La Gazette Drouot
Tableau vénitien du XVIe siècle
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Comme une renaissance
Attention, rareté ! Ce n’est pas tous les jours qu’un tableau vénitien du XVIe siècle
réapparaît sur le marché, surtout de cette qualité et avec un tel pedigree...

Estimation : 80 000/120 000 euros.
Pietro degli Ingannati (1490-vers 1550), Sainte Famille avec sainte Catherine et saint Jean-Baptiste, panneau renforcé,
signé et daté "Petrus Dein./Ganatis Fecit / .M.D.XLVIII", 84 x 116,5 cm.
Saint-Raphaël, samedi 27 juin 2009.
Var Enchères - Arnaud Yvos SVV. M. Millet.

Il y a du Giovanni Bellini dans ce tableau ! Douceur des visages, clarté des couleurs, finesse du trait, autant de qualités qui placent cette oeuvre au panthéon des peintures vénitiennes de la Renaissance. Si le nom de l’auteur de cette Sainte Famille, Pietro degli Ingannati, vous est certainement inconnu, il n’en reste pas moins un fameux représentant de cette école du XVIe siècle.
Né à Trévise en 1490, celui qui apprit le métier auprès de Francesco Bissolo sera par la suite actif dans la cité des Doges, jusqu’au milieu du cinquecento, se faisant également appelé «Ingannai» ou «Insannai». D’abord fortement marqué par l’art de Bellini, le peintre subira aussi l’influence de Giorgione et de Palma Il Vecchio.
Si très peu d’autres oeuvres de sa main nous sont connues, celles-ci ont marqué les mémoires par leur beauté. Il faut avoir contemplé les deux Vierge à l’Enfant entourée de saints, à la Gemaldegalerie de Dresde, auxquelles notre tableau a été rapproché par l’expert, ou sa Vierge avec quatre saints du musée Kaiser Friedrich, à Berlin. Mais revenons à notre Sainte Famille, qui est loin de passer inaperçue avec son gigantesque format et son cadre imposant, à la manière d’un autel d’église. Les pérégrinations de ce fabuleux panneau nous sont en belle partie connues. Il appartint ainsi à la collection Sellar, dispersée à Londres en 1894. Après être passé entre les mains de collectionneurs tels Schidloff, à Paris, et Erhardt à Londres, il fut acquis aux enchères par son actuel propriétaire en octobre 1934, à Avignon. Reproduite dans nombre d’ouvrages spécialisés, dont Italian Pictures of the Renaissance, Venetian School de Berenson, notre Sainte Famille compte bien parmi les chefs-d’oeuvre de la Renaissance vénitienne.
Plus que toute autre ville, la cité des Doges fut frappée par les bouleversements de l’époque. Incon­tournable centre d’échanges économiques et culturels, Venise accueillit à bras ouverts la pensée humaniste. Les années 1520 et 1530 furent celles de la richesse et de la reconstruction, le doge Andrea Gritti décidant d’immenses travaux autour de la Piazzetta. Sous son règne, de nombreux artistes rejoignent la cité et lui offrent par leurs réalisations pour les grandes familles vénitiennes, pour les églises ou les scuole, ses plus belles années artistiques. Se basant sur le modèle classique laissé par les Grecs et les Romains, les artistes de la Renaissance cherchent un compromis entre l’Idéal et la Nature, pour placer l’Homme au centre de leur création.
Giovanni Bellini joua en cela un rôle majeur. Sous son pinceau, la Vierge et les Saints prennent visage humain, comme en témoignent les personnages de sa célèbre Pala San Zaccaria réalisée en 1505. Avec son cadrage resserré sur les personnages, son paysage inspiré des Flamands à l’arrière-plan, Pietro degli Ingannati effectue un pas supplémentaire.
Il a trouvé l’union parfaite entre l’Homme et la Nature.
Caroline Legrand
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