La Gazette Drouot
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Top des enchères
Attribuée à Jacob Jordaens (1593-1678), Deux études d’homme, l’un de trois quarts, l’autre de dos, huile sur papier marouflé sur toile, 43 x 49,5 cm.
Frais compris : 327 600 €.
Attribuée à Jordaens
Rien ne faisait fléchir les enchérisseurs de cette huile sur papier : ni son changement d’attribution, ni les traces de déchirures qu’elle porte sur la gauche, ni les petites griffures annoncées, ni l’ancien vernis encrassé qui la recouvre. Estimée au catalogue autour de 800 €, elle était alors annoncée comme étant d’après Rubens. Elle fut finalement attribuée à Jacob Jordaens, l’occasion de bondir à 260 000 €. Si l’artiste a très tôt développé un style très personnel, il a toujours regardé du côté du Caravage et de Rubens, dans l’atelier duquel il a travaillé durant vingt ans, devenant son premier assistant en 1622. À la mort du maître, en 1640, ses héritiers confient à Jordaens l’achèvement de deux œuvres commandées par Philippe IV d’Espagne, Hercule et Andromède, ainsi que le cycle de l’«Histoire de Psyché» en sept tableaux, destiné à Charles Ier d’Angleterre. Contrairement à Rubens, notre peintre n’est jamais allé en Italie, mais il a trouvé dans le caravagisme une manière correspondant à sa propre sensibilité. La veine est délibérément réaliste, et l’éclairage contribue à l’exaltation des formes et des couleurs. L’exposition consacrée en 2013 à ce grand maître de la peinture flamande par le musée du Petit-Palais à Paris a permis de redécouvrir sa verve, ainsi que la richesse et la variété de son inspiration. Les chairs lourdes et rebondies de nos deux études rappellent celles de sa Suzanne et les vieillards conservée aux Musées royaux des beaux-arts de Belgique à Bruxelles. Une bonne restauration restituera sans nul doute à nos deux hommes leur fraîcheur de tons première.
Vendredi 10 juillet, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Kahn - Dumousset SVV. M. Dubois.
Documents relatifs à l’enlèvement d’Alexandre Koutepov (1882-1930 ?), comprenant deux lettres tapuscrites et un dossier contenant 11 827 signatures de Russes résidant en France.
Frais compris : 106 600 €.
Enlèvement médiatique
Le 26 janvier 1930 disparaissait à Paris le général Alexandre Koutepov (également orthographié Koutiépoff), victime d’un enlèvement sans doute opéré par les services du contre-espionnage de l’armée soviétique. L’affaire fit grand bruit à l’époque, et les échos en résonnaient sur la scène des enchères, deux lettres tapuscrites et 11 827 signatures de Russes résidant en France étant fiévreusement bataillées jusqu’à 82 000 €, d’après une estimation haute de 2 000. Les deux missives sont signées du général Goulevitch et datent de février 1930. La première est adressée au président du Conseil pour demander l’ouverture d’une enquête, la seconde évoquant l’initiative, par l’Union des anciens officiers du régiment Preobrajensky, de réunir des signatures d’émigrés russes pour soutenir celle-ci. Koutepov a été le dernier commandant de ce régiment. Il en a ordonné la dissolution à la suite de la révolution d’Octobre, avant de s’enrôler dans l’armée des Volontaires, l’une des premières armées blanches de la guerre civile russe, qui allait durer de 1917 à 1923. Dès novembre 1918, il est promu général-major, et en juin 1919, lieutenant-général. Après la défaite des armées blanches, il dirige le camp de Gallipoli et émigre en France en 1924, où il dirige l’Union générale des combattants russes. Son activisme anti-bolchévique le place dans le collimateur des soviétiques, surtout après la mort du général Wrangel, en 1928, où il apparait comme le plus apte à réunir les différentes tendances anticommunistes. Le lendemain de sa disparition, une photo du général est publiée dans la presse nationale et, le 30 janvier, un témoin décrit son enlèvement au coin des rues Rousselet et Ondinot, à bord d’une voiture de maître. Son corps ne sera jamais retrouvé et l’on ignore s’il est décédé en France, sur le chemin de l’Union soviétique ou à Moscou. Son successeur, le général Miller, et le collaborateur de celui-ci, le général Skopline, disparaîtront dans les mêmes circonstances en septembre 1937.
Mardi 7 juillet, salle V.V.
Cazo SVV.
Eugène Printz (1889-1948), Paire de bergères, structure en bois foncé, montants arqués formant pieds,  81 X 70 X 83 cm.
Frais compris : 48 800 €.
Rigueur et élégance
Eugène Printz, un des piliers du mouvement art déco, faisait l’événement lors de cette vacation organisée en nocturne à Bordeaux, cours Victor-Hugo. Formé dans l’atelier familial au faubourg Saint-Antoine, à Paris, il s’initie aux diverses techniques du travail du bois. Succédant à son père, il exécute d’abord d’excellentes copies de meubles anciens. Puis, il abandonne l’ébénisterie traditionnelle au bénéfice des recherches contemporaines. Dès 1920, il privilégie la pureté des lignes en quête de modernisme. Avec son confrère Pierre Chareau, Eugène Printz présente à l’Exposition internationale de 1925 un mobilier fonctionnel d’avant-garde, comme une petite bibliothèque dont la forme pyramidale fait référence à un jeu de construction. Ouvrant ensuite une galerie au 81, rue de Miromesnil, Eugène Printz crée des meubles aux formes harmonieuses. Devenu un décorateur à la mode, il aménage le boudoir de Jeanne Lanvin, l’un des deux salons ovales du musée des Colonies – le second est d’ailleurs réalisé par Jacques-Émile Ruhlmann, l’autre vedette de l’art déco. Certains meubles d’une simplicité extrême ressemblent à des «planches» ajustées à angle droit. Dans un souci constant d’innovation, Eugène Printz travaille également des matériaux nouveaux tel le bois de palmier, originaire de Guyane et riche en fibres contrastées. Perfectionniste, il pense le meuble comme un objet de luxe digne des plus savants raffinements. Son adresse culmine dans l’équilibre des formes, conférant aux sièges une réelle modernité. Tel est le cas de ces deux chauffeuses se distinguant par leur élégance et leur sobriété. Provenant de la galerie Dutko, elles sont garnies d’un tissu beige réalisé par la maison Hermès. Âprement disputées entre divers enchérisseurs, elles étaient finalement acquises bien au-delà de la fourchette haute des estimations.
Bordeaux, mercredi 8 juillet.
Vasari Auction SVV.
Jean-François Gambino (né en 1966), Puma, 2012, sculpture en bronze à patine nuancée à dominante mordorée, signée, 80 x 130 cm.
Frais compris : 35 000 €.
Redoutable puma
Durant l’entre-deux-guerres, les sculpteurs Paul Jouve et Édouard-Marcel Sandoz réalisent un fabuleux bestiaire exotique. Très appréciés des amateurs, ils inspirent de grands joailliers comme Cartier. Sous l’impulsion de Jeanne Toussaint, nommée en 1933 directrice artistique, cette maison crée aussi des bijoux fascinants, à l’image d’une ravissante broche-pince panthère qu’elle exécuta spécialement pour la duchesse de Windsor. Jean-François Gambino, excellent dessinateur, entre ainsi chez Cartier, place Vendôme, où il s’initie durant dix ans à l’art de la joaillerie. S’intéressant particulièrement à la bijouterie animalière, il décide en 1997 d’étudier la sculpture auprès de Chantal Adam. Formé aux pratiques du modelage et de la terre cuite, il choisit, six ans plus tard, de devenir sculpteur animalier, car il aime la «diversité» de l’univers animal ainsi que «l’exceptionnelle richesse de ses formes». Il donne rapidement vie à un zoo spectaculaire, dominé par les animaux sauvages. Immortalisant la variété de leur comportement, il sait restituer une attitude passagère sans trahir leur nature profonde. Plus spécialement attaché aux félins, il traduit immédiatement leurs diverses expressions, qu’il reproduit avec une grande vigueur et un sens réel de la vérité : il transcrit par exemple les attitudes nerveuses et tendues des fauves, à l’image de ce puma. Provenant d’un tirage à huit exemplaires, le bronze est numéroté 5. Conciliant sens du pittoresque et observation naturaliste, il traduit bien le comportement de l’animal ; venant de repérer sa proie, il s’apprête à bondir après une course rapide. Avec de tels caractères, on comprend mieux les passions qu’il a déclenchées pour être apprivoisé bien au-delà des estimations hautes.
Moulineaux, dimanche 5 juillet.
Artime Enchères SVV.
Théodore Deck (1823-1891) et Alexandre-Auguste Hirsch (1833-1912), plat creux, céramique émaillée polychrome, cachet « Th. Deck » au verso et signé « Alex Augu Hirsch », 1874, diam. 61,5 cm.
Frais compris : 14 641 €.
Deck et Hirsch
Théodore Deck, c’est d’abord un bleu qui porte son nom. C’est le bleu éclatant de l’émail égyptien, tenu pour la plus ancienne couleur des arts du feu. Un bleu superbe, opaque et moins vitrifié, aux vibrations encore inconnues, dont la qualité principale est de modifier sa nuance en fonction de l’épaisseur, à la façon des émaux ombrants de Rubelles. Cette couleur turquoise vaut au céramiste d’être récompensé en 1861 à l’Exposition universelle des arts industriels de Paris. Artiste, décorateur et chimiste artisan, il privilégie la surface picturale et la recherche chromatique. On lui doit une large gamme de techniques nouvelles comme la glaçure sur feuille d’or, appliquée sur les pièces décoratives. Théodore Deck réalise aussi d’importants travaux de céramique architecturale à l’exemple de l’ornementation murale embellissant l’hôtel de la comtesse de Païva, sur les Champs-Élysées. Auteur d’un traité magistral sur la faïence, il est nommé en 1887 directeur de la manufacture nationale de Sèvres et forme ainsi plusieurs céramistes talentueux de l’art nouveau : Edmond Lachenal, Adalbert de Beaumont, Ernest Carrière. Alliant une solide technique à une imagination stylistique débordante, Théodore Deck crée une palette d’émaux inédits, inspirés à la fois de la Renaissance italienne, de la Grèce antique, du naturalisme japonais et de l’Orient islamique comme ce superbe plat circulaire, indiqué autour de 6 000 €. Provenant d’une succession régionale, il a été fait en collaboration avec le peintre Alexandre-Auguste Hirsch. Appartenant à l’école lyonnaise, celui-ci séjourna un temps au Maroc et en rapporta diverses études, particulièrement des portraits. Il représente un Maure au turban blanc, revêtu d’un burnous turquoise. Débattu entre divers enchérisseurs, il doublait largement ses espoirs, emporté par un fervent collectionneur.
Lorient, samedi 4 juillet.
Arvor Enchères SVV.
Horace Benedict de Saussure (1740-1799), Voyages dans les Alpes, précédés d’un essai sur l’histoire naturelle des environs de Genève, quatre volumes in-4°, Fauche-Borel - Manget, Neuchâtel, 1779 -1786.
Frais compris : 4 464 €.
Saussure, pionnier de l’alpinisme
Les Alpes étaient portées au pinacle de cette vente lyonnaise. Ces quatre ouvrages, attendus autour de 1 500 €, étaient vivement disputés des bibliophiles. Habillés d’une reliure d’époque en veau granité, ils sont l’œuvre d’Horace Benedict de Saussure, naturaliste, physicien et géologue suisse. À l’âge de 20 ans, il séjourne en 1760 une première fois à Chamonix et se passionne pour le mont Blanc. Il y fait ensuite plusieurs ascensions en compagnie de montagnards de la région, qu’on ne nommait pas encore des guides. La plus mémorable est celle du 3 août 1787, durant laquelle il réalise la deuxième ascension du mont Blanc. Étudiant la botanique, la microscopie, la glaciologie, Horace Benedict de Saussure conduit ensuite plusieurs expéditions autour du massif alpin, pour lesquelles il élabore un programme scientifique ambitieux. Il traverse ainsi la chaîne des Alpes, quatorze fois par huit passages différents et mène en outre seize excursions jusqu’au centre de la chaîne. Savant d’une grande acuité, il réunit ses diverses études dans un grand ouvrage intitulé Voyages dans les Alpes. Il y décrit les phénomènes géologiques, les propriétés des roches et des échantillons ramassés en cours de route. Saussure ne néglige pas pour autant les aspects sociaux, culturels et folkloriques des régions qu’il a parcourues. Notre exemplaire, provenant d’une collection régionale et excellemment conservé, était proposé en état complet : il comprend ainsi deux cartes dépliantes, deux tableaux et vingt et une planches gravées d’après des dessins de Bourut et de Saussure lui-même. Doublant les estimations, il était adjugé à un bibliophile également mordu d’alpinisme.
Lyon, mercredi 8 juillet.
De Baecque SVV. M. Ajasse.

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