La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Un masque de Van Dongen
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Au bal masqué avec Van Dongen
Véritable invitation à la fête, ce masque dévoilera prochainement, à Cannes, le Kees Van Dongen mondain. Portrait.
Estimation : 55 000/60 000 euros.
Kees Van Dongen (1877-1968), Les Oiseaux bleus, masque articulé, gouache, ficelle et carton,
signé au dos, 17 x 38 cm.
Cannes, dimanche 24 juin.
Cannes Enchères SVV. M. Willer.
Kees Van Dongen, peintre français d’origine hollandaise, adepte du fauvisme... et inépuisable amateur de fêtes ! C’est d’ailleurs la réputation de ville libre et festive qui l’attira à Paris. Jusque-là, il a mené à Rotterdam la vie confortable d’un fils de bourgeois, son père ne l’a pas empêché d’entrer à l’académie royale de peinture et lui offre même, pour ses vingt ans, en juillet 1897, ce voyage en France. La Hollande paraît trop sévère et trop étroite à Cornelis Théodore Marie Van Dongen, qui, vous l’imaginez bien, jugera vite ses prénoms trop sérieux...
Durant ces quelques mois à Paris, il vit chez un ami, fréquente les anarchistes et cumule les petits boulots, dont ceux de lutteur et de forain. Il rentre un court moment en Hollande, mais revient définitivement à Paris, en décembre 1899. Les femmes occuperont la plus grande partie de son oeuvre peint, son épouse Guus, bien sûr, mais aussi Fernande Olivier ou les danseuse des Folies-Bergères, un lieu qui l’attire tout comme le cirque (il fréquente avec Picasso le cirque Medrano) et la fête... Bientôt, plus à l’aise financièrement, il délaisse Montmartre pour Mont­parnasse, emménageant en 1912 rue Denfert-Rochereau. Enfin la vie mondaine ! Ses liaisons avec deux égéries du Tout-Paris – la marquise Casati en 1913, puis, de 1916 à 1932, Jasmy Jacob – lui ouvrent les portes de tous les salons de la haute société, de Paris à Deauville. Van Dongen cumule les scandales, notamment au cours des soirées qu’il organise chez lui. Car il adore la fête, les artifices et le travestissement – ce qui se perçoit dans ses portraits. L’une des plus célèbres se déroule en 1914. Parmi les invités au bal costumé, on retrouve l’incontournable Paul Poiret, mais aussi La Fresnaye, Matisse, Marquet.
Toujours facétieux et provocateur, Van Dongen accueille ses invités "torse nu avec un large pantalon de couleur tendre, les cheveux et la barbe parsemée de petits noeuds de ruban rose". Cultivant à merveille ses multiples facettes, on le verra aussi en diable et en Arabe. Les fameuses "années cocktail" voient défiler les bacchantes ou les Vénus, poursuivies par des faunes ou par Neptune. Paul Poiret n’hésita pas à se transformer en Bacchus pour le bal de 1914, son épouse en bacchante, habillée d’une "tunique de quarante centimètres"...
L’hôtel particulier du bois de Boulogne, où il vivait avec Jasmy, sera aussi le cadre de grandes fêtes, notamment celle de 1922, qu’il immortalisa dans un Autoportrait en Neptune, aujourd’hui conservé au musée National d’art moderne de Paris. Notre artiste y est vêtu d’un pagne tenu par une ceinture de coquillages, torse nu, paré de longs colliers de perles, coiffé d’un chapeau en forme de poisson et armé d’une lance... Impressionnant !
Van Dongen était un provocateur, des nus crus de sa femme Guus au portrait d’Anatole France en vieillard sénile, en passant par ses fêtes réputées dans le Tout-Paris ; il savait déjà fort bien monter des coups médiatiques. Mais jamais il ne perdit son sens de l’ironie, même lorsqu’il devint le portraitiste mondain le plus convoité de Paris : "Je ne suis pas, comme beaucoup sont tentés de le croire, victime du snobisme, du luxe, du monde. Ça m’amuse. C’est tout !" Qui le lui reprocherait ?
Caroline Legrand