La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Turquie, art ottoman, XVIIIe-XIXe siècle. Aiguière et bassin en cuivre doré, h. 35,3 cm, diam. 54 cm.
Frais compris : 250 100 €.
Tombak ottoman
Cette aiguière avec bassin était estimée pas plus de 10 000 €. Elle déclenchait des foudres d’enchères dignes de la grandeur de l’Empire ottoman, qui lui permettaient d’atteindre 205 000 €. Réalisé au XVIIIe ou XIXe siècle en tombak, un alliage de cuivre et de zinc doré au mercure, il appartient à un modèle d’aiguière et de bassin à ablution d’une grande rareté, qui figure dans les collections du musée des Arts turcs et islamiques d’Istanbul. Le tombak, très prisé des Ottomans, présente de nombreux avantages. Plus brillant que le cuivre, il se rapproche par son apparence de l’or, tout en étant à la fois léger et facile à travailler. Son appellation proviendrait du malaysien tumbaga, employé pour désigner un alliage cuivreux. Cette matière semble d’abord avoir été utilisée dans le domaine de l’armement avant de gagner la sphère des arts décoratifs. Sa souplesse se prête à la création de décors fouillés. L’art du métal a toujours été très développé dans les civilisations musulmanes, qu’il concerne le laiton ou l’orfèvrerie. Les Ottomans n’échappent pas à la règle, au point que Sélim Ier (1512-1520) et Soliman le Magnifique (1520-1566) ont été formés au métier d’orfèvre, la coutume voulant que chaque sultan maîtrise un artisanat. L’orfèvrerie ottomane se caractérise par des surfaces extrêmement décorées, incrustées de pierres précieuses pour les modèles les plus raffinés.
Vendredi 26 juin, salle 14 - Drouot-Richelieu.
Doutrebente SVV. Mme Kevorkian.
Nikolaï Vladimirovitch Sinezouboff (1891-1956), La Neige dans la ville, 1920, huile sur toile, 44 x 61,5 cm.
Frais compris : 81 250 €.
Record pour Sinezouboff
Modestement estimée de 1 000 à 1 200 €, cette huile sur toile en récoltait 65 000, marquant ainsi un record mondial (source : Artnet) pour son auteur, le peintre et illustrateur Nicolaï Sinezouboff. Le précédent avait été établi à 49 100 € frais compris le 26 novembre 2009, chez Dorotheum à Vienne, avec une huile sur toile intitulée Dans une rue berlinoise le soir (60 x 60 cm) et montrant en gros plan un couple. La toile est dédicacée à un certain Telmunsch, «à la mémoire des nuits berlinoises». La nôtre est datée de 1920, à une époque où le peintre est encore en Russie. Elle porte d’ailleurs une étiquette du bureau central panrusse de la section des Arts visuels du commissariat du peuple à l’Éducation. Dès 1919, le nom de Sinezouboff figure sur la liste, établie par le nouveau pouvoir, des artistes dont les œuvres sont à acquérir pour le musée de la Culture et des Arts. Il a étudié à l’École de peinture, de sculpture et d’architecture de Moscou de 1912 à 1917. À la date d’exécution de notre œuvre, il collabore avec l’institut de la Culture artistique de la même ville et participe à l’Exposition des quatre, en compagnie de Kandinsky, Rodchenko et Stepanova. Il s’investit également dans le groupe Makovets, fondé en 1921, qui aspire à saisir la réalité nouvelle de manière romantique. Notre toile rappelle les œuvres de jeunesse de Chagall, une touche énigmatique étant apportée par la silhouette noire en haut de forme qui se trouve sur la gauche. Selon certaines sources, le peintre aurait émigré pour Berlin en 1922 et quitté la capitale allemande pour Paris en 1928. En 2012, Jean Lezer lui a consacré un ouvrage, Nicolas Sinezouboff, dit le Français.
Lundi 22 juin, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Ader SVV. Mme Poniatowska.
Autriche, Kittsee, XVIIIe siècle. Manuscrit contenant des prières et les règles de la circoncision, reliure en argent, 10 x 7 x 2 cm.
Frais compris : 126 700 €.
Collection Frydman
La vente de la collection d’objets de culte hébraïque du fabricant de jouets Isucher Ber Frydman (1907-1983) suscitait un vif intérêt, l’estimation de cet ensemble qui recueillait 2 335 063 € frais compris étant doublée. Sa fille Jacqueline l’avait mise en caisses, la mettant ainsi à l’abri de tout regard durant une trentaine d’années. «Il y a deux ans (…) j’ai ouvert ces caisses pour interroger les souvenirs dont ils étaient les symboles. Ils ont jailli – plus de trois cents objets, intacts, impressionnants, magnifiques et fragiles, lourds de l’odeur de métal, comme inanimés», explique-t-elle dans la préface du catalogue. Une ferveur partagée par les enchérisseurs, quarante-sept enchères à cinq chiffres étant prononcées et une à six. Cette dernière s’affichait à 100 000 € tout rond, estimation décuplée, sur le manuscrit autrichien du XVIIIe siècle reproduit, dont la reliure en argent finement ciselé présente une scène de circoncision, l’autre plat comportant une dédicace en hébreu à un nouveau-né. La communauté juive de Kitsse, village situé non loin de Bratislava, comptait plusieurs centaines de personnes. 95 000 € revenaient à la plaque ornementale de torah en argent (33 x 27 cm - Breslau, 1777), de Johann Ernst Braungart, illustrant l’article page 41 de la Gazette n° 24. On y voit Moïse et Aaron surmontés d’une couronne entre deux piliers tors. Une autre plaque de torah, en argent et vermeil (30 x 20 cm) celle-là et de Galicie vers 1775, faisait plus que doubler, à 70 000 €, les prévisions. L’élément le plus remarquable de sa riche ornementation est constitué par les deux petits vantaux ajourés de l’arche, dévoilant deux plaques de cornaline sur lesquelles sont gravés les dix commandements. Simplement relié de vélin, un manuscrit de prière sur parchemin réalisé par le scribe Gabriel Pressburger en 1769 était poussé à 64 000 €. Il est illustré par des dessins à l’encre.
Mardi 23 juin, Atelier Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Scheinowitz.
Pablo Picasso (1881-1973), Madoura, Portrait de Jacqueline, exemplaire unique en terre de faïence blanche à décor à l’engobe et émail sous couverte partielle au pinceau, diam. 42 cm.
Frais compris : 189 600 €.
© Succession Picasso 2015

 
Jacqueline et Picasso
Ce Portrait de Jacqueline de Picasso, incisé dans la faïence, préfigurait le succès de la vente des céramiques en pièces uniques du Malaguène de la collection de sa petite-fille, Marina Picasso, vendue le lendemain à Londres chez Sotheby’s pour 12,3 M£ frais compris (17,3 M€). Estimé pas plus de 30 000 €, notre tondo en atteignait 150 000. Il s’agit également d’une pièce unique, sortie des ateliers Madoura de Georges et Suzanne Ramié. C’est d’ailleurs en fréquentant leur poterie que l’artiste rencontre sa dernière compagne, Jacqueline Roque, une cousine de Suzanne. Il y fait ses premiers essais dans les arts du feu le 26 juillet 1946. En 1948, il acquiert à Vallauris la villa
«La Galloise» et s’y installe avec Françoise Gilot. L’année suivante, il fait l’acquisition d’anciens dépôts de parfumerie, qu’il transforme en atelier pour la peinture et la sculpture, partageant son temps entre ce nouveau lieu et la fabrique des Ramié. En 1952, Jacqueline entre dans sa vie. Elle sera le modèle le plus immortalisé par l’artiste, séduit par le caractère espagnol de sa beauté. Notre céramique magnifie son profil de sphinx et la finesse de son cou. Les plus de trois mille cinq cents modèles réalisés par Picasso pour Madoura l’ayant été entre 1947 et 1954, notre portrait a été réalisé au mieux durant ses deux dernières années de productivité dans ce domaine. Le tampon «Madoura, empreinte originale» figurant au dos de notre œuvre garantit le strict respect du modèle de l’artiste. On le trouve aussi bien sur les pièces réalisées en série que sur celles étant, comme ici, uniques.
Mercredi 24 juin, Espace Tajan.
Tajan SVV.
Fernand Léger (1881-1955), Statue de femme et plante, 1949, huile sur toile, 38 x 46 cm.
Frais compris : 307 370 €.
 
Léger et les objets
Espérée au plus haut à 150 000 €, cette huile sur toile de Fernand Léger de 1949, Statue de femme et plante, était finalement créditée de 245 000 €. Dans une conférence donnée en 1946, et intitulée «Le nouveau réalisme en art : l’objet», Léger explique : «La peinture ancienne, c’est le sujet, et je pense que l’art actuel, c’est l’objet.» Une préoccupation qui n’est pas nouvelle chez lui. En 1935, lors de la première rétrospective de son œuvre au MoMA de New York, il édictait déjà que «l’obligation du sujet n’est plus acceptée. Cette armature qui domine tout l’art de la Renaissance a été brisée. Le sujet détruit, il fallait trouver autre chose, c’est l’objet et la couleur pure qui deviennent la valeur de remplacement. Dans cette nouvelle phase, la liberté de composition devient infinie. Une liberté totale qui va permettre des compositions d’imagination où la fantaisie créatrice va pouvoir se révéler et se développer.» La preuve avec notre toile, associant une tête féminine posée comme une sculpture près d’un pot de cactée, la couleur prenant son indépendance pour s’appliquer de manière quasi abstraite par rapport au sujet. La théorie de l’objet de Léger réinterprète le genre traditionnel de la nature morte, mais non en s’attachant, comme les surréalistes, à la valeur symbolique des choses, plutôt à leur valeur plastique. «Cet objet qui était enfermé dans le sujet devient libre, cette couleur pure qui ne pouvait s’affirmer va sortir. Il devient le personnage principal des nouvelles œuvres picturales», précisait encore notre artiste en 1935.
Mercredi 24 juin, Atelier Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV.
Joseph Sima (1891-1971), Orphée (noir), 1958, huile sur toile, 100 x 81 cm.
Frais compris : 125 200 €.
 
Les Orphée de Sima
Une vente contenait deux huiles sur toile de Joseph Sima de nature très différente. Aux ténèbres traversés de lumière de l’Orphée (noir) de 1958 reproduit répondaient les teintes vert très clair, quasi transparentes, d’un Paysage (claire-voie) (38 x 46 cm) de 1965, parcouru de lignes droites dessinant des figures géométriques imbriquées. La première, plus grande, récoltait 100 000 € et la seconde, 40 000. Entre 1939 et 1949, l’artiste d’origine tchèque, naturalisé français en 1926, arrête de peindre. Dès 1950, il reprend des thèmes figuratifs anciens, mais les épure à l’extrême. À partir de 1957, les «Orphée» sont des apparitions abstraites qui célèbrent la lumière, déclinée dans des gammes de tonalités monochromes. L’exposition «Joseph Sima. Vision du monde retrouvé», présentée jusqu’au 30 août au musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun, montre un Orphée ocre exécuté à l’huile sur toile la même année que le nôtre, appartenant au musée des beaux-arts de Reims. Première rétrospective organisée par un musée français depuis 1992, la manifestation issoldunoise a été mise en perspective, à la demande du conservateur Patrice Moreau, par un philosophe de formation, Étienne Cornevin, auteur d’une thèse sur les Figures et esthétiques de l’art contemporain en Tchécoslovaquie. Une salle s’intéresse d’ailleurs aux continuateurs de «l’utopie simienne», pour reprendre l’expression du dossier de presse. Notre œuvre avait été acquise chez Paul Facchetti, galeriste parisien, qui à partir de 1951 défendit essentiellement les acteurs de l’abstraction lyrique et de l’art informel. Il qualifiait Sima d’«architecte de la lumière». L’artiste va durant plus d’une décennie explorer cette dernière, «conçue non pas comme un fluide mystérieux éclairant les objets, mais comme une force créant l’existence des objets», déclarait-il.
Mercredi 24 juin, salle 10 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
XIXe siècle. Broche en or et argent sertie de diamants taille ancienne et taillés en rose, retenant en pampille une perle fine grise de forme poire, LFG : eau de mer, 13 x 20,7 mm, écrin à la forme de la maison Morel & Cie, 10 x 8,5 cm. Frais compris : 327 500 €.
À tire-d’aile
Les ailes du désir permettaient à cette broche du XIXe siècle de littéralement laminer son estimation de 25 000 à 30 000 € pour en récolter… 262 000. Cette envolée est sans doute en grande partie redevable à la perle fine grise de belles dimensions qu’elle retient en pampille, attestant de l’engouement constant que ces concrétions de nacre marine suscitent. Un certificat du Laboratoire français de gemmologie accrédite bien entendu l’origine naturelle de la perle, précisant son poids et sa cote. Notre bijou est présenté dans un écrin de Morel & Cie, qui deviendra en 1885 la maison Chaumet. Joseph Chaumet épouse en 1875 la jeune Marie, fille de Jean-Prosper Morel (né en 1825). Ce dernier est le fils de Jean-Valentin Morel (1794-1860), lapidaire, orfèvre et bijoutier de grand talent qui, en 1834, devient chef d’atelier chez Fossin, pour lequel il réalise notamment la poignée de l’épée du comte de Paris. En 1842, associé avec Henri Duponchel, il fonde sa propre entreprise. Cette dernière va vite employer quatre-vingts ouvriers, excellant dans les bijoux artistiques romantiques alliant or, argent oxydé, émaux, pierres et perles, qui séduisent aussi bien la duchesse d’Orléans que le duc de Nemours et le duc d’Aumale. Las ! Des dissensions entre les associés conduisent Jean-Valentin à s’exiler à Londres où, entre 1848 et 1852, il crée un nouveau commerce, couronné par la plus haute récompense de l’Exposition universelle de 1851. Son fils travaille avec lui et, lorsqu’en 1852 l’aventure londonienne prend fin, devient gérant à Paris de l’entreprise du joaillier Jules Fossin, qui avait toujours soutenu son père. Jean-Prosper en prend la direction en 1862, ressuscitant Morel & Cie. La tradition d’excellence qu’il maintient lui vaut d’avoir pour clientes la grande bourgeoisie et l’aristocratie. La joaillerie va de plus en plus s’imposer au détriment de la bijouterie, lui permettant de remodeler les précieuses parures de sa riche clientèle.
Jeudi 25 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. Cabinet Serret - Portier.
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Modèle à la main dans les cheveux, huile sur toile, 34,5 x 47 cm.
Frais compris : 287 960 €.
Renoir sensuel
Estimée entre 100 000 et 140 000 €, cette petite huile sur toile de Pierre-Auguste Renoir bondissait à 230 000 €. Elle est reproduite dans l’ouvrage qu’Ambroise Vollard a fait paraître un an avant la mort du peintre, Tableaux, pastels et dessins de Pierre-Auguste Renoir. L’engouement provoqué par notre tableau réside en partie dans la sensualité qu’il dégage. L’artiste a concentré ses moyens sur la tête et une main du modèle, renonçant à préciser le buste et ses alentours. La lourde chevelure tient une place de premier plan, à une époque où cette dernière, lorsqu’elle n’était pas strictement contrôlée ou cachée sous un chapeau, relevait de l’intime. La charge érotique des cheveux est commune à de nombreuses civilisations, et le XIXe siècle a beaucoup joué de leur liberté dénouée pour, à partir du romantisme, en faire un vecteur de modernité artistique. Baudelaire les a même choisis pour thème d’un poème apparu dans l’édition de 1861 des Fleurs du mal, dans la section «Spleen et idéal». Retenons de ce long poème de sept quintils les vers suivants : «Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde/Sèmera le rubis, la perle et le saphir, Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !». Dans l’ordre bourgeois d’alors, seules les filles de mauvaise vie osent sortir tête nue. Certains impressionnistes vont faire bon usage de cette transgression, en particulier les spécialistes de la représentation de l’intimité féminine. On pense bien sûr à Degas et à Renoir. Notre modèle laisse libre cours à l’imagination du spectateur pour reconstituer sa nudité. La jeune femme relève-t-elle ses cheveux pour entrer au bain ? Après la moderne Olympia, la moderne Diane…
Vendredi 26 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux SVV.
Jules Auguste Habert-Dys (1850-1928). Vase en bronze patiné doré et argenté, émail, agate et argent massif, signé sur la bordure d’une aile, poinçon d’orfèvre de Fernand Poisson, poinçon minerve, daté 1905, h. 43 cm.
Frais compris: 237 160 €.
Belle envolée pour Habert-Dys
Les arts décoratifs connaissent, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, un renouveau spectaculaire. Préconisant la création individuelle, ils puisent dans les arts d’Extrême-Orient des moyens inusités d’expression. Félix Bracquemond, un des premiers artistes à s’intéresser aux estampes japonaises, repense l’art de la céramique en découvrant des pièces, venues de la Chine et du Japon. Associé à Charles Haviland, il fonde l’atelier d’Auteuil, rue Michel-Ange, dont il devient de 1872 à 1880 le directeur artistique. Découvreur exceptionnel de talent, il rassemble autour de lui une brochette de jeunes artistes ; les initiant au japonisme, ils se révéleront parmi les plus doués de leur temps. Tel est le cas de Jules Auguste Habert-Dys, également formé à la peinture, au dessin et à la gravure (voir n° 24, page 161). Collaborateur régulier de la revue L’Art, il se distingue par des dessins très inventifs ; empreints d’une grande fantaisie, ils vont servir de modèles à de nombreux créateurs. Se lançant ensuite dans la réalisation artistique, Jules Auguste Habert-Dys présente au Salon, en 1902, un étonnant coffret en ébène de Macassar, agrémenté de panneaux émaillés japonisants. S’inspirant de ce courant rénovateur, notre vase se compose d’une ronde de trois cigales. Provenant d’une succession régionale et pièce unique, il avait été spécialement créé pour l’Exposition universelle de 1905. Typique de l’art nouveau, il en souligne ses sources naturalistes en faisant référence à l’univers des insectes. Il peut être par exemple rapproché des créations verrières d’Émile Gallé ou des vide-poches créés à la même époque par Amalric Walter. Indiqué autour de 10 000 €, il aiguisait la convoitise des amateurs. À 100 000 €, étaient encore en lice huit enchérisseurs dont plusieurs clients étrangers. Pulvérisant les estimations, il va désormais embellir la collection d’un particulier.
Rennes, lundi 22 juin.
Rennes Enchères SVV.
Attribué à Joseph-Emmanuel Zwiener (1849-vers 1900), Secrétaire de style Louis XVI, fin XIXe, mouvementé sur ses trois faces, trois tiroirs en partie basse, deux vantaux en partie haute, 131 x 135 x 60 cm.
Frais compris : 50 820 €.
Attribué à Zwiener
Ce pimpant secrétaire gagnait la course aux enchères lors d’une vente niçoise. Provenant d’une succession régionale, il évoque la vogue des meubles XVIIIe à la Belle Époque. Provenant d’une succession régionale, il est attribué à Joseph-Emmanuel Zwiener, ébéniste d’origine allemande. Venu à Paris, il établit ses ateliers rue de la Roquette. Acquérant vite un certain renom, il réalise entre 1880 et 1895 un mobilier élégant et de haute qualité, inspiré des différents styles du siècle des Lumières : ils vont de l’époque Régence au Louis XVI. À l’Exposition universelle de 1889, il vaut à Zwiener une médaille d’or. Comme le rappelle Denise Ledoux-Lebard, dans Les Ébénistes du XIXe, les meubles sont primés pour leur hardiesse, pour leur richesse et aussi pour leur marqueterie adroitement réalisée. Avec virtuosité et précision, Zwiener duplique aussi du mobilier ayant appartenu au garde-meuble royal, tel le célèbre bureau de Louis XV. D’un fini impeccable, les meubles sont également parés de bronzes, réputés pour la finesse de leurs ciselures, comme notre secrétaire. Sommé d’un marbre, il s’agrémente d’un joli décor marqueté. Il représente de luxuriants bouquets de fleurs se détachant d’un fond géométrique. Quant aux motifs décoratifs, à la fois abondants et somptueux, ils reprennent la grammaire stylistique du XVIIIe : de charmantes espagnolettes, placées aux épaulements et typiques du style Régence, côtoient des coquilles et des guirlandes de fleurs, ces dernières propres au style Louis XVI. En dépit d’accidents, de restaurations et d’usure d’usage, il suscitait l’emballement des amateurs. Pulvérisant ses attentes, il recueillait l’enchère la plus haute, adjugé à un acheteur enthousiaste.
Nice, mardi 23 juin.
Nice enchères SVV.
Chine, début du XVIIe siècle. Boîte en laque de cinabre sculptée, h. 29 cm, diam. 32 cm.
Frais compris : 147 560 €.
Boîte Ming en laque
Cette boîte en laque présentée comme l’un des objets phares d’une vente grenobloise tenait toutes ses promesses. Proche de modèles conservés dans des musées chinois et japonais, elle est enduite de cinabre qui la protège de la moisissure et de la pourriture. Réalisée à la fin de l’époque Ming, elle témoigne de l’industrie du laque, qui atteint sous cette dynastie un apogée artistique. Proposée en bon état, elle illustre ainsi la grande qualité des laques chinois, très appréciés jusqu’en Europe pour leur finesse et leur raffinement. De couleur vermillon, symbole de bonheur et de longue vie, elle se révèle aussi un porte-bonheur pour celui qui la possède. À l’éclat du coloris s’ajoute également la délicatesse des motifs ornementaux, très prisés des amateurs. Elle présente un décor sculpté du traditionnel caractère Shou, signifiant la longévité. Celui-ci est entouré de diverses figures stylistiques, symboles de bon augure. Notre boîte, habilement travaillée, s’anime encore de plusieurs dragons. Animal mythique et symbolique, il se manifeste sous quatre espèces à la morphologie différente, qui sont représentées ici : Kiao-lung, le plus connu, caractérise le dragon au corps de serpent et à la tête de cheval et Tch’eu-ling le dragon sans corne, tandis que K’ieou-lung distingue celui à cornes, et Ying-long celui pourvu d’ailes. Parée de tels atouts, notre précieuse boîte déclenchait une vive salve d’enchères mettant aux prises des musées, des amateurs et le négoce international. Au final, elle était adjugée à un acheteur au téléphone.
Lundi 22 juin. Grenoble Enchères SVV.
Me Torossian. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.

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