La Gazette Drouot
Dessin de Jean-Baptiste Oudry
Balade dans un jardin extraordinaire

Célébrant à Nantes la semaine du dessin, deux paysages d’Oudry feront revivre les splendeurs
du domaine d’Arcueil. Retour sur un paradis perdu.

Le védutisme, au XVIIIe siècle, dépasse les vues de villes ou de monuments, s’accordant aussi avec la redécouverte d’une nature vraie, “brute et moins peignée”, comme le jardin du Luxembourg apparaît à Antoine Watteau. Dans son sillage, vers 1740 d’autres peintres s’enthousiasment pour le domaine d’Arcueil, célèbre propriété d’Anne-Marie-Joseph de Lorraine, comte d’Harcourt et prince de Guise, qu’il avait achetée trente ans auparavant et alors à l’abandon. Couvrant quinze hectares environ, Arcueil mêle harmonieusement l’eau, le minéral et le végétal ; les jardins construits en terrasses se divisent en bosquets et somptueux parterres, s’agrémentent de nombreux bassins et jets d’eau. Ils s’embellissent de sculptures, d’escaliers ou de galeries couvertes, les surfaces boisées entourant le château proche du fameux aqueduc. La Bièvre, bordée des deux côtés par des parterres et des potagers, parcourt du sud au nord cet immense domaine aux allures d’un petit Versailles. Voltaire, invité des Guise, rédigera en moins d’un mois sa première tragédie, Zaïre, devant les terrasses donnant sur la rivière. Hélas, le prince criblé de dettes décède en 1739 et Arcueil revient à ses deux filles, qui le délaissent petit à petit. C’est à cette époque, entre 1744 et 1749, que Jean-Baptiste Oudry vient y dessiner. Formé à l’atelier de Largillierre, il copie d’abord des oeuvres flamandes et hollandaises, puis, Influencé par l’art de Nicolas Berchem, il peint des paysages d’après nature. Avec une exactitude frappante, il reproduit la feuillée, les animaux, assemblant ses figures dans une composition parfaite. Le premier biographe de l’artiste, l’abbé Gougenot, a pu rapporter que jamais il n’allait à la campagne “qu’il ne portât avec lui une petite tente sous laquelle il dessinait et même peignait des païsages”. Nommé peintre ordinaire de la vénerie royale, Oudry fréquente les grands domaines des environs de Paris, tels Fontainebleau, Saint-Germain et Chantilly. Ses magnifiques paysages d’Ile-de-France formeront de splendides toiles de fonds aux cartons des Chasses royales tissées aux Gobelins... Apportant un regard novateur et original, Jean-Baptiste Oudry s’affirme en effet comme l’un des plus grands paysagistes du XVIIIe siècle. Persuadé de la précellence du croquis en plein air, il réalisa une cinquantaine de dessins au domaine d’Arcueil, aujourd’hui partagés entre des musées prestigieux, comme le Metropolitan Museum of Art à New York, et des collections particulières. Notre paire de dessins a notamment appartenu au grand collectionneur Hippolyte Destailleur, avant de rester dans la même famille depuis le milieu du siècle dernier. Cette pierre noire très achevée, signée et datée, illustre la virtuosité de
l’artiste dans le rendu des valeurs, dans l’art de la perspective et des jeux de lumière. Le domaine d’Arcueil ayant été vendu en 1752 avec obligation au nouveau propriétaire de détruire le château et les jardins, les dessins d’Oudry constituent de plus un témoignage irremplaçable de ses aménagements luxueux. D’une technique très raffinée, ils se révèlent aussi empreints d’un sentiment du pittoresque, annonciateur du romantisme.

oudry

Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), Terrasses et escaliers dans le parc d’Arcueil, 1744, pierre noire avec rehauts de craie blanche sur papier bleu, 31,5 x 52,6 cm.

QUAND ?
Mardi 25 mars 2014

OÙ ?
Nantes, Couton - Veyrac - Jamault SVV.
Cabinet de Bayser.

COMBIEN ?
Estimation : 60 000/80 000 euros

La Gazette Drouot n°10 du 14 mars 2014- Chantal Humbert


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