La Gazette Drouot
Paire de statuettes allemandes
À PARIS / Rarissime !

Cette paire de statuettes allemandes de la fin du XVIIIe siècle réunit l’entomologie et la conchyliologie, à une époque où les choses de la nature étaient des objets de curiosité…

Ce fier gentilhomme partant d’un pas sûr conter fleurette à une dame de qualité affiche la posture d’une statuette de Meissen, même si notre couple n’est pas en porcelaine. Quoique... C’est en 1708 qu’Ehrenfried Walther von Tschirnhaus et Johann Friedrich Böttger découvrent le secret de la pâte dure, qui tire son nom d’un coquillage, appelé en italien Porcellana. Comme la céramique à laquelle il donne son nom, le Cypraea (son appellation scientifique) possède une origine chinoise. Cette coquille nacrée a servi de monnaie d’échange jusqu’à l’apparition des premières pièces en bronze, sous les Shang (1766-1122 av. J.-C.). Elle nous a été rapportée de l’empire du Milieu au XIIIe siècle par un certain Marco Polo. Le voyageur avait également donné dans son Livre des merveilles quelques indications sur la fabrication de “l’or blanc”, qui allait faire tourner les têtes dans toute l’Europe et devenir, au XVIIIe siècle, un réel enjeu économique. Car il a fallu attendre le XVIe siècle pour que la porcelaine soit réellement connue en Occident, où l’on imaginait que le précieux mollusque entrait dans sa composition. Les quelques pièces ayant auparavant accosté sur notre continent étaient conservées, souvent richement montées d’or ou d’argent, dans les cabinets de curiosités de leurs propriétaires. Elles y côtoyaient d’ailleurs d’autres objets de collection, dont bien souvent des coquillages. Déjà au IIe siècle avant notre ère, ces derniers passionnaient les consuls romains Laelius et Scipion…
À partir de la Renaissance – Magellan traverse pour la première fois le Pacifique en 1520-1521 –, les principales collections sont la propriété des souverains et de la haute noblesse. Dès cette époque, en pleine vogue maniériste, artistes et orfèvres imaginent pour les kunstkammern des objets intégrant des coquillages, une mode ravivée au XVIIIe siècle par le courant rocaille. Le grand amateur de porcelaines à l’origine de la manufacture de Meissen, le prince électeur de Saxe Auguste le Fort, fut aussi l’un des principaux commanditaires d’oeuvres en coquillage. Plus tard, un monarque Prusse, Frédéric le grand, fait réaliser pour son château de Sans-Souci une pièce, dédiée à Neptune, entièrement décorée de coquillages. Travaille notamment pour lui Johan Mathias Jansen, élève de
l’architecte et graveur Andreas Ludwig Krüger. Installé à Berlin, Jansen réalise des tableaux, portraits et autres oeuvres rehaussés de nacre et de coquillages. Ainsi, une paire de reliefs représentant un fauconnier et un jardinier figurait dans la dispersion de la collection d’Arturo Lopez Wilshaw, à Monaco en juin 1976, tandis qu’une autre montrant un joueur de flûte et un joueur de vielle à roue, figurait dans la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé, vendue en février 2009. Ces panneaux auraient été exécutés pour Frédéric le Grand. Notre paire de statuettes évoque le travail effectué par Jansen. En plus des petites coquilles, elle comprend des élytres d’insectes. Prête à s’envoler vers de nouvelles aventures !

statuettes
Dans le goût de Johan Mathias Jansen (1751-1794), Allemagne, probablement Potsdam, vers 1780-1785.
Paire de personnages aux vêtements composés d’éclats de nacre, de coquillages et d’élytres d’insectes,
h. 21 cm.

QUAND ?
Vendredi 31 mai 2013.

OÙ ?
Drouot-Richelieu, salle 5-6. Aguttes SVV. Cabinet Dillée.

COMBIEN ?
Estimation : 6 000/8 000 euros.
statuette
La Gazette Drouot n° 20 -24 mai 2013 -Sylvain Alliod


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