La Gazette Drouot
Une théière étrusque
EN RÉGIONS / Orfèvre en la matière

Biennais a su réenchanter les formes antiques, comme le révèle cette splendide théière étrusque.
Une magnificence jubilatoire.

L’orfèvrerie, en tout temps symbole d’opulence, triomphe sous Napoléon 1er, désireux de rivaliser avec les fastes de la monarchie. L’Empereur commande ainsi des pièces somptueuses à Martin-Guillaume Biennais. Originaire de La Cochère, un petit bourg normand proche d’Argentan, ce dernier arrive tout jeune à Paris, où il va mener une carrière digne d’Eugène de Rastignac, comme l’a rappelé Anne Dion-Tenenbaum dans sa biographie. Rachetant rue Saint-Honoré le commerce de tabletterie de la veuve Anciaux, il est reçu en 1788 maître tabletier ; faisant vite prospérer le magasin d’objets de vitrine, il acquiert une seconde boutique dans la même rue, à l’enseigne «Au singe violet». Grâce à l’abolition des corporations, il étend sous la Révolution ses activités à l’ébénisterie, puis, sous le Consulat, à l’orfèvrerie. Comme ses concurrents Auguste et Odiot, Biennais remet à la mode le vermeil paré de reflets d’or. Bénéficiant de la proximité des Tuileries, il réalise des nécessaires et des services pour les résidences impériales. En 1806, il livre ainsi un millier d’assiettes pour la table de Napoléon 1er. Le succès l’oblige à agrandir ses ateliers, qui emploieront jusqu’à six cents ouvriers. Le second mariage de l’Empereur, avec Marie-Louise d’Autriche, lui vaut de nouvelles commandes prestigieuses. «Orfèvre de sa Majesté l’Empereur et Roi à Paris», il poursuit la tradition du XVIIIe siècle et fournit les cours étrangères, tout particulièrement celle de Russie. Telle fut la destination de cette sublime théière, rare dans la production de Biennais. Elle a en effet été créée à l’occasion du mariage célébré en juillet 1817 au palais d’Hiver, à Saint-Pétersbourg, qui scellait l’union de la princesse Charlotte de Prusse avec le grand duc Nicolas Pavlovitch de Russie, le futur tsar Nicolas 1er. Notre objet provenant d’une succession régionale est similaire à une théière conservée au musée Calouste Gulbenkian, à Lisbonne. Les sujets ornementaux sculptés en bas relief, oeuvres du graveur Augustin Dupré (1748-1833), reprennent un décor dont Biennais a usé à plusieurs reprises pour honorer des commandes impériales. Embellissant la panse de la théière, ils présentent les joies et les fruits de l’hyménée. Le premier bas-relief fait référence à une fresque datant de l’empereur Auguste ; redécouverte au début du XVIIe siècle, elle fut transportée dans la villa du cardinal Aldobrandini, avant d’intégrer les collections du Vatican. Célèbre sous le nom de «noces aldobrandines», elle déroule plusieurs scènes liées au rituel du mariage, comme le bain prénuptial, les réjouissances du lendemain... Quant au second, il présage des enfants futurs en reproduisant le décor d’une écritoire destinée à Marie-Louise, qui fête la naissance du roi de Rome. Après avoir accueilli l’enfant, la France le confie à Esculape, dieu de la santé ; à ses côtés se tient Minerve, la déesse de la sagesse. Une théière de bon augure, puisque le tsar et son épouse auront dix enfants, six filles et quatre garçons assurant le rayonnement de la famille Romanov...

céramique

Martin-Guillaume Biennais (1764 -1843).
Théière en vermeil, vers 1817, ornée de deux scènes à l’antique d’après Dupré, blason du grand duc Nicolas Pavlovitch, versoir terminé en tête de dauphin, anse parée d’un masque féminin et d’une tête de bélier, signée en cursive Biennais orfèvre à Paris, 1,425 kg, 20 x 33 x 13 cm.


QUAND ?
Dimanche 30 novembre 2014

OÙ ?
Lyons-la-Forêt. Salle des ventes Pillet.
Cabinet Serret et Portier.

COMBIEN ?
Estimation : 10 000/20 000 €.

niki
Détail
La Gazette Drouot n° 38 - Vendredi 14 novembre 2014 - Chantal Humbert


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