| Il est des artistes dont on ne sait presque rien, comme ce Jan Wellens de Cock, maître énigmatique, à la biographie obscure. Et dont l’identification de l’oeuvre, qui plus est, ne fait pas l’unanimité... Les frileux emploient même l’adjectif "putatif" pour Jan de Cock" ! On s’épargnera ici les querelles de chapelle, trop longues et labyrinthiques... Sachez simplement qu’avec ce peintre originaire de Leyde, le conditionnel est de mise. Notre mystérieux Jan Wellens de Cock serait donc l’auteur d’une petite quinzaine d’oeuvres recensées dans le Friedländer, des tableaux au métier raffiné, quasi précieux. Héritier de la tradition flamande, le peintre se plaît à situer ses personnages bibliques dans des paysages immenses, traités en panorama et dont la perspective, encore empirique, se construit au gré de l’étagement des collines et des montagnes bleutées, une méthode qui n’est pas sans évoquer celle d’un certain Patinir, nous y reviendrons. Ces tableaux ont pu être rapprochés de la personnalité de Jan de Cock à partir de l’attribution du fameux Saint Christophe portant l’Enfant Jésus de l’ancienne collection Otto von Wesendonck, puis de celle du professeur Friedrich von Bissing ; un tableau vendu à Londres en 2004, chez Sotheby’s (190 400 £). L’attribution s’appuie sur l’inscription "Pictum J. Kock" d’une gravure du saint Christophe réalisée vers 1550, soit après la mort du peintre, et publiée par son fils Hieronymus qui, selon Friedländer, possédait alors le tableau.
Telle une image de dévotion
Quant à notre délicieux Repos pendant la fuite en Égypte, proposé lundi prochain aux enchères, il donne un magistral aperçu de l’art de Jan de Cock. Le tableau provient d’une collection particulière du nord de la France et fut acquis, en 1996, chez le grand marchand belge De Jonckheere. Le peintre a choisi de représenter le thème du Repos telle une image de dévotion, monumentale dans ses drapés, sans se priver pour autant d’évoquer la Fuite ; on devine au second plan Marie, sur l’âne conduit par Joseph. L’histoire se décline ainsi en plusieurs saynètes et guide le regard vers la lointaine architecture fortifiée, un brin mystérieuse dans son éclat bleuté. Sans l’ombre d’un doute, Jan de Cock s’inscrit ici encore dans la tradition de Joachim Patinir, le premier peintre de paysages qu’il a peut-être côtoyé à Anvers, où il fut lui-même maître en 1502, puis doyen de la guilde de Saint-Luc, en 1520. Comme le peintre anversois, de Cock crée une perspective «atmosphérique» en jouant sur la superposition des plans, plaines, rochers et rivière semblant unifiés dans une gamme de verts bleutés. On appréciera aussi la beauté des figures aux traits expressifs, proches d’un tableau de l’artiste représentant la Vierge à l’Enfant, reproduit dans le fameux ouvrage de Max J. Friedländer, tout comme le traitement luxuriant de la végétation.
Plus encore, vous vous attarderez sur la corbeille placée au tout premier plan, délicieuse nature morte avant l’heure, véritable tableau dans le tableau. Ah, la tradition flamande !
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