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| Poisson soluble |
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Cette rascasse hérissée permet de redécouvrir Aloys Zötl en compagnie d’André Breton,
un beau jour de 1955, à l’occasion d’une vente aux enchères. Vous avez dit étrange ?
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Estimation : 10 000/12 000 euros.
Aloys Zötl (1803-1887), Étude de poisson exotique, 1871, aquarelle sur traits
de crayon noir, 43,5 x 54,5 cm.
Jeudi 26 mars 2009, salle 9 - Drouot Richelieu.
Piasa SVV. M. de Bayser.
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Imaginez andré breton nez à nez avec cette rascasse volante du genre Pterois. Surréaliste ? Pas tant que ça...
Breton n’ayant a priori aucune appétence pour la plongée sous-marine, la rencontre n’a pas eu lieu en apnée sur un massif corallien, mais sans doute dans l’espace surchauffé par la fièvre des enchères d’une salle de l’ancien Drouot. En ce début d’hiver 1955, Aloys Zötl est un parfait inconnu. Il va cependant sortir de l’anonymat les 14 et 15 décembre, quand la galerie Durand-Ruel expose cent cinquante de ses aquarelles en vue de leur vente à Drouot, le 19 du même mois, sous le marteau de Maurice Rheims. Dans la Gazette datée du 9 décembre, un encart précise que "Les ravissantes et curieuses aquarelles [sont] à sujet de personnages et d’animaux, dont la plupart peuvent rappeler les oeuvres de Redouté ou du douanier Rousseau". Le 23 décembre, notre hebdomadaire est plus prolixe : l’ "étonnante galerie d’histoire naturelle" a en effet suscité "des enchères vivement enlevées" entre 7 000 et 190 000 francs (140 à 3 700 euros) pour «des animaux qui semblent enfermés dans une profonde tristesse et qui exercent pourtant une étonnante fascination». La seconde vente de l’atelier Zötl aura lieu le 3 mai 1956. Les 170 numéros remportent eux aussi un franc succès. D’autant que, cette fois-ci, le catalogue est préfacé par André Breton. Le poète était devenu en décembre le propriétaire d’une Tortue bleue. Son commentaire est dithyrambique : "Faute de tout autre détail biographique en ce qui le concerne, on ne peut que rêver très librement à ce qui put conditionner l’entreprise de cet ouvrier teinturier de Haute-Autriche qui, de 1832 à 1887, mit un tel zèle à dresser le plus somptueux bestiaire qu’on eut jamais vu". Lamartine est cité, un parallèle avec Henri Rousseau établi...
Breton met en marche la mécanique délirante surréaliste : "Zötl était entré en possession d’un prisme mental fonctionnant comme un instrument de voyance et lui dévoilant en chaîne jusqu’à ses plus lointains spécimens le règne animal, dont on sait quelle énigme il entretient en chacun de nous et le rôle primordial qu’il joue dans le symbolisme subconscient."
Fulgurant, non ? Dans le premier numéro du Surréalisme même, daté d’octobre 1956, Breton reproduit, en face du portrait de Juliette Gréco par Man Ray, des pangolins et un boa de Zötl, le portrait de ce dernier figurant en frontispice de la revue. Certes, Zötl avait tout pour interpeller Breton. Rien ne le distingue de ses contemporains : né à Freistadt, teinturier comme son père, il s’installe à Eferding, dans la vallée du Danube à une quarantaine de kilomètres de son bourg natal, et n’est sans doute même jamais allé jusqu’à Vienne. Mais un beau jour, le 21 octobre 1831, cet homme du commun reproduit une hyène d’après un des livres d’histoire naturelle, d’ethnographie ou de voyage qui composent sa bibliothèque.
Le dessinateur n’est pas complètement fidèle à ses modèles, leur conférant ainsi cette inquiétante étrangeté qui devait subjuguer le pape du surréalisme. Les aquarelles s’enchaînent, chacune portant, méticuleusement indiqué, le jour de son exécution. Notre poisson est ainsi né le 18 février 1871. Zötl semble ne suivre aucune logique et alterne les différents genres du règne animal. Cela jusqu’au 3 octobre 1887, soit dix-huit jours avant son décès. Dans le luxueux livre consacré à l’artiste par les éditions FMR, Julio Cortázar souligne : "Au fond, nous ne savons rien des animaux et Zötl a infiniment raison de corriger la version officielle"... |
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| Sylvain Alliod |
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