Coup de coeur - Une nature morte d'Alexandre-François Desportes
 |
 |
| Retour au sommaire |
 |
| Paysage animalier |
|
La chasse est ouverte : une Nature morte au lièvre, présentée à Senlis,
nous permet de redécouvrir le père de la peinture animalière française.
Amateurs, en joue !
|
 |
|
|
 |
Adjugé 170 000 €
(200 500 € frais compris)
Alexandre-François Desportes (1661-1743),
Nature morte au lièvre,
huile sur toile signée, 105 x 88 cm.
Dimanche 26 novembre 2006, Senlis.
Hôtel des ventes de Senlis SVV. Cabinet Turquin. |
|
 |
Désormais considéré comme l’initiateur du genre animalier, Alexandre-François Desportes a cependant su ne jamais se limiter à un cadre précis. Le prouvent ses multiples inspirations. Si l’on en croit l’histoire familiale, la vocation de Desportes se révèle dès l’âge de douze ans, au moment de l’arrivée du jeune Champenois dans la capitale. Malade, il est forcé de s’aliter et, afin de remplir ces longues heures de repos forcé, il passe son temps à dessiner.
La preuve de son talent étant faite, on l’envoie chez le peintre Nicasius Bernaert, un ancien élève de Frans Snyders, où il découvre les natures mortes baroques flamandes. Élaborant son propre style, Desportes trouve ce «juste milieu» entre la fougue et le réalisme flamands et le classicisme de la peinture décorative française. Notre Nature morte au lièvre en témoigne, par son traitement minutieux du paysage et par le naturalisme du pelage de la bête et des fruits : un savant équilibre, qui fit sa réussite. Premier en France à élever les animaux et les scènes de chasse au rang de sujets principaux, Desportes inaugure, avec Oudry, une période faste quasiment sans suite. Le musée de la Chasse et de la Nature, à Paris, lui consacre d’ailleurs une part essentielle de ses collections. Si le genre animalier a fait son succès, Desportes s’est lancé dans la carrière avec quelques décors pour des châteaux, avant de partir, en 1695, en Pologne, où il est nommé peintre de la cour par Jean Sobieski. Durant une année, il réalise les portraits de la famille royale. À la mort du souverain, il rentre au pays et se consacre désormais aux scènes de chasse. Louis XIV le nomme Peintre de sa vénerie. Pourtant, en 1699, sa pièce de réception à l’Académie, aujourd’hui au musée du Louvre, est à nouveau un portrait, le sien en habit de chasse. Une façon d’allier ses deux aspirations. Ce n’est donc pas un hasard si, par la suite, chaque animal passé sous son pinceau est analysé avec autant de soin qu’un modèle de sang noble. En 1702, pour orner l’antichambre du roi à Marly, il portraiture toute la meute de Louis XIV. Il a pu étudier ces portraits à l’occasion des chasses, auxquelles il participait, puis les a perfectionnés dans les chenils, devant ses modèles moins agités. Ainsi furent immortalisés Diane, Blonde, Tane ou Lise, les braques et épagneuls préférés du Roi-Soleil, qui les nourrissait lui-même de biscuits préparés par son propre pâtissier... De la même façon, Louis XV accordera au peintre toute sa confiance. Desportes travaille pour La Muette, les Tuileries, Versailles, Compiègne et Choisy. Pompée et Florissant, les deux épagneuls de Louis XV, n’échappèrent bien sûr pas à son crayon. Au travail sur le motif animalier s’ajoute celui du paysage de plein air. Son fils a rapporté ses fréquentes sorties dans la campagne, avec sa palette "toute chargée dans des boîtes de fer-blanc". Malgré ce réalisme, son penchant décoratif s’exprime clairement dans la somptuosité voulue des animaux et la luminosité élégante des coloris. Un goût parfaitement lisible dans ses natures mortes, à rapprocher de celui pour le trompe-l’oeil, très en vogue au XVIIIe siècle. Ainsi, notre tableau illustre élégamment l’art de la chasse, mais aussi un autre, typiquement français, l’art culinaire. Tout un menu sous vos yeux... |
 |
| Caroline Legrand |
|
|
|
 |
 |
|
|