La Gazette Drouot
Une automobile Morgan
Échappement libre

Une provenance célèbre, une ligne intemporelle, une fiabilité technique quasiment à toute épreuve...
Pourquoi résister à la tentation ?

Rappelez-vous la course poursuite de Jean-Paul Belmondo dans le film Le Marginal, en 1983. Au volant d’une Ford Mustang, "Bébel" poursuit deux individus à bord d’une Plymouth Volare dans les rues de Paris. La petite histoire raconte que la mémorable scène aurait été demandée par l’acteur en hommage à Steve McQueen, disparu trois ans plus tôt... En 1963, la star française avait acheté notre roadster à l’importateur français et pilote émérite, Jacques Savoye ; il le gardera jusque vers 1968.
Tout commence il y a une centaine d’années, dans la belle région des Cotswolds, au centre de l’Angleterre, là où la Tamise prend sa source. Très exactement dans le comté de Worcestershire, plus connu pour sa porcelaine et pour son condiment servant à assaisonner les steaks tartares ou le bloody mary cher à Hemingway. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chevaux... automobiles. En 1904, Henry Frederick Stanley Morgan (1881-1959) quitte les chemins de fer, pour ouvrir, l’année suivante à Malvern Link, un garage avec un ami. Quatre ans plus tard une première automobile voit le jour, la Runabout, avec l’aide des finances du révérend George Morgan – père de notre génial inventeur –, des moyens techniques de l’atelier du collège local et de l’expérience d’un certain William Stephenson-Peach, petit-fils du créateur de la Rocket, première locomotive à vapeur au monde. La grande légèreté de notre auto – 200 kg– lui permet de faire des merveilles dans les courses de côtes. Il n’est pas rare de croiser H. F. S. Morgan au volant de l’un de ses cyclecars sur les petites routes d’Angleterre, sa femme dans le rôle de copilote. Si cette dernière n’a pas le droit à un quelconque bagage, le sieur Morgan n’hésite pas à placer dans le coffre quelques poids, qui l’aideront à gravir les côtes. De fait, cette machine est une sorte de tricycle avec deux roues à l’avant et une seule à l’arrière, un moteur bicylindre en "V" lui donnant une allure d’avion... Il n’est pas encore question d’automobile. Outre la légèreté et la maniabilité, le curieux engin bénéficie d’une fiscalité elle aussi allégée, étant considéré comme une moto. Un bonheur n’arrivant jamais seul, les Runabout s’offrent même les honneurs des vitrines de chez Harrods à Londres, bien sûr une première pour le célèbre magasin !
laboureur
Adjugé 27 000 euros frais compris.
Morgan. Roadster 4/4 Plus Four. 1963..
Dimanche 30 octobre, Hôtel Marcel-Dassault, à 19 h. Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV
Les choses changent en 1935, quand nos véhicules se retrouvent soumis aux mêmes taxes que les autos. Il en faut toutefois plus aux dirigeants de la firme à la croix ailée pour jeter l’éponge. L’année suivante, Morgan lance son premier Four-Four (4-4 puis 4/4), un cabriolet ainsi nommé car doté de quatre cylindres et de quatre roues énormes ; les courbes rappellent cependant les productions antérieures. En 1950 lui succède, avec plus de succès encore, la Plus Four et, en 1968, la Plus 8, associant un châssis ultraléger à un puissant moteur Rover. Même motif, même punition en revanche côté procédé. À savoir, un châssis métallique – de l’acier, puis de l’aluminium au début des années 50 – attaché à un bâti en frêne, lui-même recouvert d’une carrosserie. Ce qui permet à Morgan de figurer au Guiness des records au titre de «plus ancienne voiture du monde en production». Un poids plume combiné à une puissante motorisation – et aux lignes reconnaissables entre toutes. Le chic anglais sur mesure... pour lequel craqueront Brigitte Bardot, Ralph Lauren, Mick Jagger, Peter Sellers ou Jean-Paul Belmondo. On les comprend ! Côté direction de la firme, celle-ci est assurée par Charles Morgan, successeur de son père Peter, à la tête de l’entreprise de 1959 à 2003. Quant aux ouvriers, ils se transmettent le savoir-faire, réalisant sur mesure et en quantité limité des autos «haute couture» ! Du 24 juillet au 2 août 2009, pour le centenaire de la marque, les réjouissances se sont partagées entre courses – toutes catégories confondues –, balades en train à vapeur et en bateau, défilés de modèles mythiques. Le ciel fut clément et les festivités... dignement arrosées. Sacrés Britanniques !
laboureur
La Gazette Drouot N°36 - 21 octobre 2011 - Claire Papon


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