Coup de coeur - Une planche de bande dessinée de François Schuiten
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| Xhystos, cité obscure... |
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Cette planche de bande dessinée invite à un voyage vers de fantastiques cités,
où se déroulent d’étranges évènements. Un univers devenu l’objet d’un véritable culte.
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Adjugé 24 100 € frais compris.
François Schuiten (né en 1956), L’Archiviste :
Xhystos, la gare extérieure et le nouveau locorail,
mine de plomb, pastels,
encre de Chine et de couleurs, 35 x 24 cm.
Paris, samedi 29 mars, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.
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Bienvenue dans un monde parallèle. Certains néophytes le fréquentent sans même le soupçonner, à la station Arts-et-Métiers du métro parisien. Le ventre de cuivre percé de hublots et fendu par les rouages d’une étrange machine est en effet l’oeuvre de François Schuiten, le dessinateur des Cités obscures. Il imagine et développe cette épopée avec le scénariste Benoît Peeters depuis 1983, année de parution chez Casterman du premier album, Les Murailles de Samaris. Difficile de parler de série au sens classique du terme, puisque aucune trame narrative n’unifie l’ensemble.
Pas de début, pas de fin, pas de personnages récurrents, même si certains se retrouvent d’un volume à l’autre... Les albums sont eux-mêmes tantôt en couleurs, tantôt en noir et blanc, voire les deux, sans oublier le recours à la photo et même à la vidéo. Certains relèvent franchement de la bande dessinée, tandis que l’un semble plutôt un livre illustré, l’autre une anthologie, Le Musée Augustin Desombres étant une sorte de catalogue muséographique. La cohésion temporelle n’est quant à elle pas plus assurée. Les faits ? "Autour de Samaris sont huit grandes cités" : elles seules assurent l’unité de l’ensemble. Construites sur un continent compris entre l’océan neptunique et la mer des silences, leur architecture s’inspire de certaines villes de notre univers. Ainsi Xhystos, dont on aperçoit la gare extérieure sur la planche reproduite, regarde vers l’art nouveau de Victor Horta. Un monument à la gloire de l’architecte y a même été élevé.
L’archiviste, qui donne son nom à l’album paru en 1987 et dont notre planche est extraite, indique qu’il s’agit de la première cité obscure dont il a retrouvé la trace. Il s’appelle Isidore Louis et appartient à la sous-section des «Mythes et Légendes». Il travaille dans la cité des archives, Alta-Plana, où une dispute sur le mode de classement a entraîné un inextricable désordre. Concernant Xhystos, il indique que "la plupart des documents qui lui sont consacrés ont un caractère architectural, détaillant à loisir les mérites de ces édifices de verre et de fer, tout en courbes et en volutes"...
Le personnage que l’on aperçoit à côté de la locomotive inspirée de la S1 dessinée en 1937 par Raymond Loewy pour la Pennsylvania Railroad , n’est autre que "l’homme aux oiseaux". Ce pilote aurait annoncé d’incroyables évènements. "Ce singulier prophète fut d’abord adulé. Mais pour des raisons qu’aucun texte ne précise, on se lassa bientôt de lui. Une nuit, ses oiseaux furent massacrés et son appareil détruit. Le lendemain, il quittait la ville sans un mot." L’histoire de l’archiviste est tout aussi étrange. Il aurait travaillé dans notre espace temps à Bruxelles, mais fui pour le monde des cités obscures après avoir dérobé des documents historiques. Il ressemble étrangement à Jorge Luis Borges, l’une des sources de Peeters et Schuiten. Selon le chercheur en intelligence artificielle Frédéric Kaplan, L’Archiviste reprend la même problématique qu’une nouvelle de Borges, Tlön Uqbar Orbis Tertius. L’écrivain imagine une société secrète composée de savants et d’artistes qui, au début du XVIIe siècle, décident d’inventer un pays. Après plusieurs années, les membres de cette société réalisent que l’ampleur de la tâche nécessite qu’elle se poursuive sur plus d’une génération, et choisissent des disciples. Plus tard, le projet s’étend à l’élaboration d’une planète complète et de l’Encyclopédie méthodique de la planète illusoire...
La dernière planche de notre album montre l’archiviste occupé à écrire dans sa chambre, entouré de livres. Cette image fait partie des documents qu’il a récoltés. Est-il seulement, comme il l’indique, "une pièce nécessaire dans la mise à jour de l’autre monde" ? Serait-il, comme Borges, l’inventeur de l’univers qu’il piste dans le labyrinthe des archives ? "Ce sont mes recherches mêmes qui semblent lui avoir donné consistance." Au fil des pages des Cités obscures, riche de ses références littéraires ou artistiques, le récit reste empreint de tous les mystères et de tous les devenirs. |
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| Sylvain Alliod |
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