La Gazette Drouot
Ensemble de 179 sièges de Jean Nouvel
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Prenez un siège !
Événement à Deauville, avec la dispersion des 100 fauteuils et 79 chaises du restaurant
du Quai Branly. Installez-vous et... contemplez l’oeuvre de l’architecte Jean Nouvel.
Adjugé 44 000 euros frais compris l'ensemble.
Jean Nouvel (né en 1945), fauteuils d’un ensemble de 179 sièges en cuir tressé Carabao ou en tressage de Polypeel, société Bonacina,
fauteuil 86 x 64 x 66 cm, chaise 86 x 45 x 66 cm.
Vente par lots de 4, 6, 8 et 12.

Deauville, dimanche 31 octobre 2010.
Artcurial Deauville SVV.
Du cinquième étage du musée du quai Branly à une salle des ventes normande, il n’y aurait qu’un pas... aisément franchi par les 179 sièges de Jean Nouvel. Édités par Bonacina, ces fauteuils et chaises garnissaient, il y a quelques mois encore, la salle du restaurant Les Ombres, perché sur le toit de notre institution vouée aux arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Confortablement calés dans leur assise, les visiteurs pouvaient déguster un filet de féra du lac Léman ou un cube très moelleux au chocolat Nyangbo, cuisinés par les soins du chef Sébastien Tasset et du pâtissier Pascal Chanceau.
Bref, ouvert depuis juin 2006, le restaurant ne désemplit pas. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, on décida de remplacer nos sièges, jugés trop encombrants. C’est ainsi que le destin les a conduits à Deauville, où ils seront vendus en trente-trois lots de 4, 6, 8 et 12 exemplaires, sur une estimation de 300/500 € pièce. Ce mobilier a été créé et livré en même temps que l’ensemble du quai Branly. Initié par le président Jacques Chirac, le projet fut remis entre les mains expertes de Jean Nouvel. Quatre bâtiments, représentant une surface de plus de 40 000 m2, composent ce musée ceint d’un étonnant jardin créé par le paysagiste Gilles Clément, dont le point d’orgue est le désormais célèbre mur végétal signé Patrick Blanc.
Chaque élément de cet énorme complexe possède néanmoins sa propre personnalité. Ce travail est sans conteste l’une des réalisations les plus abouties de notre architecte à la renommée internationale, qui vit le jour au mois d’août 1945, dans le Lot-et-Garonne. Inscrit en 1964 à l’école des beaux-arts de Bordeaux, section architecture, Jean Nouvel décroche deux ans plus tard la première place du concours d’entrée à Paris. Il fonde sa première agence en 1970, avant l’obtention de son diplôme de fin d’études, avec François Seigneur. Les projets se succéderont, d’une école maternelle dans le Périgord à l’Institut du monde arabe, en passant par des logements sociaux à Nîmes et la Fondation Cartier, à Paris. Son talent s’exprime évidemment à l’étranger, citons le Palais de la culture et des congrès de Lucerne ou la tour Dentsu de Tokyo...
Équerre d’argent, prix Pritzker, son travail a été maintes fois consacré. Plusieurs projets en cours illustrent le rôle prépondérant dévolu à Jean Nouvel dans l’architecture contemporaine. Il a notamment été choisi, avec le Japonais Fumihiko Maki, pour la construction de trois des nouvelles tours du site Ground Zero, à New York, et, en France, pour l’aménagement de l’île Seguin. Si l’architecte se défend d’avoir créé un style unique, deux matériaux sont bel et bien récurrents dans son oeuvre : le verre et le métal, l’attrait pour ce dernier n’étant pas sans liens avec un autre grand architecte, Gustave Eiffel. Rien d’étonnant à ce que la mise en scène du restaurant Les Ombres, tout comme le bâtiment principal du musée - constitué d’un pont métallique fixé par quelque 500 000 boulons –, soit un éloge continu à l’emblématique Tour Eiffel. La Dame de fer surplombe de ses 300 m la vaste salle de restaurant couverte d’un toit en verre, permettant aux milliers d’artères métalliques de projeter leurs ombres sur les boiseries acajou et la vaisselle en porcelaine blanche. À cet élégant enchevêtrement répondait le tressage de nos sièges. Le cuir de carabao (un buffle d’eau d’Asie du Sud-Est) a été choisi pour les modèles destinés à un usage intérieur, tandis que le rotin synthétique eut la préférence pour l’extérieur. Les couleurs ? Des déclinaisons de rouge, noir, beige et marron. Solidement ancré, leur piètement se poursuit vers le dossier formant une silhouette gracieuse et chaleureusement ronde. Les arts populaires évoqués par la méthode du tressage, la terre par les teintes nuancées : l’Afrique est pleinement présente dans ces sièges... qui passeront prochainement des Ombres à la lumière.
Caroline Legrand
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp