La Gazette Drouot
Pokal en vermeil, vers 1596
EN RÉGIONS / L’éclat du pokal

Réalisé à la fin du XVIe siècle, cet objet emblématique nous plongera prochainement dans l’histoire multiculturelle de l’Europe Centrale. Brillantissime.

À la Renaissance, l’orfèvrerie germanique connaît un réel essor. Les principaux centres de production, Nuremberg, Augsbourg et Dresde, se spécialisent dans la création de magnifiques pièces d’apparat. D’une grande élégance, elles se diffusent dans toute l’Europe, où elles témoignent d’une rare maîtrise dans leur conception et dans leur exécution technique. Les princes et les nobles germaniques ont à coeur de les posséder et d’exhiber ainsi leur richesse. Ce fut également le cas des colons allemands immigrés en Transylvanie à partir du Moyen Âge. Ils y ont fondé Hermannstadt, cité ainsi appelée car l’un d’eux, un chevalier nommé Hermann, aurait grandement participé à son extension. Située à un carrefour important de routes stratégiques, elle devient vite l’une des villes les plus fortifiées du sud-est de l’Europe, développant une économie prospère. Hermmanstadt – aujourd’hui Sibiu, en Roumanie – comprend encore plusieurs rues qui rappellent ce passé faste, à l’instar de la rue des Tisserands ou du passage des Orfèvres. De nombreux marchands s’y étaient établis, profitant des échanges fructueux de produits entre l’Occident et l’Orient. Parmi eux, nous trouvons la noix de coco, ou «noix d’Inde», que Marco Polo a surnommée la «noix de pharaon». Objet de curiosité rare et insolite rapporté par les navigateurs, elle appartient aux exotica offertes en présents. La cour d’Espagne en envoya par exemple une vingtaine de spécimens à l’archiduc Ferdinand II de Habsbourg... Très appréciées, les noix de coco se rangent parmi les multiples splendeurs des Wunderkammer, ces chambres des merveilles.
Elles y rivalisent d’éclat avec les ivoires, la nacre, les coraux et les coquillages venus aussi de pays lointains. Participant au cérémonial des princes, ces trésors sont exposés lors de réceptions solennelles. Conjuguant talent et virtuosité, les artistes décapotent les noix de coco, les vident afin de les transformer en hanaps, gobelets, coupes ou en pokals travaillés avec soin. Ils les enjolivent d’une somptueuse monture d’orfèvrerie, réalisée le plus souvent en vermeil. La rutilance du métal précieux, ses tonalités rougeoyantes se marient idéalement à la couleur brune de la noix, comme le montre notre modèle. Inédit sur le marché et proposé dans un état impeccable, il provient d’une succession régionale. La monture, d’une grande qualité d’exécution, porte le poinçon de Gregorius Binesch, un maître orfèvre actif à Hermannstadt durant la seconde moitié du XVIe siècle. D’élégante facture, elle s’embellit de frises de fleurs et de feuillages, s’enjolive de godrons et de mascarons. Quant au frétel, il s’anime d’un bélier tenant un écu armorié. Cet animal, en affinité astrale avec Mars et le Soleil, a été pris comme emblème de la Toison d’or, le plus illustre ordre de chevalerie. Il n’est d’ailleurs pas impossible que le commanditaire l’ait choisi à dessein de rappeler une prestigieuse distinction honorifique. Ce pokal, magnifique exemple d’orfèvrerie maniériste, n’est-il pas au final une belle synthèse des richesses de la nature et du talent des hommes ?

pokal

Pokal composé d’une noix de coco, monture en vermeil, vers 1596,
poinçon du maître orfèvre Gregorius Binesch, Hermannstadt, poids 84 g, h. 28 cm.


QUAND ?
Dimanche 25 octobre 2015


OÙ ?
Louviers. Jean-Emmanuel Prunier SVV


ESTIMATION ?
7 000/8000 euros

pokal
Détail
La Gazette Drouot n° 35 du vendredi 16 octobre 2015 - Chantal Humbert


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