La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Un panneau de Van de Venne
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Danse sur glace hollandaise
Créés par les Flamands puis adoptés par les Hollandais, les paysages d’hiver où évoluent des patineurs font l’unanimité... chez les artistes, comme sur le marché de l’art.
Adjugé 320 400 € frais compris.
Adriaen Pietersz van de Venne (1589-1662),
Patineurs sur une rivière gelée devant un château, panneau de chêne, 59,5 x 74 cm.
Dimanche 28 mai 2006, Rouen.
Denesle & Frémaux Le Jeune Art enchères.
Cabinet Turquin, Mauduit, Étienne.
À mille lieux de la peinture allégorique des vices et des vertus, les patineurs d’Adriaen van de Venne dansent, virevoltent et jouent, tous ensemble, dans une belle fraternité. Chacun semble en profiter sans distinction, des chiens courant sur la glace aux bourgeois dans leur carrosse. Au premier plan, un homme attache ses patins, une femme manque de chuter derrière lui, trois gaillards discutent, un vieil homme, à gauche, se contente d’admirer le spectacle appuyé sur sa canne ; un couple se promène dans le fond et, à droite, des hommes s’essaient à quelques figures... Ne gâchant rien, le cadre : la scène se déroule devant un somptueux château. Serait-ce le bonheur, tout simplement ? Les premières neiges tombent, la glace prend lacs et canaux, et les hommes, tels des enfants innocents, sortent s’amuser.

Une frontière infime
Pieter Brueghel l’ancien, père de la peinture flamande, fut l’initiateur du genre (Paysage d’hiver avec patineurs et trappe à oiseaux de 1565, conservé au Musée royal de Bruxelles). Cette fraîcheur et cette quiétude apportées par de petits patineurs slalomant au coeur d’un village furent reprises par de nombreux suiveurs. Mais ce thème fit des émules au-delà les frontières, chez les voisins hollandais au XVIIe siècle, au premier desquels on citera Hendrick van Avercamp. Ce dernier réussit de talentueuses compositions, tel son Paysage d’hiver, qui créa la sensation le 17 juin 2005 à Drouot en atteignant la somme de 759 500 euros frais compris (Beaussant - Lefèvre SVV). La vigueur du marché de la peinture ancienne était ainsi saluée, mais l’ascension était en germe depuis plusieurs années, le neveu d’Hendrick Avercamp, Barent, ayant par exemple été gratifié, en avril 2002, d’une adjudication à 457 410 euros pour son Paysage d’hiver à l’Ysel à Kampen avec des patineurs, à Bayeux (Bailleul SVV). La frontière entre les Pays-Bas méridionaux et septentrionaux est donc souvent infime. D’ailleurs on peut aisément effectuer une comparaison stylistique entre cette oeuvre et la nôtre. En effet, la minutie et la précision portées au dessin semblent proches, tout comme les arbres dépouillés et les habits colorés des personnages contrastant avec l’atmosphère brumeuse. Créés par l’école flamande, ces paysages d’hiver subirent ainsi une évolution au travers des échanges entre les artistes des deux pays. Le réalisme s’unit alors au caractère utopique flamand, afin d’offrir une représentation «sur le vif» des plaisirs de l’hiver, cette image de convivialité et de ruralité rêvée, rendant hommage à la croyance de Brueghel en l’humanité. Ce n’est pas Adriaen van de Venne qui nous contredira, lui, le Hollandais, né à Delft et mort à La Haye. Il n’hésita pas à s’inspirer de Brueghel de Velours dans ses premières oeuvres et résida à Middelbourg entre 1614 et 1624. Cette oeuvre, alliant le paysage monochrome sombre hollandais à l’aspect théâtral flamand, aurait d’ailleurs été réalisée durant ce séjour.
Caroline Legrand