La Gazette Drouot
Des dessins de Léon Spilliaert
À PARIS / Spilliaert, obscur et lumineux

Jusqu’au 30 juin prochain, le musée d’Orsay illustre “Les Archives du rêve” avec des dessins d’artistes, notamment de Léon Spilliaert, bientôt représenté à Drouot.

Peintre des tourments de l’âme, Léon Spilliaert trouve tout naturellement sa place parmi les symbolistes belges. Cependant, avec lui, rien n’est jamais simple. Le peintre avoue ainsi, dans une lettre à Paule Deman datée de 1904 : “Symbolisme, mysticisme, etc, etc, tout cela c’est du détraquement, de la maladie [...] Ah si j’étais débarrassé de mon caractère inquiet et fiévreux, si la vie ne m’avait pas dans ses serres, j’irais quelque part à la campagne copier tout bêtement, tout simplement ce que mes yeux voient sans rien retrancher ou ajouter. C’est cela la vérité de la peinture.” Ses sujets favoris pendant de nombreuses années n’étaient-ils pas la mer, en particulier à Ostende, ville balnéaire cossue qu’il arpente la nuit, avec sa longue plage, sa jetée, son propre visage qu’il interroge et sonde dans une suite d’Autoportraits – exposée au musée d’Orsay au printemps 2007 – et la femme, plus exactement la silhouette féminine, évoquant davantage un spectre que les sensuelles vénéneuses de Rops. Ce sont ces thèmes, traités entre 1902 et 1912 avec une économie de moyens étonnante d’intensité désolée, qui ont assuré sa renommée. La part plus “délicate”, dans l’esprit d’un Maeterlinck ou d’un Verhaeren, ses amis poètes, est parfois dédaignée par la critique. Certains paysages des dernières années sont en effet convenus, mais Spilliaert sait comme nul autre nous entraîner dans son univers d’irréalité, empreint de sa solitude, ou rendre compte des petits moments clairs, joyeux et limpides de la vie. Ces deux faces sont visibles dans les dessins ici représentés. Daté 1923, celui aux crayons de couleur apporte une fraîcheur rappelant les portraits d’enfants de Carl Larsson. Jacqueline, la fille de Louis Manteau, son marchand qui ouvre cette année-là une galerie à Bruxelles, se balance sur son cheval à bascule ; une scène intime, innocente, où seul le regard un peu halluciné du cheval de bois renvoie au côté plus obscur du peintre. La gouache, elle, évoque par son traitement en camaïeu de noir rehaussé de points blancs, de taches brun roux et de quelques lignes bleues, les tableaux de James Abbott Whistler. Léon Spilliaert réside à Bruxelles à partir de 1917 et brosse la campagne environnante, notamment dans une série d’études d’arbres de la région de Fagnes, en 1937. La première phrase de Pelléas et Mélisande de Maeterlinck, “Je ne pourrai plus sortir de cette forêt”, est à l’origine de l’actuelle exposition d’Orsay organisée par Werner Spies. On songe aussi à l’appliquer à cette oeuvre – en partie, seulement. Sur fond d’un compact rideau d’arbres, se dresse au bord de l’eau un arbuste en fleurs, pour ainsi dire paré d’une guirlande lumineuse. Une branche nette, qui semble tout droit sortie d’une estampe d’Hokusai, occupe le bas de la partie droite de la composition bordée, en haut, par un ciel étoilé... Sans être étouffante ou inquiétante, l’oeuvre demeure mystérieuse, en harmonie avec le sentiment de solitude qui habitait Spilliaert.

spilliaert

Léon Spilliaert (1881-1946),
Portrait de Jacqueline Manteau à trois ans, 1923, crayons de couleur, 37,5 x 45 cm (à vue)


QUAND ?
Mercredi 25 juin 2014

OÙ ?
Salle 1 - Drouot-Richelieu. Aguttes SVV

COMBIEN ?
Estimation : 3 000/5 000 euros.

spilliaert
Léon Spilliaert, Paysage nocturne,
gouache, 64,5 x 49,5 cm (détail).

COMBIEN ?

Estimation : 8 000/10 000 euros.
La Gazette Drouot n° 24 - Vendredi 20 juin 2014 - Anne Foster


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