les 15 372 € d’un lustre (h. 115 cm) à dix-huit lumières en bronze ciselé et doré, à décor de pampilles rythmées de masques de style Directoire, suivi des 42 840 € d’une suite de quatre statues (h. 105 cm) vers 1800 en terre cuite, symbolisant les saisons, confirmé par les 24 570 € d’une table-rafraîchissoir de Canabas. Un souffle bénéfique.
Lundi 11 juin, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Thierry Desbenoit et Associés OVV. MM. Alba, Derouineau, Froissart, Cabinet Turquin.
Pierre Julien Gilbert (1783-1860), Combat de l’île du Grand Port en 1810 (île Maurice), livré par le capitaine de vaisseau Victor Guy Duperré, 1837, huile sur toile, 54 x 81 cm.
Adjugé : 82 160 €
Record pour Pierre Julien Gilbert
Le moment choisi par Pierre Julien Gilbert (1783-1860) est d’importance historique. Il fixe en effet le Combat de l’île du Grand Port en 1810 (île Maurice), livré par le capitaine de vaisseau Victor Guy Duperré, unique victoire française d’envergure obtenue sous l’Empire sur les mers exotiques face aux Anglais ! Tout est dit – elle est d’ailleurs inscrite dans la pierre de l’un des piliers de l’Arc de Triomphe. Cette toile, qui est une seconde version d’un même sujet (94 x 146,5 cm) présenté au Salon de 1837, et aujourd’hui accroché au musée du château de Versailles, retenait donc toutes les attentions et l’emportait finalement à 82 160 €. Un record mondial toutes catégories pour son auteur (source : Artnet). Cocorico ! Revenons à cette journée du 23 août 1810. Les îles françaises de l’océan Indien sont convoitées par l’Angleterre, qui décide de les attaquer. Le capitaine Victor -Guy Duperré (1775-1846), en charge de leur défense, révèle son sens tactique. Pourtant plus faible en nombre de voiliers, il accule l’ennemi à une bataille en ligne qui le déroute et lui permet de gagner le combat. Étonnamment, ce n’est pas la bataille en elle-même que Dupré montre, mais son issue. L’hécatombe des navires de Sa Royale Majesté, échoués, brûlants, coulant et abandonnés par les équipages. Le fait était tellement rare…
Mercredi 13 juin, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. M. Millet.
Egon Schiele (1890-1918), Portrait de Mme Grünwald et de sa fille (Hélène et Lennie), 1918, fusain sur papier, 47 x 30 cm.
Adjugé : 172 800 €
La belle Hélène d’Egon Schiele
D’un trait de fusain, Egon Schiele (1890-1918), l’artiste dont Vienne célèbre dignement tout l’été – et depuis février – le centenaire de la disparition, a esquissé les visages d’une mère et de sa fille, Hélène et Lennie Grünwald. Cette œuvre avait offert à la Gazette une couverture particulièrement réussie le 16 mars dernier (no 11). Avec ce dessin doux et rond, nous sommes loin des contours heurtés de ceux des années 1910. La tendresse maternelle exprimée renvoie à sa date de création, 1918. Le peintre ne sait sans doute pas alors que son parcours va brutalement s’achever. Alors que le décès de Gustav Klimt (1862-1918), au début de février de la même année, fait de lui le principal exposant de la Sécession viennoise, il est frappé – comme sa jeune épouse, Edith Harms – par l’épidémie de grippe espagnole qui ravage l’Europe et en mourra, le 31 octobre. À partir de 1915 et leur mariage, son art se fait plus apaisé. Sa révolte contre la société semble diminuer, sa vision du monde se fait moins sombre et la famille devient l’un de ses thèmes choisis. En parallèle, ses corps ne sont plus aussi torturés et fragiles, et ses œuvres connaissent un véritable succès à la 49e Exposition de la Sécession. Son coup de crayon, quant à lui, demeure : il est toujours aussi rapide, spontané et sûr. Preuve en image avec ce double portrait, reconnu à 172 800 €.
Vendredi 15 juin, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez OVV. Cabinet Chanoit.

 
Pierre Dupuis (1610-1682), Pêches, prunes et grenade sur un entablement, huile sur toile, 1675, 33 x 41,5 cm.
Adjugé : 18 200 €
Peau de pêche
Est-ce la présentation, «Claude-Joseph Vernet (1714-1789) et collaborateurs», qui a inquiété ? La toile dépeignant une Mer calme au coucher de soleil avec un groupe de figures sur le devant qui est la famille de l’auteur de 1788, pourtant pittoresque par excellence et animée d’un ciel nuageux vibrant, que nos lecteurs avaient pu voir en couverture de la Gazette no 19 du 11 mai, n’était pas vendue. D’autres peintures en revanche retenaient l’attention. Et en premier lieu cette huile sur toile de Pierre Dupuis (1610-1682), un artiste français du XVIIe siècle, auteur d’appétissantes natures mortes, qui recevait 18 200 € pour ces saveurs de saison. Par ailleurs, cette œuvre est reproduite dans l’ouvrage de référence d’Éric Coatalem portant sur La Nature morte française au XVIIe siècle (Dijon, 2014). Dupuis, reçu à l’Académie royale de peinture en 1663, élabore ses compositions en un savant équilibre de couleurs et de volumes, un travail rigoureux sans rigidité aucune, du fait de la présence des fruits savoureux. Il est en cela un parfait représentant de cet art dont le XVIIe siècle signe une étape, entre la truculence flamande et une sensualité plus méridionale, qui permettra à la nature morte française de trouver son style propre. Les pêches et les grenades sont fréquentes, et symbolisent le temps qui passe… Un thème qui conduit sans transition vers l’ultime passage, évoqué par un petit cuivre de l’école flamande du XVIIe siècle, d’un artiste de l’atelier de Frans Francken, La Mort jouant du violon au vieil homme avare (16,5 x 13 cm). Une menace directe, entendue à 31 200 €.
Mercredi 13 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. M. Millet.
Paul Landowski (1875-1961), Sun Yat-sen, modèle de 1927, bronze à patine médaille, cachet Susse fondeur Paris, no 1/8, 90 x 36,7 x 41,8 cm.
Adjugé : 38 750 €
Sun Yat-Sen sur le devant de la scène
En 1928, Sun Fo (1891-1973) commande au sculpteur Paul Landowski (1875-1961) une statue pour orner le mausolée de son père, Sun Yat-sen (1866-1925), homme d’État considéré comme le «père de la Chine moderne». Le fils, plus tard appelé à de hautes fonctions au sein de la jeune République, suivra avec une grande attention la réalisation de cette œuvre, se rendant à plusieurs reprises dans l’atelier boulonnais de l’artiste. Une photographie de 1930 montre les deux hommes devant le marbre de 4 mètres de hauteur – qui fut inauguré à Nankin le 12 novembre 1930 et demeure aujourd’hui, avec plusieurs millions de visiteurs annuels, l’un des monuments les plus courus du pays – ainsi qu’un modèle en plâtre en réduction. À partir de ce plâtre original – conservé au musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt –, l’indivision des héritiers de Paul Landowski a décidé de confier à la fonderie Susse la réalisation d’un bronze de la statue dans son intégralité – avec le piédestal rectangulaire, orné de six bas-reliefs relatant la vie du président. C’est la première épreuve en bronze, exécutée à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de Sun Yat-sen, qui était ici présentée. Elle repartait honorée d’une enchère de 38 750 €. D’autres devraient donc suivre puisque, selon la loi française sur les épreuves originales en bronze, huit peuvent être fondues, numérotées de 1 à 8/8, plus quatre épreuves d’artiste, de I à IV/IV.
Lundi 11 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Moustiers, manufacture d’Olérys et Laugier, XVIIIe siècle, vers 1750-1760, bassin godronné en faïence, décoré en polychromie au centre d’un large médaillon à sujet mythologique, encadrement formé de rinceaux de fleurs et de quadrillages, lambrequins fleuris
en bordure, 37 x 30 cm.
Adjugé : 24 244 €
Un plat convoité
Théophane, fille de Bisaltès, était d’une grande beauté qui lui valait d’être courtisée par de nombreux prétendants, Poséidon en tête. Le dieu crut résoudre le problème en enlevant la jeune fille et en la mettant à l’abri sur l’île de Crinissa. Mais cela ne suffit pas à calmer les ardeurs des éconduits : les amoureux transis ne baissèrent pas les bras et la suivirent. Il la transforma alors en brebis – par la même occasion, les malheureux habitants de l’île furent changés en moutons – et prit quant à lui l’apparence d’un bélier. C’est ainsi que naquit le fameux bélier à la toison d’or. La mythologie grecque abonde d’histoires de nymphes séduites et ce, pour la plus grande joie des artistes occidentaux, qui, de la Renaissance au XXe siècle, n’ont eu de cesse de s’en emparer pour les transcrire. La manufacture d’Olérys et Laugier à Moustiers ne fut pas en reste, en transposant une scène de l’histoire de Théophane en faïence sur ce grand bassin polychrome. Au centre, on voit la jeune fille recevoir la visite de Poséidon – ou de Neptune – sous l’apparence d’un bélier, un amour dans le ciel décochant sa flèche, tandis que le char du dieu sort des flots. Tout est raconté ! Et 24 244 € venaient honorer cette légende. Au lot précédent, c’est une autre histoire qui était récompensée. Une garniture en porcelaine de Limoges de la manufacture Michel et Valin, comprenant une pendule (h. 69 cm) et deux vases (h. 47 cm), illustrait un épisode de la passion du roi François Ier pour la chasse à courre. Déjà remarquée lors de l’Exposition nationale de 1844, elle était cette fois préemptée à 6 380 € par le musée Adrien-Dubouché de Limoges.
Vendredi 15 juin, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) OVV. M. L’Herrou.

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