La Gazette Drouot
Un vase paradisiaque
Un jardin extraordinaire

Ce vase fabuleux au verger paradisiaque célèbrera prochainement, à Bordeaux, la douzième édition
des Rendez-vous aux jardins. Avec éclat et poésie.

Un essor prodigieux devait marquer la verrerie à la fin du XIXe siècle. Le maître Henry Cros, passionné
d’archéologie, renoue alors avec des savoir-faire anciens ; se tournant vers les productions antiques, il redécouvre la pâte de verre en bas-relief. La matière moulée et teintée, toujours dans la masse, permet une synthèse entre sculpture et peinture. Dirigeant un atelier à l’école de céramique de Sèvres, il a notamment pour élève Gabriel Rousseau. Initié à la grande tradition céramiste de la manufacture, le jeune homme saura accorder à la technique une place fondamentale. Après un diplôme obtenu en 1906, il va désormais consacrer toutes ses recherches au verre et mettra au point un procédé fort complexe. Argy-Rousseau s’affirme ainsi le seul artiste à avoir réalisé des pâtes de verre selon une pratique restée unique. Ses premières créations reprennent les thèmes floraux chers à Gallé, tout en développant des possibilités expérimentales nouvelles. Excellent ingénieur, il invente une façon de colorer le verre en surface : les oeuvres, déjà cuites, sont badigeonnées d’une poudre d’oxyde, puis subissent une seconde cuisson à basse température. Ces véritables sculptures en verre se révèlent des prouesses de virtuosité, tant esthétique que technique. Artiste déjà accompli, il rencontre à Sèvres Nicolas Platon-Argyriadès, dont la famille est originaire de Macédoine. Ce céramiste lui présente sa soeur Marianne, une musicienne de talent. Très cultivée, celle-ci encourage notre fin lettré dans ses goûts pour l’art classique grec. Après leur mariage, en 1913, le maître verrier signera dorénavant ses créations “Argy-Rousseau”. Il joint donc à son nom les quatre premières lettres du patronyme de sa belle-famille, en hommage à la femme de sa vie. S’associant à Gustave Moser-Millot, il fonde en 1921 la Société des pâtes de verre d’Argy-Rousseau, établie rue Simplon, à Paris, et où il emploie une dizaine de décorateurs et d’artisans. Là, il réalise des vases, des coupes, des lampes et des veilleuses d’esprit art déco. Ses créations conservent toutefois les effets polychromes de l’art nouveau, à l’exemple de notre vase provenant d’une succession bordelaise. Le modèle a été créé en 1926, au faîte du parcours artistique d’Argy-Rousseau, où une qualité de la matière, une perfection de l’exécution s’allient au charme dansant des sujets décoratifs. Les trois Hespérides harmonieusement figurées rappellent les célèbres hydries de Caere, exposées au Louvre. Au coeur d’une composition bien rythmée, elles apparaissent juchées sur une base géométrique enjolivée de motifs à la grecque. Avec grâce, elles proclament l’amour indéfectible d’Argy-Rousseau pour la civilisation hellénistique. Nymphes du couchant, elles veillent au pied de l’Atlas sur le jardin des Dieux, où poussent les pommes d’or, cadeau de noces de la Terre à Junon. Avec de tels appâts, elles ne risquent pas d’être renvoyées aux calendes grecques ! Les amateurs l’auront déjà bien noté sur leur agenda.

vase

Gabriel Argy-Rousseau (1885-1953),
Le Jardin des Hespérides, vase en pâte de verre, h. 24,5 cm.

QUAND ?
Mercredi 28 mai 2014

OÙ ?
Bordeaux, Bordeaux Chartrons - Bordeaux Enchères SVV.
Mes Blanchy - Lacombe.

COMBIEN ?
Adjugé: 17 000 € sans frais

La Gazette Drouot n° 20 - Vendredi 23 mai 2014 - Chantal Humbert


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