La Gazette Drouot
Une pendule japonnaise
Le temps, c’est de l’argent

Un travail japonisant ? Que nenni ! Résolument japonaise et créée en plein renouveau Meiji, cette pendule symbolise l’ouverture de son pays, tout en respectant les traditions locales

L’origine nippone de cette pendule est notamment attestée par les chiffres du cadran, en kanji, par le fait qu’elle soit principalement sculptée dans du bois et par sa forme, représentant le sac de richesse d’Hotei parcouru par de charmants petits rats. L’iconographie de notre garde-temps se révèle porteuse des meilleurs auspices. Le rat n’est autre que le messager de Daikotuten, divinité de la richesse, du commerce et des échanges... Des thématiques parfaitement adaptées, à l’heure où l’archipel sous l’égide de l’empereur Meiji, Mutsuhito (1852-1912), ouvre son économie sur le reste du monde. Figurée sous la forme d’un homme gras assis sur des sacs de riz, le gros sur son épaule contenant la sagesse et la patience, la forme shinto de la divinité bouddhique du temps compte parmi les sept dieux du bonheur. C’est également le cas d’Hotei, japonisation du Bouddha du futur, de Maitreya, lui aussi représenté le ventre rebondi, mais assis sur un sac réputé être rempli de trésors ; souriant, il incarne la générosité, la fortune et l’abondance. Bref, quelle que soit la divinité à laquelle est ratta­ché notre sac, il n’est pourvoyeur que de bonnes choses... D’un point de vue stylistique, l’ouverture forcée du Japon a permis l’avènement d’un éclectisme combinant les influences occidentales aux sources locales, et l’adoption de nouvelles typologies, comme la chaise. Les horloges, elles, ne sont pas une nouveauté, ayant été introduites par les missionnaires jésuites et les marchands hollandais au XVIe siècle. À partir de 1641, L’isolement du Japon, initié par Tokugawa leyasu, met un terme à l’introduction des innovations techniques étrangères. Les horlogers japonais ont donc adapté les anciens échappements à verge et les foliots à leur mesure du temps, les six unités temporelles du jour et les six de la nuit étant variables selon les saisons. Une complication qui ne concerne pas notre instrument, le gouvernement ayant adopté en 1873 les heures égales de l’Occident et, dans la foulée, le calendrier Grégorien. En 1853 en effet, les vaisseaux du commodore Perry entraient dans la baie d’Edo, obligeant le pays à rouvrir ses frontières. Le Japon devient alors un débouché commercial dans lequel s’engouffrent les Américains, notamment dans le domaine de l’horlogerie. Ils sont suivis par des spécialistes du domaine, les Suisses, l’Union horlogère, qui réunit des fabricants de La Chaux-de-Fonds et du Locle, ouvrant dès 1860 un comptoir à Yokohama. En 1863, le président de l’association, Aimé Humbert-Droz, conduit la mission diplomatique suisse. À ses côtés, James Favre-Brandt, un jeune horloger qui va permettre un véritable transfert de technologie. Il aurait même fourni des armes à feu pour la jeune élite, qui renversera le shogunat et permettra la restauration Meiji en 1868. Néanmoins, il faudra attendre pour que montres et horloges se généralisent, les Japonais n’attachant alors pas d’importance au temps. Mais, comme le dit le proverbe anglais, «time is money» et, comme en témoigne notre pendule, ils comprendront vite l’intérêt de gérer leur temps aussi bien que leurs affaires.

pendule

Japon, époque Meiji (1868-1912), pendule en bois à décor laqué, ivoire, corne et corail, h. 37 cm.

QUAND ?
Mercredi 28 mai 2014

OÙ ?
Drouot-Richelieu, salle 6
F.l. Auction SVV, Mme Jossaume, M. Portier.

COMBIEN ?
Adjugé : 30 000 euros sans frais

pendule
 
La Gazette Drouot n° 20 - Vendredi 23 mai 2014 - Sylvain Alliod


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