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| Archaïquement vôtre
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Un vase funéraire Shang nous transporte dans la Chine de l’âge du bronze.
Voyage au coeur d’une société déjà hiérarchisée et profondément religieuse. |
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| Dans son jus ! Non, non, l’expression n’est pas une fois de plus galvaudée et s’avère même ici la seule adéquate. Comment décrire autrement l’état dans lequel ce vase archaïque a été découvert, au début du siècle dernier, enfoui dans une tombe en Chine ? Une photographie d’alors le montre totalement recouvert d’une véritable gangue vert de malachite, due à l’usure du cuivre contenu dans l’alliage ancestral. Très appréciée de certains collectionneurs puristes, notamment pour sa couleur s’approchant du jade, cette patine peut néanmoins si bien envelopper une oeuvre d’art qu’elle la cache aux yeux des admirateurs. Débarrassé d’une partie de ses traces d’oxydation, quelques concrétions demeurant au niveau de l’anse, notre vase révèle enfin ses merveilles. Et tout d’abord une singularité. S’il a lui aussi été confectionné à partir de plusieurs moules assemblés, procédé fréquent à cette époque, il semble avoir été exceptionnellement fondu en deux temps, avec du bronze et de l’or. Les deux matériaux ayant des points de fusion distincts ne se sont pas mélangés et chacun s’est fixé dans la masse, à des endroits différents. Le procédé, sans doute expérimental à l’époque, aurait donc quelque peu échoué. La patine mordorée sans doute ardemment recherchée a fait place à cet étonnant patchwork de deux métaux. L’essai est tout aussi rarissime que l’effet, la couleur la plus courante des bronzes archaïques étant le brun noir. Mais ce n’est pas là le seul atout de notre vase ! Reposant sur quatre pieds, il affiche une rare forme carrée, dite «fangjia», dont les principaux représentants furent essentiellement retrouvés dans les tombes royales. De fonction rituelle, ces vases archaïques s’inspirent néanmoins de la vaisselle de tous les jours... Ainsi le"fangjia" en céramique servait à faire chauffer les boissons fermentées, le vin ; le «hien», lui, permettait de cuire les aliments à la vapeur, tandis que le «kouang» faisait office de saucière. Dans leur version en bronze, ces pièces étaient utilisées pour de grandes occasions, comme l’anniversaire de la mort d’un ancêtre, ou les cérémonies sacrificielles, parfois d’humains. |
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Estimation : 15 000/20 000 euros.
Chine, dynastie Shang (XVIe-XIe siècle avant J.-C.).
Vase archaïque funéraire en bronze de section carrée à quatre pieds, de forme "fangjia", h. 27 cm.
Marseille, samedi 25 juin. Damien Leclere,
Maison de ventes aux enchères SVV. M. Rodriguez. |
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| Dès le XIVe siècle, sous la dynastie Shang, chaque personnage important, prince, ministre ou militaire, possédait un bronze, qui l’accompagnait bien souvent jusqu’à sa tombe. à côté du culte majeur des ancêtres, les Shang vénéraient ainsi les divinités du monde naturel : une invitation aux esprits à boire et à manger ! Quoi de plus généreux et poli... surtout lorsque le contenant est de telle qualité. Avec sa délicate anse en forme de tête de mule, le décor de notre vase s’agrémente du fameux et incontournable masque «taotie», dont se servait le sorcier lors de danses rituelles pour prendre l’apparence de l’animal totem. Buffle ou bélier ? Les cornes enroulées le laisseraient penser, mais elles peuvent également résulter de l’association des profils des deux dragons "kui" s’affrontant. Les "leiwen", spirales anguleuses, apportent la touche finale à cette composition et envahissent littéralement le fond de la pièce, confirmant le principe d’horreur du vide présent dans toutes les pièces de cette époque. Géométriques, stylisés ou naturalistes, ces motifs ont chacun une signification profonde. Leur traitement, du bas-relief à la ronde-bosse, révèle aussi une vision toujours très hiérarchisée des arts et de la société. Difficile d’oublier que ces pièces étaient réservées à une élite ! S’ils ont longtemps gardé bien enfoui une grande partie de leur mystère, nous savons que chaque vase avait une fonction précise et un décor à la symbolique étudiée, variant en fonction de son destinataire. Au fil des siècles, ces bronzes ont peu à peu perdu leur symbolique première, pour devenir des pièces décoratives. Ils seront néanmoins vénérés jusqu’à la dynastie Ming, où l’on copie à l’envi les modèles archaïques. L’archéologie naissante pousse les lettrés à collectionner ce genre d’antiquités, quitte à commander des répliques. Témoin de richesse et de spiritualité, le bronze a toujours joui d’un statut particulier en Chine. Ceux de l’époque Shang possèdent en outre ce petit supplément d’âme,
venu des civilisations mystérieuses des confins de l’âge du bronze... |
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| La Gazette Drouot N°25 -24 juin 2011 - Caroline Legrand |
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