La Gazette Drouot
Un dessin de Jean-Baptiste Greuze
EN RÉGIONS / Poignant et virtuose

Une sublime tête d’expression dessinée par Jean-Baptiste Greuze touchera prochainement bien des coeurs. Entre tradition et romantisme.

Le dessin français triomphe au XVIIIe siècle grâce à une floraison d’artistes exceptionnels, qui lui confèrent une tonalité éblouissante, comme Jean-Baptiste Greuze.
Ce fils d’un maître couvreur de Tournus montre dès l’enfance un goût invincible pour le dessin. Venu à Paris à l’âge de vingt-cinq ans, le jeune homme suit l’enseignement de Charles-Joseph Natoire, pour qui l’art graphique est un exercice obligatoire et formateur. Greuze, grand admirateur de l’école hollandaise, préfère aux pastorales et aux imposants tableaux historiques une peinture plus réaliste et plus familière.
À la place des hauts faits héroïques, il représente une intimité familiale quotidienne, souvent teintée d’intentions morales. Un Père de famille qui enseigne la Bible à ses enfants lui vaut d’être agréé, en 1755, “peintre de genre particulier”. Après un essai, jugé malheureux, du côté du sujet antique, Greuze traitera des événements de la vie courante. Mariant grandeur et noblesse, il use des artefacts de la peinture d’histoire pour interpréter des drames familiaux, telle La Malédiction paternelle. Ces oeuvres suscitent l’enthousiasme de Diderot, constatant que “Greuze est le premier parmi nous qui se soit avisé de donner des moeurs à l’art”. Pour mieux saisir la mobilité des traits, l’éloquence des gestes, l’artiste multiplie les feuilles dessinées, préliminaires aux tableaux. Poussant à l’extrême l’étude de la réalité humaine, celles-ci reflètent une maîtrise technique exceptionnelle. Greuze emploie avec le même succès le lavis, la pierre noire ou la sanguine. Rompu à la discipline académique et en quête de perfection, il s’attache à cerner le plus exactement possible l’expression des sentiments. Aux dernières années du siècle, il renouvelle son inspiration avec plusieurs effigies impressionnantes de Sainte Marie l’Égyptienne, patronne des filles repenties, courtisane d’Alexandrie convertie à la fin du IVe siècle au christianisme, avant de se retirer au désert. Notre sanguine provenant d’une collection particulière est une étude préparatoire à un tableau exposé au Salon de 1801. Il montre le repentir de Marie l’Égyptienne, réfugiée dans la solitude agreste d’un rocher. Ayant appartenu à Lucien Bonaparte, celui-ci fait aujourd’hui partie des collections du Chrysler Museum of Art, à Norfolk en Virginie. L’historien d’art américain, Robert Rosenblum considère l’oeuvre comme le testament de l’artiste, alors âgé de plus de soixante-quinze ans. Dans ce dessin, la sanguine rehausse brillamment la carnation transparente, presque “vivante”, du visage délimité par des contours à la pierre noire. Des effets d’estompe d’une rare délicatesse modèlent les formes, créent un savant jeu d’ombres et de lumières. Quelques notes de volupté, témoignages de la vie passée de la courtisane, affleurent sur la bouche et transparaissent dans les yeux. Elles sont toutefois supplantées par l’expression implorante de la pénitente. Avec une grande économie de moyens, Greuze charge ainsi la sanguine d’une émotion intense. Bien loin d’une pose solennelle, l’artiste transcrit l’essentiel, c’est-à-dire le sentiment, qui sera dans quelque temps la grande affaire du romantisme.

soto

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Sainte Marie l’Égyptienne, sanguine, pierre noire et estompe,
annotée “JB. Greuze”, 43,2 x 35 cm.

QUAND ?
Samedi 26 octobre 2013

 

OÙ ?
Le Cannet. Var Enchères - Arnaud Yvos SVV. Cabinet de Bayser

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/30 000 euros.

La Gazette Drouot n° 34 - 11 octobre 2013- Chantal Humbert


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