La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une vague par Oscar Dominguez
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Un surréaliste venu des îles
Un vent moderne soufflera ce week-end à Cannes, avec, parmi les vedettes,
cette Vague d’Oscar Dominguez. Présentation.
Adjugé 155 000 €.
Oscar Dominguez (1906-1957),
La Vague, 1938, huile sur toile,
55 x 46 cm.
Cannes. Dimanche 25 juin 2006.
Cannes Enchères SVV. M. Willer.
"Putchie" pour sa compagne, la vicomtesse de Noailles, "le dragonnier des Canaries" pour Breton, ou "l’ours mal léché à la tête d’hidalgo gigantesque, disproportionnée" pour Brassaï : Oscar Dominguez ne laisse décidément pas indifférent. Cet artiste né à La Laguna, sur l’île de Ténériffe, a introduit dans l’art surréaliste «le sifflement ardent et parfumé des îles Canaries», selon les mots du maître du mouvement. Venu une première fois à Paris en 1927, pour veiller aux affaires de son père, riche producteur agricole, Oscar en profite pour découvrir la vie nocturne de la capitale, se soûler et dépenser l’argent familial. Ce personnage savait se montrer extrême, parfois même violent, qui, dans une fameuse altercation, jeta un verre au visage de Victor Brauner, le privant définitivement de son œil gauche. En 1928, Dominguez rentre à Ténériffe pour effectuer son service militaire et commence à exposer, au Cercle des beaux-arts. De retour à Paris l’année suivante, il devra bientôt gagner sa vie, à la mort de son père, en 1931. Des illustrations pour la publicité lui permettent de payer les factures. Ses premières toiles surréalistes datent de 1932, le journal de Ténériffe, La Gaceta de Arte, les salue. Il y écrira désormais régulièrement. 1934 marque son intégration dans le groupe parisien ; il participe jusqu’à la guerre aux expositions, avant d’en être écarté, son œuvre se rapprochant trop de celle de Picasso... Auparavant, il est aussi à l’origine de l’organisation dans son île d’une de leurs réunions. Breton et les autres découvrent ainsi, en 1935, ce monde exotique qui inspire tant l’artiste. Cette nature improbable est une véritable manne, la profusion végétale, où s’épanouit le fameux dragonnier, excite l’imaginaire. N’oublions pas que cette île est aussi liée à la mystérieuse Atlantide. Sans cesse, son travail s’y renouvelle, là est sa force de création. Sa peinture se place entre le jeu, le rêve et l’action, allant jusqu’à un décalage poétique, une confrontation avec l’absurde. La multiplicité de ses expériences le mène à la peinture gestuelle et à la création de la décalcomanie, en 1936.
La Vague regroupe plusieurs thèmes qui lui sont chers, telles la mer et ses spirales infinies, mais aussi l’ouvre-boîte, symbole hautement surréaliste du dévoilement de l’inconscient – de ce qui ne peut rester caché. Les sardines participent encore au jeu sur la représentation de la nature morte et de sa variante, la mort de la nature. La nature est ainsi manipulée par le subconscient et par le monde moderne, la poussant à sa perte. Benjamin Péret, dans sa préface pour l’exposition surréaliste de 1937 écrit à ce sujet : "La Nature, enfin morte, n’excite plus l’appétit. Elle s’ouvre grand comme une boîte de sardines de Dominguez, mais les sardines ne referont pas leur lit jusqu’à ce qu’il soit l’heure de dormir." Cette lutte perpétuelle entre la vie et la mort, Dominguez la suggère de plus en plus dans ses oeuvres, où apparaissent des revolvers, notamment après la mort de son ami Éluard, en 1952. Partie intégrante du mythe "Oscar Dominguez", la vie ne dément pas son art quand, dans la nuit du 31 décembre 1957, l’artiste se donne la mort dans son atelier de la rue Campagne-Première.
Caroline Legrand