La Gazette Drouot
Collection Bazaine
L’oeil des Bazaine

Moins connu que son cousin peintre, Jacques Bazaine fut un collectionneur passionné qui, en pleine guerre, ouvrait une galerie pour défendre des artistes engagés. Portrait.

La provenance Jacques et Lydie Bazaine n’est pas inconnue des familiers de l’hôtel Drouot.

Le 31 mars 2010, neuf tableaux de Francis Gruber affichant ce pedigree revigoraient la cote du peintre, totalisant 407 610 euros frais compris. Cette fois, ce sont vingt-cinq oeuvres qui prennent le chemin des enchères, dessinant – de Gruber à Olivier Debré et des années 1936 aux années 1970 – le paysage des recherches de l’école de Paris. Dominé par des couleurs franches, il part d’un questionnement de la figuration, pour aboutir à l’abstraction la plus radicale. Un parcours emprunté entre 1941 et 1947 par le cousin du collectionneur, Jean Bazaine, dont une huile sur toile de 1967-1970, Eaux partagées, figure au catalogue. Formé d’abord à la sculpture, à la littérature et à la philosophie, Jean théorise et écrit beaucoup sur l’art. En mai 1941, dans un Paris occupé très hostile aux avant-gardes, il présente à la galerie Braun, avec le directeur des éditions du Chêne, une exposition intitulée “Vingt jeunes peintres de tradition française”.
Cette revendication d’une tradition nationale sauvera les artistes des foudres de la censure, malgré la violence des couleurs et le caractère abstrait de certaines oeuvres. En 1947, le groupe éclatera, Jean se rangeant définitivement loin de la figuration. Jacques est quant à lui un publicitaire, féru, comme son épouse Lydie, de peinture contemporaine. Tous deux sont des habitués de la galerie Louis Carré. Mais, en cette époque difficile, leur engagement pour l’art de leur temps ira beaucoup plus loin que la seule collection. En janvier 1942, le couple inaugure la galerie Friedland, au 234 de l’avenue du même nom ; en juin ils exposent Charles Walch, l’un des “Vingt jeunes peintres”. Les Bazaine seront les premiers marchands de Maurice Estève. Une toile de celui-ci, L’Hommage à Cézanne, figurait dans l’exposition “Hommage aux anciens”, pour laquelle Gruber avait bien entendu livré son fameux Hommage à Jacques Callot, dont il avait peint l’effigie pour les cortèges du Front populaire. Les nazis l’obligeront à retirer avant le vernissage un bouquet tricolore brandi par le personnage central.

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Adjugé 54 180 euros frais compris.
Olivier Debré (1920-1999), L’Ocre jaune de l’automne, novembre 1975, 141,5 x 150 cm.
Mercredi 27 juin 2012, salle 7 – Drouot Richelieu. Millon & Associés SVV. Mme Ritzenthaler.

Lydie et Jacques entretiennent des rapports amicaux avec les artistes ; en 1943, Gruber exécuta ainsi un portrait de Lydie, conservé au musée de Nancy. L’année précédente, un autre artiste, présent au catalogue, Raymond Legueult, livrait également un portrait de la galeriste. Il comptait parmi les “Vingt jeunes peintres”, avec Lucien Coutaud, Édouard Pignon, Gustave Singier ou Charles Lapicque, dont des oeuvres figurent aussi dans la collection Bazaine. Bon nombre datent de 1936-1945 – période charnière – et toutes présentent des couleurs franches et des compositions solidement orchestrées, révélant la sureté des choix du couple de collectionneurs. S’ils ont fermé la galerie dans les années 1950, les Bazaine n’ont pas cessé d’acheter, se tournant vers Debré ou Hajime Kato.
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Adjugé 41 580 euros frais compris.
Maurice Estève (1904-2001), Le Bouquet blanc, 1942, huile sur toile, 83,5 x 54 cm (détail).
Mercredi 27 juin 2012, salle 7 – Drouot Richelieu. Millon & Associés SVV. Mme Ritzenthaler.
La Gazette Drouot n°25 - 22 juin 2012 - Sylvain Alliod


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