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| Un matin surprenant |
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Mille sabords ! Une planche de L’Affaire Tournesol nous mène sur la voie du suspens
et dévoile le coup de crayon d’un artiste. Arrêt sur images...
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Adjugé 90 000 euros .
Planche 10 de L’Affaire Tournesol, crayonné à la mine de plomb partiellement encré, 51,5 x 35,9 cm.
Samedi 29 mai 2010, Drouot-Montaigne. Piasa SVV et Moulinsart SA. MM. Van Houte, Wilmet.
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Un cartonné d’hergé est toujours un régal. On se délecte du trait vigoureux, tout en liberté et aux raccourcis étonnants, on s’émerveille des solutions imaginées pour conduire le lecteur de la première à la dernière case. Ici, nous suivons Tintin qui nous guide à travers la page jusqu’au capitaine Haddock, courant la bouche pleine de dentifrice hors de la page. Un suspens mené par le seul génie du dessin. En quelques coups de crayon, Hergé nous fait ressentir la détermination du héros et de Milou, le fidèle compagnon qui disparaît presque dans le trou d’une haie. Aucun doute, ils sont à la poursuite de quelqu’un. Dans la case juste en dessous, nos deux personnages marchent avec calme dans un chemin boisé. Ils retrouveront dans les images suivantes le capitaine Haddock, avec à ses basques un nouveau venu, Séraphin Lampion, ici aux prises avec la gendarmerie belge. Sept cases, uniquement sept cases... et nous sommes certains de participer à un «thriller». Puis, une première fracture apparaît, une petite vignette représente un soleil et un tronc d’arbre, avec pour légende : "Et le lendemain matin...".
Dans le dessin définitif, Hergé a rajouté une branche sur laquelle est perché un rouge-gorge, au chant forcément mélodieux. Il salue le réveil apparemment difficile du capitaine, qui baille, s’examine dans le miroir, et entreprend de se brosser les dents. On compte cette fois quatre cases pour une observation somme toute affectueuse de l’intimité d’un des plus sympathiques héros de Tintin. Dans les cinq suivantes, il voit le miroir s’étoiler de plus en plus et tomber, forçant Haddock à courir chercher son jeune ami journaliste, qui trouve toujours une explication. Avec cette planche, on constate la maîtrise du trait, plusieurs fois repassé et si expressif, notamment dans la sixième vignette, où la main du jeune reporter du Petit Vingtième déborde du cadre. Le capitaine crève littéralement le dessin, d’où il émerge en s’étirant. Par petites touches, Hergé donne vie à l’incompréhension d’Haddock, regardant interloqué le miroir peu à peu se briser. Dans la première de la série, il fait figurer une légende : «Tiens ! Pourquoi Milou hurle-t-il à la mort ?», qui disparaît dans l’album. Trop explicatif ! Hergé préfère livrer une observation minutieuse des mouvements de surprise. Par cette phénoménologie, le suspens est renforcé.
On ne peut qu’admirer la "qualité d’un trait qui va à l’essentiel du mouvement et de l’expression, écrit le spécialiste Dominique Maricq. Exemplaire leçon de croquis d’attitude». Une page, dix-sept cases suffisent pour changer de "rythme, d’ambiance [...] L’univers familier et rassurant de Moulinsart qui bascule très vite dans le thriller". La première page de L’Affaire Tournesol invite à rencontrer un Haddock version gentleman-farmer, se promenant dans la campagne brabançonne avec Tintin et Milou, déclarant : «Et désormais, il ne me faut plus rien d’autre que cette promenade quotidienne» et savourant "Ah ! Le calme. Ah ! Le silence". Bien sûr, vite troublé. Ce crayonné où ne figure pas le professeur Tournesol, héros de cette aventure , a été repris à l’encre pour quelques cases : celle où figurent Tintin, le capitaine (qui reste au crayon), Séraphin Lampion et le capitaine de gendarmerie. Et, surtout, la dernière, où Haddock court, dans un mouvement qui le sortira du champ de vision. Cette feuille est dédicacée en date du 24 février 1982 au docteur Georges Mercier, un des derniers médecins d’Hergé. Tintin devient orphelin en mars 1983.
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| Anne Foster |
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