La Gazette Drouot
Enchères - La bibliothèque de Pierre Bergé
ÉVÉNEMENT
Chapitre 1.

Départ sur les chapeaux de roues pour la dispersion de la bibliothèque de Pierre Bergé, avec 11,6 M€ récoltés dès le premier round, où se télescopaient Flaubert, Gogol, Labé ou encore Sade...

587 720 € frais compris.
Gustave Flaubert (1821-1880), résumés et plans pour L'Education sentimentale, 1869,
52 feuillets autographes in-folio ou grand in-folio, dont 14 écrits recto-verso. Reliure moderne de J. Faki en maroquin rouge.
La première des six ventes consacrées à la dispersion de la bibliothèque de Pierre Bergé totalisait 11 687 381 € frais compris, d’après une estimation des 183 lots offerts comprise entre 7 et 10 M€ (Voir l’Événement page 40 de la Gazette n° 40). Les enchères étaient animées, devant une salle comble, par des collectionneurs et professionnels issus de quinze pays des trois continents, sans oublier les représentants de grandes institutions. Deux marchands, l’incontournable Jean-Claude Vrain et Jean-Baptiste de Proyart, emportaient de nombreux lots, le premier arrachant par exemple, à 225 000 € d’après une estimation haute de 60 000, l’exemplaire de Sainte-Beuve dédicacé par Baudelaire des Fleurs du mal. Bien évidemment complète des dix pièces condamnées, cette édition originale est revêtue d’une reliure de Marius Michel de 1910, en cuir incisé de Guétant, à décor d’une voluptueuse femme nue. Côté enthousiasme, dès le premier coup de marteau, le ton était donné, 260 000 € étant frappés, au-dessus de l’estimation, pour un exemplaire à grandes marges de la précieuse édition princeps des Confessions ([Strasbourg, Johann Mentelin, vers 1470]) de Saint Augustin, un des livres fondateurs de la civilisation occidentale. En véritable amoureux de la littérature, notre bibliophile ne s’est pas seulement attaché à collectionner des trophées, mais a construit sa bibliothèque au fil de ses rencontres. Louise Labé en fait partie : «J’ai tout de suite été transporté par sa poésie et aussi par cet écran merveilleux de mystère qui l’entourait», déclarait-il à La Gazette (voir supra). Un avis partagé, comme en témoignent les 430 000 € recueillis par le plus bel exemplaire connu, en vélin souple d’époque (voir photo ci-dessous), de la rarissime édition originale (Lyon, 1555) des Euvres de celle qui réalisa, selon Thierry Maulnier, «une fusion nuptiale de la connaissance et de la sensualité». Elle enregistrait la deuxième plus haute adjudication de la vente. À 210 000 €, l’estimation était dépassée pour l’un des deux exemplaires connus de la deuxième édition du Tiers livre des faicts et dictz heroiques du noble Pantagruel… (Paris, 1546) de Rabelais. La reliure d’époque en parchemin est à lanières apparentes sur les mors. Cette édition présente des variantes textuelles par rapport à la première édition.
524 845 € frais compris.
Louise Charly ou Charlin, dite Labé (1524-1566),
OEuvres …, A lion, Jean de Tournes, 1555. Petit in-8, reliure de l’époque en vélin souple.
La première des six ventes consacrées à la dispersion de la bibliothèque de Pierre Bergé totalisait 11 687 381 € frais compris, d’après une estimation des 183 lots offerts comprise entre 7 et 10 M€ (Voir l’Événement page 40 de la Gazette n° 40). Les enchères étaient animées, devant une salle comble, par des collectionneurs et professionnels issus de quinze pays des trois continents, sans oublier les représentants de grandes institutions. Deux marchands, l’incontournable Jean-Claude Vrain et Jean-Baptiste de Proyart, emportaient de nombreux lots, le premier arrachant par exemple, à 225 000 € d’après une estimation haute de 60 000, l’exemplaire de Sainte-Beuve dédicacé par Baudelaire des Fleurs du mal. Bien évidemment complète des dix pièces condamnées, cette édition originale est revêtue d’une reliure de Marius Michel de 1910, en cuir incisé de Guétant, à décor d’une voluptueuse femme nue. Côté enthousiasme, dès le premier coup de marteau, le ton était donné, 260 000 € étant frappés, au-dessus de l’estimation, pour un exemplaire à grandes marges de la précieuse édition princeps des Confessions ([Strasbourg, Johann Mentelin, vers 1470]) de Saint Augustin, un des livres fondateurs de la civilisation occidentale. En véritable amoureux de la littérature, notre bibliophile ne s’est pas seulement attaché à collectionner des trophées, mais a construit sa bibliothèque au fil de ses rencontres. Louise Labé en fait partie : «J’ai tout de suite été transporté par sa poésie et aussi par cet écran merveilleux de mystère qui l’entourait», déclarait-il à La Gazette (voir supra). Un avis partagé, comme en témoignent les 430 000 € recueillis par le plus bel exemplaire connu, en vélin souple d’époque, de la rarissime édition originale (Lyon, 1555) des Euvres de celle qui réalisa, selon Thierry Maulnier, «une fusion nuptiale de la connaissance et de la sensualité». Elle enregistrait la deuxième plus haute adjudication de la vente. À 210 000 €, l’estimation était dépassée pour l’un des deux exemplaires connus de la deuxième édition du Tiers livre des faicts et dictz heroiques du noble Pantagruel… (Paris, 1546) de Rabelais. La reliure d’époque en parchemin est à lanières apparentes sur les mors. Cette édition présente des variantes textuelles par rapport à la première édition.

Le XIXe plébiscité

Pour Pierre Bergé, Flaubert est «l’écrivain français capital». La plus haute enchère, 470 000 €, revenait ainsi logiquement aux 52 feuillets, dont 14 écrits recto-verso, des ébauches, plans et résumés manuscrits autographes pour L’Éducation sentimentale, de surcroît abondamment corrigés. Ce véritable «work in progress», dirait-on aujourd’hui, date de 1869 et témoigne de l’énorme travail de préparation mené par l’auteur. Côté imprimés, Flaubert se défendait aussi très bien, 368 000 € étant remportés, sous l’estimation cependant, une rareté dans cette vacation, par un des quelques exemplaires tirés sur papier vélin fort, de Madame Bovary (Paris, Michel Lévy Frères, 1857), celui de Victor Hugo, relié par Chambolle-Duru en maroquin rouge à filets dorés. L’envoi autographe est bref, mais éloquent : «Au Maître, souvenir & hommage». Justement, Hugo occupait la troisième marche du podium de la vente, avec les 400 000 €, estimation pulvérisée, du dessin vers 1855 reproduit ci-contre, des ruines gothiques remarquables dans le corpus hugolien par leurs rehauts d’or. Deuxième résultat mondial pour un dessin de l’écrivain, elles marquent également un record français. L’édition originale du premier recueil poétique de Mallarmé, les neuf fascicules des Poésies (Paris, La Revue indépendante, 1887), recueillait 240 000 €. Il s’agit d’un tirage unique à 47 exemplaires sur japon impérial, le n° 1, offert par le poète à sa maîtresse, Méry Laurent. Changement de genre, avec les 280 000 € des trois volumes de l’édition originale posthume des Considérations sur les principaux évènements de la Révolution françoise (Paris, Delaunay, Bossange et Masson, 1818) de Germaine Necker, baronne de Staël, rageusement annotés par Stendhal de quelque quatre cents notes. La littérature russe créait la surprise, 160 000 € allant à l’édition originale en russe de Boris Godounov (Saint-Pétersbourg, Imprimerie du département de l’éducation populaire, 1831) de Pouchkine, reliée d’époque en veau glacé à décor romantique, doré et à froid. Contrairement aux exemplaires passés en ventes ces trente dernières années, en mauvais état, celui-ci est parfaitement conservé. Juste après, attendu autour de 20 000 €, un rarissime exemplaire des deux volumes de l’édition originale en russe des Soirées du hameau près de Dikanka (Saint-Pétersbourg, 1831-1832) de Nicolas Gogol fusait à 120 000 €. La plupart des collections ne possèdent que le premier tome de cet ouvrage, ici de plus uniformément relié d’époque en demi-basane maroquiné cerise. Il s’agit du premier livre en prose de l’auteur – et de son premier chef-d’oeuvre.
208 613 € frais compris.
Jean de La Fontaine (1621-1695),
Fables choisies mises en vers, Paris,
Claude Barbin, 1668, in-4, premier tirage des 118 gravures en taille-douce
de François Chauveau. Reliure italienne
du XVIIIe siècle en maroquin rouge orné.
Breton bataillé
Mais revenons à la littérature française. En premier lieu en compagnie de Sade, qui récoltait 320 000 € avec les 17 pages des «dernières analises et dernière observation» des Journées de Florbelle, constituant le seul témoignage de cet ouvrage érotique écrit par le marquis, dont le manuscrit fut brûlé en 1807. Ces feuilles avaient été sauvées par le préfet de police… Le XXe siècle n’était bien sûr pas oublié, André Breton récoltant 340 000 €, estimation triplée, avec un des 40 exemplaires sur papier Montval, celui de Paul Eluard, de L’Air de l’eau (Paris, Éditions Cahiers d’art, 1934) illustré de quatre gravures au burin d’Alberto Giacometti et encore enrichi de six dessins de ce dernier, esquisses préparatoires des gravures. L’envoi autographe du pape du surréalisme est à la hauteur : «Paul Eluard, l’homme dont le nom dans ma vie aura sonné de beaucoup le plus clair – qu’il fût là je songerais encore, même désespéré, à être heureux». Le poète avait été, avec Giacometti, le témoin du mariage de Breton et de Jacqueline Lamba, l’inspiratrice de l’ouvrage.
Pour terminer, notons que ce premier opus était amputé de quatre lots, dont les estimations cumulaient de 3 à près de 4,3 M€. En premier lieu, le manuscrit de Nadja d’André Breton, qui a fait l’objet d’une acquisition préalable par la Bibliothèque nationale de France, les trois autres – les Maximes et pensées de Chamfort annotées par Stendhal, les épreuves corrigées par Verlaine des Poètes maudits ainsi qu’une édition originale du Docteur Pascal d’Émile Zola avec envoi à la mère de ses enfants – étant offerts par l’homme d’affaires, fidèle à sa réputation de grand mécène de la vie culturelle française, à des institutions publiques (voir page 8 de la Gazette n° 39). Enfin, Pierre Bergé a souhaité conserver l’exemplaire de l’édition originale du testament poétique de Jean Cocteau, Requiem, où une émouvante dédicace témoigne de leur lien d’amitié.
400 820 € frais compris.
Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814),
Dernières analises et dernière observation sur ce grand ouvrage
(Les Journées de Florbelle), manuscrit autographe de 17 feuillets, cartonnage de papier rouge de l’époque.
500 500 € frais compris.
Victor Hugo (1802-1885), Ruines gothiques, vers 1855, plume, lavis à l’encre noire et à l’aquarelle,
avec rehauts d’or et de gouache. 18 x 22 cm (détail). Record français pour un dessin de l’écrivain.
mémo
Vendredi 11 décembre 2015, salle 5-6 - Drouot-Richelieu,
Pierre Bergé & Associés SVV, Sotheby’s France SVV.
MM. Clavreuil, Forgeot, Scognamillo.
La Gazette Drouot N°44 - Vendredi 18 décembre 2015 - Sylvain Alliod
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