La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Un vase de Boulton
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Un entrepreneur du XVIIIe siècle
La renommée de Boulton reste attachée à la fabrication des machines à vapeur.
Un succès qu’il n’aurait peut-être pas atteint sans sa manufacture d’objets d’art.
vizner

Adjugé 204 000 euros frais compris
(17000 €).
Matthew Boulton (1728-1809). Vase aux sphinx en spathfluor améthysté,
dit blue john, monture en bronze doré formant pot pourri, socle carré en deux parties.
H. 32 cm, base : 14,5 x 14,5 cm.

Paris, mercredi 28 mars 2007, salle 1-7.
J. J. Mathias SVV. M. Lepic.

Entré très jeune dans l’entreprise de son père, fabricant de boutons, de boucles et de jouets, Matthew Boulton révèle en quelques années un talent d’entrepreneur exceptionnel. À la mort de son père, en 1759, il avait déjà développé l’exportation aux Pays-Bas, en Espagne et au Portugal. Cette expérience commerciale avec les nations européennes est un atout supplémentaire quand il décide d’agrandir la manufacture, de trouver de nouveaux produits et de se lancer dans le commerce d’objets d’art à montures de bronze doré.
Comme l’écrit son futur associé, James Watt, pour une tout autre catégorie de marchandises : "M. Boulton possédait le talent de rendre réalisables toutes les inventions, les siennes comme celles des autres"... De plus, tous ses amis lui reconnaissent un indéniable don pour la promotion des objets auprès de ses nombreuses relations et admirent son ouverture d’esprit. En effet, Matthew Boulton n’hésite pas à lancer plusieurs projets en même temps. À partir de 1760, année où il épouse en secondes noces la soeur de sa première femme, qui lui apporte en dot 28 000 £ – somme fort coquette pour l’époque, qui consolide son indépendance financière –, il achète Soho House, son moulin et ses terres, sur lesquelles il fait construire des ateliers modernes, spacieux et aérés. L’équipement y est des plus perfectionnés et des logements sont créés pour ses ouvriers. Matthew Boulton ouvre sur place des magasins d’exposition, où il reçoit personnellement la haute société de l’époque, ses amis Erasmus Darwin, Benjamin Franklin et Josiah Wedgwood.

Il se lance dans la production de métal argenté, invente la production semi-industrielle de pièces de monnaie, achète des parts dans la société de James Watt et se bat pour prolonger le brevet jusqu’à la fin du siècle... le temps de mettre au point sa machine à vapeur.
Et de continuer la fabrication d’objets ou de montures en bronze doré. Boulton n’est certes pas le premier à produire des bronzes dorés en Angleterre, mais il a su donner un essor considérable à cette activité et une qualité reconnue en Europe.

Les vases assurent tout particulièrement sa fortune. Il les propose transformables en pots-pourris, ceints d’un mouvement circulaire d’horlogerie ou pouvant se transformer en candélabres par adjonction de bras de lumières. Le modèle dit «aux sphinx» est ainsi proposé en plusieurs versions. Le corps du vase est en blue john, un matériau abondant du Derbyshire, les socles en verre peint à l’imitation du lapis-lazuli, de l’agate ou du marbre, reposant sur une autre base en ébène ou en bois marqueté d’écaille. Le vase aux sphinx fut créé en 1770 pour intégrer une garniture de cheminée destinée au salon particulier de la reine, à Windsor. D’ailleurs, un pendant de notre vase fait aujourd’hui encore partie des collections royales anglaises. Après un tel succès, la clientèle n’a plus jamais manqué du vivant de Matthew Boulton...
Anne Foster