La Gazette Drouot
Une aquarelle de Jean-Démosthène Dugourc
Fantaisies décoratives du XVIIIe siècle
Luxe et fantaisie peuvent faire bon ménage. Des derniers feux de la royauté aux débuts de l’Empire,
Jean-Démosthène Dugourc exacerbe l’imagination.
Les décorateurs français de la fin du XVIIIe siècle ont la chance d’avoir une clientèle aisée, avide de nouveautés, mais aussi très exigeante. L’imagination féconde de Jean-Démosthène Dugourc sera appréciée jusque dans les premières décennies du XIXe siècle. Il faut dire qu’il est né dans le sérail, à Versailles, où son père occupe la charge de contrôleur ordinaire de la maison du duc d’Orléans. Il a pour compagnon de jeux le duc de Chartres, futur Philippe-Égalité ; ses talents de dessinateur sont remarqués par le comte de Cani, nommé ambassadeur à Rome, et il fait partie de sa suite. Dans la Ville éternelle, le décorateur rencontre Winckelman et étudie les modèles antiques. Rentré en France, il épouse en 1776 Marie-Anne-Adélaïde Bélanger, soeur de l’architecte de Bagatelle, de la Folie Sainte-James et du château de Méréville, projets auxquels Dugourc participe en fournissant des dessins de fabriques de jardin, de meubles, de tissus, de décoration de salons et autres salles. Il devient très vite indispensable. «Nul ne peut commander une folie, un pavillon, une demeure quelconque sans recourir à lui», écrit le duc de Trévise. Au service du comte de Provence, frère de Louis XVI, il imagine non seulement des décors intérieurs pour son château de Brunoy, mais aussi moult fêtes et décors de théâtre. Ami de Monsieur, Gustave III de Suède le sollicite pour les décors et les costumes des opéras joués dans son nouveau théâtre de Drottingholm. Enfin, en 1784, il est nommé dessinateur du Garde-Meuble de la Couronne et intendant des Bâtiments de Monsieur.
Adjugé 6 072 euros frais compris.
Jean-Démosthène Dugourc (1749-1825), Coupe sur un salon mauresque, aquarelle et encre noire, 21,5 x 54,5 cm
Mercredi 23 novembre 2011, salle 2 - Drouot-Richelieu. Bailly-Pommery - Voutier & Associés SVV. MM. de Bayser.
Un fantastique bestiaire naît sous son crayon, qui servira de modèle pour les grands ciseleurs de l’époque, Gouthière et Thomire. L’Antiquité est une source d’inspiration évidente pour les meubles, la décoration des salons, mais aussi la Chine et la Turquie pour la touche d’exotisme. Toutes les époques trouvent grâce à ses yeux, de l’Égypte au gothique... La Révolution met un terme à cette débauche de commandes toutes plus prestigieuses les unes que les autres, comme par exemple les dessins pour un palais offert par Catherine II de Russie à son amant le général Lanscoy. Dugourc travaille alors pour une manufacture de papiers-peints, invente des modèles pour des cartes à jouer ou des en-têtes de papier à lettres. En 1800, il s’installe en Espagne, travaillant pour une des résidences de la famille royale, la casa del Labrador à Aranjuez, et pour les duchesses d’Albe et d’Osuna. Dugourc revient en France en 1814 ; la montée sur le trône de son ancien mentor lui fait retrouver son titre de dessinateur du Garde-Meuble jusqu’à sa mort, en 1825.
Détail
La Gazette Drouot N°40 - 18 novembre 2011 - Anne Foster


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