La Gazette Drouot
Huile de Louis-Joseph-Toussaint Rossignon
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À vot’ bon coeur !
Msieur-dames, laissez-vous attendrir prochainement par ce tableau haut en couleur,
qui pourrait illustrer une page de roman populaire.
Adjugé 36 279 euros frais compris.
Louis-Joseph-Toussaint Rossignon (1781-1862), Savoyards avec un singe et un chien,
huile sur toile, 1831, 65 x 55 cm.

Malaville, samedi 23 octobre 2010.
Geoffroy- Bequet SVV. Cabinet Philippe Ravon.
Peu avant la révolution, le duc d’Orléans fait édifier autour de son jardin du Palais-Royal des galeries commerçantes. L’innovation lui vaut certes quelques quolibets, notamment à Versailles : «Mon cousin, vous allez donc tenir boutique et l’on ne vous verra plus que le dimanche», lui aurait dit Louis XVI. En revanche, elle va assurer au Palais-Royal une période de prospérité, jusque sous Louis-Philippe. Transformées en véritables bazars, les galeries du lieu mêlent alors tripots, boutiques et commerces de luxe. En quête d’amusements, une foule élégante et populaire s’y balade, s’y montre et fait des rencontres. Au début du XIXe siècle, ces promenades abritent également une vingtaine de cafés et, surtout, une quinzaine de restaurants. Parmi ces derniers, le Douix, dont un salon servira de salle de réunion à la société parisienne des études spirites. Il a pour voisin La Perle de France, comme on peut le lire à l’arrière-plan de notre tableau. Proposé «dans son jus» et provenant d’une succession régionale, celui-ci a été exposé au salon de 1831. Le sujet ? Deux jeunes Savoyards, dans la galerie Montpensier, font la manche à la sortie des restaurants ; complices, ils sont escortés d’un singe savant et d’un chien portant un collier à grelots.
L’un des compères joue de la musique, tandis que le second divertitles clients de tours surprenants afin de leur souti­rer quelques pièces... Saisie en pleine action, notre drolatique troupe ambulante est mise en scène par Louis-Joseph-Toussaint Rossignon. Natif d’Avesnes-sur-Helpe, aux contreforts des Ardennes, le jeune homme achève son apprentissage à Paris, auprès du peintre d’histoire François-André Vincent. Grand admirateur de Raphaël, il reproduit d’une écriture précise La Madone de Foligno, aujourd’hui conservée au musée des beaux-arts de Reims.
À partir de 1810, Louis-Joseph-Toussaint Rossignon expose régulièrement des scènes historiques. Le Siège de Missolonghi lui vaut même, au Salon de 1827, une médaille d’or. À cette époque, le peintre occupe un atelier rue Buffault, au coeur du Paris romantique. De là, notre homme descend se promener au Palais-Royal, où la foule bigarrée ne manque pas de l’inspirer. En observateur avisé, Rossignon a ainsi transcrit quelques petites toiles intimistes, à l’image de notre pittoresque tableau. Rehaussée de tonalités chaleureuses et éclatantes, la scène est traitée avec un réalisme et cette saveur picturale elle aussi héritée des artistes hollandais. Grâce à une savante maîtrise de l’espace et de la mise en page, la composition accorde la place d’honneur au jeune Savoyard tenant un gibus et conduisant un singe savant. Notre garçon, s’apprêtant à quémander quelque obole, affecte un air pitoyable. Bien campé, le personnage combine habilement un portrait plein de vivacité avec une attitude plus étudiée. Usant d’une palette réduite, Louis-Joseph-Vincent Rossignon restitue tout aussi admirablement les effets des tissus, le pelage des animaux. La distribution habile de la lumière accentue les gestes expressifs, appuie aussi le jeu des regards de notre troupe panachée : déguisé en preux chevalier troubadour, le singe affiche par exemple une mine martiale. L’oeil circonspect, il semble s’assurer que sa drôle de monture – un brave toutou bien pataud ! – ne coure aucun danger.
Pleine d’empathie, la scène prodigue l’illusion d’une réalité immédiate. Alors, sans complexe...
on lui donne des sous !
Chantal Humbert
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