Coup de coeur - Une toile de Pierre Jollain
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| Émile Gallé ornemaniste inspiré |
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On le savait verrier, bien sûr, céramiste, beaucoup moins... L’un de ses plats,
d’inspiration japoniste, est en bonne place dans une vente classique. Découverte.
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Adjugé 61 369 € frais compris.
Plat en faïence fine à décor de personnages, poissons et vagues, émaux polychromes sur fond d’émail stannifère, signé Gallé et situé Nancy, diam. 58 cm.
Paris, mercredi 27 juin, salle 1. Mathias SVV. M. Marcilhac. |
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Imagination et fantaisie : pas question pour Émile Gallé de copier littéralement la nature. Certes, la faune et la flore lui fournissent ses motifs de prédilection, mais s’il les étudie abondamment, c’est pour mieux s’en emparer. Autre sujet familier, l’Orient. Plus que la Chine, c’est le Japon qui le séduit à travers les estampes et lui fournit de nouvelles sources d’inspiration. Siegfried Bing collectionneur et marchand d’origine allemande installé en France est passé par là, qui a mis le pays du Soleil-Levant à la mode. Orfèvres, verriers, ébénistes et, bien sûr, céramistes accueillent cette vague qui déferle sur l’Europe depuis le début des années 1860. Pendant une cinquantaine d’années, "le japonisme est plus qu’une fantaisie, c’est une passion, une religion", note le critique Jules Claretie. Là encore, pas question de copier, mais bien plutôt de donner naissance à un art revu, interprété, régénéré.
À l’Exposition universelle de Paris, en 1867, on s’émerveille devant des milliers d’objets et même des reconstitutions de maisons japonaises. Les Parisiens sont conquis, les artistes aussi. Gallé ne fait pas exception à la règle. La meilleure preuve ? Notre plat, dont un autre exemplaire appartenant au musée d’Orsay fut longtemps considéré comme une pièce unique.
Nous sommes vers 1878. Émile Gallé travaille depuis l’âge de seize ans aux côtés de son père, négociant en verre et en céramique ; il y a quatre ans, ce dernier lui a laissé la direction de l’entreprise et il n’a cessé de la développer. Point de départ de notre plat : une oeuvre attribuée à Bernard Palissy - ou à l’un de ses suiveurs reproduite dans un ouvrage de Théodore Deck sur la faïence et entrée en 1856 au musée du Louvre. Que de chemin parcouru entre le faïencier Renaissance et le chef de file de l’art nouveau à Nancy ! Chez le premier, six mascarons têtes de femmes et satyres , couronnés de feuilles et drapés, entourent une fleur. Chez Gallé, les six personnages sont également drapés, mais leur type et le vêtement empruntent à l’Extrême-Orient. Un Extrême-Orient toutefois à la guise de l’artiste et revu avec sa fantaisie coutumière : ici, des kimonos aux motifs réellement japonais les fleurs de prunus et les roues , là, des visages aux traits singuliers, mais ornés de coiffures incontestablement chinoises... Quant à la mise en scène de ce décor en ronde tourbillonnante, il faut en chercher l’origine dans les kagamibuta et les manju, netsuke en forme de boîte avec couvercle ou en bouton. Enfin, impossible de ne pas remarquer les carpes. On les retrouve souvent sur les manju, mais aussi sur les tables japonaises. Une tradition veut en effet que l’on offre du poisson, la coutume voulant que les tables de cérémonie soient garnies d’animaux vivants. Rappelons que la carpe est le symbole des forces vitales, de la détermination et de la persévérance... |
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| Claire Papon |
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