La Gazette Drouot
Grande collection
Grande collection

13,4 M€. Voici le montant atteint par une collection traduisant les goûts éclectiques d’un amateur,
dont les choix pointus ont notamment été salués
par pas moins de six préemptions.

Les deux jours de vente d’«Une grande collection» remportaient un vif succès, permettant de recueillir très exactement 1 334 133 375 € frais compris. Fort attendue, elle avait déjà fait l’objet d’un Événement page 36 de la Gazette n°39. Elle se distinguait autant par le niveau des enchères obtenues, qui dépassaient dans de nombreux cas les estimations, que par le fait que pas moins de six préemptions furent réalisées par l’État pour différentes institutions, dont le château deVersailles. Ànoter, son caractère judiciaire, qui engendrait pour les acheteurs des frais réduits…

saupoudroir
143000€ frais compris.
Jacques I Allier, Nîmes, vers 1670, saupoudroir en argent aux armes de la famille Coudurc, seigneurs de Cauvels, poids 200 g, h.17,8cm.

L’or des monnaies
Dès le premier jour, la numismatique donnait le ton en empochant à elle seule 3 367 192 € frais compris, confirmant le caractère exceptionnel de cet ensemble, souligné par l’expert Sabine Bourgey en page36 de la Gazette no 39. La palme revenait à l’un des graals du monnayage royal français, un exemplaire de la pièce «de plaisir» créée par Jean Warin pour Louis XIII, à l’occasion de la réforme de Claude de Bullion instituant le louis d’or. Deux exemplaires du 8louis «au col nu» (53,68g - Paris, 1640) étaient proposés. Celui dans un état «presque superbe», ayant subi un léger nettoyage, s’envolait à 170 000 €, et l’autre, avec tranche lisse et souffrant de légers coups, à 100000€. Seulement quelques exemplaires de l’écu de Calonne en or (1786) sont répertoriés. Celui proposé (48,21 g) était crédité de 140000€, d’après une estimation haute de 45000. Cette monnaie d’essai a été dessinée par Jean-Pierre Droz au moment du projet de réforme de Charles Alexandre Calonne, l’écu étant destiné à être frappé en argent… Un exemplaire en était d’ailleurs proposé (28,8 g), adjugé 4100€. Considérée comme l’une des plus belles monnaies gothiques en or, la couronne d’or de PhilippeVI de Valois (1328-1350) était représentée à 68 000€ par un modèle pesant 5,48 g. Les monnaies romaines n’étaient pas en reste, 146000€ s’affichant, d’après une estimation haute de 40000, sur un aureus (7,09 g) de Macrin (217-218) dans un état «superbe». La dernière enchère à six chiffres pour cette spécialité, 100 000 €, allait à un aureus romain (7,5 g) d’Aelius César (136-138) aussi «superbe» que rare. Enfin, la médaille de 9 ducats en or (33,75 g) au buste de Gabriel Bethlen (1613-1629), reproduite page 36 de la Gazette no 39, était poussée jusqu’à 56 000 €.

143 000 € frais compris.
Jean-Ange Loque, Paris 1782-1783,
candélabre en argent, réglable en hauteur, provenant de l’hôtel de Marc-René de Voyer
de Paulmy d’Argenson, marquis de Voyer (1722-1782),
dit «la chancellerie d’Orléans», rue des Bons-Enfants, Paris.
Poids 3,5kg brut, h. de 47,3 à 56,5 cm. Dans son étui à la forme.
1 029 600 € frais compris.
Willem Claesz Heda (1593-1680), Nature morte au rohmer, nautile et gobelet en argent, 1642,
panneau, 58,5 x 79 cm
(détail).

Des heures précieuses
Le chapitre consacré aux livres et aux manuscrits ouvrait le second opus de la dispersion. On y feuilletait cinquante-quatre numéros et c’est là que se produisait la plus belle envolée d’enchères : 350 000 € d’après une estimation haute de 3000… Cette mince plaquette en allemand ne brille pas par la richesse de son illustration, mais par son intérêt scientifique, les Recherches sur les hybrides végétaux de Gregor Mendel marquant la naissance de la génétique. Les livres d’heures, qui occupaient trenteetun numéros du catalogue, étaient nettement plus attendus. 220 000€ culminaient sur les 142 feuillets manuscrits sur peau de vélin, vers 1362 à Paris, du Roman de la rose de Guillaume deLorris et Jean de Meung. Les dix-neuf miniatures, essentiellement réparties dans les premiers feuillets, sont de Jeanne et Richard deMontbaston. 185 000 € concernaient les 213feuillets de vélin vers 1480 d’Heures à l’usage d’Orléans, riches de cinquante-quatre miniatures, dont quatre en pleine page. L’ouvrage est également remarquable par la richesse de sa décoration, au réalisme étonnant dans les vingt-quatrefeuillets du calendrier, présentant en bordure les signes du zodiaque et des scènes religieuses. Placés à l’abri d’une reliure du XVIesiècle en maroquin rouge à grand décor «à la fanfare», 112 feuillets d’Heures de l’atelier de Jean Colombe à Bourges, vers 1485-1490, recueillaient 122 000 €. La décoration consiste en neuf miniatures dans des encadrements de rinceaux, fleurs et fruits parcourus d’animaux fantastiques. Parmi les imprimés, à 47 000€, l’estimation était plus que décuplée pour un exemplaire lavé de LaPassion (S.l., s.d., 1508-1512) d’Albrecht Dürer, soit seize gravures coupées avec petites marges, remontées sur onglets et reliées en un volume par Chambolle-Duru, en maroquin rouge janséniste. Une préemption était exercée à 20 000 €, au profit des Archives nationales de France, sur les 170feuillets du manuscrit du maréchal Bertrand, titré Dictées sur l’Égypte par l’Empereur… Depuis Sainte-Hélène, Napoléon s’y souvient avec une précision remarquable de tous les événements de la campagne d’Égypte. Certains passages semblent inédits.

251 680 € frais compris

Guillaume de Lorris et Jean de Meung, LeRoman de la rose, Paris, vers 1362, manuscrit sur peau de vélin de 142 feuillets avec dix-neuf miniatures de Richard et Jeanne de Montbaston, in-4o, reliure du XVIIIe siècle en maroquin vert, encadrement à la Du Seuil sur les plats.
D’Oppenordt à Hartung
La part du lion revenait à la partie généraliste de la collection, où résonnaient les trois enchères millionnaires frais compris. Néanmoins, juste avant, réglons le compte de deux pierres précieuses: un diamant taillé en poire (5,95ct - GIA: D, IF, aucune fluorescence), qui atteignait 300 000 €, et un saphir ovale (14,29ct - SSEF: Sri Lanka, pas de modification thermique), qui balayait à 160 000 € son estimation. C’était également le cas pour une huile sur toile d’Hans Hartung de 1947, qui décrochait à 1 350 000€, d’après une estimation haute de 350000, un record mondial (source Artnet) pour l’artiste. Le seul tableau ancien de cet ensemble, la nature morte de Willem Claesz Heda de 1642, reproduite pagede gauche, triplait à 900 000 € les prévisions. Classé trésor national, un bureau en marqueterie Boulle en seconde partie d’Oppenordt retournait au château pour lequel il avait été livré en 1685, à la demande de LouisXIV, étant préempté à 1,3M € par Versailles. Il avait quitté les collections nationales, avec son pendant conservé au Metropolitan Museum de New York, non pas lors des ventes révolutionnaires, mais à l’occasion de celles du garde-meuble de la Couronne, ordonnées par Louis XV en 1751. Le chiffre du roi est répété à foison dans la marqueterie de ces meubles dont le pedigree n’a été reconstitué qu’en 1986, par le spécialiste Jean-Nérée Ronfort. Versailles préemptait également, à 41 000 €, une plus sobre paire d’encoignures d’époque Louis XVI de Riesener, livrée pour le Petit Trianon. En acajou et placage d’acajou éclairés par une applique en bronze doré à motif d’une cassolette enflammée, elle porte la marque du garde-meuble de Marie-Antoinette. L’art de la lice était brillamment représenté, au plus haut avec les 140 000 € d’une tapisserie vers 1520, probablement de Tournai, à sujet d’Esther et Assuérus (280 x 345 cm). L’État préemptait à 100 000 €, pour la cathédrale d’Angers, La Prédication de Jean-Baptiste (175 x 178 cm), un travail de la fin du XVesiècle probablement français, partie d’une tapisserie de chœur. De même était préemptée à 82 000 €, pour le musée national de la Tapisserie d’Aubusson, une Mille-fleurs à la licorne (210 x 140 cm) aux armes de la famille de Chabannes LaPalice, tissée vers 1500 par les ateliers de la Marche. Dans les vitrines, 150 000 € éclataient sur une délicate tabatière en ors, émail et agate, avec des médaillons sous verre peints sur cornaline, un travail parisien de 1776-1777 dû à Pierre-François Drais. L’orfèvrerie n’était pas en reste, avec deux enchères à 125 000 €. L’une concernait le surprenant candélabre en argent à hauteur réglable, provenant de la chancellerie d’Orléans, fondu à Paris en 1783 par Jean-Ange Loque, la seconde saluant un saupoudroir en argent (200g) nîmois vers 1670, réalisé par Jacques I Allier (voir photo page 182 Gazette 41). Son corps uni, gravé aux armes desCoudurc, seigneurs deCauvels, contraste avec la richesse du dôme, repercé de feuilles d’acanthe ciselées sur fond amati. La dispersion de cette collection n’est pas terminée, une partie prenant le chemin des enchères le mardi 1er décembre (voir page 56 Gazette 41), les arts d’Asie étant programmés le mardi 15.
160 160 € frais compris.
Pays-Bas méridionaux, probablement Tournai,
vers 1520, Esther et Assuréus, chaîne en laine, trame en laine et soie, 280 x 345 cm.
Top 4
mendel
La magnificence des livres d’heures était éclipsée par la science, 400 400 € frais compris revenant à ce rarissime exemplaire de la plaquette de Gregor Mendel (1822-1884), Versuche über Pflanzen-Hybriden (Brünn, Gastl’s, 1866). Ce texte fondateur de la génétique n’a été tiré qu’à quarante exemplaires, moins d’une douzaine ayant survécu. L’importance du travail de Mendel ne sera reconnue qu’en 1900. Le botaniste Carl Correns parlera alors des «lois de Mendel» pour désigner les principes de l’hérédité biologique.
hartung
L’art du XXe siècle faisait une irruption tonitruante dans cet ensemble classique avec les 1 544 400 € frais compris obtenus par cette toile d’Hans Hartung de 1947, Peinture no10 «T.47.10». Elle conserve ainsi son titre d’œuvre la plus chère de l’artiste (source: Artnet), qu’elle avait décroché le 20juin 1990 à 8 020 000 F sous le marteau de Viviane Jutheau. Très représentative du travail d’Hartung à cette époque, elle a toujours bénéficié d’une aura particulière. Elle a ainsi été exposée à maintes reprises, notamment en 1949 au musée de Nîmes dans l’exposition «Peinture d’aujourd’hui», consacrant l’abstraction sous la houlette d’un des plus fervents défenseurs du mode d’expression, Michel Seuphor.
bureau
Le classement comme trésor national de ce bureau permettait au château deVersailles de le préempter à 1 487 200 € frais compris. Un prix raisonnable au vu de son importance, puisqu’il a été livré en 1685 pour LouisXIV, avec son pendant en première partie– conservé au Metropolitan Museum de New York. Il retrouve ainsi son château d’origine, où il agrémentait le Petit Cabinet du roi. Ces deux bureaux sont de plus les seuls meubles indubitablement réalisés par l’un des plus fameux ébénistes de son temps, Alexandre-Jean Oppenordt (1639-1715). Si notre exemplaire a été transformé en bureau de pente, c’est alors qu’il appartenait à Ferdinand de Rothschild, initiateur du goût qui porte le nom de sa famille. Un moindre mal, le plateau étant dès l’origine brisé. Ànoter que le dessin de la marqueterie de ce dernier est sans doute l’œuvre de JeanI Berain. Qui dit mieux?
hartung
Au compteur des enchères, cet aureus (7,09 g) de Macrin (217-218), adjugé 167 024 € frais compris, n’était pas la monnaie la plus chère de la collection, puisqu’il était battu par les 194 480 € frais compris d’un exemplaire du 8 louis «au col nu» de Louis XIII (53,68 g - Paris, 1640). En revanche, rapporté à son poids d’or, il écrase la monnaie royale de Warin, affichant 23 557 € le gramme, contre 3 622 €. La brièveté du règne de Macrin, quinze mois, explique la rareté des monnaies à son effigie, notre exemplaire étant qualifié de «superbe».
Mardi 17 et mercredi 18 novembre 2015
Salle 9 - Drouot-Richelieu
MeVincent Fraysse Commissaire-priseur judiciaire. MmesBourgey, Fligny, Petitot, dePazzis-Chevalier, MM.Fabre, Kunicki, Martin, cabinets Dechaut- Stetten, Maréchaux, Turquin.
La Gazette Drouot n°41 -27 novembre 2015- Sylvain Alliod
Mardi 17 et mercredi 18 novembre
Salle 9 - Drouot-Richelieu
MeVincent Fraysse Commissaire-priseur
judiciaire. MmesBourgey, Fligny, Petitot,
dePazzis-Chevalier, MM.Fabre,
Kunicki, Martin, cabinets Dechaut-
Stetten, Maréchaux, Turquin.


Une collection des chiffres

Produit total: 13 413 375 € frais compris.
Trois enchères millionnaires, vingt à six chiffres et plus de cent cinquante
à cinq chiffres.

Six préemptions, pour un montant de 1 848 704 €
Château de Versailles: 1 487 200 €
pour le bureau de Louis XIV, et 46 904 € pour une paire d’encoignures Louis XVI du Petit Trianon

Musée de Dijon: 83 512 € pour une croix reliquaire en argent et vermeil, France, XVIe-XVIIe siècle

Musée national de la Tapisserie d’Aubusson: 93 808 € pour une tapisserie «mille-fleurs» vers 1500

Archives nationales de France: 22 880 € pour les souvenirs d’Égypte de Napoléon, dictés au maréchal Bertrand

Cathédrale d’Angers: 114 400 € pour une tapisserie de chœur de la fin du XVe siècle.
Le moins cher : 171 € pour un vase égyptien de l’Ancien Empire en albâtre (h.15 cm).

Le plus cher: 1 544 400 € pour une toile d’Hans Hartung de 1947, Peinture no10 «T.47. 10».

Les spécialités
La numismatique: 3 367 192 €
en 231numéros

Les livres d’heures: 1 996 335 €
en 31 numéros

L’orfèvrerie: 940 540 € en 26 numéros

Les tapisseries: 592592€ en 8 numéros

Les montres: 156 156 € en 8 numéros.

Les montants sont exprimés
frais compris.

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