Coup de coeur - Une aiguière attribuée à François-Eugène Rousseau
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| Fusion fin de siècle |
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Si François-Eugène Rousseau est à l’origine d’un célèbre service de table japonisant,
on oublie souvent le rôle précurseur qu’il a joué dans le domaine du verre.
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Adjugé 10 000 € (12 034 frais compris)
Attribuée à François-Eugène Rousseau (1827-1891),
aiguière en verre soufflé et taillé,
monture en argent partiellement vermeillée, incluant une pièce antique, vers 1885.
H. 30 cm.
Vendredi 24 novembre 2006.
Salle 5-6. Olivier Coutau-Bégarie SVV.
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Cette année-là, le riche et célèbre Pablo Picasso revient au cubisme avec ses Trois musiciens aux masques, Charlie Chaplin sort Le Kid, François Pompon connaît le succès au Salon d’automne avec son Ours blanc. Cette année-là encore, sont dispersés aux enchères quelque 1 500 tableaux, aquarelles et estampes appartenant au marchand Daniel-Henri Kahnweiler. Après les avoir mis sous séquestre au début de la guerre, l’État français s’en dessaisit et renonce du coup à enrichir les musées nationaux d’oeuvres de Braque, Derain, Vlaminck, Picasso, Gris et Léger... Dommage ! Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, ce sont les marchands étrangers surtout qui achètent et soutiennent la cote de ces jeunes peintres.
Le célèbre couturier Jacques Doucet (1853-1929) est présent en salle des ventes, mais n’achète rien. En 1921 pourtant, celui qu’André Suarès qualifie de "magicien" et le marchand René Gimpel de "Médicis de nos temps rétrécis" a déjà vendu sa collection XVIIIe et, sous l’influence d’André Breton, s’intéresse à des artistes comme Matisse, Chirico, Vuillard, Derain, Braque, Zadkine et Brancusi. L’année suivante, il s’offrira même Les Demoiselles d’Avignon de Picasso... Rien que çà ! L’appartement de l’avenue du Bois (actuelle avenue Foch), puis après 1925, son studio de Neuilly deviennent les écrins de son «musée imaginaire». Ses choix sont précis tout en étant éclectiques. Il aime les matières rares, les structures solides, les lignes pures, les ornements discrets. Côté aménagement, il fait appel à de jeunes artistes : Paul Iribe, Marcel Coard, Eileen Gray, André Groult, René Lalique, les sculpteurs Joseph Csaky et Gustave Miklos et, enfin, Pierre Legrain. C’est ce dernier qui l’oriente vers l’art africain. Le couturier souhaite que son intérieur reflète ce que ces créations ont d’original. Avec l’art nègre, et notamment celui du Dahomey, il est servi !
Pierre Legrain fait oeuvre de novateur en matière de reliure en habillant les ouvrages de la bibliothèque de Jacques Doucet de galuchat, d’ivoire, de métal ou de bois, et en préférant les décors géométriques aux motifs floraux chers à l’art nouveau. Après les livres, Legrain passe aux meubles et à la décoration. Il signe pour le couturier des tapis, un coffre de galuchat, des chaises longues en bois laqué, des guéridons en palissandre ou un bureau en ébène. D’un côté, une production de modèles aux matériaux rares et précieux, aux couleurs souvent contrastées, de l’autre, des meubles et des sièges massifs, taillés dans des bois exotiques et parfois enrichis de cuir, de parchemin ou de métal, évoquant l’art brut de l’Afrique noire. On ne sait si les deux sièges de notre vacation, dont l’un est reproduit, ont appartenu au couturier, même s’ils ne figuraient pas au catalogue de la vente de sa collection, qui, le 8 novembre 1972, ouvrait la voie au marché de l’art déco. Quant aux panneaux de métal à composition géométrique ornant le centre de nos créations, ils pourraient être de la main d’un certain Théo Van Doesburg, peintre, écrivain et architecte néerlandais à l’activité débordante, dont le groupe, De Stijl, fut sans doute l’un des plus influents sur l’art du XXe siècle. Les grands esprits se seraient-ils ici rencontrés ? Réponse avec les enchères... |
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| Claire Papon |
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