La Gazette Drouot
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Top des enchères
Pierre de Cossé, duc de Brissac (1900-1993), Chasse, Paris, aux dépens de l’Artiste, 17 lithographies en couleurs de Paul Jouve, 1956, in-4o, en feuilles.
Adjugé : 3 660 €
Juste avant la clôture de la saison
Le dernier week-end de février est cette année, à peu près partout en France, celui de la fermeture de la saison de chasse. Juste avant cette clôture, Chayette & Cheval proposait un florilège d’ouvrages sur ce thème, dont certains remontant aux XVIe et XVIIe siècles. Parmi eux, La Fauconnerie, un traité de 1621 de Charles d’Arcussia, qui prenait son envol à 5 612 €. Chasse, de Pierre de Cossé-Brissac, était très attendu. Cette édition illustrée de dix-sept lithographies originales en couleurs de Paul Jouve (1878-1973), enrichie d’un envoi de l’artiste et publiée par ce dernier à soixante-dix exemplaires seulement, se feuilletait à 3 660 €. Le duc, éminent spécialiste, y fait une dissertation à la fois descriptive et nostalgique de la chasse à quelques créatures à poils et à plumes, dont celles aux sanglier, ours, renard, faisan, col-vert et autre loup. Pour la planche représentant cette espèce, Jouve donne le meilleur de son talent. Les trois bêtes, avec leurs regards étincelants sur un pelage sombre, saisissent. Elles rappellent qu’il était bien l’un des meilleurs illustrateurs du XXe siècle, fort d’une carrière commencée en 1919 avec le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling, premier essai déjà réussi et transformé par la suite par une vingtaine d’ouvrages.
Vendredi 17 février, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval OVV. M. Courvoisier.
Pierre Tal Coat (1905-1985), Le Port de Doëlan, vers 1927, huile sur toile, 102 x 102 cm.
Adjugé : 11 000 €
La Bretagne par l’un de ses fils
Pierre Tal Coat, pseudonyme de Pierre Jacob, est né en 1905 à Clohars-Carnoët, une commune du Finistère dont le port de pêche est Doëlan. Il connaissait donc bien ce site pittoresque et authentique lorsqu’il le traduisit sur toile vers 1927. Reconnue ici à 11 000 €, l’huile appartient à sa période figurative et à un séjour de trois ans à Doëlan justement, de 1927 à 1929, faisant suite à une première formation parisienne à la Grande Chaumière. Fils d’un marin-pêcheur, l’artiste regagne la capitale en 1930 et se lie avec de nombreux jeunes peintres dont André Marchand, Francis Picabia, Alberto Giacometti, ainsi qu’à diverses personnalités intellectuelles comme Ernest Hemingway, Antonin Artaud et Tristan Tzara notamment. En 1932, il rejoint le groupe «Forces nouvelles». Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que sa peinture évolue définitivement vers l’abstraction, mais toujours dans un dialogue constant avec la nature. Simplement, à partir de cette époque, cherche-t-il à la traduire au-delà de l’apparence. La Bretagne n’a pas oublié ce fils prodige. En 2007, le département du Morbihan lui dédie un centre de recherche au sein du domaine de Kerguéhennec, haut lieu d’expositions sélectives, accompagné depuis 2013 d’un espace de présentation permanente de ses œuvres, une collection constituée par voie de dons et d’achats importants.
Vendredi 17 février, salle 5 - Drouot-Richelieu.
Ader OVV.
Iles Salomon, longue lance à ardillons, bois patiné, l. 284 cm.
Adjugé : 10 292 €
De rares trésors d’Océanie à portée de marteau
Très attendue, la vente de 41 lots provenant de l’expédition de la Korrigane déployait ses trésors en ce samedi
18 février à Tours. Il faut rappeler que cet ensemble unique n’était qu’une petite partie des précieux objets récoltés lors de ce voyage organisé en Océanie entre 1934 et 1936. À l’époque, 2 500 de ces pièces avaient enrichi le musée de l’Homme, après sélection par son directeur Paul Rivet. De l’île reine, Tahiti, nous venait un ensemble de pilons Ké atuki servant à écraser le taro, fruit de l’arbre à pain. Réalisé en basalte noir, le plus beau et le plus ancien, puisque datant du XVIIIe siècle, s’élevait jusqu’à 20 460 € (voir Gazette n° 7 page 99). De Papeari, sur la côte ouest de l’île, deux autres pilons, sculptés dans la dure roche volcanique, se laissaient aborder à 5 084 et 4 464 €. À des milliers de kilomètres de là, plus à l’ouest, des guerriers des îles Salomon avaient brandi cette très longue lance, qui était à vous pour 10 292 €, tandis qu’un appuie-tête sepik, en bois de Nouvelle-Guinée, recueillait 8 060 €. De la même région, et plus exactement des îles de l’Amirauté, émanait aussi un haut de lance polychrome, et représentant un membre de la tribu, enlevé à 6 944 €. Néanmoins, ces merveilles d’art premier n’étaient pas les seules à attiser les désirs des acheteurs présents : un buste d’Igor Mitoraj en bronze patiné nommé Asclépios, en hommage au dieu grec de la Médecine, était honoré de 10 664 €. Tout aussi néoclassique, une élégantissime pendule à l’obélisque en marbre blanc d’époque Louis XVI sonnait pour 7 812 €. Une section consacrée aux montres, dont certaines avaient une origine royale marocaine, remportait aussi bien des succès, couronnant par exemple cette Patek Philippe de 1945, portée à 5 580 €. Cependant, last but not least, une remarquable pièce de joaillerie sortait du lot : il s’agissait d’un diamant de taille ancienne de 3,63 ct inspirant 38 440 € à un admirateur.
Tours, samedi 18 février.
Hôtel des ventes Giraudeau OVV. M. Roudillon.
Guy de Chaugnac-Lanzac, dit Dom Robert (1907-1997), Atelier Suzanne Goubely - Aubusson, Vasca, tapisserie en basse lisse numérotée, 170 x 215 cm.
Adjugé : 59 290 €
Mille fleurs sous le pinceau de Dom Robert
Guy de Chaugnac-Lanzac, plus connu sous le nom de Dom Robert, a été l’un des grands rénovateurs de la tapisserie moderne française. Né en 1907, il suit tout d’abord des cours à l’école des Arts décoratifs de Paris. Après son service militaire chez les spahis, il trouve en 1930 le chemin de sa vocation religieuse et celui de l’abbaye d’En-Calcat dans le Tarn, où il se remet à dessiner. En septembre 1941, c’est la rencontre avec Jean Lurçat qui le décide à devenir peintre cartonnier. Son œuvre tissée compte plus de cent cinquante cartons originaux, pour la plupart tissés à Aubusson. Une origine prestigieuse dont peut se prévaloir aussi notre tapisserie en basse lisse intitulée Vasca, présentée à Albi le samedi 18 février. Une scène champêtre très dense qui mêle, d’une manière reconnaissable entre toutes, de vigoureuses fleurs sauvages, digitales et coquelicots, à des animaux en liberté, deux coqs et un chien. Elle recueillait une fort belle enchère de 59 290 €, qui témoigne du regain d’intérêt que connaît aujourd’hui ce support aux origines antiques. Autre grande figure de la région s’il en fut, Henri de Toulouse-Lautrec recevait un bel Hommage par Louis Derbré sous la forme d’une grande sculpture monumentale en bronze haute de 2,40 mètres, réalisée en 2004 et adjugée 12 221 €. Quant au vase ovoïde en pâte de verre baptisé Les Parfums, dû à l’immense talent de Gabriel Argy-Rousseau, vers 1932, et évoqué dans la Gazette n° 7 page 100, il recevait sans peine 8 349 €.
Albi, samedi 18 février.
Hôtel des ventes du Tarn OVV.

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