La Gazette Drouot
Reliefs en fer de Julio gonzales
En fer et contre tout

Vedettes de la soirée, deux reliefs témoignent du talent de celui qui choisit le fer
comme matériau d’élection, Julio Gonzáles. Explications.

Le fer comme source de lumière, qui aurait pu l’imaginer ? Julio Gonzáles, bien sûr ! Le vrai sujet de l’artiste est en effet celui-là : le traitement de l’ombre et de la lumière. S’ajoute d’ailleurs une disparition progressive des détails du visage. Quelques incisions pour marquer le nez, la bouche, les yeux... et le tour est joué. Façon de parler ! Le miracle s’accomplit par le matériau, mais surtout dans l’art de le travailler. Deux plaques de métal sont superposées, celle du fond, parfois gravée de détails, étant fixée sur un support de bois. Entaillée d’encoches plus ou moins fines, celle du dessus se voit également découpée de lignes droites ou sinueuses. Modelés par la lumière se dégageant des deux supports rivés à quelques millimètres l’un de l’autre, les visages apparaissent, réduits à quelques signes essentiels. Clous et soudures, visibles, font partie intégrante de l’oeuvre.
Des dessins préparatoires de La Femme au chapeau montrent quelques divergences. Non dans le nez ou la bouche, mais dans le chapeau laissant, ou non, apparaître les yeux... pour mieux séduire.
Le modèle, lui, ne change pas : c’est Marie-Thérèse Roux, la compagne de Julio Gonzáles. Propriétaire d’un magasin de mode, elle vend aussi bijoux et accessoires forgés par l’artiste. Le poète du second masque, lui, reste anonyme. S’agit-il de Guillaume Apollinaire à qui Pablo Picasso rend hommage, la même année, avec La Femme au jardin sculptée dans l’atelier de son ami Julio Gonzáles ? Le personnage plus grand que nature est composé de fragments de ferraille soudés et peints en blanc. Pour Gonzáles, qui participe au travail d’assemblage, c’est une révélation, la preuve qu’une oeuvre puissamment expressive peut naître d’éléments disparates.
mesnager

Adjugé 300 000 euros au marteau.
Julio Gonzáles (1876-1942), Femme au chapeau, 1929, pièce unique en fer forgé, coupé, courbé,
rivé sur plaque de fer, monté sur plaque de bois. 19,5 x 24,3 x 1,8 cm (relief).
Mercredi 30 mai 2012, 20 h. Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.

Notre mystérieux masque ferait-il plutôt allusion à Paul Fort, élu en 1912 prince des poètes, que Gonzáles rencontre régulièrement à la Closerie des Lilas ? Une photographie de 1928 montre l’auteur des Ballades françaises arborant une moustache lissée vers les oreilles... D’autres masques verront le jour, la plupart datés de cette même année 1929. L’artiste décorateur est désormais pleinement considéré comme sculpteur. Né à Barcelone, Julio Gonzáles s’initie dès son plus jeune âge au travail du fer forgé dans l’atelier paternel. La ferronnerie d’art est alors une industrie prospère dans la capitale catalane. Avec son frère aîné, Joan, il coupe, cisaille, martèle toutes sortes de matériaux et suit aux Beaux-Arts de Barcelone les cours de dessin et de sculpture.
En 1896, au décès de leur père, Joan reprend les rênes de la maison familiale. L’année suivante, le café barcelonais Els Quatre Gats ouvre ses portes. Les deux frères y font la connaissance de Pablo Picasso, Pablo Gargallo et Joaquín Torres García, qu’ils retrouveront à Paris, où ils s’installent en 1900 avec leur mère et leurs tantes. Julio se consacre alors à la peinture et au dessin, influencé par Gauguin, Puvis de Chavannes ou Pissarro. Ce n’est que dans les années 1910 qu’il vient à la sculpture, au lendemain d’une période de solitude mélancolique, liée au décès de Joan. En 1918, il est embauché comme apprenti soudeur par la Société autogène française, dans les usines Renault, à Boulogne-Billancourt. En cachette, il réalise un Christ en fer forgé. Une tentative timide, mais décisive. “Je reviens de New York où j’ai vu la plus belle exposition des oeuvres de votre père”, écrivait en 1956 le sculpteur David Smith à Roberta Gonzáles. Un heureux présage pour nos reliefs...
gonzales

Adjugé 600 000 euros au marteau.
Julio Gonzáles (1876-1942), Masque dit le poète, 1929, pièce unique en fer forgé, découpé, soudé sur plaque de fer monté sur plaque de bois. 20,7 x 18,6 x 3,3 cm (masque).

La Gazette Drouot n° 21 - 25 mai 2012 - Claire Papon


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