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| On y croâ ! |
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À faire la pluie et le beau temps, elle a fini par être l’une des vedettes de cette vente
de faïences et de porcelaines anciennes. La grenouille, tout un symbole !
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Adjugé 45 727 euros frais compris.
Dynastie des Ming, période Wanli, fin du XVIe siècle. Kendi en forme de grenouille, porcelaine décorée en bleu sous couverte, h. 15,5, l. 15 cm.
Paris, vendredi 27 juin 2008
Drouot-Richelieu, salle 10.
De Maigret SVV. M. L’Herrou.
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Le coassement des grenouilles n’empêche pas l’éléphant de boire, dit le proverbe africain. Voilà qui tombe bien, plusieurs de ces pachydermes tout au moins sous forme de kendi en porcelaine décorée en bleu sous couverte empruntant ici le chemin des enchères. Tous datent de la période Wanli (1573-1620). Si les bols, coupes et autres assiettes abondent sous le marteau, plus rares sont ces vases à boire. Le kendi, mot dérivant du sanscrit kundika, encore connu chez nous sous le nom de "gargoulette", a pris forme en Malaisie. Produits essentiellement sous la dynastie Ming (1573-1619), ces objets étaient pour l’essentiel destinés à l’exportation, vers le marché du Sud asiatique, mais aussi vers l’Empire ottoman ou la Perse. En Europe, les collectionneurs apprécièrent dès le XVIIe siècle leurs formes originales ou l’aspect exotique, comme en témoignent des natures mortes hollandaises. Dans l’archipel malais, lors des cérémonies de mariage, il n’était pas rare de voir la future épouse purifier les pieds de son promis à l’aide de l’eau versée du kendi. Côté matériaux, outre la porcelaine, la terre cuite, le grès ou le laiton ont été utilisés. Le récipient s’adapte aux usages de chaque pays : il contient du vin en Chine ou en Europe, de l’eau lustrale dans l’archipel malais et au Proche-Orient, où il fut même transformé en réservoir de narguilé. Un bec verseur courbe, droit ou en bulbe (dont l’origine se trouverait à Java) permet de boire à la régalade ; on se sert de l’ouverture à haut col terminé par un renflement pour remplir, mais aussi pour tenir le kendi. Des modèles à panse renflée ornés de fleurs, disposées au naturel ou dans des réserves, côtoient des kendi zoomorphes, plus rares, en forme de buffle, d’éléphant ou de grenouille. Un marché juteux, auquel les fours chinois ne pouvaient plus répondre pour cause de tourmente politique, de la fin des Ming à l’installation du pouvoir mandchou. Les pays étrangers se tournèrent alors vers les productions thaïes, vietnamiennes ou japonaises. Autant de créations pour stimuler la concurrence quand reprirent les exportations chinoises... Mais attachons-nous plutôt à la forme de notre kendi, né à la fin du XVIe siècle. Symbole de la vie qui se renouvelle sans cesse dans l’Égypte ancienne, la grenouille est représentée sous les traits de la déesse Hekat. Image de la sensibilité et de la beauté autant que messagère du bonheur chez les Celtes, elle incarne l’eau chez les Amérindiens ou dans la Chine ancienne n’a-t-elle pas le pouvoir d’appeler la pluie avec différents sons ? Chez les Grecs, elle illustre encore la vie, la fécondité et la création. Brandi sur les étendards de Clovis, notre sympathique batracien illustre, par ses métamorphoses, la démarche spirituelle vers la perfection et l’immortalité.
Déesse de l’humidité des marais, la grenouille est, au Vietnam, l’âme qui voyage pendant que le corps se repose.
Pour Pline l’Ancien, elle serait plus utile à la vie que les lois...
Au Moyen Âge, enfin, les Chrétiens d’Occident voyaient en elle le diable, le harcèlement de Satan ou de quelque hérétique.
Qui l’eût cru ? |
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| Claire Papon |
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