La Gazette Drouot
Pendentif en or de Lalique
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Pour la femme moderne
Une vision novatrice, un talent de créateur mis au service de la gente féminine…
René Lalique a aussi révolutionné le monde de la joaillerie.
Adjugé 41 250 € frais compris.
René Lalique (1860-1945), pendentif en or estampé ajouré et émaillé, signé «Lalique», vers 1898-1900,
h. 10 cm.

Lyon, mercredi 23 juin 2010. Aguttes SVV.
Elles se nomment Ophélie, Léda, Néréide, Allégorie, Sarah Bernhardt ou Loïe Fuller. Rêve, mythe ou réalité, la femme, c’est une sensualité à vous couper le souffle et une touche de mystère bien dosée. Ajoutez une farouche indépendance, acquise au tournant du XXe siècle. Cette émancipation se lit dans ses tenues vestimentaires, sa coupe de cheveux, mais aussi dans ses bijoux. C’est pour la femme moderne que René Lalique crée des parures éblouissantes et novatrices. Fini, le tout-puissant règne du carat, vive l’esthétisme ! Le choc visuel prime dans la création de notre bijoutier, qui allie à merveille des formes pleines d’imagination et des matériaux inédits. Bien sûr, c’est une femme qui décida du destin de René Lalique. Sa mère, au décès de son père, commerçant à Paris, décide de l’orienter vers la bijouterie. Dessinateur plein de promesses, le jeune homme de seize ans entre dans l’atelier de Louis Aucoc ; l’apprenti poursuit un temps en parallèle des cours à l’école des Arts décoratifs. Après avoir étudié pendant deux ans les techniques de joaillerie, René Lalique part en Angleterre, au collège de Sydenham, situé dans le Crystal Palace. L’endroit idéal pour perfectionner ses talents artistiques.
De retour à Paris, il travaille comme dessinateur de bijoux pour Vuilleret, puis pour Petit avant de s’installer à son compte. Parmi ses heureux et célèbres clients figuraient alors Jacta, Aucoc, Cartier ou Renn. Après quelques collaborations infructueuses, notre créateur a l’occasion de reprendre l’atelier de Jules Destapes. Nous sommes en 1886. Ses dessins sont appréciés, les commandes affluent. Il déménage une première fois au 24, rue du Quatre-Septembre, puis, après le succès de l’Exposition universelle de 1889, s’installe rue Thérèse, tout près de l’Opéra. Si ses créations garnissent les vitrines des plus grands bijoutiers parisiens – Cartier lui achète en 1887 le modèle de la traîne de corsage Hirondelles, Boucheron acquiert en 1888 le Radis en émail et diamants –, le nom de Lalique est encore peu connu. Les choses vont changer. C’est là qu’entre en scène une autre femme, la célèbre actrice Sarah Bernhardt. Celle qui lança la carrière d’un autre grand créateur art nouveau, Alfons Mucha, collabore à la découverte du talent de Lalique par ses commandes, dans les années 1890, pour les rôles phares de sa carrière, Izeyl, Gismonda ou Théodora. Un petit scandale finit le travail. En 1895, René Lalique fait parler de lui avec la présentation d’une agrafe de style Renaissance, ornée d’un nu féminin. Au choc initial succède bien vite une forte attirance. Les dernières années du XIXe et l’Exposition universelle de 1900 marqueront l’apogée de sa production de bijoutier. Célèbre, courtisé par des clients du monde entier, Lalique symbolise la modernité et le bon goût.
Notre pendentif s’inscrit dans cette époque. Il illustre l’inspiration Renaissance, mais aussi l’introduction de l’émail au côté de l’or. Notre bijoutier maîtrise parfaitement cette technique, qui prend des allures d’élégante sculpture entre ses mains. Lalique est un créateur et un technicien hors pair, mais il sait également s’entourer de praticiens d’exception – une trentaine d’ouvriers travaillent rue Thérèse –, à l’instar d’Eugène Feuillâtre, directeur de son atelier d’émaillage de 1890 à 1897, à qui l’on doit certainement notre pendentif. Présenté dans son précieux écrin d’époque, celui-ci offre un décor de feuilles de platane accompagnées de leurs fruits en émail orange, agrémentant le visage d’une allégorie de l’Automne. Car la nature fut aussi une source d’inspiration essentielle pour Lalique. Il partage ce goût, mais aussi celui pour le verre, qui deviendra bientôt Place Vendôme sa principale activité, avec un autre grand créateur, Émile Gallé. D’ailleurs, on laissera le mot de la fin au Nancéien admiratif du travail du Parisien : "Son bijou [...] possède au moins toutes les qualités requises : élégance du crayon, sobriété dans la prodigalité, quasi impeccabilité du tact, joliesse des métiers, virtuosité amoureuse, talentueuse passion des matériaux aimables, ententes des colorations, sens des exquises musiques, fertilité d’invention, science de l’effet". Ce qu’il fallait dire...
Caroline Legrand
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