La Gazette Drouot
Un colosse en bronze de ?Max Blondat
EN RÉGIONS / Héros art déco

Ce colosse de bronze en plein effort cosmique attirera prochainement tous les regards dans une vente varoise.
Une rare et spectaculaire performance

Heureusement pour lui, ce colosse à la carrure d’athlète se voit doté d’une puissante musculature, car sa tâche n’est pas simple : il se voit­­ condamné par Zeus à soutenir le globe céleste pour l’éternité. Vous avez bien sûr reconnu le titan Atlas, puni pour avoir combattu les divins habitants de l’Olympe. Le poète grec Hésiode localisait sa résidence aux confins du monde connu dans l’Antiquité, plus exactement à l’emplacement du mont auquel il a donné son nom, situé dans l’actuel Maroc. C’est là aussi que le héros Héraclès demanda à Atlas d’accomplir à sa place le onzième de ses célèbres «Travaux» : rapporter les pommes d’or du jardin des Hespérides. Notre impressionnante statue, elle, n’est pas antique, mais on la doit au talent du sculpteur français Max Blondat (1872-1925). Haute d’un mètre et demi, coulée dans un bronze à patine noire et brune nuancée, elle illustre le style vigoureux d’un artiste fort renommé au début du siècle dernier. Né à Crain, dans l’Yonne, ce fils de tonnelier entre à l’École des beaux-arts de Paris en 1892. Durant les années 1900, il excelle dans les arts décoratifs et produit quantité d’objets utilitaires en bronze doré souvent édités par Valsuani et Siot-Decauville, horloges, vide-poches et autres mascottes d’automobiles... Des oeuvres qui relèvent de l’art nouveau le plus tournoyant, tout comme sa statuaire de marbre et de terre cuite, prenant pour sujets la femme ou de charmants bambins. Ornemaniste recherché, il collabore aussi bien avec Edmond Lachenal à la création de céramiques pour la manufacture de Sèvres, qu’avec Edgar Brandt pour ses fers forgés. Son morceau de bravoure demeure une fontaine urbaine baptisée Jeunesse, déclinée en de nombreux exemplaires à Dijon, Fontainebleau, mais aussi Düsseldorf, Zurich et Odessa. Après la fin du premier conflit mondial, Blondat se tourne vers la réalisation de monuments aux morts. Il en signera neuf, ornés de Victoires, soldats ou enfants casqués qui adoptent souvent, tel le Poilu de Clamecy, la même position frontale que notre Atlas aux bras levés. Ce dernier aurait été créé pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de 1925, à Paris, acte de naissance officiel du style appelé «art déco». On y retrouve un Max Blondat en pleine notoriété, tout juste nommé officier de la Légion d’honneur, et deux de ses oeuvres aux lignes épurées, désormais en accord avec l’air du temps. La première est exposée dans le célébrissime Pavillon du collectionneur conçu par Jacques-Émile Ruhlmann ; il s’agit à nouveau d’une fontaine en pierre, intitulée L’équilibre ou L’enfant à la boule, que Sèvres diffusera sous forme de surtouts et statuettes. Selon une trace écrite, l’Atlas ornait quant à lui le pavillon du journal L’Intransigeant. Ce grand quotidien du soir venait d’emménager dans un immeuble flambant neuf, au 100, rue de Réaumur. Accueillant les visiteurs, la statue du héros antique pourrait bien avoir symbolisé l’universalité du puissant organe de presse, alors en pleine expansion.

bronze

Max Blondat (1872-1925), Atlas,
bronze à patine noire et brune nuancée, frise de signes du Zodiaque gravée
sur la mappemonde. Marqué sur le socle «Max BLONDAT 1925 et Alexis RUDIER,
fondeur, Paris», h. 130 cm.

QUAND ?
Samedi 30 avril 2016


OÙ ?
Saint-Raphaël.
Var Enchères SVV. M. Roche


COMBIEN ?
Estimation : 20 000/30 000 €

bronze
Détail
La Gazette Drouot n°16 du vendredi 22 avril 2016 - Philippe Dufour


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