Coup de coeur - Une toile de Pietro Paolo Bonzi
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| Énigme picturale |
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Couleurs éclatantes et composition harmonieuse,
cette femme aux fruits est bien savoureuse. Un charme doublé de mystère...
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Adjugé 114 352 € frais compris.
Début du XVIIe siècle, attribuée à Pietro Paolo Bonzi (1576-1636),
Jeune Femme à la corbeille de raisins et aux paniers de figues
et de citrons, huile sur toile, 108 x 78 cm.
Orléans, samedi 29 mars.
Mes Xavier Binoche et Ghislain de Maredsous.
Cabinet Turquin.
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Une "miraculée". C’est ainsi que maître Binoche présente notre Jeune Femme à la corbeille de raisins et aux paniers de figues et de citrons. Le tableau fut en effet découvert dans un château, dans des conditions extrêmement précaires... qui lui ont sans doute permis d’échapper aux voleurs ! Bénie des dieux les voies du seigneur sont impénétrables , notre toile a longtemps préservé ses secrets.
Ainsi, une attribution au maître italien du XVIIe siècle, Pietro Paolo Bonzi, vient tout juste de mettre fin aux débats concernant son auteur. Comme bien souvent, le surnom de celui-ci, Il Gobbo da’Frutti, nous révèle sa spécialité : la nature morte de fruits. Évoluant dans le milieu des Carrache à Rome, Pietro Bonzi a réalisé plusieurs grandes commandes, dont les fresques du Palazzo Antici Mattei, aux côtés de Pietro da Cortona. Une belle carte de visite, c’est sûr. Les talents de ce peintre le portent néanmoins au-delà de la peinture romaine classique, pour preuve notre femme aux fruits. Son attribution repose sur un rapprochement avec un autre de ses tableaux, aujourd’hui détruit mais qui appartint à la collection Giustiniani et fut conservé à Berlin, Le Garçon au melon. À l’heure de l’Europe constituée, cette oeuvre du XVIIe affiche sans complexes des racines résolument cosmopolites. En effet, si les scènes de marché et les compositions figurant des marchandes devant leur étal sont, on le sait, originaires des Flandres, la lumière et les couleurs de notre toile se réchauffent d’accents tout méditerranéens. On songe au Jeune Homme à la corbeille de fruits du Caravage, conservé à la galerie Borghèse, à Rome. Outre l’opulente corbeille de raisins, on retrouve cette facilité à traiter l’aspect décoratif de la nature morte tel un illusionniste. Mais notre composition est bien plus complexe. Malgré la profusion d’éléments, un très bel équilibre en émane. Ainsi la corbeille de figues reposant sur celle de citrons épouse-t-elle parfaitement la silhouette de la jeune femme. Certaines caractéristiques ont dans un premier temps conduit les experts vers une attribution espagnole, notamment la lumière. Si elle révèle l’influence caravagesque, cette lumière tranchante, qui vient littéralement heurter sculpter même le visage et les vêtements de la jeune femme, se pare d’une inflexion espagnole. Rappelons que les échanges entre l’Italie et l’Espagne sont importants en ce XVIIe siècle, via Naples notamment, la ville étant depuis 1443 sous domination de la péninsule. Des peintres romains s’y rendent, Le Caravage, Guido Reni ou Lanfranco par exemple, de même que des Espagnols, Ribera et bien d’autres. On comprend que le nom de Zurbarán et de son entourage ait été avancé. D’autant que l’attention particulière accordée aux vêtements de la jeune femme lui confère une allure à la fois élégante et rustique, typiquement espagnole. Mais la splendeur du manteau rouge à liseré de dentelle, de la chemise à noeuds bouffants et du somptueux chapeau a bien évidemment aussi conquis l’Italie. Et puisque les détails font souvent la différence, on ne résiste pas à vous en faire valoir un : ce tableau vendu dans le cadre d’une vente judiciaire affiche des frais réduits. Il n’y a pas de petit plaisir... |
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| Caroline Legrand |
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