La Gazette Drouot
Coup de coeur - Coffret à jeux en cuivre patiné
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Les émaux révélés
Rare sur le marché, la production de Jean Goulden magnifie le travail ancestral de l’émail, version art déco. Le grand jeu, à découvrir à Clermont-Ferrand.

Adjugé 54 900 euros frais compris.
Jean Goulden (1878-1947), coffret à jeux en cuivre patiné, 1926, décor en émail champlevé riveté sur cuivre, signé, daté et numéroté, 33,3 x 26 cm.
Clermont-Ferrand, lundi 30 mars 2009,
Vassy - Jalenques SVV. M. Bitonti.

S’il fallut à saint Paul emprunter le chemin de Damas pour accéder à la Lumière, Jean Goulden connut sa propre révélation au sommet du mont Athos. C’est sur cette sainte montagne grecque, où le médecin major achève sa convalescence après la campagne des Dardanelles, que l’artiste s’éveille au contact des émaux byzantins, choyés par les moines orthodoxes du monastère des Quarante mystères. Jusque-là, le jeune homme avait sagement suivi les desiderata familiaux.
Né en 1878 à Charpentry, dans la Meuse, Jean Goulden, fils de négociant fortuné, part à Paris suivre ses études à l’École alsacienne, avant d’entreprendre médecine. Nous sommes à la fin du XIXe siècle, au coeur de la capitale des arts. Aussi, notre sage étudiant n’est-il pas insensible à l’effervescence de la Belle Époque...
Marié, père de famille et médecin, Jean Goulden connaît à Paris une vie mondaine sans heurts, se rapprochant doucement des milieux artistiques. Il reçoit des artistes à dîner, s’adonne à la peinture dans la maison de campagne familiale de Valescure... Le destin se chargera de précipiter les choses. Envoyé en Asie Mineure lors de la Première Guerre mondiale, le médecin tombe malade ; il est envoyé en repos à Salonique, où il côtoie le peintre et sculpteur animalier, Paul Jouve. Cette rencontre d’abord, puis la découverte des émaux byzantins au mont Athos ouvrent la porte de sa destinée. De retour à Paris, Jean Goulden s’installe seul dans un atelier du quartier de Montparnasse, rencontrant toujours Jouve, mais aussi François-Louis Schmied et, surtout, Jean Dunand.
Ce dernier le conforte dans l’idée de se lancer dans l’art de l’émail. Sous cette impulsion, Goulden participera amplement à l’émergence de l’art déco. Grâce à sa position sociale, sa fortune et ses relations, il va même plus loin en jouant les mécènes auprès de ses amis artistes. Il commandera notamment au grand maître de la laque des meubles dessinés de sa main. Les sources grecques demeurent aussi, comme dans notre plaque émaillée originellement destinée à la reliure de l’album Salonique, La Macédoine, L’Athos, réalisé en collaboration avec Schmied en 1922.
Transformée en coffret à l’intérieur gainé de cuir par Hermès, cette plaque a été présentée en 1927 à Paris, galeries Georges Petit. Tout au long de sa carrière, Jean Goulden s’est passionné tel un scientifique pour la technique ancestrale de l’émail champlevé, tout en se plaisant au sein de ce groupe non-officiel formé avec Dunand, Schmied et Jouve, à inventer un style nouveau, épuré, géométrique et où domine la couleur. Entre son atelier parisien et son hôtel particulier rémois, ont vu le jour de nombreuses plaques, coupes, boîtes, pendules et autres lampes. Mais, l’artiste ne se préoccupait nullement de la diffusion de son oeuvre. Il conservait la plupart de ses travaux pour son usage personnel, en offrait à ses proches et ne vendait que très rarement. Notre coffret, provenant d’une collection particulière de la région Centre, n’en prend que plus de valeur !

à lire Anne Bony et Bernard Goulden, Jean Goulden, éd. du Regard, Paris, 1989.
Caroline Legrand
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp