La Gazette Drouot
Etienne-Martin
EN RÉGIONS / Des mains en or

Véritable sorcier, Étienne-Martin transforme le bois, le métal, le tissu et autres matériaux de récupération. Un art singulier décliné au pluriel dans la vente de succession de son épouse..

Depuis le décès, le 21 mars 1995, d’Étienne-Martin, son appartement du quai Bourbon, sur l’île Saint-Louis, était resté inchangé. Son épouse, Marie-Thérèse, y aura encore vécu presque vingt ans, entourée des créations de son mari et des nombreux objets accumulés au fil des ans, au hasard de la vie et des Puces que l’artiste fréquentait avec assiduité. Elle s’en est allée à son tour en juin 2014. Ainsi, cette vente de succession permettra-t-elle d’acquérir des oeuvres majeures d’un artiste rare sur le marché. Des objets de son quotidien, comme une collection de pipes ou de cannes, côtoient ses créations, dont des grands formats emblématiques, et des peintures de ses contemporains et amis. Une centaine de lots témoins de la vie d’un homme et du chemin de l’artiste... Né à Loriol, dans la Drôme, Étienne-Martin est passé par les beaux-arts de Lyon, où il se lie d’amitié avec Jean Bertholle – représenté dans cette vente par une toile de 1984, Quartiers de boeuf (8 000/12 000 euros) –, avant de s’installer à Paris, en 1934. Dans l’atelier de Charles Malfray, à l’académie Ranson, il rencontre Jean Le Moal, le sculpteur François Stahly, mais aussi Alfred Manessier et Roger Bissière. Avec ces derniers et le Lyonnais Marcel Michaud, il s’engage dans le groupe Témoignage, qui expose en 1938-1939. Autant d’artistes différents sont unis dans un même but : redonner une nouvelle vie à l’art en lui offrant une spiritualité perdue. Étienne-Martin demeurera un artiste inclassable, instinctif, inspiré par l’art populaire autant que par ses contem­porains. Une rencontre devait achever de libérer sa créativité et sa conception de l’art, celle de Marcel Duchamp. L’inventeur du ready-made est d’ailleurs évoqué ici au travers d’un étonnant cadeau, une enseigne d’opticien (200/300 euros). La guerre est alors proche. Prisonnier, libéré en 1941, Étienne-Martin se réfugie alors dans sa Drôme natale, où il fait la connaissance de l’auteur du célèbre Jules et Jim, Henri-Pierre Roché. Il réalise d’ailleurs avec lui une oeuvre monumentale et périssable, une Vierge de huit mètres de haut dans une sablière. Sa carrière prend son envol dès le retour à Paris. Figurative ou abstraite, l’oeuvre aborde tous les matériaux, qu’il mêle avec curiosité et, surtout, une poésie sans pareille. Annonçant à la fois le land art et le nouveau réalisme, l’artiste est décidément en avance sur son temps. Parmi les thèmes fondateurs de son travail, ses «Personnages» aux aspects si variés : Passementerie est composée de galons, colliers, mains et breloques (700/900 euros), Troubadour, d’instruments de musique sur support métallique (voir photo page de droite). Le Miroir aux alouettes de 1959 – deux brosses de lavage automatique de voitures encerclant des miroirs (4 000/6 000 euros) – a longtemps observé les habitants de l’appartement du quai Bourbon. En creusant le bois, Étienne-Martin cherche à retrouver les lieux bienveillants de son enfance ou les figures archaïques d’un monde primitif, à l’image du Petit mur en poirier (3 000/5 000 euros) et de Hautefeuille, frêne de 176 cm de hauteur (100 000/150 000 euros, voir photo ci-contre). Sacraliser les objets de ses mains, un art universel ?

martin

Étienne-Martin (1913-1995),
Hautefeuille, 1992-1994, bois de frêne sculpté, 176 x 62 x 64 cm.


QUAND ?
Dimanche 26 avril 2015

OÙ ?
Deauville, Tradart Deauville SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 100 000/150 000 euros

martin

Étienne-Martin, Le Troubadour, vers 1950-1970,
assemblage d’instruments de musique
et objets divers sur support métallique, h. 170 cm.


COMBIEN ?
Estimation : 3 000/5 000 euros

La Gazette Drouot n°15 du vendredi 17 avril 2015 - Caroline Legrand


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