La Gazette Drouot
Tête de dignitaire égyptien
Au plus près des dieux...

Cette tête de dignitaire égyptien ne manque pas d’atouts pour séduire les collectionneurs. Provenance, technique, esthétique : un trésor redécouvert

Ce dignitaire égyptien a tout d’un grand ! Et pourtant, le commissaire-priseur a découvert cette sculpture, lors d’un inventaire, posée à même le sol et quelque peu délaissée. Plus pour longtemps ! Reconnaissant sur le socle en bois la signature de Kichizo Inagaki (1876-1951), Jack-Philippe Ruellan comprend qu’il détient entre ses mains une pièce d’exception. On le sait, le célèbre ébéniste japonais fut l’expert en laque d’Eileen Gray et le socleur d’Auguste Rodin, mais aussi des plus grands marchands d’arts africain et océanien de Paris dans la première moitié du XXe siècle, tels Paul Guillaume et Charles Ratton. Un gage de qualité, vite confirmé par la provenance de notre pièce. Cette tête égyptienne fut en effet acquise dans les années trente par un illustre collectionneur, aïeul des propriétaires actuels et pour l’heure anonyme. Lors de l’expertise, les bonnes nouvelles s’accumulent. En effet, Christophe Kunicki décèle dans la taille de cette pièce – 24 cm de hauteur – un indice plaidant pour une statue grandeur nature, présentée de face et certainement debout. Son matériau, non plus, n’est pas anodin. Le choix du quartzite dur et noble, dont les gisements se situent près du Caire et d’Assouan, témoigne de l’importance du personnage représenté. Un dignitaire malheureusement non identifié (les hiéroglyphes à l’arrière de la pierre n’étant que partiels), sans doute un haut fonctionnaire de l’entourage royal, qui fit confectionner cette belle statue pour orner la cour d’un temple, afin d’être au plus près des dieux... et de profiter au passage des offrandes quotidiennes faites aux divinités par les prêtres. Toutes les caractéristiques du règne du dernier pharaon de la XVIIIe dynastie, Horemheb, sont présentes dans ce travail de grande qualité. La perruque enveloppante, gaufrée à fines mèches gravées et ondulées, encadre un visage mélancolique, rond et large. Les sourcils réalistes ainsi que les paupières marquées illustrent quant à eux l’héritage de l’art amarnien. Quelques décennies auparavant, vers 1355-1337 avant J.-C., le célèbre Akhénaton avait bouleversé l’Empire égyptien, déplaçant même sa capitale sur le site désertique d’Amarna, en Moyenne Égypte. Une révolution tant religieuse que politique, qui eut de fortes répercussions dans le domaine des arts. Pour soutenir un culte “monothéiste” autour du disque solaire, naissent des sculptures rompant avec la tradition, où le réalisme s’impose. Fini, les visages idéalisés ! Les personnages sont désormais représentés avec plus de naturel, à tous les âges de leur vie et des expressions s’esquissent sur leur visage, parfois exacerbées, notamment pour les figures du pharaon, décrit comme un être presque difforme. Si ses successeurs rétablirent le panthéon égyptien et restituèrent son pouvoir au clergé d’Amon, quelques héritages devaient subsister dans les arts, à l’image de l’expression mélancolique animant le regard de notre dignitaire. Après avoir traversé trois millénaires, un haut dignitaire de l’Égypte pharaonique se présente à nous avec un visage finalement humain... pour mieux nous séduire.

dignitaire

Égypte, Nouvel Empire,
fin de la XVIIIe dynastie, règne d’Horemheb (vers 1321-1293 av. J.-C.).
Tête de dignitaire en quartzite,
h. 24 cm ; socle de Kichizo Inagaki.

QUAND ?
Samedi 31 mai 2014

OÙ ?
Vannes, Jack-Philippe Ruellan SVV. M. Kunicki.

COMBIEN ?
Estimation : 120 000/150 000 euros

dignitaire
 
La Gazette Drouot n° 19 - Vendredi 16 mai 2014 - Caroline Legrand


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