La Gazette Drouot
40 négatifs de Teynard
EN RÉGIONS / Rêvons sous les palmiers

Inédits, quarante négatifs originaux de Teynard vont prochainement dévoiler les splendeurs du pays des pharaons. Une formidable invitation au voyage.

Au début du XIXe siècle, Dominique Vivant Denon rapporte d’Égypte un recueil donnant les premiers relevés détaillés des tombes et des frises ornementales. Traduit dans la plupart des pays européens, il est écrit d’une manière tellement moderne qu’il rencontre un succès immense.
La Description de l’Égypte fonde, sous Charles X, l’égyptologie moderne, tandis que Jean-François Champollion perce enfin l’énigme des hiéroglyphes. L’école romantique, fascinée par le rêve et le mystère, tombe complètement sous le charme. L’Égypte, terre d’éternité, se révèle alors un royaume de prédilection pour les chasseurs d’images, grâce aux calotypes, qui, expérimentés sous la monarchie de Juillet, rendent désormais possible la multiplication des épreuves. Le jeune Félix Teynard, appartenant à une famille grenobloise, entend relater dès l’enfance les exploits scientifiques de Champollion ; le savant, en effet, enseigne à l’université dauphinoise avant d’être nommé au Louvre conservateur du département égyptien. Devenu ingénieur civil, Teynard va ainsi se ranger parmi les premiers artistes photographiant la patrie des pharaons.
Âgé de trente-quatre ans, il part donc du Caire à la fin de 1851, jusqu’à la deuxième cataracte du Nil, en Nubie, proche de Gebel Abousir et aujourd’hui disparue. Impressionnant et grandiose, le paysage multiplie les îlots abrupts entre lesquels bouillonnent les mille bras du fleuve majestueux. Au cours de son année d’expédition, Teynard prend au moins cent soixante photographies, publiées à partir de 1853 sous forme de livraisons. Cinq ans plus tard, la maison d’édition Goupil les rassemble en un album intitulé Égypte et Nubie, sites et monuments les plus intéressants pour l’étude de l’art et de l’histoire... Dans sa préface, Félix Teynard réclame l’indulgence du public. “Isolé dans une contrée sans ressources”, le photographe se plaint que les préparations délicates et subtiles des épreuves ont été exécutées “tantôt avec le roulis d’une barque, tantôt sous une tente dressée au milieu du désert”. Retrouvés fortuitement, nos quarante négatifs papiers originaux, que Teynard a retouchés avec des rehauts de noir ou de gouache, sont estimés entre 90 000 et 120 000 euros. L’ensemble, numéroté selon les planches de l’album, révèle l’art d’un des pionniers du “miroir qui se souvient”. Délaissant le papier ciré sec de son maître Gustave Le Gray, Teynard lui préfère le procédé humide de Blanquard-Evrard, plus adapté aux conditions et au climat égyptien. Témoignant d’une vision moderne du genre, il développe les mêmes préoccupations que les artistes de son temps. Teynard cherche à capter les effets, à saisir la lumière perçant les feuillages... Plusieurs négatifs représentent des palais, des temples, des colonnades et des ruines. Ils font preuve d’une même grande finesse dans le rendu des détails. Plus anecdotique, un négatif met en scène un Timonier et un matelot faisant partie de l’expédition, qui posent face à l’objectif. Souriez, c’est pour la postérité !
?Teynard

Félix Teynard (1817-1892), Karnak, groupe de dattiers vu du point A, planche 43, négatif papier original, 25,8 x 31,9 cm.

QUAND ?
Samedi 25 mai 2013.

OÙ ?
Chartres, Galerie de Chartres SVV.
M. Delas.

COMBIEN ?
Adjugé 888 000 euros frais compris

La Gazette Drouot n° 19 -17 mai 2013 - Chantal Humbert


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