La Gazette Drouot
Une montre Breguet
À plein temps

Cette montre offerte par Joseph Napoléon affiche le nom de son génial créateur.
Abraham Breguet, l’horloger des rois et de l’empereur, ne comptait pas ses heures...

L’histoire entre la maison Breguet et les têtes couronnées ne date pas d’hier. Il nous faut remonter le temps jusqu’au XVIIIe siècle pour trouver les origines de la désormais plus ancienne société horlogère française en activité. Issu d’une famille huguenote exilée en Suisse, son créateur, Abraham-Louis Breguet, né à Neufchatel le 10 janvier 1747, rejoint bien vite Paris, où il effectue ses premières armes dans l’atelier de son beau-père, horloger et commerçant. À l’âge de quinze ans, il entre en apprentissage à Versailles. Durant dix années, il fera là des rencontres majeures : tout d’abord, l’abbé Joseph-François Marie, professeur de physique optique et mécanique, puis Ferdinand Berthoud, horloger de son état, enfin l’un des plus grands inventeurs dans le domaine de la mesure du temps, Jean-Antoine Lépine, avec qui il collaborera. En 1775, Breguet ouvre sa propre boutique sur l’île de la Cité, au bien nommé quai de l’Horloge. Inventions et succès commerciaux s’égrèneront sans discontinuer jusqu’à sa mort, en 1823. Les bons choix dans tous les domaines : saluons l’intelligence de l’entrepreneur. Sa prestigieuse clientèle ne s’y trompait pas... En 1780, le duc d’Orléans lui achète une montre “perpétuelle”. Ces modèles, également dits “automatiques”, illustrent sa première grande invention : une montre se remontant grâce au seul mouvement de son propriétaire. Pas moins de deux ans plus tard, Marie-Antoinette cède une fois de plus à la tentation et commande auprès de son atelier une montre perpétuelle à répétition et quantième. La reine n’avait pas encore bridé sa fièvre acheteuse, puisqu’elle commanda quelques années plus tard une montre inédite : un modèle intégrant toutes les complications et perfectionnements existants... sans limite de prix ! Elle ne put malheureusement jamais tenir entre ses mains ce bijou, pour cause de Révolution. Après un nouvel exil suisse, Breguet revient quant à lui en France en 1793 et poursuivra son ascension, du Consulat à l’Empire. Napoléon, encore général, passe à son tour commande et lui achète, en 1798, un modèle à répétition, une pendulette de voyage à almanach et une montre perpétuelle à répétition. Toute la famille Bonaparte suivra son exemple. Ainsi sa soeur, la reine de Naples Caroline Murat, reçoit-elle en 1810 la première montre à bracelet de l’histoire, évidemment créée par la maison Breguet.

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Estimation : 10 000/15 000 euros.
Montre de gousset savonnette double face, signée par la maison Breguet, portant le n° 1486 et inscrite “Donnée par le Roi Joseph Napoléon au Gél de Don (Général de Division) Partouneaux”.
Cannes, dimanche 30 décembre. Besch Auction SVV. M Boto.
Joseph Napoléon ne fera pas exception, la preuve en est donnée avec notre montre de souscription moyenne, à tact en or. Impérial, ce bijou l’est à plus d’un titre. Présenté dans son somptueux écrin d’or signé Tavernier, il affiche quelques procédés qui ont établi la renommée internationale de Breguet. Le modèle “de souscription” fit le succès de la maison à partir de 1796. Son nom vient tout simplement de la pratique commerciale consistant à régler un premier quart à la commande, puis le solde à la livraison, qui s’effectuait selon l’ordre des souscriptions. Cette montre relativement simple, à une aiguille, devait rendre l’horlogerie accessible à tous, mais Breguet réalisera pour ce modèle d’autres innovations, à l’image du procédé “à tact”, lancé en 1799. Celui-ci permettait à son propriétaire de consulter l’heure fort discrètement, sans sortir sa montre de la poche mais d’un simple toucher, la flèche apposée sur le dessus du boîtier tournant en même temps que l’aiguille du cadran ! Une nouveauté à laquelle fut visiblement sensible Joseph Napoléon. Il offrit cette somptueuse montre au général de division Partouneaux, en remerciement pour ses services. Présente dans les livres de la maison Breguet en septembre 1826 pour une remise en état, elle est notée comme appartenant au “Comte Partouneaux, général commandant la 1ère division d’Infanterie de la garde Royale à l’Ecole militaire”. Louis Partouneaux (1770-1835), dont le nom trône sur le côté sud de l’Arc de triomphe, fut un fameux militaire de l’Empire. Grand officier de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, il brilla tant sur les champs de batailles que dans ses fonctions de négociateur. La guerre en Italie fut l’un des grands moments de sa carrière, puisqu’il intervint aux côtés du maréchal Masséna à la tête de l’armée de Naples pour renverser le roi Ferdinand, allié des Britanniques et des Russes. Joseph Bonaparte est proclamé roi de Naples en 1806. Il le restera deux années, avant de laisser la place au maréchal Joachim Murat et à sa soeur Caroline, lui-même allant convoité une couronne encore plus prestigieuse, celle du royaume d’Espagne. Joseph, du moins, n’oubliait pas ses soldats. Prouvant toute sa reconnaissance à Louis Partouneaux, nommé grand dignitaire de l’ordre des Deux-Siciles chargé du gouvernement de la ville de Naples, de ses forts et de son golfe, cette savonnette était bien un cadeau... intemporel.
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La Gazette Drouot n° 44 -14 décembre 2012 - Sylvain Alliod


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