La Gazette Drouot
Un album de Vuillard
À PARIS / Intérieurs

Très lié à ses débuts au théâtre d’avant-garde, Vuillard se montrera notamment influencé par Maeterlinck
dans ses compositions intimistes, ici traduites en estampes grâce à Vollard

Cet album n’est rien moins que le chef-d’oeuvre de Vuillard dans le domaine de l’estampe. Cela grâce à douze planches et une couverture, sans oublier la volonté d’un galeriste éditeur, pionnier du genre : Ambroise Vollard. Dès l’ouverture de sa galerie, en 1893 au 37, rue Laffitte, ce dernier envisage de commander des estampes à des artistes contemporains. Une envie somme toute dans l’air du temps. En effet, cette même année naissait
L’Estampe originale, un trimestriel éditant des multiples en séries de cent, qui suscita un vif intérêt des amateurs pour les estampes en couleurs. L’arrêt de cette aventure éditoriale, deux ans plus tard, laissera le champ libre à Vollard... En 1896, il édite ainsi l’Album des peintres graveurs, pour lequel Vuillard est sollicité et compose Le Jardin des Tuileries. Le marchand le connaît depuis peu, ayant acheté trois de ses pastels en novembre 1895. Le catalogue de l’exposition De Cézanne à Picasso, chefs-d’oeuvre de la galerie Vollard organisée au musée d’Orsay, à Paris en 2007, indique que l’artiste était loin d’être familier à Vollard, ce dernier ayant orthographié son nom avec un «W» ! Édouard Vuillard avait rejoint le groupe des nabis en 1890, sa première exposition personnelle ayant lieu deux ans après, dans les locaux de La Revue blanche. Cette affiliation non seulement lui ouvre les portes du monde des théâtres d’avant-garde, mais lui permet aussi de faire ses premiers pas dans le domaine de l’estampe. En 1890, il réalise pour le programme de Monsieur Bute au Théâtre Libre, pièce de Maurice Biollay, une lithographie coloriée au pochoir. André Antoine avait fondé ce théâtre en 1887 avec l’intention de dépoussiérer la tradition et confiait la réalisation de chacun de ses programmes à des artistes différents. Après un second album en 1897, lui aussi composé à plusieurs mains, Vollard se lance dans l’édition d’albums monographiques. Le premier, Quelques aspects de la vie de Paris (en 1898), échoit à Pierre Bonnard, le second, édité la même année et intitulé Amour, revenant à Maurice Denis. Paysages et intérieurs est publié en 1899. En fait de paysages, un seul est bucolique, A travers champs, les trois autres étant urbains. Les huit épreuves restantes sont des intérieurs. Des environnements privilégiés par l’artiste, où s’expriment au mieux la synthèse des éléments, héritée des estampes japonaises, et la fusion des personnages dans le décor. Il faut à nouveau voir dans cette prédilection l’influence du théâtre, pour lequel Vuillard n’imagine pas seulement des programmes, mais aussi des décors, notamment pour des pièces de Maurice Maeterlinck. «Tout chef-d’oeuvre est le symbole et le symbole ne supporte jamais la présence active de l’homme», considérait ce dernier (La Jeune Belgique, 1890). Un avis visiblement partagé par Vuillard, pour qui la représentation d’intérieurs est gouvernée par une indéniable théâtralisation symboliste. Plusieurs planches de notre album en témoignent, la figure humaine traitée telle une ombre participant au mystère dégagé par l’atmosphère de la pièce. Un espace autant dramatique que physique...

vuillard

Édouard Vuillard (1868-1940), Paysages et intérieurs, 1899,
suite complète des 12 lithographies et de la couverture, A. Vollard éditeur,
tirage à 100 exemplaires.

QUAND ?
Jeudi 28 mai 2015

OÙ ?
Salle des ventes Favart.
Ader SVV. Mme Bonafous-Murat.

COMBIEN ?
Estimation : 100 000/120 000 euros

La Gazette Drouot n° 20 du vendredi 22 mai 2015 - Sylvain Alliod


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