La Gazette Drouot
Une toile de André Lhote
Un passé riche de promesses
Provenant de la collection de la famille de l’artiste, une toile révèle les multiples facettes d’André Lhote, tout à la fois peintre, professeur et théoricien.
La porte d’Arroux trône fièrement sur les hauteurs d’Autun. Elle compte parmi les nombreux vestiges de ce que fut cette cité fondée sous le règne de l’empereur romain Auguste : un centre économique et politique majeur. André Lhote a toujours nourri un bel amour pour les monuments historiques et autres veilles pierres, qui illustrent un riche passé et demeurent une source d’inspiration inépuisable. Ainsi, cet homme discret aimait, en parallèle de sa vie parisienne, se réfugier dans quelque village pittoresque de France, comme Mirmande, dans la Drôme, où il achète une maison dès les années 20. Dans ce lieu alors quasiment à l’abandon, il organisera des “académies d’été” durant plusieurs décennies. On le vit aussi à Gordes, bien sûr, aux côtés de son ami Marc Chagall. Mais toujours et partout, les références et l’héritage de ses glorieux aînés ont joué un rôle primordial, allant jusqu’à provoquer un questionnement fort sur la place de l’artiste au coeur de l’Histoire, mais aussi sur l’importance de transmettre son savoir. Lhote avait déjà enseigné, entre 1918 et 1920, à l’académie Notre-Dame-des-Champs à Paris, quand il fonde, en 1922, sa propre école dans le quartier de Montparnasse, rue Odessa.
Estimation : 25 000/30 000 euros.
André Lhote (1885-1962), Porte d’Autun, 1960, huile sur toile, 73 x 60 cm.
Cannes, dimanche 24 avril 2011. Besch Cannes Auction SVV.
Remarquable pédagogue, il enseigna à Tamara de Lempicka, William Klein ou encore à Henri Cartier-Bresson. Son cours ne désemplissait pas. Il écrivit également de nombreux ouvrages théoriques, lus et approuvés par tous, notamment un Traité du paysage et un autre consacré à la figure, respectivement édités en 1939 et 1950. Ses conférences l’ont aussi mené dans le monde entier, en Angleterre, en Italie et même en Égypte, à la faculté des beaux-arts du Caire ; la peinture antique égyptienne était en effet l’un de ses grands centres d’intérêt, dont il fit même le sujet de plusieurs séminaires parisiens. Ce talent à transmettre le savoir le conduira encore au Brésil, où il fonde un autre atelier, en 1952, à Rio de Janeiro. Lhote est désormais aux yeux de tous un grand professeur et théoricien. Certains en ont parfois oublié le grand artiste qu’il était. Sans doute aussi, cet homme plutôt réservé, préférant parler des autres dans la Nouvelle Revue Française, était-il trop discret sur son art. Le peintre ne doutait pas de l’importance de faire naître des vocations, donnant les armes à ses élèves pour se forger une carrière digne de leur talent. “Le poète est celui qui tout au long de son existence conserve le don de s’émerveiller”, aimait-il rappeler... L’appel des arts, il l’a lui-même entendu très jeune. Issu d’une famille modeste de Bordeaux, il commence par travailler dans un atelier de meubles, où il réalise quelques sculptures sur bois. Il a alors treize ans. Malgré tout, André Lhote réussira à intégrer l’école des beaux-arts, section sculpture. Il en sort à l’âge de vingt ans et décide de s’installer à son compte. Mais rapidement, la peinture s’impose à lui. Il la pratique déjà depuis plusieurs années en dilettante avisé. Paul Gauguin l’inspire à ses débuts, mais, à Paris, c’est Paul Cézanne qui le conduit sur le chemin du cubisme. À peine quatre années après son arrivée dans la capitale, en 1910, André Lhote expose à la galerie Druet. Peu à peu, il se fait connaître, est admis dans les cercles intellectuels, côtoie Saint-John Perse, Ambroise Vollard, André Gide ou Maurice Denis... Il adhère en 1912 à la Section d’or, mouvement animé par Robert Delaunay. Mais, si son style est proche du cubisme, Lhote ne s’aventurera pas aux confins de l’abstraction et privilégiera toujours l’ordonnancement des compositions, des sujets identifiables et une palette haute en couleur ; il contribue ainsi à la création du cubisme dit “synthétique”, en 1917. Aujourd’hui, on peut savoir gré à André Lhote d’être resté un artiste inclassable, dont la peinture colorée, avant tout paysagiste et poétique, ne laisse pas indifférente. À l’image de l’homme toujours enthousiaste et en quête d’un monde idéal, de son Arcadie artistique et spirituelle.
La Gazette Drouot N°15 - 15 avril 2011 - Caroline Legrand


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