La Gazette Drouot
Un vase de Gallé
EN RÉGIONS /L’éclat du minéral
Un vase somptueusement énigmatique d’Émile Gallé nous plongera prochainement dans les dessous mystérieux de la terre. Brillantissime.

Fréquentant l’école forestière fondée sous la Restauration, les artistes de Nancy dessinent avec passion les fleurs des champs, avant de les transposer sur le verre, le bronze et le bois... Émile Gallé prend pour devise «Ma racine est au fond des bois, parmi les mousses, autour des sources» et l’inscrit sur la porte de ses ateliers. Âgé de quatorze ans, il herborisait déjà dans la campagne lorraine en compagnie de René Zeiller, élève comme lui au lycée impérial. Baccalauréat en poche, le jeune Émile part en 1865 pour le grand-duché de Saxe, à Weimar, où il poursuit des études de minéralogie tout en perfectionnant son allemand. Selon François Le Tacon, auteur d’une biographie de l’artiste, il étudie plus particulièrement les prêles fossiles du Keuper, une formation géologique du Wurtemberg. Avec autant d’acuité, Il observe les plantes des schistes houillers de Wettin, non loin de Weimar. Un an plus tard, au retour d’Allemagne, le jeune homme assure les fonctions de directeur artistique des ateliers Gallé. Entamant une étroite collaboration avec les verriers de Meisenthal, il fait du bourg mosellan le laboratoire de ses expériences artistiques jusqu’en 1894, date à laquelle il installe à Nancy un four de cristallerie produisant la matière première. Émile Gallé repense entièrement l’art du verre. Il mène des recherches chimiques sur la matière et la cuisson, multiplie les expériences de travail à chaud, pratique la marqueterie et use du procédé de la patine sur verre. En incorporant des oxydes métalliques dans le cristal en fusion, il reproduit les différentes couleurs des minéraux naturels et élabore ainsi de magnifiques pièces singulières. Elles consacrent le triomphe du maître verrier à Paris, lors de l’Exposition universelle de 1889. Arborant cette somptueuse palette, ce vase rarissime provenant d’une succession régionale est similaire à un spécimen exposé au musée Bellerive, à Zurich. Il est proposé en bon état, sauf quelques égrenures à la base, signes d’une monture ancienne. En référence aux études minéralogiques, l’objet s’embellit d’un médaillon en forme d’ammonite stylisée. Tel un camée antique, elle s’anime d’une allégorie portant l’inscription «Geologia». Si les couleurs révèlent l’intérêt de l’artiste pour les fonds sous-marins, les arêtes vives évoquent la rotation de la terre sur elle-même. S’interrogeant sur l’énigme de l’univers, Émile Gallé transcrit dans la matière l’émotion de la vie. Preuve que le sujet lui tient à coeur, l’artiste réalisera dix ans plus tard un autre vase également appelé Géologie, enjolivé cette fois de cabochons sur feuilles d’or ; il appartient désormais aux collections du musée de l’école de Nancy. Ses aspirations seront d’ailleurs comblées lorsque René Nicklès fondera à Nancy, en 1908, l’école nationale supérieure de géologie. En figeant la matière fusible et transparente du verre, Émile Gallé crée ici une oeuvre empreinte d’une pure poésie, dont la sobriété des motifs annonce les principes de l’art déco : un splendide exemple d’une fusion réussie entre recherches esthétiques et innovations scientifiques.

galle

Émile Gallé (1846-1904), Geologia,
vase de forme bombé en verre blanc transparent, inclusions d’oxydations
dans les tons de bleu-vert, noir grisé, signé et marqué «Émile Gallé fecit Nancy», h. 16,5 cm.


QUAND ?
Vendredi 24 octobre 2014

OÙ ?

Azur Enchères Cannes SVV.
Mes Issaly et Pichon. M. Roche


COMBIEN ?
Estimation : 15 000/20 000 €.

La Gazette Drouot n° 35 - Vendredi 17 octobre 2014 - Chantal Humbert


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