La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Travail français de la fin du XVIIIe-tout début du XIXe siècle. Drageoir en or émaillé vert translucide sur fond guilloché, les bordures ponctuées de perles d’émail blanc, le couvercle centré d’une miniature, poids 131,8 g, diam. 8,2 cm.
Frais compris : 18 154 €.
Question de drageoir
Objets de luxe et de distinction sociale, les boîtes en matières précieuses, le plus souvent des tabatières, ont toujours suscité un grand intérêt, aussi bien comme présents de prix que comme objets de collection (Source : Boîtes en or et objets de vertu, Christiane Grégoire et José de Los Llanos, Paris Musées, musée Cognacq-Jay, 2011). Ce drageoir de la fin du XVIIIe-début du XIXe siècle ne dérogeait pas à la règle en empochant 14 500 €, d’après une estimation haute de 4 500. Signe de l’importance symbolique de ces pièces, les peintres n’hésitaient pas à les faire arborer par leur modèle, que ce soit un gentilhomme anonyme, portraituré par Alexis-Simon Belle (1674-1734) dans une toile conservée au musée du Petit Palais, ou la délicieuse marquise de Pompadour, saisie par François Boucher en 1758 à sa table de toilette, une toile du Harvard Art Museum de Cambridge. Si le sens de «tabatière» est évident, celui de «drageoir» est plus équivoque. En effet, dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, le drageoir est le «nom que plusieurs artistes, et les horlogers en particulier, donnent au filet formé à l’extérieur d’un cercle ou à une rainure dans l’intérieur du cercle», soit le moyen pour «que les deux parties d’une tabatière sans charnière, circulaire ou ovale, tiennent ensemble». Notre objet est sans nul doute équipé d’un… «drageoir», assurant sa fermeture hermétique. Car ce mot concerne aussi une boîte destinée à contenir des sucreries, un terme plus ancien que «bonbonnière», qui n’apparaît que vers 1770. Là encore, l’Encyclopédie précise que les dragées sont «des espèces de petites confiseries sèches, faites de menus fruits, graines ou morceaux d’écorce ou de racines odoriférantes et aromatiques, et incrustées ou couvertes d’un sucre très dur et très blanc». Une précieuse douceur nécessitant un écrin à sa mesure…
Mercredi 18 février, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. Vendôme Expertise.

Nouvel Empire, art égyptien. Élément d’incrustation représentant un visage, h. 1,7 cm.
Frais compris : 11 495 €.
L’éclat du verre égyptien
Provenant d’une succession régionale et espéré autour de 2 000 €, notre minuscule objet d’art égyptien créa la surprise de la vente. Avant d’entrer dans une famille du grand Est, il a fait partie au début du XIXe de l’ancienne collection C. L’expert a ainsi pu le rapprocher de pièces semblables reproduites dans «Glass Sculpture in Ancient Egypt» de l’égyptologue J. D. Cooney, extrait du Journal of Glass Studies, volume 2, paru en 1960. Proposée en bon état de conservation, la partie supérieure de la tête était réalisée dans un autre matériau. Ce superbe visage met bien en valeur le raffinement extrême caractérisant l’art sous le Nouvel Empire, période la plus prospère de toute l’histoire égyptienne ; allant de la XVIIIe à la XXe dynastie, il s’étale sur plus de cinq siècles. Imposant la loi des pharaons du fleuve Euphrate au Soudan, il se distingue par un réel essor des arts décoratifs, notamment du verre. À la fin du XIXe, le sculpteur Henry Cros, passionné d’archéologie, recherchera dans ces techniques verrières anciennes le secret de la pâte de verre. Cet élément d’incrustation est ainsi travaillé en verre de couleur rouge mouchetée gris vert ; il imite ainsi le jaspe, une pierre dure opaque très appréciée des lapidaires. Destiné sans doute à enjoliver un objet ou une sculpture, il unit naturalisme et brillante maîtrise technique. Excellents observateurs, les artistes du Nouvel Empire ont su faire ressortir dans le verre l’originalité de leur modèle. Ici, ils le représentent avec des oreilles décollées et l’impression de vie qu’ils confèrent au visage est due en grande partie à la vivacité du regard. Bataillé ferme entre divers enchérisseurs, il était le thème d’une vive lutte d’enchères. Quintuplant ses espérances, il était au final adjugé à un collectionneur présent en salle.
Dijon, dimanche 22 février.
Sadde Hôtel des ventes de Dijon SVV. M. Tarantino.
Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784, entourage de), L’Enfant en pénitence ou Le petit boudeur, toile, 72 x 58 cm.
Frais compris : 28 800 €.

Larmes d’enfant
Le monde de l’enfance attire de plus en plus les artistes contemporains de Jean-Jacques Rousseau. Dès les années 1760, Greuze en fait son sujet d’élection. Il la représente dans des scènes de fantaisie, qui, dans un genre presque allégorique, riche de sous-entendus, s’attache à en rendre la complexité, tel Le Petit Paresseux conservé au musée Fabre à Montpellier. Exploitant aussi cette veine de l’enfance, Nicolas-Bernard Lépicié, fils d’un graveur et élève de Carle Van Loo, associe également à merveille pittoresque et sentiments. Reçu en 1769 à l’Académie, il peint des portraits, des œuvres religieuses et mythologiques. Mais ce sont les scènes de genre, transcrites dans des tons raffinés et sobres, qui lui assurent le succès. D’une vérité étonnante, elles lui valent, au Salon de 1781, d’être comparé à David Teniers. Nicolas-Bernard Lépicié, nommé professeur, enseigne son art à de nombreux élèves. Notre tableau, attribué à l’un d’eux ou à un artiste de son entourage, était avancé autour de 3 500 €. Présenté sous forme de tondo, il reprend effectivement une huile sur bois de Lépicié, datée vers 1770 ; provenant de l’ancienne collection Bernard Jacques, elle est entrée en 1875 au musée des beaux-arts de Lyon. La composition, adroitement peinte, représente sans doute l’un de ces petits Savoyards, exerçant dans les rues de Paris divers petits métiers, après avoir commis une bêtise quelconque. Le naturel des pleurs, les effets de matière dans les tissus, le raffinement des demi-teintes et les modulations du clair-obscur témoignent d’un métier sûr et brillant. Touchant bien des cœurs, le chagrin de notre garçonnet multipliait par neuf ses attentes, avant d’être adopté par un acheteur français. Un moment de pure émotion…
Auxerre, dimanche 15 février.
Auxerre Enchères - Auxerre estimations SVV. Cabinet Turquin.


Yves Saint Laurent (1936-2008), Jeune Fille, aquarelle signée et datée 1951, 24 x 18 cm.
Frais compris : 6 202 €.
Yves Saint Laurent aquarelliste
La 40e cérémonie des Césars couronnait, le 20 février 2015, Pierre Niney comme meilleur acteur pour son rôle d’Yves Saint Laurent dans le biopic officiel de Jalil Lespert. Deux jours plus tard, le grand couturier était aussi la vedette d’une vacation biarrote avec cette aquarelle peinte à 15 ans. Provenant d’une succession régionale, elle était avancée autour de 900 €. Adjugée au sextuple des estimations, elle témoigne du coup de crayon sûr, dès l’adolescence, du futur génie qui révolutionnera la mode. Yves Saint Laurent naît à Oran où sa famille, liée à la haute bourgeoisie algérienne, possède un hôtel particulier, une grande maison joyeuse et pleine de vie. Scolarisé ensuite dans un établissement religieux, il doit se plier à une discipline stricte. Pour s’en échapper, il crée des représentations théâtrales, dont ses sœurs, Michelle et Brigitte, sont les principales actrices. L’adolescent tombe aussi sous le charme de l’œuvre de Jean-Gabriel Domergue, représentant des jeunes femmes élégantes de la Café Society. Allant au cinéma, fréquentant l’Opéra, il découpe dans les journaux venant de France des articles qui concernent les nouveaux acteurs de la mode parisienne comme Christian Dior et le New Look. Le dessin, l’écriture et la peinture se révèlent encore de belles armes pour alléger un quotidien rigide. Alliant mode et art du théâtre, il réalise en 1951 pour la fête du ballet municipal, à Oran, des croquis et des costumes destinés au spectacle Petite Princesse, dans lequel jouent ses sœurs. Il trouve une partie de son inspiration dans l’art de Foujita, un peintre franco-japonais, comme l’illustre également cette aquarelle de la même époque. Ce travail prometteur sera d’ailleurs vite reconnu puisque Christian Dior l’engagera, quatre ans plus tard, comme assistant. Début d’une brillante carrière internationale dans la haute couture…
Biarritz, dimanche 22 février.
Biarritz Enchères SVV. Mme Maréchaux-Laurentin.
Schmitt. Bébé, tête en biscuit, yeux bleus en sulfure, cheveux naturels, corps et membres articulés par huit boules en bois, signé « SCH », taille 8, h. 46 cm.
Frais compris : 12 000 €.
Délicat bébé Schmitt
Parmi les poupées anciennes, les bébés bouche fermée sont les plus chéris des amateurs comme l’illustre ce modèle ; venant d’un grenier ligérien, il était proposé dans son «jus». Au début du second Empire, deux frères, Maurice et Charles Schmitt, établissent une fabrique à Nogent-sur-Marne qui va faire le bonheur d’au moins deux générations de fillettes. En 1877, la maison Schmitt reçoit un brevet pour des poupées embellies de têtes, qui une fois cuites, sont enduites d’une mince couche de cire particulière ; plus solides, elles leurs confèrent aussi un teint très fin. La même année, la manufacture dépose le dessin de sa marque au tribunal de commerce de Paris : il s’agit d’un écusson représentant deux maillets qui se croisent avec les lettres «SCH». L’année suivante, elle est récompensée à l’Exposition universelle d’une médaille d’argent pour ses créations qualifiées d’«incassables». La manufacture se range parmi les plus grands fabricants d’alors et ses créations rivalisent avec les Steiner, Gaultier et Bru Jeune. La maison Schmitt et fils, active jusqu’en 1891, bénéficie également d’un dépôt parisien au 32, rue d’Hauteville. Très estimée, elle produit de beaux bébés aux corps mus par des articulations à huit boules ; les tailles ne correspondent cependant pas aux autres modèles que produisent ses concurrents : une Schmitt n° 3 équivaut par exemple à une Jumeau n° 10. Autre point fort, les yeux des poupées : ils présentent des iris remarquablement expressifs grâce à de fines lamelles de sulfure, comme notre demoiselle. Rarissime, elle provoquait l’emballement des collectionneurs en dépit d’usures et d’accidents. Habillée d’une coquette robe blanche ancienne, elle battait à plates coutures ses estimations et repartait dans les bras d’un fervent collectionneur français.
Tours, lundi 16 février.
Rouillac SVV.
Claude Venard (1913-1999), Nus au canapé, huile sur toile, signée en bas à droite, 65 x 81 cm.
Frais compris : 19 840 €.
Nus sous influence cubiste
Le nu révèle l’évolution profonde de la peinture à partir du milieu du XIXe siècle. S’écartant des thèmes littéraires et mythologiques, les artistes réalistes et modernes inventent un nouveau langage sans prétexte allégorique. Courbet, Degas, Rodin saisissent le geste au vif et étalent le corps dans tous ses états. Dans leur sillage, les peintres représentent au siècle selon la nudité féminine selon leur propre style. Tel est le cas de Claude Venard, un artiste influencé par le post-cubisme. Il s’en distingue toutefois par un refus de rompre avec une vision classique et par une volonté de garder la compréhension du sujet représenté. Avec André Marchand, Tal-Coat et Francis Gruber, il participe ainsi au groupe Forces nouvelles ; ce mouvement artistiques préconise, durant l’entre-deux-guerres, une nouvelle figuration en réaction contre la vague déferlante de l’abstraction. Claude Venard, fasciné par la lumière méditerranéenne, s’installe à Sanary, près de Bandol, aux environs de 1960. Associant divers plans géométriques polychromes, les compositions transcrivent des personnages, des paysages ou encore des natures mortes. Elles sont le plus souvent travaillées en touches très larges qu’avivent des couleurs pures et chaudes. Amoureux de la belle matière, il opère ensuite une fusion harmonieuse entre une écriture plus alerte et des couleurs aux tonalités de plus en plus crues. Claude Venard se passionne aussi pour le nu en jouant magistralement avec les formes, la lumière et les tonalités. Cette toile, provenant d’une succession régionale, était timidement indiquée autour de 2 000 €. Bien articulée, elle est bâtie avec une rigueur librement adaptée du cubisme. Comme chez les expressionnistes, un cerne noir souligne les formes. Très convoitée entre divers enchérisseurs, elle pulvérisait les estimations pour séduire un client européen.
Marseille, dimanche 15 février.
Prado Falque Enchères SVV.

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