La Gazette Drouot
Le serpent de Niki
À PARIS / Le serpent de Niki

On connaît les Nanas, moins l’étrange bestiaire qui accompagne l’oeuvre de Niki de Saint Phalle, à découvrir dans sa rétrospective au Grand Palais et à l’occasion d’une vente prochaine.

Jeune fille bien éduquée, artiste engagée et curieuse de tout ce qui se rattache à l’art, Niki de Saint Phalle aime les mythes. Elle les aime tant qu’elle s’en est inventé un, composé de formes sinueuses, arrondies et vivement colorées, façon kaléidoscope. Le serpent habite toutes les religions ; véritable Janus, il incarne aussi bien le maléfice suprême que l’immortalité dans les forces sous-jacentes à la création de la vie. Symbole phallique, il est omniprésent dans les représentations de divinités féminines. Pensons à la déesse cobra égyptienne découverte en Crète, probablement vénérée dans un rite de fertilité, Rénénoutet, pourvoyeuse de nourriture. Protecteur, le serpent se retrouve sur le caducée, sur la coiffe de pharaon… Il apparaît dès les années 1960 dans les dessins de Niki de Saint Phalle et au cours de la décennie suivante dans ses sculptures, notamment comme motif récurrent pour le jardin des Tarots, en Toscane, où une Nana triomphante, brandissant des baguettes pour diriger cet univers, se dresse sur un pied sur un oeuf enserré par un long serpent multicolore, qui s’enroule autour de la cuisse de la femme. L’artiste définit cette pièce ainsi : «Le Monde est la carte de la splendeur de la vie intérieure. C’est la dernière carte de l’arcane majeur et le dernier exercice spirituel du jeu. À l’intérieur de cette carte est le mystère du monde ; c’est la réponse du Sphinx.» Représentant le macrocosme dans le jeu de tarot, Niki de Saint Phalle fait de la femme une Victoire, une nouvelle Ève foulant aux pieds le tentateur, monstre menaçant le monde terrestre. Les deux principes – féminin et masculin – sont unis dans Snake and Egg pour assurer l’équilibre du monde. Cette sculpture date des années 1981-1982, quand pour financer son projet de jardin Niki de Saint Phalle crée un parfum, produit en série, et dessine un flacon dont le couvercle figure deux serpents enlacés, le doré figurant l’homme, le multicolore, la femme. Elle confiait en 1985, dans un entretien à la télévision américaine : «Le serpent est un animal très sensuel ; pour moi ces serpents font l’amour». Le parfum est, selon elle, «composé d’un mélange de fleurs fantastiques, d’un rayon de soleil, du jeu des serpents, de la mystique de la lune et des étoiles et d’une touche d’amour». Elle travaille aussi, en 1983 avec son époux Jean Tinguely, à la fontaine Stravinsky à Paris, où parmi les seize sculptures trône celle d’un serpent cracheur d’eau tournant sur lui-même. L’air pour la charmeuse de serpent figure dans L’Oiseau de feu, ballet en deux tableaux dont la musique est due à Stravinsky. Signalons encore les bijoux auxquels l’animal prête ses formes. On peut aussi citer l’Arbre aux serpents, décliné en Arbre de la liberté, Arbre de vie, les rampes de la carte L’Empereur, serpents aussi présents sur le sol… Un sujet omniprésent dans le jardin des Tarots, l’oeuvre qui lui tenait tant à coeur.

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© 2014, Niki Charitable Art Foundation / ADAGP, Paris
Niki de Saint Phalle (1930-2002),
Snake and Egg, 1981-1982, acrylique et résine polyester, d’une édition à sept exemplaires, 26,5 x 19,5 x 16 cm.


QUAND ?
Mardi 28 octobre 2014

OÙ ?
6, avenue Hoche, à 19 h.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 25 000/35 000 euros.

niki
© 2014, Niki Charitable Art Foundation / ADAGP, Paris
La Gazette Drouot n° 36 - Vendredi 24 octobre 2014 - Anne Foster


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