La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une toile de crash
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Touche pas à mon graff !
Inutile d’appeler la police, les graffitis prochainement vendus sont l’oeuvre d’artistes désormais poursuivis par les galeristes et les collectionneurs.

Estimation : 2 500/3 500 euros.
John Crash Matos, dit Crash
(né en 1961), Movement n°2, 1989, acrylique et aérographe sur toile, assemblage de planches et miroir.
235 x 122 x 6 cm.
Lundi 30 octobre 2006.
Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial -
Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV.

Les noms de Futura, Crash, JonOne, Darco, Daze ou T- Kid 170 ne vous évoquent rien ? Pas de panique, la section de la vente d’art contemporain d’Artcurial consacrée aux graffeurs va vous permettre de combler cette impardonnable lacune ! Si l’art graffiti s’est déjà frotté aux ventes aux enchères, le fait qu’une maison lui consacre une partie de catalogue clairement identifiée est une première en France. Le verdict de la galeriste spécialisée Valériane Mondot sur les heureux "nominés" au palmarès des quatorze numéros de cette sélection est sans appel : "Rien que des références, des artistes légendaires du mouvement. Depuis les photographies de Martha Cooper, la première avec Henry Chalfant à avoir photographié à New York des trains peints, jusqu’à Darco, représentant du mouvement old school au niveau européen, en passant par JonOne et Crash, précurseurs du graffiti new-yorkais des années 1980, le programme est complet." Les origines remontent à la fin des années 60, quand des Noirs et des Portoricains expriment leur révolte contre le système WASP-cols blancs, en recouvrant les murs et les voitures du métro de New York de tags, c’est-à-dire une "signature" mêlant un pseudonyme à un graphisme caractéristique qui l’individualise. Marquage d’un territoire underground, au propre comme au figuré, le tag va vite quitter les tunnels pour s’épanouir dans la rue, au grand dam des autorités. L’art graffiti, quant à lui, naît dans les ghettos du Bronx à la fin des années 70-début 80 et se présente comme un des éléments de la culture hip hop. Le graf, cette oeuvre complexe et composée qui se distingue du tag, va vite passer des murs de la métropole aux cimaises des galeries d’East Village. À partir de là, comment distinguer l’art graffiti ? Selon Valériane Mondot, "le graffiti est l’art de la lettre, à sa base et son origine. L’artiste produit ses premières oeuvres sur les murs des villes, ou encore le mobilier urbain, puis, arrivé à une certaine maturité, franchit le cap de la galerie. Il fait souvent partie d’un ou plusieurs crew (une bande), une véritable famille au sein de laquelle il partage des valeurs communes, une manière de vivre et une harmonie artistique. L’artiste de graffiti assure par son oeuvre, par ses formats géants qu’il offre gratuitement au regard du public dans la rue, sa propre promotion." Si vous vous sentez prêt à ne plus considérer le graffiti comme une forme de vandalisme, mais comme une expression artistique et culturelle possédant son vocabulaire, ses codes et ses artistes, il ne vous reste plus qu’à choisir votre style. Old school, européen, lettrage, figure ou 3D ? Allons, encore un effort, ce n’est qu’un début !
Sylvain Alliod