La Gazette Drouot
Coup de coeur - Album des dessins de fleurs
Retour au sommaire
Les fleurs de l’amitié
Au diapason de la Semaine du dessin, on accordera la plus grande attention
à un recueil dédié à la botanique. Une histoire au parfum de noblesse.

Adjugé 80 000 euros frais compris.
Album amicorum d’Herminie-Amélie-Antoinette,
marquise de Trazegnies (1829-1910), composé de 81 dessins de fleurs,
37 x 50,5 cm.
Mercredi 24 mars 2010, hôtel Marcel-Dassault, à 18 h.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.
MM. de Bayser.

Les fleurs de tout temps ont attiré les peintres. Elles embellissent les récits évangéliques, notamment ceux de la vie de la Vierge, les peintres profanes les composant en allégories des divinités de la nature, mais aussi de l’odorat, de la dialectique et de la vertu. Bien sûr, elles s’épanouiront aussi dans les «vanités», rappelant la brièveté de la vie humaine. La représentation scientifique des variétés naît quant à elle au milieu du XVIe siècle. Le botaniste organise ainsi son bouquet de découvertes, très vite rejoint par les collectionneurs de fleurs et les illustrateurs de livres scientifiques. Le rendu exact des herbes, pétales et feuilles ne rebutait pas les plus grands artistes, Dürer lui-même ne nous a-t-il pas laissé de magnifiques études ?
Les botanistes n’ont pas hésité à accompagner les navigateurs dans leurs explorations de nouveaux continents. Ainsi s’enrichirent les serres et jardins du roi, les nouvelles espèces s’acclimatant ensuite chez des particuliers passion- nés. Parmi toutes ces nouveautés, les orchidées rapportées des Tropiques provoquèrent un véritable vent de folie chez nos horticulteurs amateurs. La Belgique, héritière d’une longue tradition botaniste, n’était pas en reste : le roi Léopold II fait construire les serres de Laeken où, nul doute, une jeune dame de compagnie de la reine, née Marie-Henriette d’Autriche, passionnée dès son jeune âge d’horticulture, tire des connaissances pour ses propres résidences. Herminie-Amélie-Antoinette, marquise de Trazegnies (1829-1910), épousa le comte François van der Straeten-Ponthoz, seigneur du château de Ponthoz, près de Clavier dans la province de Liège. La jeune reine, très rapidement devenue une épouse délaissée, installée dans son domaine de Spa, apprécie de plus en plus le soutien fidèle et, surtout, l’humeur joyeuse de sa dame d’honneur, comme l’atteste la correspondance conservée au château de Couroy, demeure des marquis de Trazegnies depuis 1809. Cet album amicorum à la reliure romantique en maroquin rouge à décor de rinceaux, présenté dans un emboîtage en palissandre à filets de cuivre, renferme quatre-vingt-un dessins de fleurs, principalement à l’aquarelle, certains attribués à l’une des plus brillantes élèves de Redouté, Ida Egger, qui exposa dans les années 1830 au Salon.
On ne sait en revanche rien concernant E. de Lenmick, à part qu’il a dédicacé deux aquarelles, l’une, Étude de fleurs, «par ma soeur, offert à Mademoiselle la Marquise Herminie de Trazenies d’Ittre, Couroy le château, le 6 juin 1863», l’autre Étude d’une variété de fleurs roses en tige avec ses bourgeons étant annotée offerte le 6 juin 1865. Herminie, à n’en pas douter, devait cultiver une prédilection pour les orchidées et autres plantes succulentes : on note ainsi des oncidiums d’Amérique latine, des dendrobiums fleurissant des pentes de l’Himalaya à la Corée et en Océanie, et autres cattleyas, orchidées découvertes, en 1818 exactement, par William Cattley. Cette espèce est la première à avoir fleuri en serre et a fait l’objet de multiples recherches d’hybridation. Il s’agissait notamment d’obtenir le légendaire Catlleya rouge et, pourquoi pas, noir – couleur mythique pour tous les horticulteurs. Mais notre marquise n’a pas non plus négligé les élégantes brassias, aussi nommées «orchidées araignées» à cause de leurs longs sépales, pétales et dont la légèreté est accentuée par la longue tige arquée prenant naissance à l’aisselle des bractées. Ce genre, ainsi nommé en hommage au célèbre botaniste britannique William Brass, regroupe trente-quatre espèces, dont notre «Lawrenceana Lindl 1841», et se trouve du sud de la Floride à toute l’Amérique tropicale. Quel plus beau témoignage d’amitié pour une Herminie de Trazegnies, botaniste distinguée !
Anne Foster
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp