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| Un pont entre deux rives
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C’est à Argenteuil que Monet aimait se mettre au vert, dans les années 1870.
D’autant qu’entre fleuve, bateaux, ponts et promeneurs... les motifs ne manquaient pas ! |
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| Rappelez-vous 1874. Cette année-là, du 15 avril au 15 mai, une exposition fait l’événement, au 35, boulevard des Italiens, dans les anciens salons du photographe Nadar, celle des membres du révolu groupe des Batignolles. Trente-cinq artistes, parmi lesquels Monet, Pissarro, Sisley, Degas, Cézanne et Boudin, dont les oeuvres aux coloris frais se détachent sur les murs de velours rouge ; l’une d’elles, une Vue du Havre à la technique proche de Turner, rebaptisée Impression, soleil levant, donnera son nom à un mouvement qui fera de la nature, avec ses frissons d’ombre, son terrain de jeux privilégié. L’impressionnisme est né. Non sans mal, car si nombre de critiques se montrent favorables, pour d’autres, nos peintres ne produisent que des «grattures de papier posées uniformément sur une toile» et sont de dangereux anarchistes... "Impression, j’en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans [...] Le papier peint à l’état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-l", déclare le paysagiste Joseph Vincent devant la fameuse toile... Heureusement pour nous, le principal intéressé, lui, est retourné peindre à Argenteuil, où il est installé depuis la fin de l’année 1871 et où il demeurera jusqu’en 1878. Il a appris d’Eugène Boudin que peindre sur le motif donnait à la toile une force et une vitalité incomparables. Imaginez Monet et ses amis partir avec chevalet, palette et peintures en tube faire de la nature leur atelier, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente ou que le soleil leur conseille de s’abriter sous un parasol. Et puis, finies les contraintes de la voiture à cheval, que seule une certaine aisance financière autorisait. Des trains, toutes les heures, mettent la Normandie et les villages de Bougival, Asnières ou Argenteuil à un jet de pierre de la capitale, fournissant aux ouvriers parisiens, aux petits bourgeois et aux peintres l’occasion d’excursions à la campagne. Argenteuil est alors une cité de vignerons et de maraîchers. Les fortifications ont été rasées et, depuis 1832, un pont enjambe la Seine. Quelques lotissements et usines font leur apparition. Un gros gisement de gypse fournit les chantiers haussmanniens, un établissement métallurgique les halles de Baltard, la Tour Eiffel ou la gare Saint-Lazare. Entre les rangs de vigne, les asperges deviennent aussi célèbres. |
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Estimation : 6/8 Meuros.
Claude Monet (1840-1926), Les Bords de la Seine au pont d’Argenteuil,
1874, huile sur toile, 54 x 73 cm.
Lundi 27 juin 2011, salle 5-6 - Drouot-Richelieu. Aguttes SVV. M. Coissard. |
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| Ainsi, la population de la ville triple durant la seconde moitié du siècle. Monet, Sisley, Manet, Renoir, Caillebotte, Pissarro ou Van Gogh profitent des aménagements au bord de l’eau, ou tout simplement du paysage. Claude Monet peint la ville, le pont routier – comme ici avec l’ancienne maison de l’octroi ou du passeur –, le pont ferroviaire, avec ou sans train, surtout la Seine, parfois depuis son bateau atelier. Le fleuve est un sacré terrain de jeux : on y croise les passionnés de navigation – comme Gustave Caillebotte, à qui notre toile a appartenu –, et ceux qui regardent depuis les guinguettes. Monet multiplie les sujets, s’imprègne de leurs variations selon les saisons et les conditions atmosphériques. Certaines toiles n’évoquent que les loisirs, d’autres les modernes motifs industriels ; les tonalités presque métalliques contrastent avec les coloris vibrants, les personnages étant bien souvent réduits à de frêles silhouettes. À la variété des sujets répond celle des techniques : certaines oeuvres sont peintes avec minutie, d’autres plus vivement brossées, l’effet d’ensemble devant alors primer sur les détails. Même s’il s’agit à chaque fois de traduire en peinture des sensations personnelles, de suggérer au moyen de la couleur les formes et leur relation dans l’espace, de trouver dans le moindre motif matière à des expérimentations. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises... |
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| La Gazette Drouot N°25 -24 juin 2011 - Claire Papon |
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