La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Fin de l’époque hellénistique ou début de l’époque romaine. Tête de la déesse Aphrodite, marbre, h. 34 cm.
Adjugé : 250 000 €
Au nom d’Aphrodite
La déesse présentait, dans une vente de collections, sa tête gracieuse et délicatement coupée à la base du cou. Ses proportions justes et l’expressivité de ses lèvres lui offraient 250 000 €. Le modèle est une œuvre de Praxitèle (IVe siècle av. J.-C.), connue grâce à la Vénus capitoline, retrouvée à Rome à proximité de la basilique de Saint-Vital autour de 1667-1670, acquise puis donnée aux collections capitolines – d’où son nom – par le pape Benoît XIV en 1752. Praxitèle, père de la grande statuaire féminine grecque, fut le tout premier à oser la nudité. À l’audace du sujet s’ajoutait la qualité d’exécution. Les habitants de Cnide, petite cité de la côte sud de l’Asie Mineure, placèrent la célèbre Vénus de Cnide au cœur du sanctuaire de la déesse. Dès l’Antiquité, le succès de l’œuvre est avéré. Pline l’Ancien lui-même parle de la statue en ces termes : «Nous avons cité parmi les statuaires l’âge de Praxitèle, qui se surpassa lui-même dans la gloire du marbre ; ses œuvres se trouvent à Athènes au Céramique, mais au-dessus de toutes les œuvres (…) il y a la Vénus ; beaucoup ont fait le voyage à Cnide pour la voir.» De nombreuses répliques seront ainsi produites. Mais le sculpteur ne s’en tint pas à cette seule représentation de l’idéal féminin. Il inventa d’autres types proches, dont celui de la Vénus capitoline, nue, dans une attitude de jeune femme surprise, une main cachant ses seins et l’autre son sexe, d’où son appellation également de Vénus pudique… Et toutes seront abondamment copiées. Le site des musées du Capitole relève l’existence d’une bonne centaine de copies à l’heure actuelle. En cette semaine de baccalauréat, avec la philosophie en tête de pont des épreuves, mettre la Grèce à l’honneur est des plus judicieux. Alors, une question se pose : Praxitèle a-t-il suivi, à travers cette représentation de la beauté idéale féminine, une démarche platonicienne ?
Mercredi 15 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Collin du Bocage OVV. M. Aspa.
Billet manuscrit adressé par Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814) à son épouse, depuis la prison de la Bastille.
Adjugé : 10 400 €
Sade, acte inédit
Derrière un homme célèbre se cache souvent une femme, muse ou épouse vertueuse et discrète. Sans contestation possible, la marquise de Sade appartient à la seconde catégorie, et l’on peut aisément imaginer combien il était difficile d’être unie au divin marquis ! Cette vente dédiée à son mari (objet d’un événement dans la Gazette n° 22 pages 13 à 17) est donc aussi – et enfin – l’occasion de lui rendre un modeste hommage par l’évocation de sa figure si longtemps dévouée, et au travers de billets écrits depuis la prison de la Bastille. Dans celui reproduit, envoyé à 10 400 €, l’écrivain l’implore de lui faire livrer l’ensemble des trente-trois volumes de l’Histoire de France de l’abbé Velly. Rédigé dans une écriture serrée et lisible, il atteste, avec ses derniers mots inscrits dans un coin à l’envers, du manque de papier dont Sade souffrait et se plaignait. Dans un autre, adjugé 10 010 €, il lui ordonne de venir chercher ses affaires, afin de les porter à son tailleur et qu’il puisse disposer de nouveaux vêtements à la saison suivante. Dans une dernière lettre, l’une des plus longues connues à ce jour (21 mai 1781), le prisonnier déverse sa rancœur envers sa belle-mère et diverses personnalités, aigreur ressentie à 15 600 €. Ses écrits intimes éclairent un peu plus encore sur cette personnalité hors cadre. Sade les écrivait assis dans un fauteuil à haut dossier et piétement os de mouton. Ce meuble l’a suivi dans ses différentes «résidences» de Charenton, la Bastille et Vincennes… un petit morceau d’histoire donc, emporté à 32 500 €. Les précieux manuscrits ensuite dispersés illustrent le Sade d’un autre genre littéraire, celui du théâtre, et l’on apprend qu’il rédigea dix-sept pièces pour l’art dramatique. L’Union des arts ou les Ruses de l’amour, manuscrit complet de 1810 de cette pièce avec passages musicaux, ne fut jamais publié et était découvert ici à 39 000 €. L’Égarement de l’infortune, l’un de ses premiers drames écrits en prose et en trois actes depuis Vincennes en 1781, recueillait 26 000 €, ex aequo avec Le Boudoir ou le Mari crédule, imaginé dans le même donjon. Ces manuscrits ne sont pas autographes – la tâche ayant été confiée, pour deux d’entre eux, à son fidèle serviteur La Jeunesse – mais comportent de nombreux rajouts, ratures et corrections de la main du marquis. Le carnet d’Italie de Jean-Baptiste Tierce contenant trente-deux paysages légendés par Sade se feuilletait à 33 800 €, et le Portrait de Jean Baptiste François de Sade, comte de Sade (1707-1767) d’une école française vers 1750, figurant le père de l’auteur, était déposé à 39 000 €.
Mercredi 15 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. MM. Fosse, Prévost.
Villeroy, XVIIIe siècle, vers 1740. Groupe en porcelaine tendre à émail stannifère polychrome, marqué «D.V.», h. 26 cm, diam. du socle 21,5 cm.
Adjugé : 116 055 €
Une poule aux œufs d’or
Une poule sur une terrasse avec ses six poussins ne faisait pas que picorer… Elle avalait goulûment les 116 055 € qui lui étaient offerts en lieu et place du blé dur ! Estimée modestement entre 2 000 et 3 000 €, cette création retenue dans la précédente Gazette pour illustrer la dispersion de l’ancienne collection des marquis d’Aligre, pouvait fièrement dresser ses ergots. Elle était le témoin d’une époque, celle d’un XVIIIe siècle riche d’une grande émulation en matière de recherches sur la porcelaine. La spécificité de notre galliforme tient dans sa couverture – en émail stannifère polychrome et surtout opaque, qui permettait de masquer les impuretés de la porcelaine tendre –, mais aussi dans l’ambition de sa composition. Nous sommes aux alentours de 1740. Les manufactures de Chantilly, Mennecy, Saint-Cloud, Sceaux, Vincennes et Villeroy ne connaissent pas encore le kaolin, qui donnera naissance en 1769, à Sèvres, à la porcelaine dure. Elles doivent se satisfaire de cette matière tendre – qu’un couteau peut rayer – et peu plastique, ce qui interdit la conception d’objets de grandes dimensions et sophistiqués. Ce groupe était surmonté d’une paire de toiles ovales, La Prudence et La Justice. Dues au pinceau de l’artiste bolonais Marcantonio Franceschini (1648-1729), ces peintures furent créées pour Johann Adam Andreas de Liechtenstein, son commanditaire étranger le plus important. Elles ont été acquises par le marquis d’Aligre, très certainement lors de la vente du prince des 4 et 5 mars 1881 (Me Pillet, Drouot, référencées sous les nos 90 et 91). Elles se détachaient le 17 juin à 41 264 €. L’ensemble, accompagné d’objets d’art et de mobilier ancien, racontait sous la plume de Saint-Jean l’Évangéliste d’une école romaine vers 1650 (122,5 x 96,5 cm), suivie à 17 408 €, l’ambiance des grandes demeures aristocratiques du XIXe siècle.
Vendredi 17 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Millon OVV. Mme Collignon, MM. Chevalier, Lepic, Millet, Peyre, Pomez, Rullier, Cabinets de Bayser, Poulain, Turquin.
Pierre Soulages (né en 1919), Peinture 102 x 81 cm, 30 mai 1981, huile sur toile, 102 x 81 cm.
Adjugé : 437 500 €
Du noir Soulages à la couleur de l'Iran
Dominée par la présence magnétique d’une toile de Pierre Soulages, une vente se positionnait également du côté de la mer Caspienne et du golfe Persique, avec un ensemble d’œuvres réalisées par les grands noms de l’art iranien du XXe siècle. Bardée de diplômes – des expositions à Copenhague en 1982, à Tokyo en 1984 et reproduite dans deux ouvrages consacrés au maître de l’art abstrait –, Peinture 102 x 81 cm, 30 mai 1981, elevait haut la main le défi des enchères et se décrochait pour 437 500 €. Avec l’emploi de cette non-couleur qu’est le noir et ses stries de lumière blanche jaillissant des profondeurs de la toile, elle peut en effet être vue comme une synthèse de l’œuvre de celui qui est appelé le «peintre du noir et de la lumière». Dans un entretien accordé au journal Le Monde à l’occasion de sa rétrospective (octobre 2009-mars 2010) au Centre Pompidou, il racontait : «Un jour, Nathalie Sarraute m’a confié dans une lettre que les mots ne peuvent pas pénétrer dans la peinture. Je suis d’accord avec elle… Du reste, si la peinture était une affaire de sens à dire, quand ce sens est passé, on pourrait mettre l’œuvre à la poubelle, non ?» Du sens, sans erreur possible, il y en a dans la peinture iranienne, pétrie de culture persane, nourrie d’abstraction et abreuvée aux sources de la nature. Plusieurs de ses grands représentants se pressaient sur les cimaises, et beaucoup ont rencontré l’accueil d’un public intéressé à découvrir cet art, ouvert aux regards depuis la fin des années 1990. Behjat Sadr (1924-2009), l’une des rares femmes peintres de sa génération, traçait ses lignes à l’aide d’un couteau à plâtre dans la couleur et saisissait une enchère de 50 625 € pour une Composition vers 1967-1970 (73 x 100 cm). Des grenades mûres s’envolaient à 37 500 € sur le panneau d’Hossein Kazemi (1924-1996), une Composition également et de 1990 (120 x 60 cm). Titre et date identiques pour la toile d’Abolghassem Saidi, né en 1925. Ce peintre, qui appartient à la première génération des modernes – ceux qui créèrent une rupture avec le classicisme de Kamal-ol-Molk et de ses disciples –, jette un regard renouvelé sur la nature, en laissant de côté le naturalisme. Il lançait une mélodie colorée et attractive parmi des branchages, des feuilles et des fleurs qui se répercutait à 52 500 €, comme un écho de l’Orient à l’Occident.
Mercredi 15 juin, salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Attribué à Juan van der Hamen y León (1596-1631), Portrait d’un jeune hallebardier, huile sur toile, 136 x 93 cm (détail).
Adjugé : 722 800 €
Un jeune page de la cour d’Espagne
Attribué à Juan van der Hamen y León (1596-1631), un jeune garçon statufié en hallebardier quittait le fond sombre de sa toile pour rejoindre la lumière des 722 800 € déposés à ses basques. L’Espagne connaît au XVIIe siècle un âge d’or, et la cour madrilène, grâce à l’impulsion donnée par le roi mécène et collectionneur Philippe IV, peut se prévaloir de très grands artistes parmi lesquels le nom de Vélasquez – «peintre des peintres» selon Manet – domine. Van der Hamen y León est issu d’une famille flamande établie à Madrid et, malgré la brièveté de sa carrière – il décède brutalement à 35 ans –, est considéré par les spécialistes de la peinture espagnole du XVIIe comme l’un des plus féconds de sa génération. Son art réalise le trait d’union entre la manière nordique et le style castillan, entre puissance des volumes et ténébrisme vigoureux, entre compositions aérées et ordonnancées et emploi d’un seul foyer de lumière, pour créer des ombres contrastées. C’est dans le bodegón, cet art de la nature morte typiquement espagnol, mis en place dès 1602 par Sánchez Cotán puis repris par Francesco de Zurbarán, qu’il exprime le plus volontiers son talent. Mais, prolifique, il ne s’en tient pas là et explore également les thèmes mythologiques, les paysages dans la tradition flamande, les tableaux religieux et les portraits. Le musée du Prado à Madrid conserve un Nain de sa main. Les portraits d’enfants sont à cette époque à la mode, et ceux de Vélasquez en particulier. Comme son père, Juan intègre la garde des Archers, un corps d’élite chargé depuis le règne de Charles V de protéger le monarque. Peut-être ce jeune hallebardier est-il un souvenir de cette période et d’un visage rencontré ? On peut se plaire à imaginer également que ce petit page a croisé le regard d’Isabelle de Bourbon (1602-1644), reine d’Espagne à partir de 1621. Son portrait réalisé par une école flamande du XVIIe siècle, un suiveur de Frans Pourbus le Jeune, a surpris son monde en réalisant 202 000 € ! Un portrait assez similaire de la souveraine – fraise identique mais costume différent et sur fond rouge –, donné à Frans Pourbus, appartient aux collections du palais Pitti à Florence.
Mercredi 15 juin, Espace Tajan.
Tajan OVV. Cabinet Turquin.

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