La Gazette Drouot
Un plat Sassanide
A PARIS / L’art et la manière

En 422, les empires romain et sassanide concluent un traité de paix et leurs souverains échangent des cadeaux,
parmi lesquels ce plat en argent. Une rareté historique !

Enterrer la hache de guerre vaut bien quelque présent… Cette année 422 en effet, Bahram V, roi de Perse, et Théodose II, empereur romain d’Orient, s’engagent pour cent ans : le premier à laisser aux chrétiens la liberté de culte, le second à tolérer les zoroastriens. Seul témoignage de l’argenterie sassanide à nous être parvenu, ce plat d’apparat, ou «missorium», met en scène le souverain persan devant un trône, porté par des cariatides ailées à têtes de cheval, sur une plate-forme soutenue par une paire de lions rampant et levant leur patte antérieure. Nos deux félins pourraient faire partie d’un dispositif mécanique, des rouages étant visibles. Ils constituent, comme la paire d’oiseaux à longue queue représentée à leurs côtés – probablement des faisans –, une référence au trône à six marches du roi Salomon, en ivoire recouvert d’or et de pierres précieuses. Ici, Bahram V (406-438), sur le point de s’asseoir, tient une grande épée reposant sur la pointe. Il est entouré de quatre de ses chefs militaires, vêtus comme lui d’une tunique près du corps et d’un pantalon bouffant resserré aux chevilles, à moins qu’il ne s’agisse des souverains soumis des tribus hunniques kushan, chionite, kidarite et hephthalite… Avec un autre plat en argent doré, visible au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, notre objet est l’une des rares représentations – encore en état – d’un roi sassanide en majesté. Le modèle de notre plat, en termes de typologie, de fonction et d’utilisation, serait un missorium, dit «de Théodose», conservé à la Real Academia del Historia, à Madrid. Les deux pièces montrent en effet une figure impériale divisant la composition en deux parties symétriques, scène soulignée d’une ligne horizontale. Réalisé à Ravenne en 421, le plat conservé en Espagne aurait été commandité par Gallia Placidia, fille de Théodose Ier, lorsqu’elle a rendu visite à son neveu Théodose II (ou le Jeune), à Constantinople, en compagnie de son fils Valentinianus III. Si celui-ci commémore le quinzième anniversaire de Théodose (401-450) au pouvoir, il marque également son mariage avec la fille du rhéteur d’Athènes, Aelia Eudocia (401-460), ainsi que l’accession de son cousin, Valentinianus III, au titre de puer nobillissimus, lui ouvrant la voie au trône impérial. Il n’est pas exclu non plus que les deux pièces d’orfèvrerie, sassanide et de Théodose, aient fait office de cadeau diplomatique, en 423, pour commémorer l’une des périodes de paix les plus durables dans l’histoire commune des deux empires. Signée en 422, renouvelée en 441, la réconciliation durera jusqu’en 502, date à laquelle Kawad Ier entamera la réforme de la monarchie sassanide et reprendra les hostilités contre Byzance. Mais ça, c’est une autre histoire. Notre disque en argent moulé, doré au feu, offre un relief au repoussé mettant la tête du souverain particulièrement en évidence. Cet effet technique est destiné à augmenter la surface réfléchissante pour placer le visage en pleine lumière. Comme il convient au statut de roi...

console Empire

Art sassanide, Ve siècle. Plat d’apparat
en argent doré représentant un roi sur son trône tenant une épée et entouré de ses aides militaires, diam. 29 cm, 896 g

QUAND ?
Samedi 29 novembre 2014

OÙ ?
Salle 9 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Kunicki.

COMBIEN ?
Estimation : 400 000/500 000 euros.

détail
Détail
La Gazette Drouot n° 40 du vendredi 21 novembre 2014 - Claire Papon


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