Coup de coeur - Un déjeuner égyptien en sèvres
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| Quand Sèvres s’habille à l’égyptienne |
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Au menu d’une vente normande, un pittoresque déjeuner aiguisera l’appétit des collectionneurs. Aux couleurs de l’égyptomanie !
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Adjugé 420 000 €
(489 250 € frais compris)
Déjeuner égyptien en porcelaine de Sèvres, décor d’après Dominique Vivant Denon. Une théière, une jatte, un pot à lait, un pot à sucre et six tasses litron avec leurs soucoupes. Livré le 28 décembre 1812 à la duchesse de Montebello.
Rouen, dimanche 26 novembre 2006.
Wemaëre et de Beaupuis SVV,
M. Vandermeersch.
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Napoléon Ier alloue d’importantes subventions à la manufacture de Sèvres, au début
du XIXe siècle, et lui passe commande de pièces prestigieuses. Renouant avec la tradition monarchique, il les envoie en cadeaux diplomatiques dans les cours étrangères, les donne à son entourage. Ainsi en offre-t-il le jour de l’An en étrennes, pour remercier les dignitaires ou les grandes dames de la cour, à l’instar de la duchesse de Montebello. Nommée en 1810 première dame d’honneur de l’impératrice Marie-Louise, celle-ci bénéficie de l’amitié impériale à plus d’un titre. Napoléon voue en effet une grande estime à son époux, Jean Lannes. Au décès du maréchal, en 1809, l’empereur confie qu’il perd non seulement un compagnon d’armes depuis seize ans, mais aussi son "meilleur ami". Pour le 1er janvier 1813, il fait donc présent à la veuve de Lannes de ce magnifique déjeuner, réalisé en porcelaine dure.
La manufacture de Sèvres ne l’a produit qu’en cinq exemplaires, exclusivement réservés au couple impérial et à son entourage le plus proche. L’un de ces modèles, décoré à fond bleu lapis et offert en 1809 à l’impératrice Marie-Louise, fait aujourd’hui partie des collections du musée de La Malmaison. Notre déjeuner égyptien évoque le concours décisif que Lannes apporta durant la conquête militaire de l’Égypte (1798-1799). Participant avec bravoure à tous les combats, il reprit aux Turcs, à la tête de deux bataillons, la place forte d’Aboukir, où il fut d’ailleurs blessé... Hormis les tasses litrons, les modèles des décors et des formes du déjeuner s’inspirent directement du célèbre ouvrage rédigé par Dominique Vivant-Denon. Ce dernier, ayant obtenu de Bonaparte le privilège de l’accompagner en Égypte pour en décrire les monuments, rapporte en 1802 son Voyage dans la Basse et Haute Égypte - et ouvre au goût international un répertoire décoratif de formes nouvelles. Les artistes vont y puiser à l’envi une grammaire inédite pour planter le décor impérial. À Sèvres, qui connaît alors une renaissance spectaculaire, les porcelaines accueillent de véritables tableaux, telles les vedute italiennes. Nicolas-Antoine Lebel, aidé des peintres Caron pour représenter les animaux et de Buteux pour les fleurs, transcrit soigneusement en vues panoramiques les principaux temples égyptiens sur les pièces du déjeuner. Une véritable invitation à une croisière sur le Nil, qui fait escale au temple d’Isis, sur l’île de Philae, et s’accorde une halte à Thèbes, siège du culte Amon-Râ. Cap ensuite sur le temple d’Hermontis, dédié au dieu guerrier Montou (voir ci-contre), à Edfou pour saluer le dieu faucon Horus, avant d’arriver au temple d’Antinoé, sur la rive orientale du Nil... Diverses têtes de notables égyptiens, également dessinées d’après Dominique-Vivant Denon, décorent encore les soucoupes des tasses. Ces thèmes décoratifs, qui procèdent d’une égyptologie savante, jouent du pittoresque avec une réelle rigueur scientifique. Rappelant la grandeur de l’Égypte antique, ils transportent les hôtes des salons parisiens au pays des pharaons. En somme, une croisière sur le Nil à portée de main ! |
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| Chantal Humbert |
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