La Gazette Drouot
Photographies de d’André Kertész
Chronique d’une vie

Kertész d’hier à aujourd’hui”, ainsi pourrait-on titrer l’ensemble d’images retraçant, dans une vente
de spécialité, la carrière de cette figure majeure de la photographie.

Dans l’objectif d’André Kertész (1894-1985) ? Toute une vie ou presque, de sa jeunesse en Hongrie aux images new-yorkaises, en passant par ses années parisiennes. Né à Budapest dans une famille de la classe moyenne, Andor Kertész entre à la Bourse des céréales à dix-huit ans, après des études commerciales. Le jeune homme n’a de goût ni pour la finance ni pour l’agroalimentaire, mais il lui faut bien travailler après le décès prématuré de son père. Il préfère le musée ethnographique, les parcs et les lumières de Budapest, la campagne environnante, la pêche et les baignades dans le Danube. Et puis, il a un véritable coup de foudre pour les images des magazines : ce sont elles qui décideront de son avenir. Pour le jeune Andor, la photographie s’impose comme une évidence. Plus exactement elle lui vient naturellement. Sans avoir encore son propre appareil – il n’achètera un ICA avec plaques qu’en 1912 – il passe son temps à photographier paysans, gitans, scènes de rue qui l’entourent. Ses images sont – déjà – concises, lisibles, sensibles, mais sans emphase. “Je fais ce que je sens”, répétera-t-il souvent. L’homme photographie ses proches, la vie dans les tranchées en Pologne, sur le front russe, ses compagnons de convalescence à Budapest, puis à Esztergom où il est soigné après sa blessure en 1915. Il privilégie l’affectif au spectaculaire, le journal personnel d’images au reportage de presse, les scènes champêtres, les traditions folkloriques de la Hongrie. Son patronyme lui va comme un gant : le mot kertész signifie “jardinier”... C’est en 1917 que ses premières images paraissent dans des magazines hongrois. Huit ans plus tard, il quitte pourtant Budapest pour Paris, laissant derrière lui sa mère, ses frères, sa bien-aimée Élisabeth. Il arpente la capitale, capte les atmosphères mélancoliques, les ambiances nocturnes, celles des marchés aux Puces et des fêtes foraines, les distractions de la rue. Seul ou avec ses amis hongrois ou artistes, Kertész goûte au Paris populaire. En 1933, pour le magazine Le Sourire, il réalise les Distorsions que lui ont suggérées deux modèles saisies par le prisme de miroirs déformants d’un parc d’attractions. Si pour leur auteur cette commande fut un amusement, pour l’histoire de la photographie elles feront date, confrontant le spectateur aux aléas fantaisistes de la perception du réel. Kertész, lui, ne cesse de répéter que “la photographie doit être réaliste”. Mais, la fiction rejoint souvent la réalité... En 1936, il part à New York, pour s’éloigner d’une Europe sous tension. Isolé malgré la présence d’autres artistes exilés comme lui, confronté aux difficultés professionnelles, André Kertész va vivre dans la nostalgie de Montparnasse, sans jamais réussir à trouver ses repères. Il survit, à l’écart. Naturalisé américain le 3 février 1944, récompensé d’une exposition personnelle en 1946 à l’Art Institut de Chicago, Kertész se sent toujours comme un “homme oublié” de l’autre côté de l’Atlantique. Lui, le flâneur, l’observateur depuis ses fenêtres de Washington Square de la vie des alentours, le photographe des sentiments sincères...

photographie

André Kertész (1894-1985),
Combat de coqs, Budapest (Racvaros), Hongrie, 19 février 1920,
tirage argentique de 1972, titré et daté, 19,8 x 24,8 cm.

QUAND ?
Mercredi 30 octobre 2013

OÙ ?
Hôtel du Louvre. Alde SVV. M. Meaudre

COMBIEN ?
Estimations :
4 500/6 000 euros.

photographie
André Kertész (1894-1985)
Armonk, New York, 6 août 1941,
tirage argentique de 1972, signé, titré, daté, 24,5 x 19,6 cm (détail).



COMBIEN ?

Estimations :
8 000/10 000 euros
La Gazette Drouot n° 36 - 25 octobre 2013-Claire Papon


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